Dossier d’œuvre architecture IA17050985 | Réalisé par
  • enquête thématique départementale, Vallée de la Charente
Port de Taillebourg
Copyright
  • (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Vallée de la Charente - cantons du département 17
  • Hydrographies La Charente
  • Commune Taillebourg
  • Dénominations
    port
  • Précision dénomination
    port fluvial
  • Parties constituantes non étudiées
    cale, quai

En 1096-1107, le seigneur de Taillebourg exempte de droits de rivage et de coutume les navires des moniales de saintes passant ou repassant à Taillebourg, dès lors que ces navires ne concernent que les vivres ou autres nécessités de l'abbaye. Cette décision, si elle ne prouve pas que des aménagements portuaires existent déjà, montre que l'endroit est fréquenté. Des fouilles subaquatiques ont d'ailleurs révélé une navigation à Taillebourg dès l'époque mérovingienne. Par ailleurs, les titres du comté de Taillebourg renferment un état de la recette jour par jour des droits sur les vins, blés, sels et bateaux au port de Taillebourg en 1345.

Au 15e siècle, les archives attestent d'expéditions de céréales et de bois merrains depuis le port de Taillebourg, où arrive le sel à la montée. Louis II de La Trémoille y fait construire, en 1508, un vaisseau de 1200 tonneaux, terminé et halé jusqu'à Rochefort en 1510. Le 30 août 1662, un arrêt du conseil maintient "le seigneur de Taillebourg au droit de 12 boisseaux de sel, mesure de Taillebourg, et 6 deniers de furnage sur chacun bateau chargé de sel." A partir de 1664, le paiement se fait en argent plutôt qu'en nature. Des droits de péages sont également perçus sur les bateaux chargés de bois destinés aux vaisseaux de Rochefort.

Un "estat des gabares quy ont dessendu et monté la rivière à Taillebourg depuis le premier avril 1686" mentionne le passage de chargements de papier, de tonneaux de vin et des fers depuis Angoulême ; d'eau-de-vie et de vin depuis Jarnac et Cognac. D'Angoulême provient aussi une embarcation chargée de 8 pièces de canons, 5 cloches, 3 chaudières, 120 mousquets pour Rochefort. La remontée se fait à vide, chargé de sel, de futailles vides ou de grains.

Curieusement, Claude Masse, sur sa carte du "49e quaré de la généralle des costes du Bas Poitou, Païs d'Aunis et Saintonge" levée en 1714, mentionne : " port où il se fait très peu de commerce". Sur un plan de 1794 sont indiqués des quais - correspondant à la partie sud du port - et un port marchand sur un terrain situé en aval de la ville.

Dans les années 1750, 27 gabares et 4 barques (bateaux pontés équipés pour le mer) sont inscrites dans ce port. Par ailleurs, presque toutes les 74 barques ou gabares construites dans le quartier de Saintes, entre 1777 et 1791, l'ont été à Taillebourg. Les rôles d'armement du quartier de Saintes en 1762 renferment ceux de la gabare de 20 tonneaux, la Claire, appartenant et étant commandée par Pierre Dubin de Taillebourg, qui assure le transport de fagots de bois et du bois de construction pour Rochefort. L'année suivante, la barque de 38 tonneaux, la Marie Théophile, appartenant au sieur Lauberdoue, livre des pierres et des fagots à La Rochelle. En janvier 1765, le Saint-James de 30 tonneaux, appartenant à Pierre Coumaillaud du Mung, part à vide pour Nantes afin de transporter des grains à Bordeaux.

Au début du 19e siècle, le port de Taillebourg est le plus important, après celui de Saint-Savinien, sur la section de Tonnay-Charente à Saintes. On y embarque des bois de construction, une grande partie du bois de feu nécessaire aux villes de La Rochelle et de Rochefort, du vin, de la pierre et autres produits du pays. De nombreuses gabares employées au transport des eaux-de-vie entre Cognac et Tonnay-Charente viennent s'y faire caréner.

