Dossier IA24004332 | Réalisé par
Repaire noble de Belcayre, puis château
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  • (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Vallée de la Vézère - Montignac
  • Commune Thonac
  • Lieu-dit Belcayre
  • Cadastre 1813 C 384 et 385  ; 2011 OC 270 et 271
  • Dénominations
    château, manoir
  • Genre
    seigneurial
  • Appellations
    Repaire noble de Belcayre , château de Belcayre
  • Parties constituantes non étudiées
    pigeonnier, carrière, jardin d'agrément, pavillon d'entrée, écurie, terrasse en terre-plein, puits, pressoir à vin

LE REPAIRE NOBLE DE BELCAYRE

HISTOIRE

Les origines

Si des membres de la famille "Belcayre" sont attestés à partir de 1298 (R. de Belcayre vend une terre à Garin de Cramirac) et sont souvent cités dans les textes par la suite (notamment en 1305 lorsque Galhard de Belcayre donne à sa sœur Bernade Cramirac plusieurs pièces de terres situées à Sergeac), la mention la plus ancienne de la seigneurie remonte à l'année 1331 et concerne une terre qui en dépend et qui est placée dans sa mouvance : "muo de Hibelna de Belcayre". Puis, en 1365, un hommage est rendu pour "Belcayre" mais sans plus d'information. La première citation précise date de 1361 : "Johannes de Belcayre, eiusdem parochie [parochia de Tonaco]" rend hommage pour sa terre au comte de Périgord, seigneur-châtelain de Montignac, le 15 novembre de cette année-là. On apprend donc par ce texte que le domaine appartient en 1361 à la famille de Belcayre et qu'il relève alors directement de la puissante châtellenie de Montignac. Il faut en inférer que Belcayre fut créé lors du grand mouvement d'implantation de points d'appui dans l'organisation castrale châtelaine de Montignac visant à protéger le territoire aux XIIIe et XIVe siècles ; pour ce faire, le seigneur-châtelain concéda en fiefs des portions de territoire à des membres de la chevalerie de son entourage, domicelli ou milites castri. Ce fut le cas pour la création de La Bermondie, de La Dauradie (alias Féletz), de Peyretaillade (alias Losse), de Sauveboeuf ou de Coulonges, pour ne citer qu'eux.

Aucun vestige architectural ne semble pouvoir être daté de cette période. Toutefois, on peut être assuré que l'occupation du lieu, éminemment stratégique, remonte bien au Moyen Âge : ainsi placé à l'intersection de trois anciennes paroisses, Thonac, Saint-Léon et Sergeac, et en surplomb sur la Vézère, le site, certainement fortifié, protégeait et contrôlait le trafic fluvial en même temps qu'il verrouillait l'accès aux paroisses précitées et, au-delà, à la remontée, à Montignac.

Le site n'est pas documenté pour la période de la guerre de Cent Ans, mais il est fort probable qu'il subit d'importants dommages comme tant d'autres édifices du territoire – des destructions sont attestées aux châteaux voisins de La Salle et de Chaban, à Saint-Léon-sur-Vézère, ou encore des évêques de Périgueux, à Plazac. Cette hypothèse trouve un début de confirmation dans les nombreuses pierres rubéfiées remployées dans la maçonnerie actuelle, qui sont les indices d'un violent incendie – comme aux châteaux voisins précités, détruits puis reconstruits avec des pierres remployées.

La construction

En 1502, un mémoire établi pour le seigneur d’Albret contre la dame de Montrésor, qui décrit le comté du Périgord, indique qu’à "Tonnac, [il] y a de gentishommes, monseigneur de Peyretaillade [Losse], Belcayre, Cazerac [Jean de Casnac ou Cazenac, Cazerac, originaire de Beynac], Jehan Bermon, Antoyne Berm[on] et Ramonet Berm[on] ; chacun a sa metayrie franche et beaux domaines, chacun cinquante livres de rente, monseigneur n'y prend rien." On apprend donc qu'à cette date, le domaine de Belcayre rapporte à son possesseur les mêmes revenus que les deux plus importantes seigneuries de la paroisse, Losse et La Bermondie. En revanche, on ignore si "Belcayre" appartient encore à la famille éponyme ou s'il est déjà possédé par la famille de Reilhac (ou Reilac, Reillac, Rilhac, Rilac). On aimerait d'autant plus le savoir que c'est précisément au cours de cette période, au début du XVIe siècle, qu'est bâti le bâtiment principal actuel, si l'on en juge par ses critères internes. Porte d'entrée au pied de la tour d'escalier, à cadre à chanfreins concave (linteau) et convexes (piédroit) ; fenêtres à chanfrein droit ou concave, à appui mouluré ou à accolade sur le linteau ; grandes fenêtres à croisillon en pierre et à moulures à listel sur bases prismatiques dans l'ébrasement se recoupant en partie haute ; maçonnerie de moellons (avec de nombreux remplois) pour les murs et en pierre de taille pour les parties vives ; hautes toitures à forte pente sont les principales caractéristiques qui autorisent cette datation : celles-ci se retrouvent, notamment, au château de La Salle à Saint-Léon-sur-Vézère, daté par analyse dendrochronologique de 1494-1506, ou au repaire noble de Cramirac, daté par la même méthode de 1508-1509.

