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Tissage (usine de tapisserie et usine de tapis) dit manufacture Hamot, puis Saint-Jean

Dossier IA23000548 réalisé en 2009

Fiche

  • Vue générale de la manufacture
    Vue générale de la manufacture
  • Impression
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  • Parties constituantes

    • cour
    • atelier de fabrication
    • logement patronal
    • magasin industriel
    • entrepôt industriel
    • bureau
    • garage
    • passage couvert
    • usine de teinturerie
    • rampe d'accès
Précision dénominationusine de tapisserie
usine de tapis
Appellationsdit manufacture Georges et René Hamot et Cie, puis R. Hamot et Fils, puis Hamot Frères, puis Saint-Jean
Parties constituantes non étudiéescour, atelier de fabrication, logement patronal, magasin industriel, entrepôt industriel, bureau, garage, passage couvert, usine de teinturerie, rampe d'accès
Dénominationstissage
Aire d'étude et cantonAubusson - Aubusson
Hydrographiesla Creuse
AdresseCommune : Aubusson
Adresse : 3 rue
Saint-Jean
Cadastre : 2007 AK 415, 414

En 1883, Georges et René Hamot, négociants en textiles et héritiers d'une ancienne manufacture royale de tapisseries fondée en 1762 par leur famille à l'angle des rues Richelieu et Saint-Augustin à Paris, décident de s'implanter à Aubusson.

Ils fondent une société ayant pour raison sociale "G. et R. Hamot et Cie" et pour objet la fabrication et le commerce de tapis, tapisseries, étoffes pour meubles et ameublement, et dont le siège est établi à Paris, 75 rue de Richelieu.

Pour installer cet établissement, les deux frères acquièrent un ensemble de bâtiments disparates ayant appartenu aux Sallandrouze de Lamornaix : une maison d'habitation et ses dépendances, ainsi que deux ateliers désaffectés de leur ancienne manufacture de tapis, fermée en 1872 (voir notice IA23000572). Ces bâtiments, vraisemblablement construits durant le 3e quart du 19e siècle, s'étendent entre la route départementale de Tulle à La Châtre (actuelle rue Saint-Jean) et la Creuse.

Entre 1885 et 1900, les Hamot font édifier de nouveaux bâtiments sur le site. Au nord-est, sur les jardins séparant la rivière de la maison, transformée en logement patronal, sont construits des ateliers sous sheds, destinés au tissage des tapis de la Savonnerie et à abriter un magasin des soies. A l'ouest, sont édifiés une teinturerie, avec un système d'évacuation des eaux relié à la Creuse, un séchoir et une chaufferie précédée d'une cheminée en brique, encore visible sur les cartes postales de la fin du 19e siècle.

A l'orée du 20e siècle, un plan montre que l'usine comporte également une forge, des magasins à charbon, une menuiserie, une salle d'exposition et deux magasins des laines. La teinturerie est partiellement reconstruite après 1905. Le séchoir est démoli après avoir été ravagé par un incendie en 1909.

Jusqu'à la Première Guerre Mondiale, l'entreprise Hamot connaît une période d'essor et de prospérité, marquée par l'obtention de deux grands prix aux Expositions Universelles de 1889 et 1900 et par l'ouverture d'une succursale à Felletin, en 1902.

En 1914, après le décès de Georges Hamot, la société est reprise par son frère René et ses trois fils (Paul, Charles et Louis) sous la raison sociale de "R. Hamot et Fils". En 1917, René se retire de l'affaire familiale, qui change à nouveau de dénomination pour devenir "Hamot Frères". L'usine ouvre dans les années vingt un atelier de restauration des tapisseries, qui travaille notamment pour le Mobilier National et les musées. A la veille de la crise de 1930, c'est l'une des plus importantes manufactures d'Aubusson, avec la maison Braquenié. C'est vraisemblablement dans ce contexte favorable que l'aile est du bâtiment principal est rehaussée de trois niveaux supplémentaires, afin d'accueillir de nouveaux ateliers.

