Dossier d’œuvre architecture IA85001933 | Réalisé par
Suire Yannis (Contributeur)
Suire Yannis

Conservateur en chef du patrimoine au Département de la Vendée depuis 2017.

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  • inventaire topographique, Vallée de la Sèvre Niortaise, Marais poitevin
Passage par bac puis pont mobile du Brault
Auteur
Copyright
  • (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Vallée de la Sèvre Niortaise, Marais poitevin
  • Commune Sainte-Radégonde-des-Noyers
  • Lieu-dit Brault (le)
  • Adresse route D10A
  • Cadastre 2017 OE
  • Commune Charron
  • Lieu-dit Brault (le)
  • Adresse route D9

L'un des principaux points de franchissement de la Sèvre Niortaise depuis le Moyen Age

Le Brault constitue, depuis le Moyen Age, un point de franchissement de la Sèvre Niortaise privilégié entre Bas-Poitou et Aunis, notamment pour le commerce des récoltes issues des marais desséchés environnants. Le "port de Bérault" est par exemple mentionné en 1324 dans un acte concernant le domaine de Richebonne voisin. En 1364, il fait partie des dépendances de la seigneurie de la Bertinière (ou Charron) qui échoit à Jehan de Boucicault, maréchal de France. Pourtant, de part et d'autre de la Sèvre, les voies d'accès à ce passage à travers les marais depuis La Rochelle et Charron d'une part, Luçon et Puyravault de l'autre, ne sont pas aisées. Le passage lui-même, en bateau voire à gué (à la saison sèche seulement), a mauvaise réputation. En septembre 1469, c'est pourtant au passage du Brault que le roi Louis XI rencontre son frère, Charles, duc de Guyenne, alors en guerre contre lui. La réconciliation a lieu sur un pont de bateaux construit pour l'occasion, "à l'endroit du chastel de Charon, on lieu que l'on dit le pont du Bron". Enfin, en 1484, les précomptes des seigneuries de l'île de Ré et de Marans mentionnent parmi les redevances celle due sur "le passaige du Berault, nouvellement ediffié par le seigneur de Charon".

Au XVIe siècle, plusieurs témoins rapportent les difficultés à franchir le passage du Brault : en 1553, la Guide des chemins de France de Charles Estienne mentionne le "Bérault", "mauvais chemin de marécages" ; Antoine Bernard, dans sa Chronique du Langon, explique qu'en 1568, des troupes "s'en allèrent jusqu'à Marans par le passage du Braud, dont les aucuns étoient fort mouillés et embrisés jusqu'aux fesses, car le Braud n'est en ce temps assez propre pour passer" ; en 1569, La Popelinière précise que "pour aller au bourg de Marans, après estre passé le bourg de Champagné, on trouve un grand canal d'eau de mer qu'on nomme le passage du Berauld, qui est large, profond et si vaseux qu'on n'y peut passer à pied ne à cheval". En 1579, "la Beraude" est indiquée sur la carte du Poitou par Pierre Rogier. En ces temps de guerres de Religion, Marans est défendu par une série de fortins, dont l'un se situe au passage du Brault, verrouillant l'entrée de la Sèvre Niortaise. Peut-être créé dès la fin du XVe siècle, ce "fort ruiné" est indiqué en 1701 sur une carte de la région par Claude Masse, lequel précise, dans son Mémoire géographique, en 1715, qu'il s'agissait d'un "petit fortin en forme d'étoile irrégulière d'environ 22 toises de diamètre".

Un site stratégique mais dangereux

Choisi comme site d'aboutissement de la plupart des grands canaux de dessèchement du Marais poitevin au Moyen Age puis au XVIIe siècle, le Brault demeure sous l'Ancien Régime un lieu de passage important, d'autant que l'autre axe entre Bas-Poitou et Aunis, via Sérigny, Marans, la rivière Vendée et Le Poiré-sur-Velluire, est lui-même peu aisé d'utilisation. Dans les années 1640, la construction du canal de Vienne et de la digue ou "bot" qui le longe, permet d'améliorer l'accès au passage du Brault, grâce au chemin qui emprunte cette digue. Au-delà de l'embouchure du canal de Vienne, l'itinéraire se prolonge vers le sud, à l'ouest de l'anse du Brault, en empruntant les premières encablures de la digue du Vieux desséché de Champagné (entre les actuels lieux-dits Saint-André et le Brault).

