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Site d'écluse de Losse

Dossier IA24001762 réalisé en 2011
Dénominationssite d'écluse
Aire d'étude et cantonVallée de la Vézère - Montignac
Hydrographiesla Vézère
AdresseCommune : Thonac
Lieu-dit : Losse
Adresse : Cadastre : 2014 ZA non cadastré L'écluse était construite le long de la parcelle actuelle n°31, section ZA.

Le recueil de plans des ouvrages d'art de la Vézère réalisé par l'ingénieur et topographe du roi François Ferry en 1696 fait suite aux lourds investissements et travaux menés depuis 1682 pour rendre navigable la Vézère. C'est le plus ancien document mentionnant l'existence du site d'écluse. Dans ce recueil, Ferry représente le "pas du château de Losse" (planche G) relevé en 1696, "ouvrage fait", c'est-à-dire qu'il a fait l'objet de travaux récents et achevés - d'ailleurs, ceux-ci l'ont peut-être été sous la conduite de Ferry lui-même. Le "pas" (ou pertuis, passelis, passage, écluse) que figure Ferry est implanté sur une digue qui barre le cours de la Vézère pour diriger l'eau vers un moulin situé en aval, au sud, le moulin banal de Losse. La retenue d'eau artificiellement formée servait aussi de "peychère" ou "pécherie", dont les droits appartenaient bien entendu au seigneur du lieu. Un lavis figurant une légère dépression de terrain au droit du pas suggère également la présence d'un "port", c'est-à-dire d'un débarcadère, pour les marchandises tirées des bateaux, situé sur la rive gauche de la Vézère, soit sur la rive opposée au château et au moulin ; ce port est attesté plus tard.

Sans doute en partie emporté par une crue de la Vézère, le "pas du château de Losse" fait l'objet de nouveaux travaux dans les années 1740. Initiés par l'intendant de Guyenne Claude Bouchet, ceux-ci donnent lieu à une adjudication remportée le 27 mars 1741 par Bertrand Amiguet, entrepreneur des ouvrages du roi, sous la supervision de Claude Vimar, ingénieur des ponts et chaussées. Terminés en 1744-1745 après qu'une nouvelle crue ait emporté la digue au cours des travaux, ils reprennent largement la configuration du "pas" établi dès la fin du XVIIe siècle avec, toutefois, une digue renforcée en pierre de taille et un débarcadère du "port" en "sol de pierre sèche" analogue à celui préexistant près du moulin. Au cours des décennies suivantes, les flottes des différentes sociétés échelonnées sur la Vézère débarquent et embarquent leurs marchandises, surtout du merrain, "à la pêcherie de Losse".

Suite aux destructions survenues au cours de la Révolution française, un projet de réparation du passelis est dessiné en 1813 par Habrie (conducteur des Ponts et Chaussées), sur la base de l'étude réalisée en 1786-1788 par l'inspecteur général des ponts et chaussées Nicolas-Thomas Brémontier, plus en amont de l'ancien "pas". Barrage, vannes et écluse à sas ont été construits entre 1825 et 1843 sur la base des plans dessinés en 1824 par Philippe Henry Conrad, ingénieur en chef pour la navigation de la Vézère à partir de 1822. Les travaux n'ont jamais été totalement achevés suite à la faillite de la Compagnie des canaux de la Corrèze et de la Vézère. Alors propriété de la concession Mévil, l'écluse est remise au domaine en 1897. Après l'arrêt du trafic batelier sur la Vézère (radiée des rivières navigables en 1926), le site tombe en ruine. Crues et prélèvement des pierre de taille précipitent sa disparition. Des parties maçonnées ne subsistent aujourd'hui que quelques assises.

Période(s)Principale : 4e quart 17e siècle
Principale : 2e quart 18e siècle
Principale : 2e quart 19e siècle
Auteur(s)Auteur : Conrad Philippe Henry
Conrad Philippe Henry

Entré à l'école nationale des Ponts et Chaussées en 1803. Alors en poste à Nîmes, il est chargé par Louis Becquey du projet de la navigation de la Corrèze et de la Vézère à partir de 1822. Il démissionne le 21 novembre 1830.


