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Présentation des objets mobiliers : abbatiale Saint-Étienne actuellement église paroissiale Notre-Dame

Dossier IM19005150 inclus dans Abbatiale Saint-Étienne actuellement église paroissiale Notre-Dame réalisé en 2011

Fiche

Introduction

Cette abbatiale a le privilège insigne d’avoir conservé une part significative des vitraux exécutés pour elle au moment de sa construction. La grande fenêtre de la face ouest du bras nord du transept et les trois fenêtres septentrionales de la nef sont garnies de verrières ornementales blanches du 12e siècle restées à peu près complètes. Ce sont là les plus anciens vitraux de la région demeurés dans leur cadre d’origine, ce qui ajoute encore à leur valeur. Comme le panneau qui provient de l’abbaye de Bonlieu (Creuse), ces quatre verrières sans peinture, qui tirent leurs effets de la mise en plomb complexe des verres incolores, semblables et dissemblables tout à la fois, correspondent aux usages de l’ordre de Cîteaux. L’emploi exclusif de ces vitreries blanches est en effet prescrit par les statuts de l’ordre du vivant de saint Bernard, dès 1134. Depuis que l’abbé Texier a fait connaître celles des deux monastères limousins au milieu du 19e siècle, ce type de verrières a suscité de très nombreuses recherches jusqu’à l’époque contemporaine.

Les vitraux cisterciens

Après une première visite à Aubazines à la fin des années 1830, l’abbé Texier y revint en octobre 1849, consacrant une semaine à l’étude des vitraux pour les mettre en rapport avec ceux qu’il avait découverts en 1843 à Bonlieu. Il eut alors en main « les débris d’un panneau tout entier [qui venait d’être] jeté bas par le vent », à l’aide desquels il put analyser « le verre rugueux, inégal, verdâtre, cassé au grésoir »1. Bien que l’état des lieux que livre l’érudit soit entaché de quelques imprécisions (la localisation des quatre verrières au transept nord, leurs dimensions dites en moyenne de 4 mètres sur 90 centimètres), ses observations lui ont permis de définir en pionnier le système des vitraux cisterciens et d’en dégager les caractéristiques esthétiques et techniques. Les verres, naturels plutôt que blancs, ne comportent pas de peinture, les tracés ornementaux étant générés par la seule mise en plomb ; leur matière irrégulière confère à ces œuvres une relative épaisseur, qu’augmente un « dépoli » observé sur les deux faces, plus vraisemblablement produit par les agents atmosphériques que par un traitement délibéré.

Les trois verrières de la nef, de mêmes dimensions, sont constituées de quatre panneaux rectilignes sous un cinquième cintré, articulés par des barlotières horizontales. La verrière du transept, de proportions différentes, un peu plus courte et plus large que les autres, comprend huit panneaux montés en quatre registres autour des fers verticaux qui en marquent l’axe, les deux du sommet épousant l’amortissement cintré de la fenêtre. Toutes présentent des motifs distincts bien qu’apparentés, palmettes à cinq pétales liées d’agrafes dans les baies 13 et 17, entrelacs dans les baies 11 et 15, diversement combinés et mis en page dans des bordures elles aussi différentesBaie 15 : verrière décorative.Baie 15 : verrière décorative..

Cette variété ne fait pas obstacle à l’homogénéité de ce groupe de verrières, qu’on imagine volontiers étendu à l’ensemble des baies de l’église. On sait que l’ordre cistercien diffusait des répertoires de modèles à l’usage de toutes les techniques d’art, dont un exemple s’est conservé, composé vers 1220 dans l’abbaye autrichienne de Rein.

Les verriers qui reçurent la commande des vitraux de l’abbatiale ont pu recourir à un tel carnet de dessin ; les plaques émaillées de la châsse conservée dans le trésor de l’église, de la première moitié du 13e siècle, sont d’ailleurs ornées de palmettes disposées tête-bêche qui ne leur sont pas étrangères. L’usage de ces recueils de modèles explique aussi les troublantes similitudes qui unissent certaines composantes des verrières d’Aubazines, telles que les bordures tressées, à celles, très éloignées géographiquement, réalisées à la fin du 12e siècle pour l’abbaye d’Eberbach en Allemagne, aujourd’hui conservées au Musée de Wiesbaden.

