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Tournures ou Finesses de Croutelle : boîtes ; étuis ; tabatières ; quenouilles ; fuseaux ; chandeliers ; instruments de musique

Dossier IM86003554 réalisé en 2007

Fiche

Aire d'étude et cantonCommunauté d'Agglomération de Poitiers
LocalisationCommune : Croutelle

Il est vraisemblable que des habitants utilisaient depuis fort lontemps le buis mis à leur disposition dans les bois environnant Croutelle pour confectionner des objets. Cependant il n'est vraiment fait référence à ce travail de tourneurs qu'à partir du 15e siècle. Il semble que les artisans de Croutelle se rattachent à un mouvement favorable aux idées du protestantisme, sous l'influence des seigneurs de Couhé-Vérac, qui touche la vallée au sud de Poitiers. A la fin du 16e siècle, il ne reste plus que trois tourneurs à Croutelle, d'autres ayant émigré à Poitiers, en Normandie ou ailleurs et il semble que cette activité ait totalement cessé dans la seconde moitié du 17e siècle au moment de la Révocation de l'Edit de Nantes. Plusieurs noms d'artisans sont cités : Vincent Pya, marchand tourneur à Croutelle, mentionné le 3 février 1560 ; André Pineau, marchand tourneur à Croutelle engage deux apprentis, Jean Branthome et Nicolas Joubert, le 26 juin 1582 ; Jeanne Messay, veuve de Blaise Blin, qui vendait dans une boutique à Poitiers des quenouilles et des batons de Croutelle, citée le 22 juillet 1624 ; M. Pierre, peut-être seulement marchand, fournissait au chapitre d'Angoulême quatre petits chandeliers en 1655. Cette production était connue dans toute l'Europe. Au 16e siècle, beaucoup d'auteurs font l'éloge de l'habileté de ces artisans : Môts dorés de Caton, par Pierre Grognet, 1534 ; Le guide des chemins de France, 1552 ; Histoire ecclésiastique, par Théodopre de Bèze, 1561 ; Contes d'Eutrapel, par Noël du Fail, 1585 ; Livre premier des Sérées de Guillaume Bouchet, 1585. L'inventaire des biens du prince de Condé, en 1588, mentionne un chandelier de salle à quatre branches façon de Croutelle, fait au tour et figuré de plusieurs couleurs ; et celui de Catherine de Médicis, en 1589, fait état d'un chandelier de Croutelle, d'un petit chandelier d'ivoire façon Croutelle, d'une quenouille de Croutelle et de six chandeliers façon Croutelle. En Poitou, la danse et la musique tiennent une place particulière depuis le Moyen Age et les hautbois et cornemuses fabriquées à Croutelle ont une grande renommée. Eutrapel parle de la flute de Croutelle, appelée "coutre", large par le milieu et à deux accords. Peu de ces objets sont connus. Le musée national de la Renaissance conserve trois quenouilles, provenant de la collection d'Alexandre du Sommerard, archéologue français et conseiller à la Cour des comptes. Celui-ci créa un "musée d'antiquités nationales" dans l'hôtel de Cluny (rue des Mathurins à Paris), dont les collections furent rachetées par l'État français en 1843, les objets postérieurs au Moyen Âge étant ensuite déposés au musée de la Renaissance à Ecouen. Selon Berthelé, une quenouille de mariage et six fuseaux de la collection Hugues Imbert, de Thouars, représentés sur une lithographie, proviendraient également de Croutelle alors qu'Imbert, vingt ans plus tôt proposait une provenance orientale. D'autres objets, conservés dans diverses collections publiques ou privées, sont présentés comme "tournures de Croutelle", parfois à tort, en particulier lorsqu'il s'agit d'objets du 19e siècle. Aucun instrument de musique n'est connu comme provenant de Croutelle, cependant beaucoup de textes mentionnent les "cornemuses du Poitou" et de nombreux musiciens, comme ceux de la Compagnie Amalthée, s'attachent à recréer et faire revivre ces instruments. Ces objets en bois, plus particulièrement en buis, ou parfois en ivoire, étaient travaillés avec une très grande minutie d'où l'appellation "finesses de Croutelle". Il s'agissait de quenouilles, fuseaux, quilles, chandeliers, bouteilles à poudres, étuis, batons, instruments de musiques (flutes, flageoles, sifflets, cornets à bouquin, cornemuses), miniatures et autres objets. La particularité de ces objets est leur décor scuplté, parfois rehaussé de peinture ou de dorure. Trois quenouilles sont conservées au musée national de la Renaissance, à Ecouen. Elles sont en buis tourné et finement sculptées. L'une d'elles mesure 80 cm de longueur, les deux autres 87 cm.