La crise des années trente frappe durement l'entreprise, qui, faute de commandes, se voit contrainte de licencier près de la moitié de ses employés entre 1928 et 1931. Elle retrouve son lustre après la Seconde Guerre Mondiale en s'orientant vers une production haut de gamme et vers la conquête de marchés extérieurs, sous l'égide des deux frères René et Francis Hamot, derniers descendants de la famille.

Entre 1970 et 1975, les travaux de déviation de la route nationale 141 par les bords de la Creuse et le vallon du Léonardet entraînent la création de l'avenue des Lissiers. Pour permettre l'ouverture de cette voie, les sheds et l'aile est du bâtiment principal, qui s'élevaient à l'aplomb de la rivière, sont partiellement démolis, puis rebâtis plus en retrait. La manufacture, dont l'entrée se faisait jusqu'alors par la rue Saint-Jean, reçoit une nouvelle façade sur l'avenue des Lissiers, avec la construction, dans le prolongement de l'aile est, d'un pavillon faisant office de logement pour le concierge et de garage.

En 1984, Philippe Hecquet, directeur de la manufacture depuis 1965, rachète l'entreprise à la famille Hamot et constitue une société anonyme sous la raison sociale de "manufacture Saint-Jean". Celle-ci est reprise en 1989 par Lucien Blondeau, propriétaire du château de Boussac (Creuse).

La manufacture Hamot fut équipée d'une machine à vapeur, qui fut partiellement détruite en 1905.

Elle a connu de nombreuses grèves (1910, 1928, 1932), celle de 1910 ayant occasionné deux mois de cessation totale d'activité.

532 ouvriers travaillaient sur le site en 1913. En 1928, le tissage emploie 132 salariés, dont 96 velouteuses. En 1966, l'usine compte 90 employés. Ils sont 40 en 1984. Aujourd'hui, la manufacture n'emploie plus que six personnes à temps plein, dont trois restauratrices et deux lissiers.

Période(s)Principale : 3e quart 19e siècle
Secondaire : 4e quart 19e siècle
Secondaire : 1er quart 20e siècle
Secondaire : 2e quart 20e siècle
Secondaire : 3e quart 20e siècle
Dates1885, daté par source
Auteur(s)Personnalité : Hamot commanditaire attribution par source

La manufacture Saint-Jean est implantée sur une parcelle traversante, sise entre, au nord, l´avenue des Lissiers et au sud, la rue Saint-Jean. Ses bâtiments s´organisent autour d´une cour centrale. Le bâtiment principal, de plan régulier en U, comporte deux ailes parallèles réunies par une troisième construite sur un passage couvert donnant accès à la cour. L´aile est se développe sur cinq travées et trois étages carrés, sous un toit à longs pans recouvert de zinc ; son rez-de-chaussée est bâti en moellons de granite enduits, tandis que ses trois niveaux supérieurs, issus d´un exhaussement plus tardif, sont en béton, mais tous sont unifiés par la modénature des baies, à linteau en arc segmentaire et clef passante à bossage en pointe de diamant. Cette aile abrite, au rez-de-chaussée, un magasin des laines, qui a conservé son mobilier d´origine, et aux étages, une galerie d´exposition et des ateliers.

Les ailes ouest et sud présentent, quant à elles, les mêmes caractéristiques : gros œuvre en granite enduit, souligné aux ouvertures et aux angles par un chaînage en pierre de taille. Elles se développent sur un étage carré et un étage de comble, sous un toit à croupe recouvert d´ardoise. L´aile ouest, occupée par un magasin industriel et des ateliers de tissage et de restauration, se démarque par quelques éléments décoratifs (corniche sommitale moulurée en doucine, bandeau filant en pierre et travée centrale mise en exergue par une baie cintrée encadrée de pilastres à gros tailloir saillant). L´aile sud accueille, à l´étage, un atelier de peintre-cartonnier, matérialisé, du côté nord, au-dessus du passage couvert, par une large baie surmontée d´une lucarne en bois à croupe débordante.