Assise sur un éperon rocheux consciencieusement aplani, la nouvelle maison noble se limite alors au seul grand corps de logis orienté est-ouest, de plan trapézoïdal (environ 20 m de long sur 8,5 m au plus large, à l'ouest, et 6,8 m au plus étroit, à l'est) et dressé de façon à barrer l'accès à la pointe de l'éperon, celle-ci, laissée libre, faisant ainsi office de terrasse naturelle offrant un panorama incomparable sur le paysage alentour. Le corps de logis, qui comprend un rez-de-chaussée et un étage carré, est couronné par un chemin de ronde (disparu de longue date, celui-ci correspond au niveau de surcroît en retraite), porté par des consoles à triple corbeau que surmonte un haut toit à forte pente, vraisemblablement couvert en lauze à l'origine. Un escalier en vis, logé dans une grosse tour circulaire hors-œuvre adossée au sud, dessert tous les niveaux. Le volume vertical de la tour d'escalier dominait l'ensemble, car plus haute et surmontée par son propre chemin de ronde (le chemin de ronde actuel a été refait au début du XXe siècle) et sa grande toiture conique.

Les Reilhac au XVIe siècle

On l'a dit, plusieurs textes attestent que le fief est entre les mains de la famille de Reilhac au XVIe siècle. Le 29 septembre 1541, Hélène (ou Hélie) de Reilhac, "dame de Belcaire et de La Peronnye", rend hommage au comte de Périgord pour l'hôtel noble de La Peyronnie à Saint-Léon-sur-Vézère et pour celui de Belcayre, à Thonac, ainsi que pour le moulin de Saint-Léon, sur la Vézère, à la redevance d'une paire de gants blancs pour le moulin. Le 27 janvier 1583, "messire Anthoyne de Vilhiat [Reilhac], seigneur de Pelusy [Pelvésy], de Lescoux [Lascaux] et Balcayre, chevallier de l’ordre du roy" rend hommage au roi de Navarre pour "ses nobles mizons de Lescoulx [et] Balecayre" (AD Dordogne, 2 E 1828/8-18). Marié à Françoise de Carbonnières, héritière de Pelvézy, Antoine de Reilhac était seigneur de Lascaux, de Pelvézy et de Belcayre, mais aussi chevalier de l'ordre du roi et gentilhomme ordinaire de sa chambre. C'est sans doute lui qui, le 19 août 1586, avec Jean-Guy de Beynac, seigneur de Tayac, son fils aîné Gaspard II de Reilhac, seigneur de Pelvésy, "et autres du parti de la Ligue, assiègent St Cyprien qui estoit religionaire [protestant]" (Jean Tarde).

Au printemps 1592, toujours selon le chanoine Jean Tarde, "le sieur de Baynac [Geoffroy de Beynac, baron de Beynac et de Commarque] fît de nuit pétarder la maison de Belcayre-sur-Vézère, où il prind le sieur de Las Caours [Lascaux], maistre de la maison [Antoine de Reilhac] et le mena prisonnier à Baynac." Le seigneur de Beynac laissa une petite garnison à Belcayre, qui ne fut délogée qu'à la fin de l'été par Foucaud d'Aubusson, seigneur de Beauregard. Ces événements suggèrent que le château a subi des destructions ou, du moins, des déprédations importantes. Gaspard II de Reilhac, dit le "cappitaine Belcaire" du vivant de son père, devient seigneur de Pelvézy, Lascoux et Belcayre (J. Tarde). C'est sans doute de cette époque que date le début du lent déclin de la seigneurie : non seulement Belcayre a été pillé et saccagé, mais aussi il n'est plus qu'un fief secondaire pour la famille de Reilhac. À la fin du siècle, Raymond de Reilhac, écuyer, est condamné à payer sous quinze jours à François de La Bermondie, sieur de La Brande, et d'autres personnes la somme de 880 livres qu'il doit au seigneur de Beynac, à moins "qu'il n'aime mieux leur permettre de jouir de la maison et repaire noble de Belcayre" (AD Dordogne, B 1148).

