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Temple

Dossier IA17044557 inclus dans Bourg de Mortagne-sur-Gironde réalisé en 2011

Fiche

Dénominationstemple
Aire d'étude et cantonEstuaire de la Gironde - Agglomération Royan Atlantique
AdresseCommune : Mortagne-sur-Gironde
Lieu-dit : le Bourg
Adresse : 33 Grande Rue
Cadastre : 1832 D 1071 ; 2009 AB 135

Aucun bâtiment n'apparaît à cet emplacement sur le plan cadastral de 1832. Selon la tradition orale, c'est là que se trouvait le premier temple de Mortagne, démoli en 1681. En 1832, le temple se trouve encore au hameau de Chez-Bonneau (2 impasse Rossignol). Mais ce bâtiment est trop petit et menace ruine. Dès 1824, le maire entreprend de faire construire un nouveau temple dans le bourg, mais sa mort suspend le projet. Celui-ci est repris dans les années 1830 par les représentants de la communauté protestante. L'un d'eux, Abraham Guillot, membre du conseil municipal, fait appel aux dons des particuliers et sollicite la municipalité. Le consistoire de Saintes fait appel au secours de l´Etat car l´argent manque. Sans attendre la construction du nouveau bâtiment, la démolition de l´ancien temple et la vente de ses matériaux a lieu le 14 décembre 1834. Le 5 janvier 1835, une ordonnance royale autorise la municipalité à lever un impôt pour financer la construction d'un nouveau temple, en plus d´une souscription et de la vente des matériaux de l´ancien temple. Les travaux sont adjugés le 1er avril 1835 à Grelaud, charpentier. La pose de la première pierre du nouveau temple a lieu le 6 juillet 1835. Un procès-verbal est alors établi et déposé d'une part dans les archives de la commune, d'autre part dans une bouteille de verre, placée "entre les premières pierre du jambage droit de la porte d'entrée". La dédicace du nouveau temple a lieu le 28 octobre 1836, et son inauguration le 30, en présence d'une foule importante qui nécessite la tenue de deux offices successifs. Quelques aménagements sont menés dans le temple au cours du 19e siècle. Dès 1837, un tambour est construit à l´entrée. Vers 1850, un bienfaiteur, Bernard de Luchet, originaire de Saint-Seurin, donne des rideaux et quatre grands tableaux (aujourd'hui disparus). On intervient sur le mur de clôture en 1851. En 1881, on pose de nouveaux bancs et une tribune est construite par Octave Baillif, menuisier à Mortagne, en 1883. Le bombardement de Mortagne du 10 septembre 1944 endommage, entre autres, le couverture et les vitres du temple. Le temple n'est aujourd'hui plus affecté au culte, et sert de lieu d'exposition notamment.

Période(s)Principale : 3e quart 19e siècle
Dates1835, daté par source
Auteur(s)Auteur : auteur inconnu

Le temple s'élève sur un terrain qui surplombe la Grande Rue et qui la relie au chemin des Julias. Entièrement construit en pierre de taille, et couvert par un toit à longs pans en tuile creuse, le bâtiment se caractérise par la sobriété de ses lignes et de son décor. La façade, placée sur le mur pignon, est surmontée d'un fronton. Elle est rythmée par deux bandeaux moulurés, couronnée par une corniche et encadrée par deux dosserets. Au centre, la porte, en plein cintre, est elle aussi surmontée d'un fronton que soutiennent des pilastres. Les bandeaux et la corniche se prolongent sur les deux murs latéraux et sur la façade postérieure. Chaque mur latéral est percé de trois fenêtres en plein cintre, à encadrement saillant et mouluré. La façade postérieure du bâtiment présente une petite baie en losange et les traces d'une ancienne sacristie en pignon, remplacée par une autre en appentis.

Murscalcaire
pierre de taille
Toittuile creuse
Couverturestoit à longs pans
pignon

Sur le mur latéral droit du temple, une plaque en marbre porte les noms des membres de la communauté protestante de Mortagne morts pour la France en 1914-1919.

Statut de la propriétépropriété publique

Annexes

  • Tableau de l'église consistoriale de Saintes, 1er avril 1833 (Archives départementales de Charente-Maritime, 110V 1) :

    "Le temple de Mortagne est à 4000 mètres de ce bourg, dans une espèce de désert presqu'inabordable dans la mauvaise saison, éloigné de toute habitation. En 1824, M. le maire, quoique catholique, forma le projet de le transférer au bourg ; déjà un plan et un devis avaient été dressés, une souscription volontaire était ouverte, les fonds allaient être votés par le conseil, il se proposait de solliciter les secours du gouvernement, mais la mort vint frapper ce digne magistrat et ce projet est resté sans exécution. Il serait à désirer qu'on put le reprendre aujourd'hui, qu'une superbe route départementale conduit dans le bourg".