A l´ouest de la cour se trouve la teinturerie, en brique enduite sur soubassement en pierre. De plan rectangulaire régulier, elle se démarque par sa toiture à deux pans, avec une partie centrale surélevée et à claires-voies, pour évacuer les émanations chimiques et la vapeur issues du processus de coloration. A l´intérieur, bien que très remaniée, la teinturerie a conservé quelques éléments de sa charpente d´origine (poutrelles métalliques). Elle constitue un long vaisseau, rythmé par les « barges » en acier, aujourd´hui automatisées, dans lesquelles se déroulent les opérations de dégraissage, mordançage et teinture de la laine. Son décor (frise de modillons en brique rouge) se retrouve sur le bâtiment des bureaux, dont l´étage carré est accessible, depuis la cour, par une rampe, permettant également aux véhicules de sortir dans la rue Saint-Jean, située en contre-haut.

Au sud, le logement patronal, en pierre de taille, présente deux étages carrés et un étage de comble, sous un toit à croupe recouvert d´ardoise. Son avant-corps à pans coupés, qui loge un escalier tournant à volées courbes, a été partiellement englobé (jusqu´au premier niveau) dans la construction des ateliers de tissage (basse-lisse et tapis de La Savonnerie), qui sont venus s´y accoler, au nord-est du site. Ces ateliers ont été bâtis en moellons de granite partiellement enduits ; ils sont couverts de sheds à couverture d´ardoise, dont la charpente en bois, apparente dans les ateliers de Savonnerie, repose sur de fins piliers en fonte de section cruciforme. Le volume originel de ces ateliers est aujourd´hui dénaturé par les nombreuses cloisons en plâtre et les faux plafonds qui divisent les espaces.

Mursgranite
béton
brique
enduit
moellon
pierre de taille
grand appareil
Toitzinc en couverture, ardoise, verre en couverture
Étages3 étages carrés, étage de comble
Couvrementscharpente en béton armé apparente
charpente en bois apparente
Élévations extérieuresélévation à travées
Couverturestoit à longs pans
shed
toit à deux pans
croupe
Escaliersescalier intérieur : escalier tournant en charpente
Statut de la propriétépropriété privée
Sites de protectionZone de protection du patrimoine architectural urbain et paysager

Annexes

  • Extrait des statuts de la société Georges et René HAMOT et Cie, déposés le 2 juin 1883

    Extrait des statuts de la société Georges et René HAMOT et Cie, déposés le 2 juin 1883 par devant M. Paul Charles Hyppolyte Massion et M. Jean Marie Ernest Duplan, notaires à Paris :

    "Par devant M. Paul Charles Hyppolyte Massion et M. Jean Marie Ernest Duplan, notaires à Paris, soussignés, ont comparu : M. Georges Emmanuel HAMOT, négociant, demeurant à Paris, rue de Richelieu, n° 75 ; M. Antoine René HAMOT, négociant, demeurant à Paris, rue de la Boétie, n° 19, d'une part et M. Jean-François Duplan, négociant, chevalier de la Légion d'honneur, demeurant à Paris, rue de Richelieu, n° 75, d'autre part.

    Lesquels ont établi de la manière suivante les conditions de la société qu'ils constituent entre eux.

    Article 1er :

    Il est formé entre MM. Georges et René HAMOT, et M. Duplan, une société commerciale qui sera en nom collectif à l'égard de MM. Georges et René HAMOT, et en commodité seulement à l'égard de M. Duplan.

    Article 2 :

    La société a pour objet la fabrication et le commerce des tapis, tapisseries, étoffes pour meubles et ameublement.

    Article 3 :

    La durée sera de neuf années à compter du 1er juillet 1883 ; elle finira donc le 30 juin 1892.