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ingénieur des Ponts et Chaussées attribution par source
Auteur : Ferry François
Ferry François (1649 - 12/09/1701)

Ingénieur né à Paris en 1649 et décédé à La Rochelle le 12 septembre 1701. Ingénieur ordinaire (v. 1669). Ingénieur en premier en Aunis (v. 1680). ).Ingénieur général des provinces du Poitou, de Saintonge, d'Aunis, de Guyenne et du Béarn (1690). [Blanchard 2, 281]


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Auteur : Amiguet Bertrand
Amiguet Bertrand

Entrepreneur des ouvrages du roi, sur le Lot (Saint-Vite, Lot-et-Garonne), sur la Vézère et sur l'Isle.


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entrepreneur attribution par source
Auteur : Vimar Claude
Vimar Claude ( - 1759)

ingénieur puis ingénieur en chef des ponts et chaussées de la généralité de Bordeaux.


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ingénieur des Ponts et Chaussées attribution par source
Auteur : Boucher Claude
Boucher Claude

Intendant de la généralité de Bordeaux de 1720 à juillet 1743.


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auteur commanditaire attribution par source

Du site, il ne reste aujourd'hui que les vestiges des maçonneries des vannes du barrage qui jouxtait l'écluse de Losse. Celle-ci était implantée le long de la rive gauche de la Vézère, légèrement en amont du château situé sur la rive opposée. C'était une écluse à sas composée de deux bajoyers droits parallèles de 44 mètres de long au total, construits en pierre de taille, autrefois équipés, en aval et en amont, de portes busquées. l'ensemble délimitait un bassin de dimensions inférieures au gabarit Freycinet (1879).

Murscalcaire pierre de taille
État de conservationvestiges
Statut de la propriétépropriété de la commune

Annexes

  • Mémoire de Bertrand Amiguet, entrepreneur des ouvrages du roi en charge des travaux de l’écluse de Losse, adressé à Claude Bouchet, intendant de Guyenne, s.d. [juillet 1743] (AD Gironde, C 1843, pièce orig. en papier, avec quelques galeries de vers).

    Transcription :

    "A Monseigneur Boucher, conseiller du Roy en ses conseils, intendant en Guienne

    Mémoire pour Bertrand Amiguet, entrepreneur et adjudicataire des ouvrages servant à la navigation sur la rivière de Vézère.

    En may 1741, l’adjudication des ouvrages servant à la navigation sur la rivière de Vézère fut faite à l’exposant dans l’hôtel et en présence de vôtre grandeur, c’est en cette qualité d’adjudicataire et d’entrepreneur de ces ouvrages qu’il se trouve obligé de se conformer à ce que luy prescrit le devis d’iceux. Ce faisant, il ne croit pas que led. Vimat ait aucun droit de le maltraiter comme il fait par des parolles aigres et des menaces des plus inouies. Il est bien dur à un honnette homme tel qu’est l’exposant d’être exposé journellement à la haine mal fondée que luy porte led. Vimar à qui il n’a jamais fait que des honnettetes et cela sans doute par ce qu’il a été le moins disant du prix des dits ouvrages contre le désir (sans le savoir dud. Vimar) qui auroit voulu que le nommé Marsaudon, maçon de Casteljaloux en fut été l’entrepreneur, voilà aparament ce qui courouse l’esprit dud. Vimar. Voilà, dis-je, ce qui le porte à s’oposer à toutes les dispositions que l’exposant fait pour l’avancement des ouvrages dont est parlé. L’avis dud. Vimar du 20 mars dernier qu’il ne peut révoquer en doute en fait foy. Voicy ce qu’il porte.

    1° Il est certain que pour la construction de ces ouvrages [fol. 1v°] aussy importants, il faut les matériaux nécessaires, les faire voiturer, les faire tailler, qu’il faut pour cela beaucoup de manœuvres, de même qu’à la pierre que l’exposant à fait tirer à Saint-Vic parce que la pierre ne se tire pas des carrières d’elles-mêmes, cependant led. Vimar traite de contravention manifeste les achats de ces matériaux aussy bien que l’employ des manœuvres. Votre grandeur, Monseigneur, est respectueusement supliée de faire attention au stile dud. Vimar qui veut faire à croire que l’achat des matériaux, les bouviers pour les voiturer, les manœuvres pour les travailler ne doivent point servir pour coopérer à la construction des ouvrages susdits.

