Dossier IA17047300 | Réalisé par
Suire Yannis
Suire Yannis

Conservateur en chef du patrimoine au Département de la Vendée depuis 2017.

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Site d'écluse dit les écluses du Brault
Auteur
Suire Yannis
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Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Vallée de la Sèvre Niortaise, Marais poitevin
  • Commune Charron
  • Lieu-dit Ecluses du Brault (les)
  • Cadastre 1820 B  ; 2016 OB

Parmi les différents ouvrages qui constituent le site, certains (portes du canal de la Brie et du canal de la Brune) ont dû être créés dès le Moyen-Age (13e siècle), lors du creusement des canaux de dessèchement dont ils gardent l'entrée. La configuration des lieux était toutefois différente, comme le suggère un plan établi vers 1700 dans le cadre d'un contentieux entre l'abbaye de Saint-Michel-en-l'Herm, propriétaire de la métairie de Richebonne voisine, et les sociétés de dessèchement de la Brie et de Saint-Michel. Ce plan et le mémoire juridique qui l'accompagnent indiquent que les eaux de Richebonne s'écoulaient, probablement dès le Moyen Age, par un canal appelé le Grand Cravans, d'axe sud-est/nord-ouest, se jetant vraisemblablement dans la Sèvre Niortaise vers le site actuel de l'ancien pont mobile du Brault.

Mis à mal lors des guerres de Cent ans puis de Religions, ces ouvrages médiévaux sont rétablis ou modifiés dans les années 1630-1640. Un plan vers 1700 montre que l'ensemble du site (appelé Pré de l'Epavement) appartient alors à l'abbaye de Saint-Michel-en-l'Herm. Dès 1637, lorsqu'il entreprend de dessécher les marais de la Pénissière, à Marans, Pierre Geay de la Pénissière passe un accord avec l'abbaye de Saint-Michel-en-l'Herm pour pouvoir faire passer son canal de la Brie sur ses terres de Richebonne, et pour le faire aboutir dans le canal ou chenal du Grand Cravans, réhabilité. En échange, il s'engage à reconstruire une porte à l'embouchure de ce chenal, à l'entretenir et à entretenir le chenal. Les travaux durent jusqu'en 1647, mais Pierre Geay change ses plans : au lieu de faire aboutir son nouveau canal de la Brie dans le Grand Cravans, il poursuit le premier jusqu'à la Sèvre, interrompant de fait le second. En compensation, et pour permettre l'écoulement des eaux des marais de Richebonne, un nouveau canal parallèle au canal de la Brie, le canal du Petit Cravans (actuel canal du Cravans), est creusé, avec une porte et un pont à son embouchure. Quelques années plus tard, les canaux de la Brune et de la Banche sont creusés selon le même principe, entraînant l'abandon définitif du Grand Cravans. De cet ancien canal médiéval, il ne reste plus aujourd'hui qu'un bras d'eau qui prend naissance près du pont enjambant le canal de la Brune, en amont des portes, et qui se dirige en cul-de-sac vers le nord-ouest.

Les quatre portes de la Banche, de la Brune, de la Brie et du Cravans apparaissent vers 1700 sur une carte des environs de l'anse du Brault, établie par Claude Masse. Ce document en situe même une cinquième, sans doute disparue dès le 18e siècle. Elle se situait à l'ouest des quatre autres, à l'embouchure d'un canal qui demeure de nos jours sous la forme d'un fossé prenant naissance au pied de l'îlot de Richebonne. Les quatre portes apparaissent ensuite en 1820 sur le plan cadastral de Charron. Celles des canaux de la Brune et de la Banche possèdent une maison de garde (comme sur la carte par Masse vers 1700). Une troisième maison de garde, liée au canal de la Brie, sera établie au 19e siècle et démolie à la fin des années 1980. En 1820, les portes ne sont encore accessibles qu'en empruntant la digue qui longe la Sèvre depuis le passage (actuel pont) du Brault.

Enfin, le site est choisi à la fin du 19e siècle pour établir l'écluse du canal maritime ou canal de Marans à la mer, inauguré en 1888 et mise en service en 1891. L'accès au site est facilité par la création de la route, construite à partir de 1911 pour rallier la Vendée. Elle franchit le pont mobile (ancien pont) du Brault, le pont tournant de l'écluse du canal maritime, et les ponts lancés par-dessus les canaux de dessèchement. Le pont du canal de la Banche est détruit par les troupes allemandes en janvier 1945, puis reconstruit en avril 1947 par l'entreprise Henri Léon, de Fontenay-le-Comte.