    Article 4 :

    Le siège de la société est établi à Paris, rue de Richelieu, n° 75.

    Article 5 :

    La raison et la signature sociales seront : "Georges et René HAMOT et Cie".

    Article 6 :

    La société sera administrée par messieurs Georges et rené Hamot, seuls gérants, qui auront à cet effet les pouvoirs les plus étendus.

    Ils auront tous deux la signature sociale, et pourront en faire usage coinjointement ou séparément, mais seulement pour les besoins de la société. Ils devront consacrer à la société tout leur temps et tous leurs soins.

    Article 7 :

    Messieurs Georges et René HAMOT apportent à la société chacun pour moitié la jouissance seulement pendant la durée de la société du fonds de commerce ci-après désignés, dont ils sont propriétaires indivisement chacun pour moitié.

    1° Le fonds de commerce de tapis, tapisseries, étoffes pour meubles et ameublement, établi à Paris, rue de Richelieu, n° 75, actuellement exploité par la société F. Duplan et G. Hamot. Il comprend la clientèle et l'achalandage qui y sont attachés, et le droit au bail des lieux où il est exploité.

    2° Une grande manufacture de tapis, située à Aubusson (Creuse, rue Saint-Jean), s'étendant jusqu'à la rivière et composée de la réunion de deux fabriques et d'une maison d'habitation ayant appartenu à MM. Maymat et Sallandrouze.

    La valeur de ces apports est fixée, pour le fonds de commerce à 400 000 F, et pour la fabrique à 163 000 F.

    MM. Georges et René HAMOT apportent aussi à la société cgacun pour moitié une somme de 237 000 F qu'ils s'obligent à fournir à la société, soit en marchandises, soit en espèces. Quant à M. Duplan, il apporte à la société une somme de 600 000 F qu'il s'oblige à fournir à la société, soit en marchandises, soit en espèces. Le capital social est ainsi fixé à un million quatre cent mille francs.

    En outre, il est fait apport à la société par M. Duplan et M. Georges Hamot du bail fait par le dit sieur Duplan à la société F. Duplan et G. Hamot d'un corps de bâtiment en dépendances faisant partie d'une maisons sise à Paris, rue Pergolèse, n° 12.

    Article 8 :

    Les apports des associés, tant en propriété qu'en jouissance, produiront des intérêts en taux de cinq pour cent par an, payables tous les six mois, les premiers janvier et premier juillet. MM. Georges et René Hamot en leur qualité de gérants de la société auront droit à un traitement annuel de 6000 F chacun payable mensuellement ".

    [AD Creuse. 4 U2/ 115. Sociétés. Constitution, modification, dissolution : statuts (1870-1922). Dépôt des statuts de la société Georges et René HAMOT et Cie, 2 juin 1883].

  • Extrait des statuts de la société René HAMOT ET FILS, déposés le 25 juin 1914

    Extrait des statuts de la société René HAMOT ET FILS, déposés le 25 juin 1914 par devant M. Léon Emile Bucaille, notaire à Paris :

    "Par devant M. Léon Emile Bucaille, notaire à paris, soussigné, ont comparu :

    - M. Antoine René HAMOT, négociant, chevalier de la Légion d'honneur, demeurant à Paris, rue de la Boëtie, n° 19

    - M. Paul HAMOT, employé de commerce, demeurant à Paris, rue de Madrid, n° 11

    - M. Charles HAMOT, employé de commerce, demeurant à Paris, rue de la Boëtie, n° 19

    - M. Pierre-Louis HAMOT, employé de commerce, demeurant à Paris, rue de la Boëtie, n° 19

    Lesquels ont établi de la manière suivante les conditions de la société qu'ils continuent entre eux.

    Article 1er :

    Il est formé entre M. René HAMOT et ses trois fils, MM. Paul, Charles et Pierre HAMOT une société commerciale en nom collectif.

    Article 2 :

    La société a pour objet la fabrication et le commerce de tapis, tapisseries, étoffes pour meubles et ameublement ancien et moderne.