    2. Led. Vimar est dans les mêmes sentimens touchant les 100. barriques de chaud que l’exposant a à Saint-Vic pour la susdite construction. Est-il croyable que pour des pareils ouvrages la chaud soit inutile qu’il en faut très peu.

    3. Ledit Vimar dit encore que les 2 500. tomberaux de sable que l’exposant a audit lieu pourroient estre encore dans la rivière qu’il le croit. A-t-on jamais oüi dire que quand l’on se transporte sur des lieux pour y faire visite des matériaux ou quelque autre chose, et pour en rendre compte, l’on puisse se servir comme fait le sieur Vimard du terme (je crois que telle chose ny est pas) ou laisse à penser qu’elles peuvent estre pareilles visites.

    Led. Vimar dit que l’exposant a audit lieu du ciment, du bois, des cloux avec des outils. Il paroit qu’il en a fait la visite, mais qu’il en a fait l’estimation à sa fantaisie, au préjudice de l’exposant.

    [fol. 2r°]

    4. Le pont sur lequel on traverse le ruisseau de Condat étant impraticable, a été réparé par l’exposant pour le sûr transport des matériaux. Cependant, le sieur Vimat qui y a passé dit contre la vérité qu’il n’a pas vu cette réparation, qu’elle est indépendante des ouvrages dont il est adjudicataire (on le sçait), mais on ne sauroit disconvenir que cette réparation ait été utile et par conséquent indispensable pour le transport des matériaux destinés pour les dits ouvrages pour ce qu’il n’y a point d’autres routes.

    5. Led. Vimar dit que l’exposant n’a pas suivy dans la réparation du pertuy de Losse ce que luy prescrit le devis. Il s’est gardé en cela de dire la vérité sans expliquer à vôtre grandeur de quelle manière les choses ce sont passées mais voicy comment :

    Au mur du pertuy apellé Damon [i.e., d’amont], il y en avoit six toises de long sur 3. pieds de large qui paroissoient bon et solide, sur quoy l’exposant auroit dit cela aud. Vimar qui luy répondit qu’il le visiteroit quand il seroit sur les lieux. En effet, y étant et aïant visité cette partie de mur, il dit à l’apareilleur de l’exposant (à l’absence de ce dernier) que ce mur étoit bon de continu[er] l’ouvrage.

    Or, il paroit que sy l’exposant n’a pas suivy ce que luy prescrit le devis, que c’est led. Vimar qui en est la cause, aussy bien que des dégradations [fol. 2v°] arrivées au derière du pertuy (à suposer toute fois qu’il ne faille pas blamer la crûe et la rapide imprévue de l’eau.), ayant ordonné à l’exposant de restrindre le mur d’aval en dedans l’aile de terre du pertuy à cause que est le marquis de Losse le luy auroit demandé.

    Et ce mur ainsy batty bornant entièrement la circonférence de cette aile de terre, il est arrivé que la crûe de l’eau s’étant faite passage au travers le mur d’amont et trouvant à son cours et à sa rapidité le mur d’aval aposé comme étant par travers, il n’est pas étonnant sy l’eau a violament pressé l’aile de terre se mouvente derière le pertuy, étant obligée par l’oposition du mur d’aval de retourner sur elle-même, par conséquent, de faire ébouler la dite terre pour se faire passage comme elle a fait au-dessus la pointe du mur d’aval et de suivre sa partie naturelle, par ce que l’exposant a remarqué que l’eau se porte avec beaucoup plus d’inclination vers le mur d’amont qu’à pas un autre endroit.

