Dossier IA86007663 | Réalisé par
Dujardin Véronique
Dujardin Véronique

Chercheur, service Patrimoine et Inventaire

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Prieuré, aujourd'hui église Saint-Nicolas
Copyright
  • (c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Pays Civraisien - Civray
  • Commune Civray
  • Adresse place du Maréchal-Leclerc
  • Cadastre 1829 B1 43  ; 2010 AD 320
  • Dénominations
    prieuré
  • Vocables
    saint Nicolas
  • Destinations
    église paroissiale

L'église Saint-Nicolas a été construite au 12e siècle sur la rive droite de la Charente à Civray (dans la Vienne). Elle possède une façade remarquable qui est, avec celles de Notre-Dame-la-Grande à Poitiers (Vienne) et Saint-Pierre à Aulnay (en Charente-Maritime), l'une des plus ornées du Poitou.

L'église présente un plan en forme de croix latine avec une nef centrale flanquée de collatéraux, un transept à absidiole et une abside semi-circulaire.

Pierre Amédée Brouillet a réalisé, en 1858, le tympan du portail central, et, quelques années plus tard, un important programme de peintures à l'intérieur de l'église où seul le cycle de saint Gilles, dans le transept sud, date de la fin du 13e siècle ou du début du 14e siècle.

La façade est encadrée par deux faisceaux de colonnes sommés de clochetons ; ces derniers ont été réalisés au 19e siècle. Elle s'élève sur deux niveaux délimités par des corniches à modillons sculptés. Au rez-de-chaussée ouvre le portail central, encadré par deux arcades aveugles. Cette disposition se retrouve à l'étage, avec une grande fenêtre centrale encadrée d'arcatures aveugles. Deux contreforts-colonnes accentuent la division tripartite de ce niveau.

Le programme sculpté de la façade, qui pourrait avoir été réalisé à partir de 1140-1160, développe essentiellement des thèmes liés à la lutte du bien et du mal et à l'Apocalypse.

Au rez-de-chaussée, la voussure du portail central pourrait être l’œuvre de sculpteur du portail occidental d'Aulnay, venu à Civray après ce chantier. Il reprend les mêmes thèmes : le Christ bénissant entouré par les symboles des quatre évangélistes et des anges, les Vierges sages et les Vierges folles, l'Assomption de la Vierge, les travaux des mois intercalés avec les signes du Zodiaque.

Le décor n'est pas réservé à la seule voussure du portail. Les chapiteaux du portail central et des arcatures aveugles qui l'entourent sont décorés d'animaux fantastiques et de plusieurs scènes religieuses : Jésus marchant sur l'eau, Dalila coupant la chevelure de Samson, Samson combattant un lion, Daniel dans la fosse aux lions, David en musicien. Sur l'arcade sud, au centre d'une enfilade de dragons, on peut également remarquer un démon mangeant une hostie, et le combat de saint Georges contre le dragon.

La sculpture du premier étage est plus récente que celle du rez-de-chaussée. L'arcade nord porte une série d'anges musiciens qui encadrent un grand cavalier très endommagé qui pourrait être Constantin. L'arcade sud porte les douze patriarches de l'Ancien Testament. L'arcade abrite deux registres de grandes statues. Autour de la baie centrale, une voussure est ornée du combat des Vices et des Vertus. Les statues de saint Pierre et saint Paul encadrent la baie.

En 1096, suite à la venue du pape Urbain II dans la région, Pierre Tudebode, prêtre à Civray, rejoint la première croisade. En 1118, l'église Saint-Nicolas est citée parmi les possessions de l'abbaye de Nouaillé. Le prieuré et la cure restent à la nomination de l'abbé de Nouaillé jusqu'à la Révolution.

L´édifice actuel daterait plutôt du milieu du 12e siècle, au moins en ce qui concerne une grande partie du programme sculpté, qui pourrait avoir été commencé vers 1140-1160 (voir la synthèse ci-dessous), à l´exception de la sculpture de l´arcade sud du deuxième niveau qui daterait plutôt du 13e siècle et aurait pu être mise en place un peu plus tard, au 14e siècle. La corniche sud du deuxième niveau et le blason qui la surmonte seraient contemporains de ces travaux. Les peintures murales du transept sud, à l´intérieur de la nef, représentant la légende de saint Gilles, dateraient de la fin du 13e siècle ou du début du 14e siècle et donc probablement de la même campagne de travaux.