    Article 3 :

    La durée de la société est de seize années à partir du premier juillet 1914 et elle finira le trente juin 1930. M. René HAMOT se retirera de la société le 30 juin 1917. Et la société continuera ensuite entre MM. Paul, Charles et Pierre HAMOT seuls.

    Article 4 :

    Le siège de la société est fixé à Paris, rue de Richelieu, n° 75.

    Article 5 :

    La raison sociale et la signature sociale seront "R. Hamot et Fils" jusqu'au 30 juin 1917, et ensuite "Hamot Frères".

    Article 6 :

    La société sera administrée jusqu'au 30 juin 1917 par M. René et Paul Hamot seuls, qui auront chacun à cet effet les pouvoirs les plus étendus. Ils auront tous deux la signature sociale et pourront en faire usage conjointement ou séparément, mais seulement pour les besoins de la société. Ils pourront notamment consentir tout désistement de privilèges, hypothèque et autres droits, faire mainlevés de toutes inscriptions, saisies, oppositions, le tout avec ou sans paiement. Mais à compter du 1er juillet 1917, chacun de MM. Charles et Pierre Hamot aura la signature sociale comme son frère Paul Hamot, avec les pouvoirs les plus étendus pour l'administration de la société, tels qu'ils ont été énoncés ci-dessus pour MM. René et Paul Hamot.

    Article 7 :

    MM. René, Paul, Charles et Pierre Hamot apportent à la société dans les proportions ci-après indiquées la jouissance seulement pendant la durée de la société du fonds de commerce et des fabriques ci-après désignées, à savoir :

    1° Le fonds de commerce de tapis, tapisseries et étoffes pour meubles et ameublement exploité à Paris, rue de Richelieu n° 75 [...]

    2° Une grande manufacture de tapis située à Aubusson (Creuse), rue Saint-Jean s'étendant jusqu'à la rivière et composée de la réunion de deux fabriques et d'une maison d'habitation ayant appartenu à MM. Maymat et Sallandrouze.

    3° Une autre manufacture de tapis et tapisseries sise à Felletin, près Aubusson lieu-dit la Croix Moreau et ses dépendances, le tout d'une superficie de ving deux ares quatre ving dix centiares.

    La valeur de cet apport est fixée à 582 000 F ".

    [AD Creuse. 4 U2/ 115. Sociétés. Constitution, modification, dissolution : statuts (1870-1922). Dépôt des statuts de la société René Hamot et Fils, 25 juin 1914].

  • Lettre du sous-préfet d'Aubusson au préfet de la Creuse

    Lettre du sous-préfet d'Aubusson au préfet de la Creuse, le 29 janvier 1931, à propos de la crise survenue dans le secteur de la tapisserie.

    Il y annonce la fermeture prochaine des Fabriques d'Aubusson (manufacture Croc-Jorrand-Danton) et y décrit la situation difficile des maisons Braquenié et Hamot, contraintes de licencier des ouvriers pour réduire les coûts de production.

    "Le 16 janvier courant, vous avez bien voulu me demander de vous fournir un rapport sur la situation du travail dans mon arrondissement. Je n'ai pas encore obtenu les renseignements en ce qui concerne les Mines d'Or du Châtelet ; je les réclame à nouveau et dès qu'ils me seront parvenus, je m'empresserai de vous adresser le rapport d'ensemble que vous m'avez demandé.

    Dès aujourd'hui, je tiens à appeler votre attention sur la situation de l'industrie de la tapisserie à Aubusson.

    La situation à ce jour est la suivante :

    - 110 chômeurs ou chômeuses inscrits au secours du chômage

    - 70 ouvriers chômeurs occupés sur les chantiers (routes)

    - 20 ouvriers environ ont quitté le pays

    - enfin, une trentaine n'ont plus à ce jour droit au secours.

    Cette énumération rapide indique la gravité de la situation.