Les Calvimont de Belcayre et les Cézac aux XVIIe et XVIIIe siècles

Le 31 décembre 1610, Madeleine de Reilhac, fille de Gaston, écuyer, seigneur de Pelvézy et Belcayre, apporte en dot ce dernier à son mari, Louis de Calvimont, chevalier, seigneur du Cheylard à Rouffignac et de La Fest. La situation de la seigneurie ne semble cependant guère évoluer favorablement avec les nouveaux propriétaires : en 1708, Jean de Calvimont, seigneur de Belcayre, qui devait s’acquitter de trente livres de capitation (un impôt créé par Louis XIV en 1695), voit cette somme réduite à vingt livres lorsque l’administration s’aperçoit de la faiblesse de ses revenus, comme l’indique une note en marge du registre : "est pauvre, modéré à vingt livres" (ROYON 2011, p. 110). Et les perceptions des années suivantes donnent à voir l'appauvrissement progressif de Calvimont : bien qu’ayant fief, celui-ci verse seulement quinze livres en 1713, puis dix livres en 1714 (Ibidem, p. 111). Vers 1740, la seigneurie entre par mariage dans la maison des Cézac (qui ne la revendra qu'à la fin du XIXe siècle) : Antoine de Cézac, écuyer, est seigneur de Belcayre au droit de son épouse Marguerite de Calvimont ; en 1757, le couple dispute la possession d'îlots sur la Vézère au marquis de Losse (AD Dordogne, B 1524). C'est peut-être à eux que l'on doit la construction (ou la reconstruction) d'un corps de logis secondaire, situé à l'ouest, en retour d'équerre du grand corps de logis et en partie adossé à lui, dont les portes et fenêtres, à linteau délardé en arc segmentaire, sont caractéristiques de ce siècle. En 1789, "messire Jean de Cézac, chevalier, seigneur de Belcayre et coseigneur de Campagnac" est parmi les votants aux États généraux.

L'étendue du domaine à la fin de l'époque moderne

En 1696, le site avait été localisé sur la carte de la vallée de la Vézère par François Ferry, ingénieur-topographe du roi, comme un fief important, c'est-à-dire digne d'y figurer. Important, le domaine l'était assurément, même s'il figure comme simple "maison noble", et non "château", sur la planche n° 23 levée par Belleyme en 1768. Au regard de son étendue et de ses dépendances, il l'était encore en 1792, au moment où fut dressé l'inventaire des biens meubles du château de Belcayre et de ses dépendances le 18 mai 1792. Outre le domaine proche, soit la réserve seigneuriale au centre de laquelle se trouve le bâtiment principal, l'ancienne seigneurie comprenait alors :

1° le domaine "de Vauze", semble-t-il lié à une maison du bourg de Thonac ;

2° le domaine du Bonhomme, à Saint-Léon-sur-Vézère ;

3° la métairie du château de Belcayre, également à Saint-Léon ;

4° le domaine de Cramirac, dans le bourg de Sergeac et ses alentours.

Pour le reste, l'inventaire de 1792, qui s'attache avant tout à recenser les meubles du château, révèle que peu de pièces étaient alors meublées, un salon, une cuisine et trois chambres. (Mais il faut dire que, dans cette période troublée, certains meubles ont pu être emportés par le propriétaire dans une autre de ses résidences pour les mettre à l'abri.) A cette date, le château recelait également un cuvier qui abritait un pressoir, deux cuves, dix-huit fûts de barrique, trois comportes et trois petites barriques de charge, qui témoignent de l'importance du vignoble dans la réserve seigneuriale. Non seulement la carte de Belleyme confirme la vocation viticole de Belcayre, mais elle indique aussi que tous les domaines qui en dépendent – et le château lui-même – se trouvent dans une grande zone de viticulture.