Les cartes de la région par Claude Masse, en 1701 et 1704, qualifient ce tronçon de "chemin de Luçon ou du Bas Poitou". Il aboutit au bord de la Sèvre, là où se trouve aujourd'hui le pont mobile édifié en 1977. Une fois traversé la Sèvre, le voyageur trouve, sur l'autre rive, les ruines de l'ancien fort du Brault, et le "chemin de La Rochelle ou du Brau" qui, comme sur la rive droite, emprunte une digue, jusqu'aux terres hautes de Charron. L'itinéraire est repris dans la seconde moitié du XVIIIe siècle sur la carte de Cassini. Il est alors pourtant relativement sur le déclin, avec la construction de la route royale entre Nantes et La Rochelle, via Marans, et d'autant que la dangerosité du passage par bac du Brault reste un handicap. Claude Masse le souligne dès 1705, indiquant, de manière prémonitoire, qu'il "n’y a point de remède à moins que d’y faire un pont de charpente brisée par le milieu pour laisser passer les bâtiments qui remontent la Sèvre".

Jusqu'à la Révolution, le passage du Brault dépend de la seigneurie de Charron. Le 13 juillet 1606 par exemple, Vincent Bouhier, seigneur de Charron, afferme sa seigneurie à Jacques Taupier et Etienne GIrard, à charge d'entretenir le passage du Braud pour passer tant à pied qu'à cheval. Ceux-ci sous-afferment le passage le 12 juin 1614 à MM. Guillon et Barbier, à charge de faire construire et entretenir les ponts et passages pour aller et venir du Poitou à La Rochelle. Le 27 juillet 1692 encore, le seigneur afferme la gestion du passage pour cinq ans à Jean Fillon, déjà passagier au Brault, et à Marie Rivalland, son épouse, à charge pour eux "de passer et repasser le public", de fournir le bac nécessaire et de réparer le chemin. En 1730, Pierre Chertemps de Seuil se fait confirmer par un arrêt du Conseil le droit de bac au passage du Braud. Cet arrêt fixe le tarif des droits à payer pour emprunter le passage, selon que l'on soit à pied, à cheval, en charrette, etc.

A la Révolution, ce droit seigneurial est aboli et, à partir de 1823, l'Etat prend le relai, continuant à en confier la gestion à un passagier. Le passage du Brault figure sur la carte du bassin de la Sèvre Niortaise par Mesnager, en 1818, avec un bâtiment sur la rive gauche, côté Charron. Le plan cadastral de Charron, en 1820, et celui de Sainte-Radégonde-des-Noyers, en 1834, indiquent que le passage se trouve à la jonction entre les deux portions de la route de La Rochelle à Luçon. Un plan de 1872 montre les installations du passage (maison du passagier, appontements, cale d'embarquement), juste en amont du pont actuel (là où se trouvent encore une construction et des appontements). Divers aménagements sont ponctuellement apportés au passage et à ses équipements, par exemple la construction d'un nouvel abri, en dur, pour le passagier, en 1848 ; ou la reconstruction du bac, par Louis Mahé, entrepreneur, en 1858. La propriété du bac est transférée par l'Etat au Département de la Charente-Inférieure en 1871.

Du passage par bac au pont mobile

La dangerosité du passage et son caractère aléatoire poussent régulièrement les autorités locales à demander des aménagements, voire la construction d'un pont, comme cela est envisagé dès 1828. Le 8 novembre 1868, à la suite d'un accident qui a coûté la vie à deux personnes, la municipalité de Charron réclame le remplacement du bac par un pont tournant, considérant par ailleurs que l'absence d'un tel ouvrage nuit au développement de la mytiliculture et au commerce des moules. Cette demande est à son tour rejetée par l'Etat, arguant du fait que les deux victimes de l'accident en cause "ont dû leur sort à leur imprudence et à leur état alcoolisé" !

La question revient sur le devant de la scène dans les années 1880-1890, notamment après l'ouverture du canal de Marans à la mer. Une réflexion plus poussée, menée à partir de 1897, aboutit en 1912-1915 (seulement) à la construction d'un nouvel axe routier reliant la Vendée et la Charente-Maritime, en contournant par l'est le vieux passage par bac. La nouvelle route forme une grande boucle vers l'est, en franchissant les portes des canaux et l'écluse du canal de Marans à la mer, puis un nouveau pont mobile en béton. Le passage par bac est dès lors abandonné.