    Je dois ajouter que cette situation ne fait que s'aggraver de jour en jour. Je viens d'apprendre à l'instant même par le Directeur de la Maison Braquenié que 16 ouvrières venaient d'être licenciées ce matin. Je sais par ailleurs, et tout à fait confidentiellement, que les Fabriques d'Aubusson fermeront prochainement leurs portes ; 150 ouvriers ou ouvrières seraient alors, de ce fait, au chômage forcé.

    La situation, pour être moins mauvaise dans les autres fabriques, n'en est pas moins critique. Il n'y a plus ou presque plus de commandes et l'industrie, jadis si florissante, et qui a fait la réputation universelle d'Aubusson, est gravement menacée.

    J'estime, dans ces conditions, qu'il y a lieu d'intervenir auprès du Ministère pour qu'il vienne en aide non seulement à la population, mais pour qu'il permette à cette industrie privée, qui n'est pas comme les manufactures des Gobelins et de Beauvais, subventionnée par l'Etat, de survivre à la crise grave qu'elle traverse. On pourrait y parvenir en obtenant du Gouvernement qu'il fasse voter des crédits nécessaires pour faire exécuter à Aubusson des tapisseries d'art. Les commandes seraient réparties entre les différents fabricants.

    Je crois qu'on pourrait demander également au Ministère des Beaux-Arts de confier à l'Industrie d'Aubusson la réparation des tapisseries. Cette solution permettrait d'occuper un personnel assez nombreux, ainsi que cela résulte de l'enquête rapide à laquelle je viens de procéder.

    Presque tous les fabricants d'Aubusson ont des ateliers spéciaux pour la réparation des tapisseries, et emploient à ce genre de travail un personnel spécialisé, qui comprend des peintres, des tisseurs et des ouvrières en réparations.

    La maison Hamot a un atelier spécial et des métiers spéciaux ; elle a déjà fait, ainsi que la maison Braquenié, des réparations pour le compte du Mobilier National. Elle peut occuper de 20 à 30 ouvriers ou ouvrières au minimum.

    La maison Braquenié, dont la réputation est également bien connue dans le monde entier, a elle aussi des ateliers spéciaux. Elle pourrait employer à ce genre de travail au moins 50 personnes.

    Les Fabriques d'Aubusson se trouvent dans la même situation et pourraient également affecter à ces ateliers une cinquantaine de personnes spécialisées.

    Voilà pour les trois principales maisons. Il en est de même pour tous les autres fabricants d'Aubusson, et ils sont nombreux.

    La solution que je propose permettrait d'employer à la réparation des tapisseries un personnel assez nombreux : 200 personnes environ - avec des commandes de l'Etat, et je crois que des crédits pourraient être obtenus à cet effet lors de la discussion du projet d'outillage national, on pourrait paralyser la crise qui sévit dans la tapisserie d'Aubusson et sauver une industrie qui en faisant connaître le nom d'Aubusson dans le monde entier, a contribué également au rayonnement de la France".

    [AD Creuse. 9 M 26. Tapisseries d'Aubusson, affaires diverses, 1930-1937].

  • Lettre du sous-préfet d'Aubusson au préfet de la Creuse, le 23 novembre 1931

    Lettre du sous-préfet d'Aubusson au préfet de la Creuse, le 23 novembre 1931, à propos de la crise survenue dans l'industrie de la tapisserie.

    "Pour répondre au désir que vous avez bien voulu m'exprimer, je m'empresse de vous donner ci-après quelques renseignements sur la crise que traverse actuellement l'industrie de la tapisserie à Aubusson. Ce que je dirai d'Aubusson s'applique exactement à la ville de Felletin. Ce sont deux situations absolument identiques.

    La tapisserie d'art qui a fait le renom dans le monde entier de la ville d'Aubusson est la seule industrie de cette ville. Hommes, femmes et enfants dès leur sortie de l'école, tous sont ouvriers en tapisserie d'art. Une crise qui affecte cette industrie a donc des répercussions profondes sur la ville puisqu'elle pénètre dans tous les foyers.