    Ainsy l’on void clairement que s’il y a de la faute, elle doit estre imputée aud. Vimar et à M. le marquis de Losse, parce qu’il est constant que sy le mur d’aval n’avait pas été aposé au cours de la rivière, il n’y auroit pas eu aucune dégradation à la terre derière le pertuy et l’eau n’y auroit pas étably son cours comme elle a fait à prendre depuis le mur d’amont jusques au-dessus de la pointe de celuy d’aval en figure de demy-circonférence. Or, sy le mur [fol. 3r°]

    6. d’aval est prolongé par une digue jusques au bord du pré, il faut conclure qu’à la première crue de l’eau et où il arriveroit qu’elle détruisit le mur d’amont qu’elle prendroit encore un passage au-dessus de cette digue et conséquament qu’elle occasionneroit à la terre derrière le pertuy une bien plus grande dégradation que celle qui est arrivé dernièrement. Il y a tout lieu de conjecturer que cela arrivera si le mur d’aval et la digue sont pratiqués comme il est ordonné par l’ordonnance de vôtre grandeur.

    Sur quoy, l’exposant maintient que le mur d’aval doit être démoly et qu’il n’y ait point de digue, qu’il doit estre substitué à leur place, de même que sur toute la superficie de l’aile de terre du pertuy, du jetin. L’on sçait que les racines des jetins lient et afermisent les terres sablonneuses. Cela étant, il est constant qu’à la crûe de l’eau, elle y passera au travers sans aucun obstacle d’autant plus que roulant avec elle un sable très épais, il est sans doute qu’elle en laissera sur la dite aile de terre extraordinairement par ce qu’il sera arrêté de part et d’autre par le jetin. Il est donc d’une nécessité indispensable que le mur d’aval soit démoly comme inutile et oposé au cours de l’eau par la même raison. Il est aussy à propos qu’il n’y ait point de digue, l’exposant en donnera un plan figuré à la fin de ce mémoire.

    7. De plus, le sieur Vimar dit que l’exposant apelle creux un canal qui se trouve au-devant le mur d’amont sur quoy on répond que ce n’est point un canal parce que l’on ne qualifie de canal que ceux qui sont faits pour la communication d’aucune rivière et des murs tels sont le canal royal du Langudoc et celuy d’Orléans. [fol. 3v°] D’ailleurs, led. Vimar a omis dans son plan ce prétendu canal.

    8. Dit aussy led. Vimar que les dommages arrivés au pertuy de Losse couteront à l’exposant 5 000 l.t. Il est le maître de grossir les objets autant que son microscope les fait paroistre, mais l’exposant soutient que le mur d’amont ne luy coutera que 500 écus, que s’il faloit le battir à pierre sèche comme est la chaussée du moulin, il en couteroit moins de 200 écus.

    9. Dit encore led. Vimar que la galerie de Saint-Vic est estimée 1155 l.t. L’exposant soutient qu’il en a coûté pour cet ouvrage 200 l.t., que s’il avoit suivy l’avis dud. Vimar, il l’auroit batty en l’air. La raison est que led. Vimar vouloit que les 38 poteaux qui soutiennent cette galerie ne fusent mis dans le rocher qu’à un pied de profondeur. L’exposant au contraire pour battir solidement les a mis à 25 et 30 pouces de profondeur. Enfin, c’est toujours en vain que led. Vimar tache par un espère de mépris d’oposer le contraire à tout ce que fait l’exposant et de le traiter de charpentier. L’on sçait qu’un véritable charpantier par le dessein de son art mécanique couronne les plus superbes édifices, que sont art est tout géométrique, aussy bien que celuy des ingénieurs.

    10. Dit aussy le sieur Vimar que pour se mettre en état de rendre un compte exact à vôtre grandeur de la situation de l’exposant, il ne pourra se transporter au lieu de Saint-Vic et Guarrigue que vers la fin d’avril 1743 [fol. 4r°] pour toiser les matériaux que l’exposant y a, en faire l’estimation aussy que des outils et équipage qui s’y trouvent.

    Cependant, le sieur Vimar n’est party de Bordeaux pour Saint-Vic et Guarrigue que le 27e jour de may suivant, desquels endroits il en est revenu et arrivé à Bordeaux que le 12 du mois de juillet aussy suivant ayant employé 47 jours dans ce voyage desquel pour l’aller et venir l’on compte 8. jours lesquels distraits de 47. reste 39 jours qu’il a employé à faire le toisage et estimation susdite.