Une dalle funéraire située dans le transept nord, devant l'autel de la Vierge, porte une épitaphe à Catherine Prévost de Passac, aujourd'hui commune de Champniers, décédée en 1427 (Sauvaget 1983, p. 6).

Les détériorations dues aux guerres de religion et aux révolutionnaires sont moins importantes que celles qui découlent de l'absence d'entretien à la fin 18e et au début 19e siècle. L'église est classée Monument historique sur la première liste de 1840. Elle fait alors l´objet d´une étude de l´architecte Maximilien Lion, qui entreprend le démontage pierre à pierre de la façade en 1842-1843. Ces travaux provoquent l'effondrement de la première travée de la nef. M. Lion décède en 1842. Le chantier est alors repris par l´architecte Charles Joly-Leterme, qui reconstruit les voûtes des deux premières travées de la nef et des collatéraux de 1844 à 1848. C´est au cours de cette campagne de travaux que sont mises au jour en 1847, dans le transept sud, les peintures murales du 13e siècle (voir plus haut) représentant la vie de saint Gilles. À la demande du curé, Pierre Amédée dit Amédée Brouillet ajoute en 1858 un tympan au portail central de la façade et réalise les vantaux de la porte en bois de chêne avec ses pentures forgées. Ce projet ne convient pas au maire mais est réalisé. En 1865, à la demande de la fabrique, il peint de couleurs vives l'intérieur de l'église : les colonnes de la nef, le transept, le chœur (Vierge en majesté et un Christ en Gloire avec le Tétramorphe sur la voûte, apôtres sur les murs). Pour le décor du chœur et du transept, il s'inspire du programme de Notre-Dame-la-Grande de Poitiers. Il recouvre les murs de la nef d'un faux appareil, " comme dans cette même église " (Pierre-Amédée Brouillet, 1865). Les motifs de la nef et des collatéraux sont inspirés de deux anciennes bandes ornementales conservées sur la voûte. Des travaux importants sont réalisés en 1880-1881 [pour plus de 50000 francs, cf. archives historiques de l'évêché, il manque le descriptif]. En 1893 est érigé un nouveau chemin de croix.

Le peintre Gino Severini a réalisé en 1917 un tableau futuriste de la tour-lanterne du clocher.

En 1977 est découvert sous le parvis de l'église un buste dont la tête a disparu, mais dont il subsiste un nimbe orné d´une croix. Il s´agit donc vraisemblablement du Christ, même si certains auteurs l´ont attribué au cavalier disparu de l´arcature nord. Il est aujourd'hui déposé dans le collatéral sud, vers l´entrée de l´église (fig. 480 à 482).

Une campagne de restauration au titre des monuments historiques est programmée entre 2010 et 2018.

L´église Saint-Nicolas de Civray, localisée sur la rive droite de la Charente, présente un plan en croix latine avec une abside semi-circulaire et une absidiole sur les transepts nord et sud.

La façade est construite en pierre de taille de grand appareil, avec un jeu d´appareil réticulé dans les espaces situés à l´intérieur des arcatures nord et sud du rez-de-chaussée, au-dessus des arcs internes. Elle s´organise sur deux niveaux de trois grandes arcatures de même hauteur, séparés par une corniche. Elle est encadrée de contreforts-colonnes surmontés de clochetons couverts en pierre. Ces derniers sont des créations de la deuxième moitié du 19e siècle, probablement restitués à partir de l´église Notre-Dame-la-Grande de Poitiers (ils n´apparaissent pas sur le relevé de 1841 ; si la construction d´un clocheton dans l´angle sud de la façade est mentionnée en 1787, il n´est pas sûr que ces travaux aient été réalisés).

Au premier niveau, le portail central est encadré de deux arcatures elles-mêmes subdivisionnées en deux petites arcades. Le portail central présente une voussure de quatre rouleaux sculptés retombant sur des colonnes à chapiteaux sculptés, alors que les arcatures nord et sud ont une voussure à deux rouleaux, et un seul pour les arcades internes. Les petites arcades et les grandes arcatures sont séparées par un pilier sculpté.