Catherine Brisac a retrouvé à la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine des dessins datés de 1873, signés par un voyageur anglais, Charles Henry Purday (plus sûrement l’assistant de l’architecte Ewan Christian - cf. Dictionnary of Scottish Architects – que le compositeur homonyme). Ce sont des relevés des verrières à l’emplacement actuel, antérieurs de quelques années à leur restauration. Sans doute peut-on en déduire que les vitraux qui nous sont parvenus n’ont jamais quitté leur place d’origine. On pourrait objecter que le vigoureux remaniement que subit la nef sous Louis XV a pu rapatrier là des panneaux qui ornaient auparavant les travées démolies. C’est en fait peu probable : les pratiques les plus courantes au 18e siècle montrent qu’on était peu soucieux de transférer des vitraux médiévaux à des fins conservatoires. Quoi qu’il en soit, même en ce cas, la communauté de conception des trois verrières juxtaposées dans le vaisseau et de celle qui suit au transept tend à prouver que l’édifice avait reçu un vitrage partout identique, unifié par delà son éventuelle exécution en plusieurs temps, dans les années 1170 et 1180. On négligera donc le problème archéologique que pourrait soulever le cadre des vitraux de la nef s’il n’est pas strictement de même date.

La restauration des vitraux

La restauration de l’église débuta en 1852, et plus de deux décennies s’écoulèrent avant que soit envisagée celle des vitraux, sous la responsabilité de Louis-Antoine Bonnay, architecte municipal de Brive. Une notice sur le monument rédigée le 26 janvier 1876 par l’architecte Paul Abadie en fait mention pour la première fois dans les archives du service des Monuments historiques : « On remarque un spécimen rare de vitraux du 12e siècle, mosaïque incolore dont l’effet vient de la seule disposition des plombs ». Dans un rapport d’Émile Boeswillwald adressé peu après au ministre2, leur remise en plombs est jugée urgente ; l’inspecteur général suggère « qu’elle devra être confiée à M. Coffetier, peintre verrier dont le respect pour les anciens vitraux et la consciencieuse exécution donnent toutes les garanties à notre administration ». Eugène Oudinot, plus familier des chantiers limousins, est finalement choisi quelques mois plus tard - et non dans les années 1880 - puisque dès juillet 1879, Louis Bonnay évoque la « restauration intelligente » du peintre verrier parisien, auteur des compléments. Des photographies de détail de quelques panneaux de chaque verrière, en partie démontés, furent prises à cette occasion dans l’atelier (Archives photographiques, tirages à la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine). Une vingtaine des fenêtres de l’église restaient à pourvoir de verrières neuves, qu’il était prévu de réaliser en s’inspirant des motifs anciens ; ces travaux firent l’objet d’un devis estimatif en 1895, annulé en 1902, et l’achèvement du projet tarda jusqu’en 1911. Comme le préconisait Adolphe Didron au moment de leur découverte, les modèles fournis par les verrières d’Aubazines connurent un immense succès sur les chantiers de restauration d’édifices romans, et furent imités à l’envi sur l’ensemble du territoire national, bien avant de l’être sur place.

En 1981, le peintre verrier cadurcien D. Dalet fut chargé de restaurer les vitraux modernes. À sa demande, le Laboratoire de Recherche sur les Monuments historiques procéda à l’analyse d’échantillons des vitraux anciens pour définir un protocole de nettoyage adapté ; un important dépôt d’algues dû à un phénomène de condensation y fut observé sur la face interne, entraînant une attaque des verres d’origine par petits cratères. Seule la baie 15, à l’occasion de son emprunt pour l’exposition Saint Bernard et le monde cistercien, organisée en 1990 dans la grande salle de la Conciergerie à Paris, a depuis bénéficié d’une restauration, effectuée par l’Atelier du Vitrail de Limoges.

1Annales archéologiques, 1850, p. 862dossier ACMH, 12 avril 1876
Aire d'étude et cantonLimousin - Midi Corrézien
LocalisationCommune : Aubazine
Cadastre : 2000 B01 62

Références documentaires

Bibliographie
  • Dimanche 22 juin 1890, excursions à Obasine et aux gorges de Coiroux. In [Congrès. Brive. 1890]. Congrès archéologique de France. Paris : A. Picard ; Caen : H. Delesques, 1891, p. 69-74. 1 vol. (LIV- 361 p.-[35] p. de pl.) : ill., plans ; 23 cm.

    p. 69-74 (1 planche) Bibliothèque nationale de France, Paris : NUMP- 706 (texte numérisé sur Gallica)
  • BANCHEREAU, Jules. Obazine. In [Congrès. Limoges. 1921)]. Congrès archéologique de France. Paris : A. Picard, 1923, p. 347-365. 1 vol. (528 p., LXIV p.) : ill.; [37] pl. ; 23 cm.

    p. 358 Centre de documentation du patrimoine, service de l'Inventaire et du Patrimoine culturel, Limoges : non coté
  • BARRIERE, Bernadette.L'abbaye cistercienne d'Obazine en Bas-Limousin : les origines, le patrimoine. Tulle : B. Barrière, 1977. 252 p.-[17] p. de pl.-[4] p. de dépl. : couv. ill. ; 25 cm.