    Après l’arrivée dud. Vimar à Bordeaux, l’exposant se seroit transporté chés le sieur Vimar où étant luy auroit demandé s’il avoit fait le toisage et estimation susdite, à quoy led. Vimar auroit répondu qu’il n’en avoit point encore fait le calcul de son état. Par cette réponse, il est aisé de voir que led. Vimar par des mouvements concertés éloigne toujours l’exposant, qu’il l’empêche de pouvoir travailler avec succès aux susdit ouvrages, qu’il cause par ces moyens la dépérition des matériaux dont est parlé, qu’à rendre quoy, il est juste qu’il en indemnise l’exposant.

    C’est pour quoy l’exposant se trouve forcé [fol. 4v°] de recourir à vôtre grandeur, crainte que son silence ne porte led. Vimar a éluder plus de tems de rendre compte à vôtre grandeur de la visite qu’il vient de faire des matériaux, outils et équipages que l’exposant a à Saint-Vic et Guarrigue, desquels il a joint à ce mémoire un fidelle état par luy affirmé véritable. Par lequel, il paroit qu’il a fidellement employé la somme de 17 000 l.t. qui luy a été avancée, qu’en outre il est d’avance à présent de celle de 11 689 l.t. 16 s., que pour en […] plus amplement vôtre grandeur, il vous plaise de vos graces nommés d’office tel homme compétant pour faire le toisage des matériaux susdits, estimation d’iceux et des outils et équipages qui son à Saint-Vic et Guarrigue, enjoindre à l’exposant par la même ordonnance d’en nommer aussy un pour luy, aussy compétant et à même raison, pour, par cet expédient, découvrir la vérité à laquelle led. Vimar opose les nuages les plus obscurs qui donnent ocasion au retardement de l’avancement des dits ouvrages ce qui cause que l’exposant est en souffrance [fol. 5r° ; relié entre les folios 4v° et 5r°, le « Plan du pertuy proche le château de Losse » (cf. IVR72_20192403561NUC2A)] et en nécessité de la somme de 6 000 l.t. qu’il demande acompte de celle de 11 689 l.t. 16 s. qu’il a avancé, d’autant plus que suivant l’adjudication, il doit être payé au fur et à mesure que les dits ouvrages se fairoient. Ainsi, vôtre grandeur s’aperçoit qu’il est indispensable que cette somme de 6 000 l.t. luy soit comptée justement pour être employée à l’avancement des dits ouvrages, eu égard aux avances faits par l’exposant, par ce que s’il passoit l’esté sans y travailler, cela tirerait à conséquence, ne pouvant les avoir faits dans le tems que luy prescrit l’adjudication.

    Griefs légitimes que l’exposant a aussy au sujet des dégradations arrivés au pertuy de Losse dont le plan est cy-attaché.

    12. 1° Le mur d’évasement appellé d’amont est celuy marqué par la lettre A: dans le plan cy-contre qui doit être prolongé de toute la partie marquée C. vers la partie A:, l’eau de la rivière s’y porte avec beaucoup plus d’inclination que du cotté marqué lettre D: de sorte que dans sa crûe, elle s’y porte abondamment avec rapidité. C’est pour [cela qu’]il n’est pas étonnant sy précédament elle a détruit en partie [fol. 5v°] le mur A: qui avoit encore six toises de longueur sur trois pieds d’épaisseur. Lorsque l’exposant dit aud. Vimar que ce mur paroisoit bon et solide, à quoy ce dernier répondit qu’il le visiteroit ce qu’ayant fait il dit à l’apareilleur de l’exposant de ne point le démolir, au contraire de continuer l’ouvrage qu’il convenoit estre fait pour le mettre à la même épaisseur de la partie du mur E auquel il est joint, ce qui a été fait.

    2° Ensuite, lorsque l’exposant commença de travailler au mur apellé d’aval marqué lettre F: qu’il devoit le battir jusques à la lettre marquée G. suivant le devis. Et l’ayant batty jusques à la lettre H :, Monsieur le marquis de Losse demanda alors aud. Vimar que la partie du mur G: fut portée et battie sur le plan I: ce que l’exposant a fait par l’ordre dud. Vimar suivant le devis de M. le marquis de Losse.

