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Phares et balises de l'embouchure de la Charente

Dossier IA17051090 réalisé en 2020

Fiche

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Un ensemble de sept phares guident les bateaux dans le pertuis d’Antioche et l’embouchure de la Charente, signalant les récifs à éviter et indiquant la direction à prendre. Les Rochers des Baleines à l’extrémité nord-ouest de l’île de Ré et ceux d’Antioche au nord-est de l’île d’Oléron, extrêmement dangereux, ont provoqué de nombreux naufrages. Clochers et moulins servent également d’amers, de repères pour les navigateurs : le moulin de l’île d’Aix, le clocher de Saint-Nazaire dans l’alignement des feux directionnels de Port-des-Barques.

Aires d'étudesVallée de la Charente

Une signalétique du pertuis d’Antioche dès le 17e siècle

Les phares des Baleines dans l'île de Ré et de Chassiron dans l'île d'Oléron attestent de l'établissement de fanaux dès la fin du 17e siècle. Avec le phare de Cordouan, ils représentent les trois plus anciens fanaux de France, l'îlot de Cordouan, à l'embouchure de la Gironde, étant occupé par ce type de construction depuis au moins le 14e siècle. Les deux autres sont construits sur ordre de Colbert après la création d'un arsenal royal à Rochefort pour signaler aux navires les rochers des Baleines et d'Antioche et les guider vers les havres de La Rochelle, Rochefort, des îles de Ré et d'Oléron. Le phare des Baleines, conçu par Augier, est terminé en 1682, celui de Chassiron en 1685. L'entretien de ces ouvrages est financé par des droits payés par chaque navire entrant dans les havres précités.

Jusqu'au 19e siècle, l'entrée dans le pertuis d'Antioche est ainsi indiquée. Après la création du service des phares dirigé par les ingénieurs des ponts et chaussées, celle d'une commission des phares et balises, en 1811, entraîne une réflexion sur l'éclairage et sur la sécurité en mer. Selon leur importance, les phares sont classés par ordre, le premier étant celui des phares de plus grandes portées qui signalent la côte depuis le large. Établis de distance en distance, sur les pointes les plus extrêmes et sur des tours très hautes, leurs feux sont diversifiés de telle sorte que le navigateur puisse identifier le phare qu’il aperçoit. En 1864, celui des Baleines à éclipses est visible à 24 milles et celui de Chassiron, fixe, à 18 milles. Les phares de 2e et 3e ordre, de portée moindre, font éviter les écueils secondaires, rochers ou bancs de sable, à l’approche des ports : c’est le cas des phares de Chanchardon, d’Antioche et l’île d’Aix. Enfin, les phares de 4e ordre guident dans les chenaux à l’entrée des ports.

A partir de 1821, le dispositif d'entrée dans la rade de l'île d'Aix est complété par un feu installé sur une structure en bois dans le fort, au sud de l'île, qui complète de l'autre côté de la passe celui de Chassiron. Au 19e siècle, trois nouvelles tours sont construites et leur lanternes mises en service en 1836 pour Chassiron, 1841 pour l'île d'Aix, 1854 pour les Baleines, dont subsiste à côté la tour initiale. Une balise faite d'une charpente métallique est installée sur le rocher d'Antioche en 1858, au nord-est de l'île d'Oléron. Dix ans plus tard, deux feux de direction sont construits sur chaque rive à Fouras et à Port-des-Barques ; l'alignement de deux tours de hauteur différente donne la direction à prendre par les bateaux pour leur entrée dans la Charente la nuit. En 1880, la tour de vigie de fort Boyard est transformée en phare pour éclairer la rade et le pertuis.

Les travaux portent par la suite sur l'amélioration du signalement des différents écueils. En 1889, le phare de l'île d'Aix est complété par une deuxième tour portant un filtre qui, en interceptant les éclats émis par le feu, crée un secteur pour indiquer les récifs d'Antioche et la longe de Boyard.En 1919 est édifié le phare de Chanchardon, en pleine mer, au nord du pertuis et, quelques années plus tard, en 1924, la balise d'Antioche, également en mer, est remplacée par une tourelle dotée d'une lampe et d'un signal sonore.