Au cours de la période révolutionnaire, le domaine semble avoir été divisé par la famille Cézac pour être en grande partie affermé. En 1813, lors de la levée du plan cadastral de la commune, la cour du château et ses bâtiments sont divisés en deux parties, celle du sud, qui comprend la partie orientale du grand corps de logis, est entre les mains de Louis Lathoumétie, un médecin d'Auriac-du-Périgord (qui fut maire de cette commune de 1814 à 1830) ; celle du nord, qui comprend la partie occidentale du grand corps et les principales dépendances, est occupée par Charles Mazel, de Plazac. Pour le reste, les terres sont divisées entre Louis Lathoumétie, Charles et Pierre Mazel, de Plazac, et Madame de Cézac, alors veuve, qui se réservent seulement quelques parcelles éparses et le petit domaine du Bonhomme à Saint-Léon-sur-Vézère.

La restauration du château (après 1905)

Selon Alexis de Gourgues qui écrit en 1895, l'ancien fief est resté entre les mains des Cézac au XIXe siècle mais ceux-ci l'ont ensuite vendu "il y a peu d'années". En réalité, selon les matrices cadastrales, il semble que l'histoire est un peu plus complexe que cela : Charles Mazel, qui possédait la partie nord du château en 1813, laisse son bien à son héritier, Pierre Mazel, adjoint à la municipalité de Thonac, en 1828 ; c'est celui-ci qui, en 1863, commence à rassembler une partie des autres parcelles du domaine jusqu'à acquérir, en 1881, l'autre partie du château.

En 1898, le château est la propriété de "Monsieur Mazel", sans doute un descendant de Charles et Pierre Mazel. On ignore si c'est à lui que l'on doit les dernières plus importantes transformations du château, peu après 1905 : les armoiries, qui figurent au-dessus du portail d'entrée construit lors de cette campagne de travaux et appartiennent aux d'Abeille, une famille de Provence... éteinte depuis 1755, sont sans doute un remploi purement décoratif du blason de cette famille. Presque en ruine, le château est en effet relevé, notamment par la restauration des parties hautes : le chemin de ronde du bâtiment principal est partiellement rétabli par un parapet formant garde-corps, là où ne subsistaient que les vieilles consoles ; la tour d'escalier retrouve elle aussi son chemin de ronde ; les toits sont entièrement refaits, couverts d'ardoises et dotés de lucarnes et d'épis de faîtage. En outre, les fenêtres sont retouchées, certaines agrandies ou percées à ce moment ; une tourelle de plan rectangulaire portée par trois consoles est créée contre l'élévation nord du bâtiment principal, tandis que les anciennes logettes (cabinet et latrines) en encorbellement, sur consoles ou corps de moulures, de la même élévation sont détruites, remplacées par des fenêtres. Les travaux concernent aussi les abords : des balustrades sont recréées autour des différentes terrasses, la cour est régularisée et un grand pavillon d'entrée est érigé à l'ouest, flanqué par deux ailes de dépendances plus basses de chaque côté. Enfin, de nouvelles dépendances (chais et cuvier) sont bâties un peu à l'écart, à l'ouest, en bordure du chemin d'accès au château.

La mention la plus ancienne de la seigneurie de Belcayre remonte à l'année 1331 et concerne une terre qui en dépend et qui est placée dans sa mouvance : "muo de Hibelna de Belcayre". Mais la première citation précise date de 1361 : "Johannes de Belcayre, eiusdem parochie [parochia de Tonaco]" rend hommage pour sa terre au comte de Périgord, seigneur-châtelain de Montignac, le 15 novembre de cette année-là. Si aucun vestige architectural ne semble pouvoir être daté de cette période, on peut du moins être assuré que l'occupation du lieu, éminemment stratégique, remonte bien au Moyen Âge : ainsi placé à l'intersection de trois anciennes paroisses, Thonac, Saint-Léon et Sergeac, et en surplomb sur la Vézère, le site, certainement fortifié, protégeait et contrôlait le trafic fluvial en même temps qu'il verrouillait l'accès aux paroisses précitées et, au-delà, à la remontée, à Montignac.

Le site n'est pas documenté pour la période de la guerre de Cent Ans. Mais il est fort probable qu'il subit d'importants dommages comme tant d'autres édifices du territoire - des destructions sont attestées aux châteaux voisins de La Salle, de Clérans et de Chaban, à Saint-Léon-sur-Vézère, ou encore des évêques de Périgueux, à Plazac. Cette hypothèse trouve un début de confirmation dans les nombreuses pierres rubéfiées remployées dans la maçonnerie actuelle, qui sont autant de vestiges d'un violent incendie - comme aux châteaux voisins de La Salle, de Clérans, de Chaban ou de Plazac, pour reprendre les exemples précités.