    3° Par la construction du mur I: et de celuy A:, ce dernier à l’oposite du courant des eaux. Il est visible et aussy clair que le jour de voir qu’à l’événement de la crüe de l’eau comme il est arrivé, que le [fol. 6r°] mur I: bornant par travers l’aile de terre L: se trouve oposé au passage de l’eau qui détruisit pour se faire passage 5 à 6 pierres du mur a. Et se portant avec rapidité en droite ligne sur le mur I: comme il est indiqué par les lettres M:, l’eau étoit obligé de retourner sur elle-même.

    Or, il luy faloit trouver son cours et par conséquent son passage, il étoit nécessaire qu’elle fit ébouler comme elle a fait la terre de l’aile derrière le pertuy pour prendre son en forme de demy-circonférence au-dessus la pointe du mur I. comme il se void marqué lettre N.

    4° On ne peut donc comme on a fait attribuer à l’exposant la faute des dégradations arrivées à l’aile de terre marquée L. M: N: puisqu’il n’a fait que la volonté dud. Vimard et celle de Monsieur le marquis de Losse, attendu que cet l’oposition et la situation du mur I: qui a donné occasion à cette dégradation par ce que précédament il n’y en a pas eu de pareille par les crue des eaux. D’où il résulter que le mur I doit estre démoly, qu’il non reste uniquement que la partie F: que la digue Lettre O: ordonnée estre faite ne le soit pas par ce qu’aux événemens des crues de l’eau de la rivière [fol. 6v°] sy elle exede le mur C: A: comme il arrivera indubitablement, cette digue ainsy pratiqué joint au mur I: seroit encore un bien plus grand obstacle pour accosionner que l’eau prit son cours en éboulant les terres comme est dit pour passer au lieu marqué lettres P: Pour quoy, il paroit à propos et convenable pour la navigation de substituer au lieu et place du mur H: I: G: des nasses jusques en N. ou de piquer toutes l’aile de terre M. L. N. de jetin, lequel dans les crues des eaux et autrement ne sera pas vu obstacle pour empêcher le passage de l’eau, mais arrêtera sur luy même les sables épais que la rivière roule en semblables ocasions, cela paroit frapant et ne souffre aucune dificulté d’ordonner que le mur I: soit démoli comme est dit et que la digue O: ne soit point pratiquée.

    5° A l’égard du mur d’amon marqué A.C.E., il est à propos qu’il soit ainsy batty que le double parement marqué lettre Q: ordonné estre fait, soit paié à l’exposant comme augmentation desdits ouvrages attendu que le devis n’en fait aucune mention.

    6° Il est aussy ordonné à l’exposant de mettre des facines avec des jetins à la teste du mur C:, led. Vimard n’ayant point expliqué comment elles doivent être mises, c’et à dire à quelle distance du mur, profondeur, ny auteur ny largeur, l’exposant ne peut au hazard faire cet ouvrage et n’étant [fol. 7r°] pas porté par le devis. Sy à ce sujet, il y arrivoit quelque événement imprévu, le sieur Vimar ne manqueroit pas de prétexter pour en rejetter la faute sur l’exposant, d’autant plus que cette réponse est aussy une augmentée desdits ouvrages.

    Par tout ce qui vient d’être dit, n’est-il pas visible qu’on a surpris cette ordonnance <de la religion> de vôtre grandeur, qui condamne l’exposant à indemniser M. le marquis de Losse de dégradations arrivées à l’aile de terre du pertuy de Losse, l’on a fait voir que ceux qui y ont donné occasion sont le sieur Vimar et Monsieur le marquis de Losse. D’ailleurs, l’exposant ne peut légitimement estre tenu en aucune façon d’indemniser à M. le [marquis] de Losse les susdites dégradations que l’eau par sa crüe a fait par événement à l’aile de terre du pertuy, on l’a cy-devant prouvé et au contraire il n’est tenu que de réparer les ouvrages qu’il doit faire sy dans l’an et jour ils arrivent à se détruire. D’ailleurs, s’il faloit que l’exposant fut responsable de tous les événements que la crüe de l’eau peut faire en dégradant les terres qui bornent la rivière de Vézère et que chaque particulier dont les terres seroit endomagés présentassent leur requeste à votre grandeur pour obtenir de pareilles condamnation qu’a obtenu M. le marquis de Losse au préjudice de l’exposant, il faudroit à ce dernier cent fois autant et plus d’argent qu’il en faut pour la construction desdits ouvrages.

