Dossier d’œuvre architecture IA17050940 | Réalisé par
  • enquête thématique départementale, Vallée de la Charente
Port de Port-d'Envaux
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  • (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Vallée de la Charente - cantons du département 17
  • Commune Port-d'Envaux
  • Dénominations
    port
  • Appellations
    Port-d'Envaux
  • Parties constituantes non étudiées
    cale de construction, quai, cale

Le port de la paroisse de Saint-Sornin-de-Séchaud, qui se situe sur la rive gauche d'une boucle de la Charente, a donné son nom à l'écart dans lequel il se situe. En 1692, un acte évoque ainsi "Charles Bournilleaud, sieur de la Vilette, marchand demeurant au port d'Anvaud, paroisse de Saint-Sornin de Sechaux". Claude Masse, sur sa carte du "49e quaré de la généralle des costes du Bas Poitou, Païs d'Aunis et Saintonge" levée en 1718, note que "Il se fait au port d'Anvaux un considérable commerce en bois".

Dans les années 1750, 30 barques (bateaux pontés équipés pour le mer), 5 gabares et 2 coureaux (bateau ponté de 15 à 20 tonneaux de jauge) sont inscrits dans ce port.

Les rôles d'équipage du quartier de Saintes entre 1758 et 1764 mentionnent que les barques de Port-d'Envaux, de 20 à 45 tonneaux, assurent des transports de pierre et de fagots pour La Rochelle, les îles de Ré et d'Oléron, de pierre de taille pour Moricq (Vendée) où elles se rendent le plus souvent à vide. Le retour de l'île d'Oléron se fait souvent avec un chargement de sel pour Tonnay-Charente.

Dans son procès-verbal de visite des ports, havres, pêches et pêcheries dans l'amirauté de Marennes en 1783, Daniel Chardon mentionne que le port d'Envaux est, avec celui de Mortagne, les seuls où "il se fasse des constructions un peu considérables" et que quelques bâtiments de 120 tonneaux ont été construits dans le premier, cependant, il ne se construit ordinairement dans l'un et dans l'autre port que de petits bâtiments et barques."

La cale de carénage est sans doute créée au 18e siècle. Dans les années 1820, les pierres extraites des carrières de Crazannes plus proches de port d'Envaux que du port du Mung sont embarquées au port d'Envaux. Sur le plan cadastral de 1833, les berges du fleuve, qui correspondent au port, font partie des 27 propriétés adjacentes. Elles sont toutefois caractérisées par la mention "port marchand" sur l'état de section correspondant. Les parcelles proches de la cale appartiennent à Germain, maire de Crazannes, pour la plus au sud, et à la famille Ferret pour les autres.

Dans ses projets d'amélioration de la navigation de la Charente, l'ingénieur Dor, en 1834, prévoit pour le port d'Envaux la construction d'un mur sur une longueur de 550 mètres et de trois cales d'abordage. A cette fin, les propriétaires riverains doivent concéder gratuitement à l'Etat 6 mètres de largeur à partir des berges ; ces dernières appelées "quai" portent le nom de leur propriétaire. En raison du refus des propriétaires, le projet n'est pas réalisé.

L'activité du port est d'une telle importance que son nom devient en 1853 celui de la commune (la paroisse de Saint-Sornin de Séchaud étant devenue en 1791 la commune de Saint-Saturnin-de-Séchaud).

En 1852, le conseil d'arrondissement demande au Conseil général la construction d'un mur de quai pour le port sous le prétexte que "le commerce qui s'y fait s'étend et prospère. Un chantier de construction y a été établi et il en est sorti un navire de 300 tonneaux." En 1854, l'ingénieur Forestier renchérit en écrivant que ce port a une grande importance tant pour l'exportation des bois (des fagots) et pierres de taille que pour ses nombreux chantiers de construction. En 1869, Adolphe Joanne indique dans son dictionnaire géographique administratif de la France que l'on y construit des barques de 30 à 40 tonneaux. Ces embarcations ont la particularité d'être assemblées à clin, leurs planches de bord se chevauchent.

La matrice cadastrale de 1882 fait mention de la loi du 29 décembre 1884 pour toutes les parcelles du bord de la Charente caractérisées comme "chantier". En effet, cette loi prévoit que "les terrains non cultivés employés à un usage commercial ou industriel, tels que les chantiers, lieux de dépôt des marchandises et autres emplacements de même nature, seront imposés à la taxe foncière sur les propriétés bâties". En 1889, l'ingénieur ordinaire Moreau décrit que "les terrains qui bordent la rivière servent de dépôts de marchandises, devant lesquels les bateaux restent au mouillage pendant les chargements, tandis que ceux qui ne font que passer, étant obligés de tenir le milieu de la rivière, viennent s'échouer sur le haut fond" qui y existe. L'exécution du dragage proposé dans ce rapport est acceptée par l'ingénieur en chef Thurninger. Les travaux sont réalisés de façon à porter à 3 mètres le tirant d'eau minimum devant le port, ce qui est suffisant pour la navigation fluviale, mais non pour la navigation maritime qui serait facilitée par un tirant de 4 mètres. Le halage ne s'exerce pas sur cette rive mais une servitude de contre-halage de 3,25 mètres existe.

