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Prieuré, aujourd'hui église Saint-Eutrope de Saintes

Dossier IA17037576 réalisé en 2014

Fiche

L'église Saint-Eutrope à Saintes était une vaste église de pèlerinage située sur le chemin allant de Tours à Saint-Jacques-de-Compostelle. Il en subsiste aujourd'hui la crypte et le chœur, qui conservent de remarquables chapiteaux sculptés inspirés de l'art antique. L'église est inscrite sur la liste du patrimoine mondial au titre des Chemins de Saint-Jacques.

Eutrope aurait évangélisé la Saintonge au cours du 1er siècle de notre ère et serait mort martyrisé à Saintes. Très tôt, un culte se développe autour de son tombeau. Une église édifiée à l'emplacement de sa sépulture est attestée au 6e siècle. C'est ce sanctuaire que les moines de l'abbaye de Cluny reçoivent en donation en 1081. Voulant remettre à l'honneur le pèlerinage autour du tombeau de saint Eutrope, les religieux clunisiens établissent un prieuré et entreprennent la construction d'une nouvelle église. Les travaux, commencés peu après la donation, s'achèvent au début du 12e siècle.

L'édifice comprend une longue nef, un transept à absidioles orientées, un profond chœur. Celui-ci, réservé aux moines du prieuré, s'élève sur une vaste crypte qui accueille, en 1096, les reliques de saint Eutrope. Les pèlerins peuvent accéder à la crypte en empruntant des escaliers aménagés dans la nef, située à mi-hauteur entre le chœur et la crypte. Saintes étant traversé par un des chemins menant à Saint-Jacques-de-Compostelle, le sanctuaire devient une étape pour les pèlerins de Saint-Jacques.

L'édifice connaît au 15e siècle un important remaniement : l'abside et le déambulatoire du chœur roman disparaissent lors de l'aménagement d'une grande chapelle gothique ; un haut clocher est édifié sur le bras nord du transept. Mais la principale mutilation subie par l'église date de 1803, quand la nef est détruite. De la grande église Saint-Eutrope ne subsistent plus que les parties orientales : la crypte, le chœur et le transept.

Ces parties conservées sont remarquables par leurs dimensions et par la qualité de l'architecture et de la sculpture. La vaste crypte romane, dont le plan n'a pas été altéré, comprend trois vaisseaux couverts de voûtes d'arêtes, un déambulatoire et trois chapelles rayonnantes. Les voûtes sont portées par de courts et puissants piliers à chapiteaux sculptés. Ceux-ci sont ornés de compositions végétales, à l'exception d'un chapiteau, décoré de têtes humaines. Les artistes romans sculptent des palmettes, des acanthes, des rinceaux... Les schémas de composition, variés, sont souvent marqués par la symétrie. Les feuillages recouvrent fréquemment les angles et envahissent la totalité de la corbeille. Ils sont parfois disposés sur deux registres superposés. Ces motifs sont issus du répertoire décoratif des monuments antiques, source d'inspiration des sculpteurs des cinquante-trois chapiteaux de la crypte .

L'ancien chœur des moines, qui accueille l'église actuelle, s'élève sur la crypte. Il témoigne de deux périodes de construction. À l'époque romane, le vaste chœur comprend trois vaisseaux de quatre travées droites prolongés par une abside entourée d'un déambulatoire qui ouvre sur trois chapelles. Au 15e siècle, l'abside et le déambulatoire sont remplacés par une vaste chapelle gothique. Dans la partie romane, le décor de feuillages inspirés de l'Antiquité est également très présent, comme dans la crypte. Cependant, trois chapiteaux se distinguent dans cette série végétale ; respectivement ornés de sirènes, de lions et de griffons affrontés, ils présentent des parentés stylistiques avec la sculpture du Poitou.

La sculpture est également présente dans le transept, dernière partie conservée de l'église romane. Les bras du transept ont été remaniés au 15e et au 19e siècles, mais la croisée conserve quatre remarquables chapiteaux romans. D'une toute autre facture que ceux du chœur ou de la crypte, ils sont ornés d'hommes, d'animaux et de végétaux étroitement et souplement entremêlés ou superposés. Deux chapiteaux illustrent deux scènes bibliques : le Pèsement des âmes et

Daniel dans la fosse aux lions.

Ce décor foisonnant est emprunté aux enluminures des manuscrits, autre source d'inspiration des sculpteurs romans.

