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Station balnéaire de La Palmyre

Dossier IA17046891 réalisé en 2015

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Aires d'étudesEstuaire de la Gironde
Dénominationsstation balnéaire
AdresseCommune : Les Mathes

La Palmyre avant La Palmyre

La station balnéaire de La Palmyre se situe là où, jusqu'au 19e siècle, ne s'étendaient que des dunes de sable. Elles entravaient l'écoulement vers la mer d'un ancien étang situé à l'arrière, le marais de Bréjat. Ce marais est aménagé à partir de 1817, avec création d'un canal d'évacuation équipé à son embouchure d'une vanne ou "clapet" destinée à évacuer l'eau du marais tout en empêchant la mer de refluer à marée haute. Le lieu prend alors le nom de Clapet. Au 19e siècle, les dunes sont recouvertes par la forêt de la Coubre nouvellement semée, à l'exception de la frange littorale, restée battue par les vagues et le vent, et où seules émergent des cabanes destinées à servir de refuge aux naufragés. Un poste de la douane se situe au sud-est, là où se trouve aujourd'hui le Club Méditerranée. Dans les années 1870, pour protéger la jeune forêt en arrière, l'Etat crée des dunes artificielles tout le long de la baie de Bonne Anse, à l'aide de palissades sur lesquelles le sable vient se fixer. Pourtant, le marais de Bréjat, situé en arrière, est inondé lors de la tempête de 1876. Construite en retrait de la précédente, une nouvelle digue est emportée en 1882. Une autre lui succède, solidement fabriquée en pieux, fils de fer et enrochements. La formation d’une nouvelle dune naturelle vient de toute façon apporter la protection naturelle nécessaire. Le dispositif sera compété dans les années 1911-1920 par la plantation de pins le long du rivage entre le Clapet et la Grande Côte.

Pendant ce temps, les premiers touristes commencent à venir profiter du caractère sauvage de la contrée. Créé par l'administration des Eaux et forêts, le tramway forestier est utilisé à partir de 1889 pour amener les visiteurs depuis Saint-Palais-sur-Mer et Royan. Son tracé, rectiligne à travers la forêt, file vers la pointe de la Coubre et le Galon d'Or, et est prolongé jusqu'à Ronce-les-Bains en 1913. Une halte est placée au carrefour du Clapet, là où la ligne de tramway croise le chemin qui conduit au bourg des Mathes, et un autre chemin, de sable, qui mène à la plage. Le chemin venant de Saint-Palais s'arrête là ; seule une piste cyclable continue vers le phare de la Coubre. C'est aussi à proximité de ce carrefour que s'établissent les premiers cafés et restaurants et les premières villas. Le cadastre des Mathes mentionne la construction d'un premier "chalet" en 1899 pour le compte de Georges-Rémi Briand et Edgard Bouthillier, négociant à Cognac. "Les Fauvettes" et "Velleda", encore visibles de nos jours, font partie de ces premières constructions. Le mouvement se poursuit dans les années 1920-1930, d'autres villas sont édifiées le long du chemin qui conduit à la plage : parmi elles, la villa "Bonne Anse" ou villa russe sort de terre vers 1929, et "le Sextant" est conçue par l'architecte de renommée mondiale, Le Corbusier, en 1935. Toutes deux sont placées là où le chemin s'arrête ; au-delà, il faut traverser le sable à pied. Dès les années 1930, le maire des Mathes, Léon Nicolle envisage de créer là une station balnéaire, mais il se heurte au refus de l'administration des Eaux et forêts qui entend conserver le contrôle du rivage.