En 1502, un mémoire établi pour le seigneur d’Albret contre la dame de Montrésor, qui décrit le comté du Périgord, indique qu’à "Tonnac, [il] y a de gentishommes, monseigneur de Peyretaillade [Losse], Belcayre, Cazerac [Jean de Casnac ou Cazenac, Cazerac, originaire de Beynac], Jehan Bermon, Antoyne Berm[on] et Ramonet Berm[on] ; chacun a sa metayrie franche et beaux domaines, chacun cinquante livres de rente, monseigneur n'y prend rien." On ignore si "Belcayre" appartient encore à la famille éponyme ou s'il est déjà entre les mains de la famille de Reilhac (ou Reilac, Reillac, Rilhac, Rilac). C'est précisément au cours de cette période, au début du XVIe siècle, qu'est construit le bâtiment principal actuel si l'on en juge par ses critères internes. En septembre 1541, Helène de Reilhac se dit "damoiselle de Belcaire parroisse de Thonac et de la Peyronnies parroisse de St Lyons".

Marié à Françoise de Carbonnières, héritière de Pelvézy, Antoine de Reilhac est seigneur de Lascaux, de Pelvézy et de Belcayre en 1583, mais aussi chevalier de l'ordre du roi et gentilhomme ordinaire de sa chambre. Au printemps 1592, "le sieur de Baynac [Geoffroy de Beynac, baron de Beynac et de Commarque] fît de nuit pétarder la maison de Belcayre-sur-Vézère, où il prind le sieur de Las Caours [Lascaux], maistre de la maison [Antoine de Reilhac] et le mena prisonnier à Baynac." Le seigneur de Beynac laissa une petite garnison à Belcayre, qui ne fut délogée qu'à la fin de l'été par Foucaud d'Aubusson, seigneur de Beauregard. Ces événements suggèrent que le château a subi des destructions ou, du moins, des déprédations importantes. Le 31 décembre 1610, Madeleine de Reilhac, fille de Gaston, écuyer, seigneur de Pelvézy et Belcayre, apporte en dot ce dernier à son mari, Louis de Calvimont, chevalier, seigneur du Cheylard à Rouffignac et de La Fest.

Au milieu du XVIIIe siècle, la seigneurie entre par mariage dans la maison des Cézac (qui ne la revendra qu'à la fin du XIXe siècle) : en 1757, Antoine de Cézac, écuyer, se dit seigneur de Belcayre au droit de son épouse Marguerite de Calvimont. C'est peut-être à eux que l'on doit la construction (ou la reconstruction) d'un corps de logis secondaire, situé à l'ouest, en retour d'équerre du grand corps de logis et en partie adossé à lui, dont les portes et fenêtres, à linteau délardé en arc segmentaire, sont caractéristiques de ce siècle.

Au regard de son étendue et de ses dépendances, le domaine était encore important en 1792, au moment où fut dressé l'inventaire des biens meubles du château et de ses dépendances le 18 mai 1792. Outre le domaine proche, soit la réserve seigneuriale au centre de laquelle se trouve le bâtiment principal, l'ancienne seigneurie comprenait alors :

1° le domaine "de Vauze", semble-t-il lié à une maison du bourg de Thonac ;

2° le domaine du Bonhomme, à Saint-Léon-sur-Vézère ;

3° la métairie du château de Belcayre, également à Saint-Léon ;

4° le domaine de Cramirac, dans le bourg de Sergeac et ses alentours.

Selon Alexis de Gourgues qui écrit en 1895, l'ancien fief est resté entre les mains des Cézac au XIXe siècle mais ceux-ci l'ont ensuite vendu "il y a peu d'années". En 1898, le château est la propriété de "Monsieur Mazel". C'est peut-être à lui que l'on doit les dernières plus importantes transformations du château, peu après 1905. Presque en ruine, le château est en effet relevé, notamment par la restauration des parties hautes : le chemin de ronde du bâtiment principal est partiellement rétabli par un parapet formant garde-corps, là où ne subsistaient que les vieilles consoles ; la tour d'escalier retrouve elle aussi son chemin de ronde ; les toits sont entièrement refaits, couverts d'ardoises et dotés de lucarnes et d'épis de faîtage. En outre, les fenêtres sont retouchées, certaines agrandies ou percées à ce moment ; une tourelle de plan rectangulaire portée par trois consoles est créée contre l'élévation nord du bâtiment principal, tandis que les anciennes logettes (cabinet et latrines) en encorbellement sur consoles ou corps de moulures de la même élévation sont détruites, remplacées par des fenêtres. Les travaux concernent aussi les abords : des balustrades sont recréées autour des différentes terrasses, la cour est régularisée et un grand pavillon d'entrée est érigé à l'ouest, flanqué par deux ailes de dépendances régulières. Enfin, de nouvelles dépendances (chais et cuvier) sont bâties un peu à l'écart, à l'ouest, en bordure du chemin d'accès au château.