En 1945, lorsque le pont mobile du Brault est mis hors service par les troupes FFI pour empêcher les Allemands de traverser la Sèvre Niortaise, une simple passerelle constituée de barques accolées est établie pendant quelques mois à l'endroit de l'ancien passage par bac. C'est alors la première fois que celui-ci est franchi par un ouvrage, aussi provisoire et précaire soit-il.

Après 1945, l'augmentation du trafic routier oblige à envisager l'abandon de l'ancien pont mobile et la construction d'un nouvel ouvrage plus adapté. Le site de l'ancien passage par bac, délaissé depuis le début du XXe siècle, est dès lors réinvesti pour construire un nouveau pont mobile, bien plus long et large que son prédécesseur. L'ouvrage voit le jour à partir de 1974, et est mis en service en avril 1976.

Quant aux anciens bâtiments qui accompagnaient le passage par bac jusqu'en 1915, ils évoluent encore au XXe siècle, avec notamment la construction d'une maison dans les années 1950 à la place de l'ancien logement de passagier. Cette maison est démolie peu après 2010, dans le cadre de la procédure des zones dites danger extrême ou "zones noires" qui a suivi la tempête Xynthia. De même est démolie une maison de la seconde moitié du XIXe siècle ou du début du XXe, qui se trouvait au sud du site.

  • Période(s)
    • Principale : 4e quart 20e siècle
    • Secondaire
  • Dates
    • 1976, daté par source

Le pont mobile constitue le point de franchissement de la Sèvre Niortaise le plus à l'ouest et le plus proche de l'embouchure du fleuve. Il se situe à la jonction entre la route D9 qui vient de la Charente-Maritime, au sud ; et la route D10A, en Vendée, au nord. Le pont, en béton armé, est constitué de trois travées droites. La travée centrale, mobile, est formée d'un tablier en métal qui se soulève par effet de bascule, les contre-poids se trouvant sur la rive gauche. De part et d'autre du pont, en amont et en aval, quatre piles en béton indiquent aux bateaux la voie d'accès à la travée centrale.

En amont du pont, rive gauche, commune de Charron, le site de l'ancien passage par bac est encore occupé par une construction (2e moitié du 20e siècle) et par des appontements en bois, héritiers de ceux qui existaient à l'époque du passage par bac.

  • Murs
    • béton béton armé
  • Couvrements
  • Statut de la propriété
    propriété publique

Documents d'archives

  • 1484 : précomptes des seigneuries de l'île de Ré et de Marans pour le partage de la succession de Louis de La Trémouille.

    Archives nationales, Paris : 1 AP 181, fol. 64-69
  • 1324, novembre : sentence d'arpentement prononcée par Hugues de Thouars entre Regnault de Precigny, seigneur de Marans, et les religieux de la maison de Richebonne, dépendance de l'abbaye de Saint-Michel-en-l'Herm, au sujet des limites de leurs terres et des droits qui en dépendent.

    Archives nationales, Paris : 1 AP 1910
  • 1730, 26 septembre : arrêt du Conseil d'Etat du roi qui maintient Pierre Chertemps de Seuil, seigneur de Charron, dans un droit de bac au passage du Braud sur la rivière de Sèvre, mentionnant différents titres relatifs à la seigneurie de Charron depuis le 14e siècle (en ligne sur Gallica.fr).

    Bibliothèque nationale de France, Paris : F-21242 (108)
  • 1702 : Mémoire sur la carte des environs de Marans qui enferme le pays du troisième carré de la carte généralle de partie du Bas Poitou, d’Aulnis et Saintonge, par Claude Masse.

    Service historique de la Défense, Vincennes : 1VD 60, pièce 16
  • 1705, 28 mars : Claude Masse, Mémoire sur la carte des costes du Bas-Poitou et partie du pays d’Aunis et Bretagne, duché de Retz et isles adjacentes.

    Service historique de la Défense, Vincennes : 1VD 60, pièce 30 a
  • Service historique de la Défense, Vincennes. Ms 185, 4° 135. 1715 : Memoire geographique de Masse sur partie du Bas Poitou, pays d'Aunis et Saintonge.