En 1840, l'état du port de Taillebourg est jugé déplorable par le conseil municipal, qui le rend responsable de son abandon par les navires en raison des difficultés de transbordement des marchandises. D'après la description qui est alors faite, le quai, construit avec des débris du vieux pont, se trouve vers l'amont du bourg et a une longueur de 123 mètres. Les navires ne peuvent y accoster en raison des atterrissements présents à son pied, ce qui rend difficile le transbordement des marchandises. Une cale à deux rampes, construite en son centre, permet cependant l'accostage des gabares pendant les moyennes eaux. A la suite du quai, une grève de 88 mètres de longueur longe le revêtement d'un ancien bastion. Très plate, elle sert à la construction et au carénage des navires mais est submergée aux moindres malines. En aval jusqu'au ruisseau de Boyard, un espace communal de 150 mètres de long, dénommé port, sert exclusivement au carénage et à aucun transbordement en raison de sa faible élévation. A sa suite, des prés appartenant à des particuliers servent depuis quelques années à de grands dépôts de bois et au chargement des navires.

A la suite de la réclamation du conseil municipal, des travaux, dont l'adjudication est passée le 4 août 1841 au sieur Ferry, sont engagés. Le quai existant est partiellement reconstruit et prolongé sur une longueur de 224 mètres vers le nord. Les nouveaux quais sont notamment construits en avant du terrain, affermé par la commune, où s'exécutaient jusqu'alors les travaux de carénage des gabares. Le terrain, précédemment couvert d'eau à marée haute, est remblayé jusqu'au couronnement du nouveau mur de soutènement. A la suite, une cale de carénage est également aménagée, juste en amont du ruisseau de Boyard, formant un plan incliné empierré sur une longueur de 60 mètres. Son emplacement, en aval du bourg, est choisi pour diminuer l'encombrement du port et les nuisances liées au bruit, aux fumées et aux odeurs du coaltar. En outre, cet endroit offre suffisamment d'espace pour "contenir tous les matériaux nécessaires à une carène". Cette cale est destinée à rendre de grands services à "l'industrie des constructeurs de bateaux de la Charente qui a son centre à Taillebourg". Lors des travaux, une ancienne cale, dite Baudoin, du nom de son propriétaire, est supprimée, comme l'abreuvoir situé à l'amont de la cale du bac. Des dragages sont également pratiqués et les alluvions sont portés du côté de la rive gauche de façon à rétrécir la section du fleuve au droit du bourg.

Lors de l'établissement de la voie ferrée de Cognac à Rochefort, ouverte en 1867, des murs de soutènement sont substitués aux talus de remblai habituels, de façon à conserver au port et à la cale de carénage la plus grande largeur possible. En 1875, les constructeurs de navires de Taillebourg et les patrons de bateaux réclament que la cale de carénage, "la seule convenable pour faire aux bateaux de toute nature naviguant sur la Charente les grosses réparations et les carènes" et qui mesure 60 mètres de long sur 15 de large, soit restaurée. Elle est en effet "privée de son pavé" sur plusieurs points et il devient dangereux d'y abattre en carène des bateaux de fort tonnages (150 à 200 tonneaux).

Une ancienne cale est supprimée au moment de la construction du pont mobile en 1891, au profit d'un quai d'environ 70 mètres de long le long de la passe-marinière. A l'amont, un mur de quai et la cale à son extrémité sont en très mauvais état. A cette époque, la cale de carénage, située près du chantier de construction, est affermée au sieur Bertin.

Le mur de quai en amont du pont mobile est reconstruit sous le contrôle de l'ingénieur en chef Modelski. L'entrepreneur Henri Normandin, au nom de la Société des ouvriers paveurs et cimentiers de La Rochelle, devient l'adjudicataire des travaux le 14 août 1907. Ce quai, qui fait suite à celui de la passe marinière, comprend à son extrémité amont une cale de 20 mètres de long. La construction se termine au printemps 1909.