    7. L’exposant n’étant pas à l’abry des crües de l’eau, il ne peut estre tenu des dégats qu’elle fait dans sa course, à bien moins encore qu’en elle prend un cours oblique comme elle a fait [fol. 7v°] pour dispenser les moulins de M. le marquis de Losse de l’env de pouvoir moudre. L’exposant n’y [ne connaît] pas un homme du monde ne pouvant empêcher le caprice de l’eau des rivières.

    Le tout considéré, il vous plait de vos grâces Monseigneur, vu l’importance des griefs de l’exposant et les faits dont s’agit le relaxer de ce à quoy il a été condamné par votre ordonnance du deux février 1743 envers le Monsieur marquis de Losse, ordonnance surprise de la religion de votre grandeur.

    8. Laquelle Monsieur de Losse et led. Vimar ont tellement reconnu surprise qu’ils ont faits signer à l’exposant par des menaces les plus outrées pour le surprendre aussy, ce qui est […] et sans exemple. De plus, ordonner que les facines à jetin ordonné être mises à la tête du mur d’amon seront payées à l’exposant comme augmentés d’ouvrage n’estant pas portés par le devis que le sieur Vimar luy en donnera le plan, sur lequel elles doivent estre pratiquées et le nombre qu’il en faut ; que le mur d’aval sera démoly comme est dit cy-devant ; qu’il n’y aura point de digue ; que toute l’aile de terre au derière le pertuy de Losse sera piquée de jetin au dépens de Monsieur le marquis de Losse. En outre, ordonner que pour l’avancement des dits ouvrages, il soit sans délay compté à l’exposant la somme de 6 000 l.t., acompte de celle de 11 689 l.t. dont il est d’avance suivant son état cy-raporté ayant employé par lesdits ouvrages celle de 17 000 l.t. à luy avancée en attendant qu’il soit [fol. 8r°] par votre grandeur nommé d’office telle personne compétante pour faire le toisage des matériaux que l’exposant a à Saint-Vic et Guarrigue, ensemble des outiles et équipages mentionnés audit état ; enjoindre aussy à l’exposant d’en nommer une autre personne compétante à même raison pour que votre grandeur soit mieux cerciorée [?] de la véritable situation de l’exposant pour développer la vérité à laquelle le sieur Vimar s’opose actuellement et icelle trouvée ordonner que le sieur Vimar sera tenue par les voyes de droit d’indemniser l’exposant de sa dépérition [sic] des matériaux susdits, desquelles il en sera fait état ensemble du retardement de l’avancement desdits ouvrages occasionné aussy par le sieur Vimar dont en sera fait état et fera justice.

    [Signature :] Amiguet."

  • Lettre de Bertrand Amiguet, entrepreneur des ouvrages du roi en charge des travaux de l’écluse de Losse, à Louis-Urbain Aubert de Tourny, intendant de Guyenne, s.d. [lettre postérieure à juillet 1743] (AD Gironde, C 1843, pièce orig. en papier).

    Transcription :

    "A Monseigneur le marquis de Tourny, conseiller du roy en ses conseils, maître de Requettes de son hôtel, et intandant en la généralité de Guienne,

    Suplie humblement, Bertrand Amiguet, entrepreneur des ouvrages du roy, disant qu’ayant esté chargé de faire les ouvrages nécessaires sur la rivière du Lot en agennois, et à l’écluse de Losse, sur la Vézère en Périgort, par Monseigneur de Boucher, prédécesseur de vôtre grandeur, suivant l’adjudication qui en fut faitte au supliant, le 27 mars 1741. Le supliant se donna dès ce jour-là tous les soins et mouvement, convenable aux dits ouvrages. Ceux de l’écluse de Losse sont parachevés, depuis le mois de novembre dernier, et le supliant a fait une partie de ceux de la rivière du Lot, pour la continuation desquels il a acheté et fait transporter quantité de matériaux [fol. 1v°] pour parvenir à metre lesdits ouvrages dans l’état où ils sont aujourd’huy, il a faleu que le supliant ayt fait des avances très considérables. Et vôtre grandeur verra par le conte qu’il a l’honneur de luy présenter que la dépance du supliant exede la recette de la somme de dix milles quinse livres, trois sols et six deniers.