    En 1921, une crise s'était déjà produite : crise passagère d'ailleurs et qui ne devait pas laisser de traces. Au contraire, dans les années qui suivirent, la tapisserie d'Aubusson connut une prospérité, avec la vogue des sacs à main en tapisserie, qu'elle n'avait peut-être jamais connue - prospérité passagère car la mode est changeante, même lorsqu'il s'agit des sacs à main en tapisserie ; prospérité factice également car la seule dépréciation de notre franc facilitait des achats nombreux de l'étranger et en particulier des américains, qui, grâce à un change qui leur était extrêmement favorable, pouvaient considérer le sac à main en tapisserie comme un simple article de bazar.

    Dès 1928, on sent venir la crise, qui va s'aggraver d'année en année par suite de la grave crise économique qui s'abat sur le monde entier. Pour indiquer l'importance et la marche de cette crise, je ne puis faire que de citer deux exemples pris dans les deux principales fabriques de tapisseries d'Aubusson : les maisons Hamot et Braquenié.

    En décembre 1928, dernière année de prospérité - la maison Hamot, la plus importante d'Aubusson, occupe 132 ouvriers et ouvrières en tapisseries d'art.

    En décembre 1929, elle en occupe 98.

    En décembre 1930, elle en occupe 55.

    En novembre 1931, elle en occupe 10.

    De 1928 à novembre 1931, l'effectif tombe donc de 132 à 10.

    La maison Braquenié, dont le renom est universel, occupait en 1928 60 ouvriers et ouvrières en tapisseries d'art ; en novembre 1931, elle n'en occupe plus que 7.

    J'ajoute encore que si dans 15 jours ces deux maisons n'ont pas reçu de commandes, et cela est malheureusement à prévoir, elles licencieront tout le personnel qui travaille encore en ce moment.

    Ce que je dis pour ces deux maisons s'applique exactement à tous les fabricants d'Aubusson et de Felletin. La situation est partout la même. Ces chiffres donnent une idée parfaitement exacte de la crise qui sévit ici et de son importance.

    Voici par ailleurs, en ce qui concerne la ville d'Aubusson, la situation du chômage à ce jour :

    - ouvriers et ouvrières inscrites au secours du chômage : 145

    - chômeurs employés sur les routes (S. V. et Ponts et Chaussées) : 91

    - chômeurs n'ayant plus droit au secours de chômage et ne travaillant pas sur les routes : 150.

    Total = 396. .

    A ce chiffre de 396, il faut y ajouter un certain nombre d'ouvriers et d'ouvrières travaillant à domicile, qui ne se sont jamais fait inscrire au chômage parce qu'ils travaillent d'une façon très intermittente, ainsi qu'un certain nombre de petits artisans, aujourd'hui sans travail - leur nombre dépasse certainement la centaine.

    On peut donc dire qu'au total, dans la seule ville d'Aubusson, il y a plus de 500 ouvriers ou ouvrières en tapisseries d'art actuellement en chômage.

    On peut résumer cette situation en disant que les commandes sont nulles et que si la commande de l'Etat n'avait pas été donnée il y a quelques mois, tous, ou à peu près tous, ouvriers et ouvrières en tapisseries d'art seraient en chômage forcé, car les fabricants qui depuis deux ans ont constitué des stocks ne peuvent plus poursuivre leurs efforts.