Régulièrement menacé, voire inondé, au cours des siècles, lors des tempêtes, le site l'a été en février 2010 par la tempête Xynthia. Les deux dernières maisons de garde de portes encore en place, celles des portes du canal de la Banche et du canal de la Brune, ont été alors comprises dans la zone dite "de danger extrême" ou "zone noire", définie par l'Etat. Elles ont été démolies peu après.

  • Période(s)
    • Principale : 13e siècle, 2e quart 17e siècle, milieu 17e siècle, 4e quart 19e siècle

Le site des écluses du Brault se situe au sud de l'anse du même nom, qui marque un des derniers principaux méandres de la Sèvre Niortaise, en amont du pont du Brault. Le site comprend plusieurs ouvrages alignés à l'embouchure des différents canaux de dessèchement ou de navigation qui y aboutissent.*

Du sud vers le nord, on franchit successivement les portes du canal du Cravans, du canal de la Brie, du canal de la Brune et du canal de la Banche. Chaque porte est conçue de la même façon, comme toutes les portes des canaux de dessèchement du Marais poitevin autour de la baie de l'Aiguillon.

La porte est un ouvrage en maçonnerie qui enjambe le canal par une arcade, généralement voûtée. Ce passage couvert ou pertuis supporte un pont. Les abords de la porte, en amont comme en aval, sont renforcés par des bajoyers en maçonnerie (pierre de taille ou béton). Côté aval, la porte à flot est équipée de deux vantaux en bois busqués, pointés vers le chenal. Fixés à la maçonnerie par des pièces en métal, ils s'ouvrent à marée basse pour laisser s'écouler l'eau des marais desséchés acheminée par le canal, et se ferment à marée haute, sous la poussée de l'eau de la Sèvre, pour empêcher l'inondation des marais. En position fermée, les poteaux busqués se bloquent l'un contre l'autre de manière à maintenir les vantaux pointés vers l'aval (s'ils étaient alignés, les vantaux seraient plus vulnérables à la pression de l'eau).

En arrière, côté amont, le système est renforcé par une vanne verticale (en bois ou en métal), actionnée à l'origine par une vis sans fin à bras, depuis le 19e siècle par un ou deux crics à crémaillères. Cette vanne permet d'assurer l'étanchéité de la porte à marée haute, en cas de forte inondation ; mais encore à marée basse, même lorsque les vantaux sont ouverts, notamment pour retenir de l'eau dans le canal à la saison sèche.

Presque toutes ces portes (à l'exception du canal du Cravans) étaient accompagnées chacune d'une maison de garde, destinée à loger le portier chargé de sa manoeuvre et de sa surveillance.

Au-delà de ces portes, au nord, se trouve l'écluse du canal maritime ou canal de Marans à la mer, avec les bâtiments annexes qui lui sont associés.

  • Murs
    • calcaire
  • Statut de la propriété
    propriété d'une association, Les portes des canaux appartiennent aux syndicats de marais propriétaires de ces canaux. L'écluse du canal maritime et ses bâtiments sont la propriété de l'IIBSN.
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler

Documents d'archives

  • Vers 1700 : contentieux entre l'abbaye de Saint-Michel-en-l'Herm et Jacob Bruand, fermier de la métairie de Richebonne, et la société des marais desséchés de la Brie et la Pénissière.

    Archives départementales de la Vendée, La Roche-sur-Yon : H 130

Bibliographie

  • Durand, René, Bourdu, Daniel, Barbot, Guy. 4 générations de charpentiers de bateaux. Marans et le Marais poitevin : un pays, une ville, un port, un chantier naval aux XIXe et XXe siècles. La Crèche : Geste éditions, 2012. 291 p.

    p. 133-141, 158-172
  • Suire, Yannis. Le Bas-Poitou vers 1700 : cartes, plans et mémoires de Claude Masse, ingénieur du roi. La Roche-sur-Yon : Centre vendéen de recherches historiques, 2017, 368 p.

    p. 53, 71, 74, 289, 294-297, 337

Documents figurés

  • Le Brau où tombent les principaux canaux qui font les dessèchements des marais du Bas Poitou et d'Aunis, par Claude Masse, 1704.

    Service historique de la Défense, Vincennes : J10C 1293, pièce 15
  • 1820 : plan cadastral de Charron.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 3 P 5045
Date d'enquête 2018 ; Dernière mise à jour en 2018
(c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel
(c) Centre vendéen de recherches historiques
Suire Yannis
Suire Yannis

Conservateur en chef du patrimoine au Département de la Vendée depuis 2017.

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