Les murs des quais qui bordent la cale de carénage et les escaliers d'accès sont construits par les riverains vers 1890. Il semble que quelques propriétaires des berges font de même le long de leur propriété. Les recensements de la population des années 1896 et 1906 montrent que les habitants du bourg comptent une trentaine de marins, des négociants en vin et en bois et des charpentiers de marine. Plusieurs négociants en bois sont membres de la famille Ferret formée aussi de marins et d'armateurs. Parmi eux, Benjamin (1848-1891) s'est associé à Jean Alexandre Sicot de Saint-Porchaire, pour créer une société de bois et de négoce de cognac, qui s'est développée à l'arrière du port (35 et 42-44 rue des Armateurs, 2 rue des Huit-Frères). La scierie et fabrique de moyeux Ferret et Sicot expose du bois d'orme tortillard employé pour les moyeux des roues, en 1883, à Amsterdam et, en 1884, au salon des Arts décoratifs de Paris. Elle reçoit aussi pour ses eaux-de-vie des médailles de bronze et d'argent aux expositions d'Amsterdam et de Nice, en 1883 et 1884. Cette entreprise, très active à la fin du 19e siècle et au début du 20e, exporte la majeure partie de sa production par le port.

Aux alentours de 1900, si le trafic est moindre en raison de la concurrence du chemin de fer, il est tout de même encore constitué de caboteurs qui y chargent des pierres de taille de Crazannes et du bois de chauffage, ainsi que du bois de charronnage, pour les ports de La Rochelle, de l'Ile de Ré et de la Vendée. Des chargements de vins et de liqueurs partent aussi de la distillerie de Léon Stainer, placée à peu près au centre du port et qui ferme en 1964.

En 1925, le commerce par bateau est devenu quasiment nul, et les terrains des bords du fleuve qui servaient de dépôts de marchandises ont été clos de murs et transformés en jardins. Par ailleurs, la cale de carénage est dite inutilisée depuis longtemps. Cette dernière a son côté gauche constitué par l'avancée d'un quai mentionné comme appartenant à Mlle Ferret sur un plan de 1926. Ce même plan indique un petit endroit nommé "pigouillère" touchant à l'ouest de la cale, vraisemblablement l'endroit où se faisait fondre le goudron qui servait au calfatage des bateaux.

Les noms des rues du bourg sont liés à l'activité du port : rue des Armateurs, des Gabariers, des Bateliers, des Pêcheurs, des Gabares, de la Marine ou impasse des Goëlettes. Rue de la Marine, une plaque de 1932 liste le nom des 34 bateaux armés à Port-d'Envaux entre 1830 et 1917, dont 21 sloops (bateaux à quille - à un seul mât, avec une grande voile aurique et un hunier - destinés au cabotage et à la navigation dans les estuaires).

La cale de carénage a été en partie comblée avant 1940 semble-t-il pour y établir une plage et un espace de baignade pour l'été, et deux pontons flottants au sud du port historique servent à la plaisance.

  • Période(s)
    • Principale : Temps modernes, 4e quart 19e siècle, 20e siècle
  • Dates

Le port de Port-d'Envaux se situe sur la rive gauche, dans la partie externe d'un méandre de la Charente. Il s'étire du sud-est au nord-ouest sur une longueur d'environ 500 mètres sur des terrains privés. Il est formé sur toute sa longueur d'une bande de terre d'un peu plus de 3 mètres, délimitée en quelques endroits par un mur de quai et les murs des propriétés riveraines. Toutes possèdent une sortie sur le port, certaines maisons de maître présentant un portail couvert plus ou moins ouvragé. Des graffiti de bateaux sont gravés sur quelques pierres de ces murs. Deux venelles relient la rue principale du bourg, la rue des Armateurs, à la partie nord du port : à la suite de la rue du Galion et de celle de la Passerelle, qui aboutit à une passerelle à structure métallique et béton armé au-dessus d'une petite avancée du fleuve formant un abreuvoir doté d'escaliers sur trois côtés. Plus loin, une plate-forme est aménagée autour d'un puits équipé d'un système permettant de pomper l'eau du fleuve.

La bande de terre est enherbée sur sa presque totalité, mais quelques parties sont pavées. Une petite cale, parallèle au lit du fleuve et orientée vers l'amont, est aménagée au milieu du port, là où s'est développée la distillerie Stainer. Par endroits, des murs de soutènement en pierre de taille sont visibles et des escaliers en pierre permettent d'accéder à l'eau. A nord de la cale de carénage, le chemin emprunte une sorte de petit pont, très peu visible, au-dessus d'une cale aménagée dans le jardin situé au nord-est de l'impasse des Pêcheurs.

Dans la partie sud du port, la cale de carénage a une longueur de 62 mètres et sa largeur initiale d'une douzaine de mètres est diminuée de plus de moitié par un remblai servant de plage. Deux escaliers droits en pierre permettent l'accès à cette plage depuis l'espace public dénommé "quai de carénage". Dans leur alignement et dans la partie nord de la cale, trois autres rejoignent l'eau.

La cale de carénage, parallèle au lit du fleuve, est séparée de la cale d'embarquement de l'ancien passage d'eau, placé perpendiculairement, par un terre-plein enherbé, formant musoir, sur lequel s'accoste un petit ponton flottant. Les deux murs de part et d'autre de la cale sont construits en moellon avec couronnement en pierre de taille et présentent un léger fruit. Au sud-est de cette cale se jette le ruisseau de la Font-Morte. Vers l'est en suivant la courbe du fleuve, la berge est aménagée et un ponton flottant est offert à l'amarrage des petits bateaux de plaisance.

  • Murs
    • calcaire pierre de taille
    • calcaire moellon
  • Escaliers
    • escalier droit en maçonnerie