    A mon avis, il est absolument nécessaire de sauver les meilleurs éléments ouvriers. Pour y arriver, je suggère plusieurs solutions :

    1° L'inscription au budget des Beaux-Arts d'un crédit annuel pour l'achat de tapisseries, panneaux et verdures. Ces achats étant faits directement par des fonctionnaires des Beaux-Arts, à plusieurs époques de l'année, au fur et à mesure que serait trouvé le placement des objets achetés. Cette solution est à mon sens de beaucoup préférable à une commande faite à un seul fabricant, chargé ensuite de la répartition du travail entre tous ses collègues. De cette façon, on pourrait remettre en mouvement, et d'une façon régulière, une partie du personnel ouvrier. Les achats de panneaux déjà exécutés et payés aussitôt apporteraient un soulagement immédiat aux fabricants et cela permettrait de répartir, de reprendre leur production dans un sens qui correspondrait peut-être mieux à la situation actuelle.

    J'estime que dans ce cas, il serait nécessaire d'inscrire un crédit annuel de 500 000 francs et de renouveler cet effort pendant quelques années, ou alors d'inscrire au projet d'outillage national un crédit de 1 ou 2 millions pour achat de tapisseries.

    2° En dehors de la tapisserie subventionnée des Gobelins et de Beauvais, que j'appelle ainsi par opposition avec ce que je qualifierai tapisserie "commerciale" d'Aubusson, j'estime qu'il est indispensable que les ambassades et légations françaises, imitant en cela l'exemple qui leur est donné par l'étranger, aient dans leurs salons, soit des panneaux, soit une série de chaises, fauteuils, bergères, etc..en tapisseries d'Aubusson. Ce serait là une excellente réclame pour Aubusson dont la renommée artistique n'est plus à faire, surtout si l'attaché commercial, dont c'est le rôle, voulait au moment des réceptions attirer l'attention des personnalités du pays dans lequel il se trouve sur la qualité artistique de la tapisserie d'Aubusson.

    3° Enfin je rappelle ce que j'avais déjà indiqué dans un précédent rapport. Il y a un peu partout, dans les musées, dans quelques établissements de l'Etat, de départements ou de villes, un certain nombre de tapisseries anciennes ; beaucoup d'entre elles sont en mauvais état, elles ont besoin de réparations importantes. C'est ainsi qu'on me signale qu'à Nantes, il y aurait des tapisseries d'Aubusson détériorées et qui auraient besoin de réparations urgentes. Je demanderai qu'une enquête soit faite à ce sujet par le Ministère des Beaux-Arts et que l'Etat dirige sur Aubusson les tapisseries anciennes fabriquées dans cette ville et qui ont besoin d'être réparées. Il y a à Aubusson une main d'oeuvre parfaitement qualifiée pour ce genre de travail et qui, j'en suis assuré, éxécuterait à la perfection le travail qui lui serait confié ".

    [AD Creuse. 9 M 26. Tapisseries d'Aubusson, affaires diverses, 1930-1937].

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Creuse. Série U ; 4 U 2 : 115. Sociétés, constitution, modification, dissolution : statuts (1870-1922).

    Archives départementales de la Creuse, Guéret : 4 U 2 : 115
  • AD Creuse. Série M ; 10 M : 35. Grève des ouvriers tapissiers (1910-1935).

    Archives départementales de la Creuse, Guéret : 10 M : 35
  • AD Creuse. Série W ; 1178 W : 25. Chambre de commerce et d'industrie de la Creuse - liste et caractéristiques des entreprises de plus de dix salariés (1960-1990).

    Archives départementales de la Creuse, Guéret : 1178 W : 25
  • AD Creuse. W ; 6 W : 114. Industries - Recensement des entreprises industrielles et commerciales (1940-1958).

    Archives départementales de la Creuse, Guéret : 6 W : 114
  • AD Creuse. Série M ; 9 M : 26. Tapisseries d'Aubusson, affaires diverses (1930-1937).

    Archives départementales de la Creuse, Guéret : 9 M : 26
(c) Région Limousin, service de l'Inventaire et du Patrimoine culturel (c) Région Limousin, service de l'Inventaire et du Patrimoine culturel ; (c) Ville d'Aubusson - Philippe Emmanuelle
Philippe Emmanuelle

Chercheur Inventaire, SRI Limousin de 2009-2012


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