Création et développement d'une station balnéaire

La guerre 1939-1945 met de toute façon ce projet entre parenthèses. Le 18 avril 1945, c'est au carrefour du Clapet qu'a lieu la reddition de l'armée allemande retranchée à la pointe de la Coubre. Après la Libération, les touristes reviennent vite profiter des lieux. En juillet 1951, M. Morelli ouvre un bar en bord de mer, sur la plage. De son côté, Léon Nicolle reprend ses négociations avec l'Etat. En 1952, il obtient un échange de terrains qui permet d'envisager un accès routier direct à la plage du Clapet. Le 15 août 1956 est inaugurée la nouvelle avenue de l'Océan qui prolonge et remplace l'ancien chemin de sable. Le 1er février 1962, enfin, Léon Nicolle obtient de l'Etat qu'il cède à la municipalité des Mathes les 280 hectares des forêts domaniales dont elle a besoin pour créer une station balnéaire. Parmi les premiers équipements à voir le jour, l'hippodrome ouvre dès avril 1962.

Le projet plus global est d'abord confié à une société concessionnaire, la SOCMAC (société concessionnaire de la commune des Mathes pour l’aménagement du Clapet-La Coubre), fondée, avec souscription, par Marcelle Erable veuve Labarre, des Mathes, et Paul Amaniou, de Saujon. L'acte de concession du 15 novembre 1962 et son cahier des charges stipulent que la société est chargée de mener à bien l'aménagement des espaces et équipements publics, les opérations de défense de la côte contre la mer, et les ventes de terrains aux propriétaires et opérateurs immobiliers. Entre 700 et 800 résidences sont à construire, de même que des bâtiments publics, administratifs, scolaires, sociaux, culturels et commerciaux. La municipalité met à sa disposition les terrains nécessaires, dont elle reste propriétaire. La Société pourra ensuite les acquérir pour les revendre. La municipalité restera propriétaire des voies, espaces et bâtiments publics.

La SOCMAC échoue rapidement dans sa mission. Elle est dissoute dès 1964, et la municipalité des Mathes reprend le développement de la station en régie directe. Une Régie municipale est créée en 1965, et sa direction est confiée à Claude Fricaud-Chagnaud. Les finances de la petite commune des Mathes ne pouvant pas suffire, le projet sera auto-financé par des emprunts à court terme et par la vente des terrains, sans aucune subvention ni prêt de l'Etat. En 1966, le conseil municipal décide de rebaptiser la station du Clapet du nom, plus vendeur, de "La Palmyre". Cette appellation, suggérée par l'Etat dès 1961, reprend celle d'un phare qui se trouvait avant 1945 dans la forêt, commune de Saint-Augustin ; elle est aussi une référence à la cité antique syrienne et au goût pour l'Antiquité développé par Claude Fricaud-Chagnaud.

Un programme ambitieux

Le plan d'aménagement de La Palmyre est confié à Pierre Roche, architecte urbaniste à Paris. Il est exposé à la Régie municipale, et la presse et des brochures en font la promotion. Il prévoit 3000 logements, pour 12 à 15000 habitants, ainsi que "tous les équipements nécessaires pour des vacances agréables" : club nautique, club de tennis, terrains de jeux, vastes espaces verts, centre commercial et administratif près du carrefour central, etc. Trois quartiers sont imaginés : le Parc de la Résidence, un lotissement de grand standing établi dans un vaste jardin de 100 hectares, avec des villas dispersées au milieu des pins, un club proposant des courts de tennis, des terrains de jeux, une piscine et un accès privé à la plage, le tout constituant un parc privé dont l'accès est réservé aux résidents ; le quartier des Hameaux comprenant 70 parcelles boisées, avec une voirie publique conçue de manière à maintenir les maisons à l'écart des grands axes de circulation, pour préserver le calme du lotissement ; les Trémières, lotissement qui reconstitue un village saintongeais, avec des villas protégées des vues de l'extérieur et bénéficiant chacune d'un patio, vendues clé en main, avec cuisine équipée. A cela s'ajoutent des terrains de camping donnant accès direct à la plage, et deux villages-vacances : la Grande Baie à l'ouest, les Pins de Cordouan à l'est. On prévoit aussi un port en eau profonde de 1000 places, et un plan d'eau fermé de 400 hectares, tout en préservant le caractère sauvage de la baie de Bonne Anse. Ce souci est aussi développé sur terre où les nouvelles constructions doivent s'intégrer dans l'environnement boisé.