    Bibliothèque nationale de France, Paris : 4- LK7- 59452
  • BRISAC, Catherine. Grisailles romanes des anciennes abbatiales d'Obazine et de Bonlieu. In [Congrès. Limoges. 1977]. Limousin, études archéologiques. Actes du 102e Congrès national des Sociétés savantes. Paris : Bibliothèque nationale, 1979, p. 129-143. 390 p. : ill. ; 24 cm.

    p. 129-143 Bibliothèque nationale de France, Paris : 8- LC18- 466 (TER,1977)
  • BROUSSE, abbé François. Obazine. 4e édition. Tulle : Bonne presse du Centre, 1962. 1 vol. (36 p.) : ill. ; 22 cm.

    Bibliothèque nationale de France, Paris : 2007- 227535
  • CANTIE, Geneviève, Sparhubert, Eric. Obazine, abbaye. In [Congrès. 2005]. Congrès archéologique de France, Corrèze. Paris : Société française d'archéologie, Musée des Monuments français, 2007, p. 251-270. 1 vol. (437 p.) : cartes, plans, ill. en noir, couv. ill. en coul. ; 27 cm.

    p. 266 Centre de documentation du patrimoine, service de l'Inventaire et du Patrimoine culturel, Limoges : (19) 72 SOC
  • DIDRON, Adolphe-Napoléon. Annales archéologiques, 1859, tome XIX, p. 314.

    p. 314 Archives départementales de la Haute-Vienne, Limoges : non coté
  • DIMIER, R.-A. Notice. In DIDIER, Anselme. L'art cistercien. La Pierre-qui-Vire : Les Presses monastiques, 1962.

    Bibliothèque nationale de France, Paris : 8- V- 63910 (16)
  • FOROT, Victor. Catalogue raisonné des richesses monumentales et artistiques du département de la Corrèze. Paris : J. Schemit, 1913. 1 vol. (211 p.) : fig. ; In-8°.

    p. 180-183 Bibliothèque nationale de France, Paris : 8- LJ6- 631
  • GATOUILLAT, Françoise, HEROLD, Michel ; collab. BOULANGER, Karine, LUNEAU, Jean-François. Les vitraux d'Auvergne et du Limousin : Corpus Vitrearum, France, recensement IX. INVENTAIRE GENERAL DU PATRIMOINE CULTUREL. CENTRE NATIONAL DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE Presses universitaires de Rennes, 2011. 327 p. : ill. ; 32 cm.

    p. 234-236 ; fig. 208 à 211 Centre de documentation du patrimoine, service de l'Inventaire et du Patrimoine culturel, Limoges : 247.4 INV
  • GRODECKI, Louis. Le vitrail roman. Fribourg : Office du Livre, 1977. 1 vol. (307 p.) : ill., en noir et en coul. ; 30 cm. ISBN 2-7191-0047-1 (Rel.).

    p. 20, 40-42, 285 Bibliothèque nationale de France, Paris : 4- V- 33594
  • JOANNE, Adolphe. Géographie du département de la Corrèze. Paris : Hachette, 1875. 1 vol. (X-53 p.) : ill., carte en coul. dépl. ; 18 cm.

    p. 44 Bibliothèque nationale de France, Paris : 8- LK4- 1454
  • LAFOND, Jean, PERROT, Françoise. Le vitrail : origines, technique, destinées. Lyon : la Manufacture, nouvelle édition mise à jour, 1988. 220 p. : ill. ; 25 cm. ISBN 2-7377-0117-1.

    p.167-169 Bibliothèque nationale de France, Paris : 4- V- 48630
  • LUNEAU, Jean-François. Félix Gaudin peintre-verrier et mosaïste (1851-1930), Clermont-Ferrand, 2006.

    p. 455-457, 460 Bibliothèque francophone multimédia, Limoges : non coté
  • MARION, Catherine. Notice. in ZIMMER, Thierry. 1945-1995 : cinquante ans de travaux sur les objets mobiliers classés en Limousin. Limoges : Direction des Affaires culturelles du Limousin, 2000, p. 9-10. 1 vol. (290 p.) : ill. en noir et en coul., cartes, plans, couv. ill. en coul. ; 30 cm.

    p. 9-10 Centre de documentation du patrimoine, service de l'Inventaire et du Patrimoine culturel, Limoges : (L) 7 ZIM
  • MERSON, Luc-Olivier. Les vitraux. Paris : May et Motteroz, 1895. 317 p. : fig. ; in-8°.