Durant la deuxième moitié du 19e siècle, le port de Taillebourg perd de l'importance, ce qui se reflète dans la composition de la population. Les marins, au nombre d'une cinquantaine en 1851, ne sont plus qu'une quinzaine en 1896, parmi lesquels neuf sont retraités. Parallèlement, les maîtres au cabotage sont passés de douze à trois, et plus aucun gabarier n'est signalé en 1896, alors qu'ils étaient sept en 1851. Si cinq charpentiers de navires et cinq de gabares sont recensés en 1851, ils ne sont plus que trois charpentiers de navire inscrits en 1896. En revanche, la population compte alors plusieurs agents des chemins de fer de l'Etat.

Le port de Taillebourg n'est pas cité par A. Larue dans son Manuel des voies navigables de la France paru en 1877. La présence d'un seuil empêche le passage des bateaux de mer, et des dragages sont pratiquées après 1893 pour créer dans le lit du fleuve un chenal de 20 mètres de large, accessible aux bateaux de fort tonnage. Le quai est partiellement refait lors de la démolition du pont provisoire dans les années 1980.

De nos jours, un espace enherbé occupe l'emplacement de la cale de carénage, et une cale d'accostage a été aménagée à l'extrémité du quai. Les bateaux de plaisance peuvent être amarrés sur les quais ou sur un ponton, situé au nord-ouest du port historique.

Le port de Taillebourg s'étire du sud au nord-ouest sur une longueur de 450 mètres le long de la rive droite de la Charente. Il occupe la partie externe d'une courbe du fleuve. Les murs de quai, d'une longueur de 350 mètres et construits en pierre de taille, forment deux angles obtus de façon à suivre la courbure du fleuve sur 350 mètres. Des bittes d'amarrage proviennent de l'usine de construction mécanique Decout-Lacour à La Rochelle, d'autres sont en pierre. Par endroits, des anneaux d'amarrage sont fixés dans la pierre.

Dans la partie sud, le quai assez étroit est bordé par des maisons et deux placettes. Ce quai, qui présente un fruit de 1/4, est revêtu de moellons smillés et couronné de pierres de taille. A son extrémité amont se trouve l'ancienne cale d'embarquement du passage d'eau. Les noms des rues et places proches du port sont évocateurs de son histoire : quai des Gabariers, rue des Pêcheurs, place du Pontier, rue du Port, rue des Mariniers.

Dans la partie médiane, le quai s'élève légèrement à l'endroit où se trouvait la culée de l'ancien pont mobile. Le mur présente aussi un parement de moellons smillés. Dans cette partie du port, des pavés prolongent sur un mètre environ les gros blocs de pierre de taille formant le couronnement du mur de quai.

Dans la partie nord, les pierres qui couronnent le mur de quai, moins larges que celles de la partie sud, sont directement bordées par un sol enherbé et planté d'arbres. Cette partie du port est limitée à l'est par le mur de remblai de la voie ferrée, sur lequel des repères de crue rappellent le niveau atteint par l'eau en 1904 et en 1982. Le mur de quai a un fruit de 0,16 mètre par mètre de hauteur et présente un parement de moellons smillés. Un espace est pris dans l'épaisseur du quai pour abriter un petit quai d'embarquement environ 2 mètres plus bas, accessible par deux escaliers droits placés à l'amont et à l'aval. Plus au nord, et non loin d'un angle formé par le mur de quai, un autre petit quai similaire est accessible par un seul escalier placé à l'aval. L'extrémité nord du quai est constituée par un mur de soutènement à fruit et en pierre de taille, contre lequel existe une cale perpendiculaire au lit du fleuve en ciment. L'endroit occupé autrefois par l'ancienne cale de carénage est un espace légèrement en pente enherbé et occupé par des constructions légères. A l'aval, deux pontons flottants offrent des zones d'amarrage à la plaisance.

  • Murs
    • calcaire pierre de taille
    • calcaire moellon
  • Escaliers
    • escalier droit en maçonnerie