Genrede clunisiens
Vocablessaint Eutrope
Destinationséglise
Dénominationsprieuré
Aire d'étude et cantonPays de Saintonge romane - Saintes
AdresseCommune : Saintes
Cadastre : 2014 DI 110

Cette église a été construite à l'emplacement présumé de la basilique funéraire de saint Eutrope. L'abbaye de Cluny, qui a obtenu le lieu par donation, fait construire l'édifice à partir de 1081. L'édifice est consacré en 1096 par le pape Urbain II (alors qu'il prêchait la croisade), mais il n'est probablement achevé qu'au début du 12e siècle. Une chapelle gothique a été ajoutée à l'extrémité du chevet au 15e siècle. Le clocher roman, situé à la croisée du transept, a été détruit. Il a été remplacé par un clocher gothique flamboyant, accolé au transept nord, dans les années 1470. La nef a été détruite en 1803, seule subsiste l'élévation sud. Le transept a été fermé par un mur de façade au 19e siècle.

Période(s)Principale : 12e siècle
Principale : 15e siècle

La nef, composée de trois vaisseaux, a disparu. Autrefois, depuis la nef, on pouvait par des escaliers descendre à la crypte et monter dans le choeur. La crypte, contenant les reliques de saint Eutrope, était ainsi accessible aux pèlerins tandis que le choeur était réservé aux religieux. La crypte, de très grandes dimensions, est située sous le chevet et le transept. Elle est composée d'un vaisseau central entouré d'un déambulatoire. Elle est éclairée par des baies percées au-dessus du sol. Les voûtes sont portées par des piliers massifs composés de colonnes aux chapiteaux sculptés. Le clocher de style gothique flamboyant est attenant au transept nord. Le choeur est constitué de quatre travées droites, voûtées en berceau légèrement brisé, et d'une abside. Il est composé, comme la crypte, d'un vaisseau central entouré d'un déambulatoire, dans le prolongement des trois vaisseaux disparus de la nef. Deux absidioles, ou chapelles rayonnantes sont disposées au sud-est et au nord-est du chevet. Une troisième chapelle, plus grande et de style gothique, est située à l'est. A l'extérieur, le chevet est divisé par un bandeau horizontal délimitant la crypte du choeur. Les fenêtres de la crypte et du choeur sont alignées, percées sous des arcades portées par de hautes colonnes. Les absidioles présentent des colonnes qui se prolongent jusqu'à la corniche, soulignée par de fines arcades aveugles. Précisions sur le décor Les chapiteaux de la crypte présentent un décor végétal riche : rinceaux, palmettes, feuilles d'acanthe. Les chapiteaux du choeur sont ornés de lions, de griffons et de sirènes. Les chapiteaux de la croisée du transept sont décorés de végétaux, d'animaux, de personnages. L'un présente la pesée des âmes, un autre Daniel entouré de lions.

Statut de la propriétépropriété de la commune
Protectionsclassé MH, 1840
Précisions sur la protection

Eglise Saint-Eutrope : classement par liste de 1840.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Correspondance : état de l'édifice, travaux divers et demandes de subvention (1840-1878) ; Financement, travaux (1904-1978) ; Présentation du tombeau Saint Eutrope et aménagement de la crypte (1974) ; Remise en état dans le cadre du contrat "Ville moyenne" (1974).

    Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont : 0081/017/0069. Doc n° : 0081/017/0520/01 ; 0081/017/0520/02.
  • Restauration des dégâts causés par la tempête de décembre 1999 (travaux 2000-2002). Dossier Documentaire et des Ouvrages Exécutés. Philippe Oudin, architecte en chef des monuments historiques.

    Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont : 2003/006/0033. Doc. : 00244.
Documents figurés
  • Etat de la façade en 1839 (sic). Coupe transversale sur la ligne CD du plan général. Rochefort, le 22 juin 1829. 270 x 560 mm. Ech. 1-100e. 265 x 560 mm. Dessin à plume. Relevé de Félix Garde, architecte.

    Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont : 0082/017/2016. Doc n° : 014983.
  • Elévation latérale au midi suivant la ligne EE. Note manuscrite. 1829/06/22. F. Garde.

    Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont : 0082/017/2016. Doc n° : 014982.
  • Reconstruction de 1830 et 1831. Plan. Papier ; Encre ; Lavis contrecollé.

    Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont : 0082/017/2016. Doc. n° : 014981.
  • Etat actuel et projet de restauration du clocher. Plans au niveau de la plate forme et des enrayures. Elévation, coupe et dérasement après l'événement du 15 octobre 1844. 26 décembre 1844. Clerget.

    Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont : 0082/017/2016; Doc n° 000634.
  • Projet de restauration de la flèche. Elévation de l'échafaudage projeté. Vue sur deux pans développés. 1844. Jean-Baptiste Fontorbe.

  • Projet de restauration de la flèche du clocher. Plans et coupes. 1844. Non signés.

    Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont : 0082/017/2016. Doc. n° : 000636 à 000639.
  • Plan de l'église haute. 1845. Papier ; encre contrecollé.

    Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont : 0082/017/2016. Doc n° : 005329.
  • Plan de la crypte (à gauche). Plan de l'église haute (ancien choeur) et plan hypothétique de l'ancienne nef de l'église. Dessin : Dupuy. Publié dans : Dangibeaud, Ch. Le plan primitif de Saint-Eutrope de Saintes. Bull.

    monum., 1907. Repris dans : Eygun, F., Dupont, J. Saintonge romane. Zodiaque, La Pierre qui Vire, 1970 (p. 44, 48).

  • Présentation du tombeau et de l'autel. Plans et élévations des faces latérale et principale. Mastorakis, Michel (ACMH). 1968/06/01.

    Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont : 0082/017/1008. Doc. n° : 055135.
Bibliographie
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  • Barthélémy, Anatole de. Communication à la séance du 16 juin 1844. Bulletin monumental, t. 10, 1844.

    p. 492-497, 2 ill.
  • Blomme, Yves. L'ancienne nef de Saint-Eutrope. Les problèmes archéologiques. Lacoste, Jacques dir. La sculpture romane en Saintonge : l'imaginaire et la foi. Sans lieu : Ch. Pirot, 1998.

    p. 25-32
  • Camus, Marie-Thérèse. La sculpture romane dans les anciens diocèses de Poitiers, Angoulême et Saintes. Dans : Brudy, Pascale, Benéteau Péan, Anne, dir. Catalogue d'exposition L'âge roman. Arts et culture en Poitou et dans les pays charentais - XIe-XIIe siècles. Éditions Gourcuff-Gradenigo, Poitiers-Paris, 2011.

    p. 134-153, fig. 25, 26
  • Camus, Marie-Thérèse, Carpentier, Elizabeth, Amelot, Jean-François. Sculpture romane du Poitou. Le temps des chefs d'oeuvre. Paris : Éditions A. et J. Picard, 2009.

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  • Chasteigner, Alexis de. Communication à la séance du 17 juin 1844. Bulletin monumental, t. 10, 1844.

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  • Clouet, Jean. Un roman à clé : la statuaire religieuse du XIIe siècle en Saintonge. Première partie. II : dans l'Ancien Testament : les ascendants du Christ. III : épisodes divers de l'Ancien Testament. Bulletin de la société d'Etudes folkloriques du Centre-Ouest, t. 19, 1986.

    p. 428, 578, 676.
  • Clouet, Jean. Un roman à clé, la statuaire religieuse du XIIe siècle en Saintonge : IV. Episodes de l'Ancien Testament. Bulletin de la société d'Etudes folkloriques du Centre-Ouest, 1987.

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  • Clouet, Jean. Un roman à clé, la statuaire religieuse du XIIe siècle en Saintonge : V. D'autres sources d'inspiration, Nouveau Testament, Apocryphes, Légende. Bulletin de la société d'Etudes folkloriques du Centre-Ouest, 1987.

    p. 73-75 : ill.
  • Colle, Jean-Robert. Les thèmes iconographiques dans l'art roman saintongeais. Bulletin de la société d'Etudes folkloriques du Centre-Ouest, t. 10, 1976.

    p. 225, 226, 227, 230, 233, 234, 235, 237, 239, 240, 241, 243, 245, 246.
  • Connoué, Charles. Les églises de Saintonge, tome I. - Saintes : Delavaud, 1952-1961.

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  • Crozet, René. Dictionnaire des églises de France. Paris : Robert Laffont, 1967, tome IIIc, Poitou-Saintonge-Angoumois.

    p. 157-158, 3 ill., 1 plan.
  • Crozet, René. L'art roman en Saintonge. Paris : Picard, 1971.

    p. 20, 25, 28, 29, 31, 46-48, 63, 64-66, 70, 75, 76, 77, 80, 86, 88, 90, 91, 92, 93, 102, 105, 107, 110, 111, 117, 118, 121-122, 124, 127, 129, 134, 141, 145, 154, 158, 165, 168, 174, 175, 176, 178, 180. 6 coupes, 4 plans, 1 élévation, 2 fig., 11 pl.
  • Crozet, René. Saint-Eutrope de Saintes. Congrès archéologique de France, La Rochelle, 1956, Orléans, 1956.

    p. 97-104, 4 ill.
  • Dangibeaud, Charles. Le plan primitif de Saint-Eutrope de Saintes. Bulletin monumental, 1907.

    p. 13-31
  • Dangibaud, Charles. Mélanges d'archéologie et d'histoire. Recueil de la commission des arts et monuments historiques de la Charente-Inférieure, t. 7, 1884.

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    p. 18-24
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  • Viellard, Jeanne, Ed. Le guide du pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle, 2e éd. 71 -Mâcon : impr. Protat frères, 1950.

    p. 65-79.
  • Viesse, J. La crypte de l'église Saint-Eutrope de Saintes. Recueil de la commission des arts et monuments historiques de la Charente-Inférieure, t. 18, 1908-1912.

    p.103-112.
(c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel - Sarrazin Christine