  • Lettre des diacres, administrateurs de l'église protestante de Mortagne au maire, 10 mars 1834 (Archives départementales de Charente-Maritime, 122V 1) :

    "Notre temple, placé au milieu des bois et à l´extrémité ouest de la commune, étant lézardé de tous côtés et menaçant ruine, nous sommes décidés à ne plus nous y réunir pour la célébration de notre culte, et pour ne pas exposer nos coreligionnaires à un danger imminent.

    En conséquence, nous avons arrêté de faire construire un nouveau temple, non sur l´emplacement de l´ancien, car les chemins qui y aboutissent sont impraticables pendant la mauvaise saison, mais au bourg de Mortagne sur un terrain qui nous appartient et que vous connaissez.

    En prenant cette louable résolution, nous ne comptons pas exclusivement sur nos seules forces : nous avons confiance dans l´appui que ne manquera pas de nous prêter le gouvernement éclairé et tout paternel du roi des Français.

    Nous avons fait un appel à nos coreligionnaires qui a été entendu et compris ; tous ont souscrit. Dans cette circonstance, les fidèles de notre sainte communion ont bien plus, à la vérité, consulté les inspirations de leur zèle que les ressources qu´ils possèdent. Quoiqu´il en soit, le montant de cette souscription volontaire est de 2000 francs.

    Nous vendrons l´emplacement et les matériaux de notre ancien temple 600 francs au moins, si ce n´est plus.

    Nos ressources actuelles sont donc de 2600 francs.

    Mais cette somme est insuffisante pour atteindre le but que nous nous proposons. Pour réaliser notre projet et avant de rien commencer, nous osons recourir au cm et nous espérons qu´il viendra, avec joie, à notre secours, en votant la somme de 1600 francs qui nous est nécessaire pour présenter avec succès, notre plan au gouvernement. Cette somme pourra être payée en deux fois : savoir : 800 francs en 1835 et 800 francs en 1836".

  • Lettre des diacres, administrateurs de l'église protestante de Mortagne aux membres du consistoire général de Saintes, 30 avril 1834 (Archives départementales de Charente-Maritime, 122V 1) :

    "Le temple de Mortagne, placé à l´ouest de la commune et aux milieu des bois, bâtit en des temps où nous étions persécuté en nos dévotions religieuse, et par conséquent retiré dans un endroit isolé et peu fréquenté.

    Ce temple a toujours été privé de sacristie et n´ayant aucun logement pour mettre le pasteur à couvert, non plus que de pouvoir ce procurer aucun espèce d´aliment utille aux besoins de la vie, les mêmes dificultés (sic) existent pour tous les étrangers qui y arrivent les jours de dévotion. Les chemins qui y aboutissent sont impraticables pendant la mauvaise saison, le temple étant ancien menace ruine, et est en mauvais état plutôt que de faire des réparations tous les fidèlles qui composent l´assemblée religieuse en ce temple ont le même désir, c´est dans faire construire un autre au chef-lieu du bourg de Mortagne, nous avons fait un appel à nos coreligionnaires qui a été entendu et compris tous ont souscrit, dans cette circonstance (...)".

  • Devis estimatif des travaux à exécuter au temple protestant actuellement en construction à Mortagne, 15 mai 1836 (Archives départementales de Charente-Maritime, 122V 1) :

    "Lors de la confection du devis principal en date du 30 avril 1834, on oublia de porter en dépense la somme nécessaire à l´établissement du mur de soutènement des terres qui avoisinent le sol qui a été cédé pour le temple. Les travaux de terrassement faits pour prendre le niveau convenable au sol, font maintenir l´indispensable nécessité de construire le mur en question 1e pour soutenir les terres, 2e pour clore le terrain qui entoure le temple, sans cela il existera dans ce lieu, un état de mal propreté auquel il sera impossible de remédier.

    Des châssis, avec grillages en fer, sont aussi très utiles pour préserver les vitreaux de la grêle et des coups de vents que produit les mauvais temps.

    On ne peut aussi méconnaître le besoin d´un tambour à dedans et vis-à-vis la porte principale d´entrée".

    La porte d´entrée donne sur la route départementale. 6 fenêtres sont prévues.