  • Période(s)
    • Principale : 13e siècle, 14e siècle , (incertitude), , (détruit)
    • Principale : 1er quart 16e siècle
    • Secondaire : 2e moitié 18e siècle
    • Principale : 1er quart 20e siècle

Belcayre est situé sur la rive droite de la Vézère, aux confins des communes de Thonac et de Saint-Léon. Isolé sur un éperon rocheux culminant à 80 m d'altitude, soit à près de 20 mètres au-dessus du niveau de la Vézère, le bâtiment principal, orienté est-ouest, de plan trapézoïdal (environ 20 m de long sur 8,5 m au plus large, à l'ouest, et 6,8 m au plus étroit, à l'est), se dresse de façon à barrer la pointe de l'éperon ; celle-ci, laissée libre, forme une terrasse semi-naturelle offrant un panorama sur le paysage alentour. Le grand corps de logis comprend un rez-de-chaussée, un étage carré et un niveau en surcroît et en retraite bordé par un parapet formant garde-corps porté par des consoles à triple corbeau. Un haut toit à forte pente couvert d'ardoises le surmonte. Un escalier en vis, logé dans une grosse tour circulaire hors-œuvre adossée au sud, dessert tous les niveaux. Une tourelle de plan rectangulaire, portée par trois consoles, est adossée contre l'élévation nord.

Un corps de logis secondaire, de plan rectangulaire (environ 10 x 5,8 m), orienté nord-sud, est situé à l'ouest, en retour d'équerre du grand corps de logis et en partie adossé à lui ; il présente des portes et fenêtres à linteau délardé en arc segmentaire.

La cour, régulière à l'ouest, est défendue de ce côté par un grand corps d'entrée rectangulaire haut de deux niveaux, flanqué par deux ailes de dépendances plus basses de chaque côté. Les trois corps sont eux-aussi couverts par des toits à longs pans à croupes protégés d'ardoises. Une bretèche en encorbellement est placée au-dessus du portail d'entrée en plein-cintre qui ouvre le pavillon au centre. La clef de celui-ci est surmontée d'un cartouche scutiforme portant des armoiries et couronné d'un phylactère portant une devise latine.

Enfin, d'autres dépendances complètent l'ensemble, à l'extérieur de la cour, au nord et à l'ouest : un pigeonnier de plan circulaire se dresse à la pointe d'un autre éperon rocheux, au nord du bâtiment principal ; un chai et un cuvier sont bâtis un peu à l'écart, à l'ouest, en bordure du chemin d'accès au château et près d'un petit puits circulaire.

Tous les bâtiments, dépendances comprises, sont construits en moellon pour les murs et en pierre de taille pour les parties vives (angles, cadre des portes et des fenêtres, corniche, etc.).

  • Murs
    • calcaire pierre de taille
    • moellon enduit partiel
  • Toits
    ardoise
  • Étages
    rez-de-chaussée, 1 étage carré
  • Couvertures
    • toit à longs pans croupe
  • Techniques
    • sculpture
  • Représentations
    • écu, armoiries
  • Précision représentations

    L'écu est meublé d'une ruche accompagnée de trois abeilles, deux en chef et une en pointe. Ces meubles héraldiques correspondent aux armes de la famille d'Abeille, originaire de Provence et éteinte en 1755 : D'azur à la ruche d'or accompagnée de trois abeilles du même, deux en chef, une en pointe (LA CHESNAYE DES BOIS François-Alexandre Aubert de. Dictionnaire de la noblesse, Tome I, 1863, col. 12-13). Il est surmonté par un phylactère portant une devise latine.

  • Statut de la propriété
    propriété privée
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Sites de protection
    site classé
  • Précisions sur la protection

    Site emblématique de la vallée de la Vézère qui n'est pas classé ni même inscrit MH, mais qui, en revanche, se trouve dans le site classé de la vallée de la Vézère et de sa confluence avec les Beunes.

Nous n'avons pas eu accès à l'intérieur.