    Et comme le supliant, qui se trouve en avance de cette somme de dix milles quinse livres trois sols six deniers, a mieux aimé sacrifier aux ouvrages du roy, non seulement l’interest qu’il auroit retiré de cette somme, s’il l’avoit employée ailleurs, mais encore ses veilles et ses soins, et ceux de ses deux fils, qui tout comme luy n’ont pas cessé de travailler aux dits ouvrages, il espère que vôtre grandeur, par la justice ordinaire, voudra bien ordonner le payement de laditte somme de dix milles quinse livres trois sols six deniers.

    Le supliant a non seulement besoin d’être remboursé de cette somme, paraport à ses propres affaires, mais encore par ce que la saison des ouvrages qu’il doit continuer sur le lot, estant prochain, et se disposant de finir de faire transporter les matériaux, qui sont à transporter pour metre ses ouvriers en œuvre, il seroit à la veille d’estre exposé à faire des nouvelles avances.

    Ce considéré, Monseigneur, il vous plaise devoir grace [fol. 2r°] donner acte au supliant de la remise de son compte, et icelluy vu, examiné et arrêté par vôtre grandeur, jusques à ce jour, à raison des articles y énoncés, ordonner au receveur des fonds, des ponts et chaussées de la présente généralité, de payer au supliant la ditte somme de dix milles quinse livres trois sols six deniers, du reliquat de son conte, et le supliant continuera ses vœux et priaires au ciel pour la santé et prospérité,

    Monseigneur, de votre grandeur,

    Amiguet, supliant"

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Gironde. C 1843. Ponts et chaussées - Entreprises - Résiliations. 1741-1745 (104 pièces en papier, dont 5 plans).

    Archives départementales de la Gironde : C 1843
Documents figurés
  • Recueil de cartes, plans et profils des ouvrages faits pour la navigation de diverses rivières de Guyenne, levés par M. Ferry dans la visite qu'il en a faite à la fin de l'année 1696. Avec des remarques & mémoires sur lesdits ouvrages. Dessin, encre et aquarelle, par François Ferry, 1696.

    Planche G Archives départementales de la Gironde, Bordeaux : 3 JC 17
  • "Plan du Pertuÿ proche le château de Losse en Périgord", s.d. [entre 1741 et 1745], échelle de 5 toises (AD Gironde. C 1843. Ponts et chaussées).

    Archives départementales de la Gironde : C 1843
  • "Plan de l'ecleuse et digue de Losse en Périgord, générallité de Bordeaux" signé par Bertrand Amiguet, entrepreneur des ouvrages du Roi, s.d. [entre 1741 et 1745], échelle de 24 toises (AD Gironde, C 1843).

    Archives départementales de la Gironde : C 1843
  • "Ellévation dévelopée de la partie A, fait en 1744", échelle de 5 toises (AD Gironde, C 1843).

    Archives départementales de la Gironde : C 1843
  • "Plan du Pertuy de Losse sur la rivière de Vézère", s.d. [vers 1744], échelle de 30 toises (AD Gironde, C 1843).

    Archives départementales de la Gironde : C 1843
  • "Plan du Pertuy proche le château de Losse", s.d. [vers 1744], échelle de 25 toises (AD Gironde, C 1843).

    Archives départementales de la Gironde : C 1843
Périodiques
  • SECONDAT Marcel. "Évolution économique d'une communauté rurale : Plazac depuis le XVIIIe siècle (suite)". Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, tome CIII, année 1976, p. 34-62.

    p. 49 et 51-52 (mention de la "pêcherie" [le port] de Losse)
(c) Conseil départemental de la Dordogne ; (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel - Marabout Vincent - Pagazani Xavier