  • 1673-1821 : baillettes et déclarations de la seigneurie de Charron.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 1 J 166
  • 1869 : projet d'établissement d'un pont tournant sur la Sèvre Niortaise en remplacement du bac du Brault.

    Archives départementales des Deux-Sèvres, Niort : 3 S 499
  • 1832-1917 : gestion et aménagement du passage par bac du Brault.

    Archives départementales des Deux-Sèvres, Niort : 3 S 635
  • Informations, documentation et notes de dépouillements d'archives fournies par M. Jean-Claude Bonnin.

  • Informations, documentation et notes de dépouillements d'archives fournies par M. René Durand (1924-2018), Marans.

Bibliographie

  • Baudoin-Matuszek, Marie-Noëlle (éd.), Chronique du commune rurale de la Vendée, Le Langon près Fontenay-le-Comte, par le notaire Antoine Bernard, dans La Vendée au temps des guerres de religion. Trois témoins racontent. Chronique du Langon et autres textes, La Roche-sur-Yon, Centre vendéen de recherches historiques, 2013, 480 p.

    p. 192-193
  • Bonnin, Jean-Claude. Marans et son canton. Saint-Cyr-sur-Loire : éditions Alan Sutton, 2011, 128 p.

    p. 40-41
  • Chatenay, Léopold. Charron, Charente-Maritime, mille ans d'histoire, essai de chronologie locale, La Rochelle, Quartier Latin, 1979, 79 p. ; Complément à Charron, Charente-Maritime, mille ans d'histoire, essai de chronologie locale, La Rochelle, Quartier Latin, 1982, 72 p.

  • Clouzot, Etienne. Les marais de la Sèvre Niortaise et du Lay du Xe à la fin du XVIe siècle. Paris : H. Champion éditeur ; Niort : L. Clouzot éditeur, 1904, 282 p.

    p. 167-170
  • Suire, Yannis. Le Bas-Poitou vers 1700 : cartes, plans et mémoires de Claude Masse, ingénieur du roi. La Roche-sur-Yon : Centre vendéen de recherches historiques, 2017, 368 p.

    p. 58

Documents figurés

  • 1701 : Carte contenant une partie du Bas Poitou et de l'Aunis où se trouve Marans et l'embouchure de la Seyvre Niortaise, par Claude Masse.

    Service historique de la Défense, Vincennes : J10C 1293, pièce 7
  • 1704 : Le Brau où tombent les principaux canaux qui font les dessèchements des marais du Bas Poitou et d'Aunis, par Claude Masse.

    Service historique de la Défense, Vincennes : J10C 1293, pièce 15
  • 1975 : photographies du chantier de construction du pont du Brault.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 2 Fi Charron 2, fonds Henri Coutant
  • Fonds de cartes postales sur la Charente-Maritime.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 14 Fi
  • 1820 : plan cadastral de Charron.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 3 P 5045
  • 1818, 30 septembre : carte itinéraire de la Sèvre Niortaise pour l'intelligence du projet général qui a pour but le perfectionnement de la navigation, la conservation des marais desséchés et le dessèchement des marais mouillés, par l'ingénieur en chef des Ponts et chaussées François-Philippe Mesnager. (Archives départementales des Deux-Sèvres ; 3 S 17).

  • 1579 : Poictou. Pictonum vicinarumque regionum fidiss [i. e. fidelissima] descriptio, (carte du Poitou) par Pierre Rogier.

    Archives départementales de la Vendée, La Roche-sur-Yon : 7 Fi 1078
  • 1834 : plan cadastral de Sainte-Radégonde-des-Noyers.

    Archives départementales de la Vendée, La Roche-sur-Yon : 3 P 267

Annexes

  • Extraits du Mémoire sur la carte des environs de Marans qui enferme le pays du troisième carré de la carte généralle de partie du Bas Poitou, d’Aulnis et Saintonge, 1702, concernant le passage du Brault (SHD, Vincennes, 1VD 60, pièce 16) :
Date d'enquête 2017 ; Date(s) de rédaction 2018
(c) Région Pays de la Loire - Inventaire général
(c) Conseil départemental de la Vendée
(c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel
(c) Centre vendéen de recherches historiques
Suire Yannis
Suire Yannis

Conservateur en chef du patrimoine au Département de la Vendée depuis 2017.

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