Les feux de direction des Soumards à Fouras, démolis par les troupes allemandes pendant la guerre, sont reconstruits en 1949. Par la suite, les transformations des différents ouvrages ne concernent plus que leurs système d’éclairage.

Les systèmes d'éclairage des phares

Au départ, au phare des Baleines, des lampes alimentées par de l'huile de poisson brûlent dans une lanterne de pierres vitrée. Celui de Chassiron est équipé de deux foyers au bois brûlant à l'air libre mais, dès avant 1717, le feu est alimenté par du charbon. La lanterne de pierre des Baleines est remplacée par une structure métallique en 1736 et le foyer est alors alimenté avec du charbon.

Vers 1780, les phares des Baleines et de Chassiron, comme celui de Cordouan, sont équipés des réverbères à réflecteurs et lampe à huile à mèches plates mis au point par Sangrain, entrepreneur de l'éclairage des rues de Paris. Cependant, ce nouveau système ne s'avère pas aussi performant que prévu et, à l'image de Cordouan en 1791, des réflecteurs paraboliques, des lampes à double courant d'air mises au point par Argand et un système de rotation viennent augmenter la puissance de la lumière émise.

Les recherches menées par la commission des phares et balises pour améliorer les systèmes d’éclairage aboutissent à l’invention par Fresnel d’un système lenticulaire de feu tournant, installé à Cordouan en 1820. C'est ce type, mais à feu fixe, qui est installé en 1824 à Chassiron.

Les nouvelles tours du 19e siècle sont dotées des dernières technologies en matière d'éclairage. Le système se compose d'une lampe à huile végétale (colza) de plusieurs mèches avec une pompe. Un régulateur à ailette permet l'alimentation en huile. Le nombre de mèches varie selon l’ordre du phare : quatre pour celui de premier ordre, deux pour celui de 3e ordre.

Dès 1880, le phare des Baleines est électrifié, en même temps que douze autres jugés les plus importants de France. Les machines électriques sont actionnées par des moteurs à vapeur, et la lumière est produite par des machines magnéto-électriques. Les appareils optiques sont de plus petites dimensions et des signaux sonores sont associés aux feux. L’intensité lumineuse est augmentée dans une grande proportion.

En 1895, un essai d’éclairage à incandescence est effectué au phare de Chassiron.

Dans les années 1950, tous ces phares sont raccordés au réseau électrique. Puis, plus tard, ils sont automatisés, ce qui provoque l’arrêt de leur gardiennage.

Période(s)Principale : 4e quart 17e siècle, 19e siècle, 1ère moitié 20e siècle

Toutes ces tours sont en pierre de taille à l’exception de celles de Chanchardon et des feux directionnels de Fouras qui sont en béton. Elles sont plus ou moins hautes, leur hauteur étant adaptée à leurs fonctions. Avec leurs 50 mètres, celle des Baleines (de 1854) et de Chassiron sont les plus hautes, les feux directionnels aval de Fouras et de Port-des-Barques étant les plus bas. Les quatre feux directionnels sont de plan carré, les autres phares sont des tours circulaires, à l’exception des tours des Baleines de 1854 et de Chanchardon de plan octogonal. Les feux directionnels sont installés dans une chambre et non pas dans une lanterne au sommet.

Les tours sont peintes en blanc avec des bandes rouges ou noires de manière à augmenter leur visibilité de jour.

Un ou plusieurs logements de gardien existe à proximité des tours fondées sur la terre ferme. L'organisation du phare de Chassiron avec des logements et un magasin prévus autour de la base de la tour est assez particulière et se retrouve dans d'autres phares conçus à la même époque. Dans l'île d'Aix, le phare se situant dans le fort de la Rade, le gardien semble loger dans une habitation du bourg. Deux maisons sont bâties pour le service des couples de feux directionnels à l'entrée de la Charente.

Références documentaires

Bibliographie
  • Allard, Emile. Les phares : histoire, construction, éclairage, Paris, 1889.

    p. 50
  • FAILLE (René), Les trois plus anciens phares de France : Cordouan, Les Baleines, Chassiron, La Rochelle, Quartier latin, 1974, 240 p.1 fig., XLII pl.

  • Reynaud, L. Etudes sur les travaux publics ; les phares et les balises. Mémoire sur l'éclairage et le balisage des côtes de France, Paris : imprimerie impériale, 1864.

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