    p. 42-44 ; fig. 1 p. 9 Bibliothèque nationale de France, Paris : 8- V- 25785
  • ORDRE DE CÎTEAUX. Statuta capitulorum generalium ordinis Cisterciensis ab anno 1116 ad annum 1786. Louvain : Revue d'histoire ecclésiastique, 1933-1941. 8 vol. : ill. ; 25 cm.

    p. 31 (tome I) Bibliothèque nationale de France, Paris : MFICHE 8- H- 8547 (14,B)
  • PERROT, Françoise. Notice n°148. In [Exposition. Paris, Conciergerie. 1990-1991]. Saint Bernard et le monde cistercien. Paris : Caisse Nationale des Monuments Historiques et des Sites : Sand, 1990, p. 250. 301 p. : ill. en noir et en coul., couv. ill. en coul. ; 32 cm. ISBN 2-85822-105-7. - 2-85822-091-3.

    p. 250 Bibliothèque Universitaire des Lettres et Sciences Humaines, Limoges : 271.1 SAI
  • POULBRIERE, Jean-Baptiste. Dictionnaire historique et archéologique des paroisses du diocèse de Tulle. 1ère éd. 1842-1917 ; 2e éd. Brive : Imprimerie Chastrusse et Cie, 1964-1966.

    p. 387-406 (tome II, 1889) Centre de documentation du patrimoine, service de l'Inventaire et du Patrimoine culturel, Limoges : (19) 94 POU
  • PRESSOUYRE, Léon. Le rêve cistercien. Paris : Gallimard, 1990. 1 vol. (144 p.) : ill. en noir et en coul., plan, couv. ill. en coul. ; 18 cm. ISBN 978-2-07-031774-5 ( br.). - 2-07-053124-4 (br.).

    p. 66-67 Bibliothèque nationale de France, Paris : 16- Z- 27676 (95)
  • TEXIER, abbé Jacques. Manuel d'épigraphie, suivi du recueil des inscriptions du Limousin. Poitiers : imprimerie de A. Dupré, 1851. 380 p. : fig., pl. ; In-8°.

    p. 140-141 Bibliothèque nationale de France, Paris : 8-LJ18-5 (bulletin numérisé sur Gallica)
  • VIOLLET-LE-DUC, Eugène-Emmanuel. Dictionnaire raisonné de l'architecture du XIe au XVIe siècle, tome IX (T-Z). Paris : A. Morel, 1868. 10 vol. (XV-506, 544, 512, 507, 561, 458, 570, 523, 552 p., n.p.) : ill. ; 25 cm.

    p. 458-460 Bibliothèque nationale de France, Paris : Hd-24e (1-10)-4
Périodiques
  • ZAKIN, Helen. Cistercian Grisaille Glass in France. Gesta, 1974, volume XIII-2, p. 17-19.

    p.17-19 ; fig. 2 Bibliothèque nationale de France, Paris : 4- V- 36515
  • BONNAY, Louis. Eglise d'Obazine (Corrèze). Vitraux du XIIe siècle. Bulletin de la Société scientifique, historique et archéologique de Corrèze, 1879-1880, tome II, p. 199-211.

    p.199-211 (fig.) Bibliothèque nationale de France, Paris : NUMP- 3497 (bulletin numérisé sur Gallica)
  • FRODL-KRAFT, Eva. Das "Fletchwerk"der frühen Zisterzienserfenster, Versuch einer Ableitung. Wiener Jahrbuch für Kunstgeschichte, 1965, tome XX (XXIV), p. 7-20.

    Bibliothèque nationale de France, Paris : 4- V- 17154
  • PALUSTRE, Léon. M. de Baudot et la restauration de l'église d'Aubazine. Bulletin monumental, 1877, 5e série, tome V, n°6, p. 568-570.

    p. 568-570 Archives départementales de la Haute-Vienne, Limoges : non coté
  • TEXIER, abbé Jacques. Origines de la peinture sur verre. Système inconnu des vitraux romans. Annales archéologiques, 1850, tome X, p. 81-89 ; planches 80, 82.

    p. 81-89 ; pl. 80, 82 Archives départementales de la Haute-Vienne, Limoges : SAHL
(c) Région Limousin, service de l'Inventaire et du Patrimoine culturel (c) Région Limousin, service de l'Inventaire et du Patrimoine culturel ; (c) Centre André Chastel - Françoise Gatouillat - Gatouillat Françoise
Gatouillat Françoise

Ingénieur de recherche au Centre André Chastel.


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- Lefebvre Barbara
Lefebvre Barbara

Chargée de recherches_Centre André Chastel (octobre-décembre 2015).


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