Auteur(s)Auteur : auteur inconnu

Annexes

  • Discours facétieux des finesses de Croustelle accomodé aux affaires du temps aux admirateurs de la tournure moderne. 1632 (copie par M. Bonsergent) "Il y a mille fois plus de gentillesse et d´invention en un simple baston de Croustelle avec ses petits noeuds naturels, sa pomme, ses couleurs et caspure qu´il n´y en eut jamais dans tous les couteaux de l´univers, sans parler de ces jolies poires d´épices et bouteilles à poudre façonnés d´une ? main ou de ces quilles d´os et d´ivoire minces comme des cheveux, faites au grand tour qui ne pèsent avec leur boiste et pirouette qu´un grain de froment et parfois demy grain et représentent onze merveilles assemblées dedans un petit corps, ou de beaux chandeliers tous droits, ou banches dorez d´or qui servent aux églises et sales des seigneurs et sont préférez avec cause aux chandeliers d´argent, bref d´esquelles la forme et l´ornement enrichit beaucoup la matière et ou ses descouvre la puissance de l´art imitatrice de celle de Dieu qui a créé toute chose de rien [...]. Ce qui confirme ce que j´ai dit de l´excellence des finesses du lieu le »quel n´a aucune chose hors celle là qui oblige les estrangers de s´y acheminer [...]. Disant qu´un ambassadeur d´Espagne ayant porté au roy son maistre des finesses de Croutelle, il en fut tellement espris et transporté qu´il se résolut de conquérir la France [...]. Je finis aussi par où j´ay commencé et dis pour l´honneur de Poictiers et de tout le Poictou que les finesses de Croustelle sont gentilles, déliées, profitables et valent mieux que toutes les autres de la France sans exception : partant qu´il ne se faut estonner si messieurs de Poictiers les ont logées auprès de leur maison de ville et université. Monsieur le procureur général sera prié de requérir qu´on estende le privilège des tourneurs qui les font et soyent désormais créés maistres visiteurs de toutes les tourneures et ayant droit de confisquer toute besogne qui ne sera faite selon leurs anciens statuts et ordonnances [...]."

    (A. D. Vienne : SAO 131, Collection Bonsergent).

  • Paul Contant

    "[...] boys de buys, il s´en trouve aussi en plusieurs lieux duquel on faict d´excellents ouvrages et entre autres au fameux, excellent et renommé bourg de Croustelles près Poitiers : auquel lieu habite la perle de tous les tourneurs à faire toute sorte de menu ménage et ustensiles de bois de buys pour faire une oeconomie et service de maison, aussi il s´y fait divers instruments de musique percés à jour, comme cornets à bouquin, haut-bois, cornemuses, chèvres-sourdes, flageols, piffres et flustes dont le bois qui est excellent et qui rend l´harmonie et le son plus mélodieux, est le buys [...]".

    "Il se fait au dit Crostelle diverses sortes de jeux de buys comme quiles et boules, et en outre ils fabriquent industrieusement des jeux de quilles avec la boule faits d´yvoire qui ne poisent les neuf quilles, la pirouëtte et la boëtte qu´un grain de froment, chose quasi incroyable qui ne le verroit [...]".

  • François Eygun. Art des pays d'ouest. Les arts du bois ou "finesses de Croutelle"

    Le "discours facétieux des finesses de Croustelle", pamphlet publié à Poitiers en 1621, nous dit : "Je suis poictevin et partout obligé de combattre pour l´honneur de mon pays qui tire l´une des plus grandes recommandations selon la voix publicque des cousteaux de Châtellerault et des finesses de Croustelle, mais celles-ci ont toujours emporté le dessus, comme l´ouvrage est plus excellent que n´est pas son outil...". Nombreux, à commencer par Rabelais, sont les auteurs ou les textes qui font allusion aux objets sortis des ateliers de Croutelle. Il s´agissait d´articles très variés, en ivoire et en buis tournés avec une merveilleuse délicatesse. Et les apothicaires Jacques et Paul Contant, en 1628, dans leurs commentaires sur Dioscoride, disent que là "habite la perle des tourneurs"... En fait, on trouvait là des séries assez distinctes. Guillaume Bouchet, dans les "sérées" ainsi que le "discours", et les Contant parlent de quilles d´ivoire et d´os faites au grand tour... Les bâtons, fuseaux et quenouilles, chandeliers, lustres, "branchus, dorez d´or de ducat qui servent aux églises" et châteaux, poires à poudre, étuis de toutes sortes, supports de miroirs, tournés et ciselés avec art, formaient des objets de luxe dignes des trousseaux et du mobilier des plus grands seigneurs qui les conservaient avec leurs bijoux. Les inventaires de Catherine de Médicis, du prince de Condé en 1588 et 1589 en mentionnent. Ce sont cadeaux appréciés : le comte de Ribérac en 1603 offre "un vallet de miroir" de Croutelle au vicomte de Castillon. Et Charles Quint, lors de son voyage à travers la France, admira ces ouvrages au point de vouloir emmener avec lui des ouvriers du cru...