  • Texte du procès-verbal de pose de la première pierre du temple de Mortagne-sur-Gironde, 6 juillet 1835 (Archives dépatementales de Charente-Maritime, E dépôt 20/265, 2M 3) :

    "L´an mil huit cent trente cinq, le six juillet, sur les huit heures du matin, nous, François Place, maire de la commune de Mortagne, canton de Cozes, arrondissement de Saintes, département de la Charente-Inférieure, avons été appelé pour poser la première pierre du temple des protestants qui se construit au couchant de la traverse du bourg de Mortagne, vis-à-vis la maison de Mme veuve Naud, ce qui a été fait en présence de plusieurs membres du conseil municipal, des administrateurs de l´église protestante, et autres personnes notables de la commune.

    L´érection de cette édifice a été autorisée par M. le Ministre de l´Intérieur et des Cultes dès mil huit cent trente quatre, sur la proposition du maire et des membres du consistoire, et l´appui de Mrs. Parent, sous-préfet à Saintes, et Admyrauld, préfet à La Rochelle.

    Cette construction a été adjugée pour une somme de 7625 francs, à laquelle ont concouru, savoir les protestants de cette église par souscription volontaire 2000 francs, la commune par vote autorisé 1600 francs, le département 1000 francs, le gouvernement 2000 francs, le produit de la vente de l´ancien temple 615 francs, la souscription de cinq protestants 410 francs.

    Un extrait de ce procès-verbal a été déposé dans une bouteille de verre qui a été placée entre les premières pierres du jambage droit de la porte d´entrée pour attester l´époque de construction de ce temple.

    De tout quoi nous avons dressé procès-verbal qui a été signé de nous et des personnes présentes qui ont su le faire. Ce procès-verbal sera déposé dans les archives de la mairie pour y avoir recours au besoin".

  • Extrait des Archives du Christianisme au 19e siècle, 10 décembre 1836, au sujet de la dédicace du temple de Mortagne-sur-Gironde, le 30 octobre 1836 :

    "Le nombre des auditeurs a été tellement grand qu'il fallut, au service du matin, faire fermer les portes du temple, qui était rempli et dans lequel la foule de ceux qui étaient restés dehors cherchait à pénétrer. Pour contenter tout le monde, on imagina un fort bon moyen ; immédiatement après le premier service, on célébra un second ; ceux qui avaient assisté au premier quittèrent le temple, laissant ainsi la place à ceux qui avaient été forcés d'attendre qu'on commençât le second (...). Nous ajouterons que le nouveau temple de Mortagne est bâti sur la place même où il s'élevait, lors de la révocation de l'édit de Nantes, une des plus ancienne et des plus vastes maisons de prières des protestants de Saintonge".

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives Nationales, F19 10640. 1835 : demande de secours pour la construction d'un nouveau temple à Mortagne-sur-Gironde.

  • Archives départementales de Charente-Maritime, 2 O 1193. 1851-1883 : travaux au temple de Mortagne-sur-Gironde.

  • Archives départementales de Charente-Maritime, 110V 1. 1819-1833 : renseignements sur les temples de l'église consistoriale de Saintes.

  • Archives départementales de Charente-Maritime, 122V 1. 1824-1836 : réparations à l'ancien temple de Mortagne-sur-Gironde, vente de ses matériaux, construction du nouveau temple.

  • Informations fournies par M. Nicolas Champ, maître de conférences en histoire contemporaine à l'Université de Bordeaux 3, auteur en 2009 d'une thèse de doctorat intitulée "Religion et territoire. L´espace public entre présence confessionnelle et sécularisation dans la France du 19e siècle. Le cas de la Charente-Inférieure (1801-1914)".

Documents figurés
  • Archives départementales de Charente-Maritime, E dépôt 20/265, 4H 13. 1945-1952 : dommages de guerre, Mortagne-sur-Gironde.

  • Archives départementales de Charente-Maritime, E dépôt 20/265, 2M 3. 1834-1952 : construction et aménagement du termple de Mortagne-sur-Gironde.

Bibliographie
  • Archives du Christianisme au 19e siècle, 2e série, tome IV, n° 23, 10 décembre 1836.

  • Crottet, A. Histoire des églises réformées de Pons, Gemoac et Mortagne, en Saintonge. Bordeaux : imprimerie et lithographie de A. Castillon, s. d. (vers 1850].

    p. 207-209
(c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel - Suire Yannis
Suire Yannis

Conservateur du patrimoine, directeur du Centre vendéen de recherches historiques.


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