Il en est de même pour le zoo fondé par Claude et Irène Caillé au printemps 1966, et qui constitue une des pierres angulaires de la station. Dès 1963, un festival de fleurs, les "Floralies", est organisé chaque printemps dans les espaces verts de la station, là où sera aménagée le Parc de la Résidence. En juillet 1965, un parc d'attraction, "Palmyrosa", est créé par M. Normand, face au zoo, avec un village médiéval d'artisans et des reconstitutions historiques sur le Moyen Age et le Far West. Les travaux de construction des différents lotissements et résidences battent leur plein à partir de 1968. Le plan d'urbanisme du 6 février 1969, élaboré par Pierre Roche, rectifie le programme en insistant encore davantage sur le respect de l'environnement forestier : aux grandes artères rectilignes comme on l'avait fait pour l'avenue de l'Océan, on préfèrera les voies courbes et courtes, et les immeubles-tours seront proscrits. 895 logements sont construits entre 1965 et 1970 ; en 1975, 20 magasins ont été édifiés, 15 sont en cours. La construction d'un château d'eau vient résoudre le problème d'approvisionnement en eau potable de la nouvelle station.

Parallèlement, les projets continuent à se multiplier, parfois très (trop ?) ambitieux. Pour La Palmyre en effet, les aménageurs voient grand! En 1972, l'architecte parisien Daniel de Monfreid (à qui l'on doit entre autres le réaménagement du centre-ville de Saint-Palais-sur-Mer) imagine le long de la baie de Bonne Anse et de la plage de La Palmyre un front de mer de 900 mètres de long, bordé par une promenade piétonne, puis par des immeubles, avec un boulevard automobile et des parkings à l'arrière. Dans un souci de calme et de la tranquilité, la circulation automobile sera interdite le long de la plage, et le sera bruit atténué ailleurs. D'est en ouest, se succèderont un hôtel de grand standing, un ensemble central comprenant hôtels, salle de congrès, cinémas, night-clubs, restaurants, boutiques, piscines, tennis couvert, puis un établissement de thalassothérapie. Tous ces bâtiments devront être conçus par Pierre Roche. Au-delà, vers l'ouest, Monfreid reprend l'idée d'un port en eaux profondes : une digue viendrait fermer la baie de Bonne Anse, transformée en plan d'eau et traversée par un téléphérique de deux kilomètres, avec une marina, 500 villas étagées sur les dunes, des immeubles en Y, au bord de l'eau, des maisons flottantes, un centre commercial, un chantier naval, un club nautique, deux piscines dont une couverte, une patinoire, un club sportif, des restaurants, le tout desservi par un petit train.

Une station soumise aux aléas de la nature

Des démêlés judiciaires, la mort accidentelle de Daniel de Monfreid, l'architecte chargé de l'aménagement du port, puis celle, en 1973, du maire Léon Nicolle, remettent toutefois en cause le développement de La Palmyre telle qu'envisagé initialement. La création du port en eaux profondes est abandonnée ; c'est la nature qui, en créant une échancrure dans la côte, forcera l'aménagement d'un port en 1977. Du front de mer voulu par Monfreid, il ne reste aujourd'hui que la promenade piétonne (la promenade des Deux Phares) et le boulevard automobile (le boulevard de la Plage) ; entre les deux, la dune de sable n'a pas été urbanisée.