Le décor se développe au premier comme au deuxième niveau, sur le portail comme sur les arcades, les statues sur des consoles et les modillons des corniches. À l´exception du tympan du portail et des parties restaurées au 19e siècle, l´ensemble est attribuable à la seconde moitié du 12e siècle et décrit en détail dans l´annexe 1. Il se compose de scènes illustrant la Bible (Samson et le lion, Samson et Dalila, Daniel dans la fosse aux lions, David en musicien, l´Annonciation, l´Assomption de la Vierge, le Christ marchant sur les eaux, le Christ entouré du Tétramorphe, les Apôtres, les Vierges sages et les Vierges folles, les vices et les vertus, saint Georges et le dragon, anges thuriféraires, anges musiciens, vieillards de l´Apocalypse), de scènes de la vie rurale (travaux des mois et motifs isolés), d´animaux réels (un sanglier, des oiseaux, poissons, cerfs, lions, éléphants, etc.) ou fantastiques (dragons, sirènes, centaures, sphinx, etc.), de symboles du zodiaque, de motifs végétaux et géométriques, etc. La synthèse (voir plus bas) donne des éléments de comparaison et d´analyse de ce décor.

Les bases des colonnes sont moulurées et la plupart des arêtes des piliers portent des décors géométriques : pointes de diamants, vaguelettes, entrelacs, etc. Les colonnes des arcades nord et sud sont composées de sept tambours, les dix autres colonnes (au centre et à l´extérieur de l´arcade nord, à droite et à gauche de l´arcade sud les trois colonnes les plus externes du portail) sont monolithes.

La corniche qui sépare les deux niveaux est portée par 28 modillons (voir annexe 1). Une autre corniche, soutenue par trois fois dix modillons, somme le deuxième niveau. Cette corniche est surmontée d´un petit mur qui supportait en son centre, en 1841 (dessin de M. Lion), une petite cloche.

Le mur sud de la nef a connu de nombreuses reprises d´appareillage. Un bandeau biseauté prolonge le tailloir des chapiteaux des quatre fenêtres de la nef, qui sont, comme à l´intérieur, de plus en plus basse à mesure que l´on s´approche du chœur de l´église. Les fenêtres des deux premières travées semblent avoir conservé leur arc d´origine, avec une archivolte ornée de pointes de diamant. Les chapiteaux des colonnes qui encadrent ces fenêtres sont pour partie romans, comme le sphinx du piédroit gauche de la quatrième fenêtre, pour partie refaits lors de différents travaux. Le clocher, situé à la croisée du transept, est constitué d´une tour octogonale à deux niveaux. Chaque angle est flanqué d´un faisceau de trois contreforts-colonnes. La pyramide et le lanternon couverts d'ardoise ont été ajoutés au 19e siècle.

Les absidioles qui s´ouvrent sur les transepts sud et nord sont rythmées par deux colonnes séparées par une corniche de trois groupes de trois petits arcs délardés, alors que chaque partie de l´abside est décomposée en 6 arcs délardés supportés par cinq modillons. Le mur sud de la travée droite a été repris, mais celui de l´abside semble être le mur roman, sauf pour la partie haute et la corniche qui remploie cependant certains modillons romans.

Sur le mur sud de la travée droite du chœur a été aménagé, à une époque indéterminée, un pigeonnier. La travée droite est éclairée par une fenêtre et l´abside semi-circulaire par une fenêtre dans l´axe et une au nord et au sud. Les archivoltes de ces fenêtres se poursuivent en amortissement formant un cordon de pointes de diamant tout autour du chevet. Le mur nord de la travée droite a été en grande partie reconstruit. Des traces d´incendie sont visibles notamment sur le mur nord du transept nord.

Les murs nord du transept et de la nef, enserrés dans le bâti récent, sont difficiles à observer mais seront dégagés dans les années 2010. La fenêtre de la quatrième travée se distingue par son décor et notamment deux éléphants affrontés sur le chapiteau à droite de la fenêtre. Les fenêtres des trois premières travées ont été remplacées par des oculus. Dans la première travée s´ouvrait une porte, aujourd'hui murée, qui donnait accès au cimetière.

La nef, l´abside et les absidioles sont couvertes de tuiles plates.

Dans œuvre, l'église mesure 45,50 m de long et 16 m de large. Elle comprend une nef de 8,4 m de large bordée de collatéraux presque aussi élevés et larges de 3,8 m. La nef, partagée en quatre travées, est couverte d´une voûte en berceau brisé alors que les collatéraux sont couverts de voûtes en plein cintre. La première travée de la nef est plus longue que les suivantes. Elle est également surbaissée de cinq marches par rapport au seuil du portail. Les travées de la nef diminuent de largeur de l'ouest vers l'est et sont aussi de hauteur décroissante. Le bandeau biseauté qui souligne la base des voûtes enregistre un décrochement à chaque arc doubleau. La voûte repose sur de puissants piliers carrés flanqués chacun de quatre demi-colonnes.