    Mais on fabriquait aussi, disent les Contant, "divers instruments de musique percés à jours, comme cornets à bouquin, haut-bois, cornemuses, chèvres sourdes, flageols, piffres et flustes dont le bois qui est excellent et qui rend l´harmonie et le son le plus mélodieux est le buis"...

    L´art des finesses de Croutelle est seulement représenté de nos jours dans quelques-uns des objets de musées du genre de celui de Cluny. Apparu au XVe siècle, il était florissant au XVIe siècle, mais entrait en décadence à la suite des guerres de religion et il semble que la Révocation de l´Edit de Nantes ait achevé la destruction de cette curieuse industrie.

Références documentaires

Documents d'archives
  • A. départementales de la Vienne : 1 H 15 (2 février 1560. Bail à rente par Antoine Prévost, archevêque de Bordeaux et abbé de Chatillon-sur-Seine et de Fontaine-le-Comte, au profit de Vincent Pya, marchand tourneur demeurant à Croutelles, d´une boisselée de terre).

  • A. départementales de la Vienne : SAO 131 (Collection Bonsergent. Copie du : Discours facétieux des finesses de Croustelle accomodé aux affaires du temps aux admirateurs de la tournure moderne, 1632).

Bibliographie
  • Berthelé, Joseph. Carnet de voyage d'un antiquaire poitevin. Paris, Montpellier, 1896.

    p. 235-241
  • Bonnaffé, Edm. Inventaire des meubles de catherine de Médicis en 1589. Paris, Aug. Aubry, 1874.

  • Bonsergent, L.-F. Les finesses de Croutelle. Dans : la Revue poitevine, n° 1, 1er mars 1873, p. 9-16. - Encore les finesses de Croutelle. Dans : la Revue poitevine, n° 4, 1873, p. 112-113 et n° 5, p. 142-148.

  • Clouzot, Henri. L'Art du Poitou. - Paris (1, rue de Médicis) : E. de Boccard, 1927.

    p. 78-79
  • Desaivre, Léo. Les finesses de Croutelle : étude historique et artistique. Niort : [L. Desaivre], 1891, 36 p.

  • Discours facétieux et politiques en vers burlesques sur toutes les Affaires du Temps par O. D. C., 1649.

  • Eygun, François. Art des pays d'Ouest. Paris : Arthaud, 1965.

    p. 268-269, 274-275, 1 pl
  • Haraucourt, Ed. Catalogue des bois sculptés et meubles. Musée des thermes et de l'hôtel de Cluny. Paris, Musées nationaux, 1925.

    notices 1017 à 1019
  • Les oeuvres de Iacques et Paul Contant maistres apothicaires de la ville de Poitiers, en cinq traités, Poictiers : Iulan Thoreau et la veuve d´Antoine Mesnier, 1628. Commentaire sur Dioscoride, chap. CLXXVII du Bouys.

  • Mersenne, Marin. L'Harmonie universelle. 1636. Réédition en fac-similé du CNRS, 1963.

    p. 306
  • Thibault, Guy. A l'écoute du Vieux-Poitiers. Poitiers : Agence de publicité Poitou-Charentes, 1975.

    p. 21-22
  • Http : //ensemble.grandhautbois-flutes/instruments/cromone.htm ("Le hautbois du Poitou est un instrument du petit jeu normalement attaché à une musette de Poitou à un bourdon ou à une chabrette. Hors de la poche il peut se jouer comme un hautbois").

  • Http : //ensemble.grandhautbois-flutes.com/instruments/chabrette.htm.

  • Http : //homepage.mac.com/muzette/Eng.File/main_eng/01general.html.

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