Au cours des décennies suivantes, la lutte contre les assauts des vagues d'une part, l'ensablement, la fermeture et l'envasement de la baie de Bonne Anse d'autre part, sont une préoccupation sinon constante des aménageurs, du moins un impératif qui se rappelle régulièrement à eux. Digues, épis, enrochements, travaux de dragage se succèdent sur le front de mer de La Palmyre, avec plus ou moins de succès. Dans l'arrière-pays, un important incendie, d'origine criminelle, se déclare le 20 août 1976 dans la forêt de Saint-Augustin. Poussé par le vent d'est en direction de La Palmyre, du zoo et de l'hippodrome, il dévaste 1000 hectares et fait un mort. La tempête de décembre 1999 sera un nouveau coup porté à la forêt, en abattant ou en endommageant des milliers de pins. Pendant ce temps, la station de La Palmyre, même relativement différente des ambitions initiales, essaie de poursuivre son développement, à l'image du zoo qui ne cesse de s'agrandir. En 2003, à l'est, le village-vacances des Pins de Cordouan fait place à une résidence du Club Mediterranée.

Période(s)Principale : limite 19e siècle 20e siècle, 1ère moitié 20e siècle, 2e moitié 20e siècle
Auteur(s)Auteur : Monfreid (de) Daniel
Monfreid (de) Daniel

Architecte à Paris dans les années 1970.


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Auteur : Roche Pierre
Roche Pierre

Architecte-urbaniste à Paris dans les années 1960-1970.


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La station balnéaire de La Palmyre s'est développée le long de la côte de Bonne Anse, face à la fermeture de la baie du même nom. Elle se trouve à trois kilomètres au sud du bourg des Mathes. Les différents lotissements, résidences, campings et villages-vacances qui la composent s'étendent de part et d'autre de l'avenue de la Coubre/avenue de Royan qui relie la pointe de la Coubre à l'agglomération royannaise. L'entrée à l'est est encadrée par le zoo de La Palmyre et par le Club Méditerranée. Au nord, la station se prolonge par l'hippodrome. A l'ouest s'étendent campings et villages-vacances. Au centre de la station, un vaste carrefour aménagé en rond-point est bordé d'équipements publics (office du tourisme, gendarmerie, chapelle) et commerciaux. Ces derniers sont établis autour de petites places, au pied des rares immeubles de la station. A partir de là, l'avenue de l'Océan, le plus ancien axe de la station, et le boulevard des Régates mènent au port et à la plage.

Les maisons s'alignent le long des rues et allées, le plus souvent tortueuses, à l'ombre de nombreux pins. Le plus souvent, il s'agit de pavillons individuels, sans homogénéité architecturale, par exemple le lotissement du Hameau, au centre de la station, ou encore, au sud, entre l'avenue de Royan et la côte, la Résidence du Parc dont l'accès est réservé à ses occupants. La résidence des Trémières, au sud-ouest, déroge à cette règle : elle est en effet composée de plus de 300 petites maisons à l'architecture homogène, aux murs blancs sous un toit en tuile creuse, ouvrant sur des espaces communs (cours, allées, ruelles) et bénéficiant chacune d'une courette fermée et d'une place de parking individuelle. On observe aussi une homogénéité architecturale parmi les lotissements situés entre le zoo et l'hippodrome.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives municipales, Les Mathes, Carton Histoire communale, revues, coupures de presse.

  • Archives municipales, Les Mathes, carton Histoires de la commune Les Mathes La Palmyre 18e à 2007.

  • Archives municipales, Les Mathes. carton Lotissement des parcs résidentiels de La Palmyre, avant-projet général, 1966.

  • Archives municipales, Les Mathes, dossier ZAC du Parc de Cordouan.

Documents figurés
  • Archives départementales de la Charente-Maritime, 3P 4973. 1824 : plan cadastral des Mathes.

Bibliographie
  • Estève, Guy. Histoire presque naturelle de la presqu'île d'Arvert, vol. 2 : Les transformations des rivages sableux, vaseux et rocheux. 2008, 114 p.

    p. 80-91
  • Archives départementales de la Charente-Maritime, Br 3452. Garnier, Jean. Parcs résidentiels de La Palmyre-La Coubre. [Vers 1963].

  • Prince, André, Les Mathes La Palmyre : histoire et récits. Paris : Les Indes savantes, 2008, 192 p.

    p. 149-175
(c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel - Suire Yannis
Suire Yannis

Conservateur du patrimoine, directeur du Centre vendéen de recherches historiques.


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