Les murs latéraux sont renforcés de grands arcs de décharge. À leur base, un banc en pierre a été maçonné au nord comme au sud. Les bases des colonnes sont moulurées, les chapiteaux ornés de décors végétaux ou animaux, rehaussés de peinture dans la seconde moitié du 19e siècle.

Au niveau du carré du transept, le clocher, formant une tour-lanterne octogonale, repose sur quatre pendentifs triangulaires. Dans l´écoinçon de ces pendentifs prennent place de petits sujets en haut relief (une tête animale, un personnage représenté tête en bas, un personnage accroupi et bras levé et un personnage de profil, penché en avant). Chacun est surmonté d´un symbole du Tétramorphe peint par Pierre Amédée Brouillet. Six des huit pans de la tour-lanterne sont percés de baies, chaque arête est renforcée par une colonne reposant sur une console sculptée le plus souvent d´un masque ou d´une tête animale.

Le transept, saillant, comprend une absidiole orientée et couverte en cul-de-four au nord et au sud.

Le mur sud du transept sud de l´église est orné d´un décor peint découvert lors d´une campagne de restauration en 1847 et daté de la fin du 13e ou du début du 14e siècle (fig. 451 à 453). Il s´organise en six panneaux sur fonds alternativement rouges et verts, formant trois scènes appartenant à la légende de saint Gilles. Sur le premier panneau à gauche, saint Gilles dit une messe et un ange lui remet un rouleau sur lequel est inscrit le péché du roi. Sur le deuxième panneau, le roi (Charlemagne d´après la légende de saint Gilles), agenouillé, reçoit l'absolution de saint Gilles. Sur les quatre derniers panneaux se développe la scène de la chasse à la biche : à droite Gilles vit en ermite dans la forêt (panneau 6) ; devant lui (panneau 5) une biche qu´il a apprivoisée est poursuivie par un seigneur armé d´un arc accompagné d´un chien (panneau 4), eux-mêmes suivis du roi à cheval (panneau 3). Dans la légende, au cours d'une chasse royale, un seigneur tire sur la biche et blesse Gilles.

Le chœur, composé d'une travée droite et d'une abside semi-circulaire, est légèrement désaxé par rapport à la nef. Il est éclairé par cinq baies en plein cintre.

Le reste du décor peint a été réalisé en 1865 par Pierre Amédée Brouillet. Il recouvre entièrement les murs de la nef, du transept (sauf le mur sud du transept sud), du chœur, les voûtes et les colonnes. Les principaux thèmes sont : le Christ encadré du collège apostolique sur la voûte de la travée droite du chœur ; la Vierge en majesté sur le cul de four de l´abside, les prophètes Isaïe, Jérémie, Ézéchiel et Daniel sur les murs de l´abside ; Élie, saint Jean Baptiste, David et Moïse sur les murs de la travée droite du chœur, de nombreux saints dans les transepts nord et sud (pour plus de détail, voir les légendes des fig. 354 à 366, 421 à 436, 443 à 449 et 454). L'autel de l'absidiole nord est consacré à la Vierge, avec une statue de la Mère et l'Enfant datée du 18e siècle, celui de l'absidiole sud à saint Roch, les peintures des absidioles étant en rapport avec ces autels.

  • Murs
    • calcaire pierre de taille
    • calcaire moellon
  • Toits
    tuile plate, ardoise, pierre en couverture
  • Plans
    plan en croix latine
  • Couvrements
    • voûte en berceau brisé
    • coupole en pendentifs
    • voûte en berceau
  • Couvertures
    • toit à longs pans
    • croupe ronde
  • Techniques
    • sculpture
  • Représentations
    • sujet chrétien, Christ, Apôtre, Assomption, ange, saint Georges, les vertus cardinales, les vertus théologales, Vierges sages et Vierges folles
    • ornement animal, éléphant, lion, oiseau, serpent, sang, sanglier, cerf
    • humain fabuleux, sirène, centaure, sphinx, chimère
    • ornement en forme d'objet, instrument de musique
    • scène de la vie rurale
    • animal fantastique, dragon
    • ornement géométrique, pointe de diamant, billette, crochet, cercle, entrelacs
    • Tétramorphe
    • symbole du zodiaque
  • Statut de la propriété
    propriété de la commune
  • Protections
    classé MH partiellement, 1840
    classé MH partiellement, 1934/07/30
  • Précisions sur la protection

    L'église : classement par liste de 1840 ; terrain bâti ou non entourant l'église : classement par arrêté du 30 juillet 1934.