Logo ={0} - Retour à l'accueil

Moulin, forge et ferme de la Forge

Dossier IA24001592 inclus dans Château de Losse réalisé en 2011

Fiche

Genreseigneurial
AppellationsLa Forge
Destinationsmaison
Dénominationsmoulin, forge, ferme
Aire d'étude et cantonVallée de la Vézère - Montignac
AdresseCommune : Thonac
Lieu-dit : la Forge
Cadastre : 1813 C 405 et 277 La forge correspond à la parcelle 405 et la ferme au n° 277. Le moulin n'est pas représenté. ; 2014 0C 98, 99 et 104 La forge, disparue, était sur la parcelle 98 ; le moulin est cadastré mais en ruine.

L'occupation du site comme moulin ou comme forge pourrait remonter au XVIIe siècle (après 1602, car la forge n'est pas mentionnée dans l'inventaire après décès de Jean III de Losse dressé à cette date), du temps où le site appartenait au marquis de Losse, comme le suggèrent certaines caractéristiques de mise en œuvre du moulin (la retenue, la chute en grand appareil de pierre de taille, la porte d'entrée à chanfrein) ou encore l'une des fenêtres, à chanfrein et appui saillant, de la maison de l'ancienne ferme, qui surplombait au sud-ouest la forge et le moulin.

La maison de la ferme a dû connaître une phase de travaux au cours du deuxième quart du XVIIIe siècle, si l'on en croit l'inscription gravée sur le linteau de la porte d'entrée : "26 m(ars ou mai) 1728 M". Le site, appelé "La Farge", est indiqué sur la planche n° 23 de la carte de Belleyme levée en 1768. On ignore toutefois si la forge avait déjà l'ampleur qu'elle a plus tard, en 1813. En effet, le premier plan cadastral levé à cette date, plus précis, figure, en plan-masse, un bâtiment de grandes dimensions (il correspond déjà au bâtiment représenté en plan en 1837-1843). La forge est alors, en 1813, la propriété du comte Henri Garnier de Laboissière, qui détient le château de Losse et toutes ses dépendances. C'est sans doute son prédécesseur qui a donné à la forge cette ampleur, avant 1789. Cependant, en 1813, la ferme, qui comprend une maison, une grange et des parcelles de terres, de vignes et de prés aux alentours, n'est déjà plus rattachée à la forge mais appartient à la veuve de Louis Bussière, qui y réside. Par ailleurs, le moulin, dont certains éléments sont antérieurs, n'est pas représenté.

Dans l'enquête menée en 1811-1812 sur l'état des "usines à fer du Périgord" par le ministre de l'Intérieur au préfet, le maître de la "forge de Losse" indique que la forge avait cessé son activité en 1789 et qu'elle vient d'être rétablie en 1811 ; elle produit 30 à 40 quintaux métriques de fer forgé, à 64 francs le quintal ; 3 ouvriers, forgerons et manœuvres, y travaillent et y sont payés 4 francs 80 pour la façon d'un quintal métrique.

Dans les années suivantes, les difficultés judiciaires que connaît Garnier de Laboissière génèrent un bel ensemble de documents où sont mentionnés les bâtiments. D'abord, le 31 mai 1819, dans un procès-verbal qui préfigure la saisie des biens de Laboissière à Thonac (1824), il est fait mention "d’une forge à fer et moulin à bled tenant à la forge, sur le ruisseau de Bars à Thonac près du bourg." Plus loin dans l'acte (article 13), l'ensemble est encore plus précisément décrit, avec "une forge à fer appellée la forge de Losse", "un moulin à bled tout neuf appellé de la forge" et "la forge" (voir Annexes).

Devenue la propriété de Joseph Mérilhou, la forge et ses bâtiments font l'objet de travaux de réparation importants. La forge est encore décrite assez exactement dans l'avis préfectoral de demande en conservation de la forge de Thonac publié le 16 janvier 1843. Ce document précise en effet que :

- Le propriétaire est alors Joseph Mérilhou, pair de France, conseiller à la Cour de Cassation à Paris. (Celui-ci a acheté le château de Losse et toutes ses dépendances en 1824.)

- L'usine comprend un seul feu d'affinerie et un marteau. Elle consomme annuellement 45 tonnes de fonte brute et 70 tonnes de charbon de bois, pour une production de 30 tonnes de fer en barres. La fonte provient principalement des forges des Eyzies (Les Eyzies-de-Tayac), des Ans (Archignac) et du Paradoux (Saint-André d'Allas).

Quant à la ferme, elle est acquise par Marcellin Delbos, un aubergiste du bourg de Thonac, au cours de cette période ; celui-ci fait raser la grange de la ferme entre 1860 et 1867 (matrice cadastrale).

Les trois bâtiments, la forge, le moulin et la ferme, sont à nouveau réunis en 1867 : ils appartiennent au fils de Joseph Mérilhou, Baptiste, qui se contente de faire démolir le moulin cette année-là et d'agrandir la maison de l'ancienne ferme en 1873 (matrice cadastrale). Le moulin est aujourd'hui en ruine ; la forge a totalement disparu.

Période(s)Principale : 17e siècle , (?)
Secondaire : 2e quart 18e siècle
Principale : 2e moitié 18e siècle , (détruit)
Secondaire : 1ère moitié 19e siècle , (détruit)
Secondaire : 3e quart 19e siècle
Dates1728, porte la date
1873, daté par source

Bien que l'atelier de forge n'existe plus, les plans conservés de 1837 (AD24, 70 S 131) permettent de comprendre l'organisation des lieux. Un bâtiment approximativement rectangulaire d'une surface de 170 m² environ, implanté parallèlement à la retenue, abritait un four d'affinerie et un martinet. Deux soufflets actionnés par une roue hydraulique verticale à augets alimentaient le four en air. Le martinet était entrainé par le même type de roue, mais à aubes et plus étroite. Un espace de stockage (pour le charbon de bois ?), dénommé "hangar", occupe le fond du bâtiment. L'ensemble était complété à l'est par une "chambre".

État de conservationvestiges
Statut de la propriétépropriété d'une personne privée

Annexes

  • Extrait du procès-verbal de visite des biens du sieur Henri Garnier de Laboissière dressé par Bernard Roque, huissier public, 31 mai 1819 (AD Dordogne, J 268, pièce n° 19).

    [Transcription :]

    "Du 31 mai 1819.

    Aujourd’huy trente un mai mille huit cent dix-neuf, je, Bernard Roque, huissier public, reçu au tribunal civil de Sarlat, y habitant, patenté, n° 29 3e classe, muni d’un pouvoir spécial du quinze septembre mille huit cent dix-huit, certifie qu’à la requette de messieurs les administrateurs de l’enregistrement des domaines et forêts demeurants à Paris rue de Choiseul, poursuités et diligentés de Me Rouland, directeur des mêmes droits dans le département de la Dordogne, demeurant à Périgueux, qui constituent pour leur avoué près le tribunal civil séant à Sarlat, Me Jean-Baptiste Landry, y habitant, chez qui ils font élection de domicille, ce concernant, en vertu :

    1° d’une contrainte décernée contre le sieur Henry Garnier de Laboissière, propriétaire sans profession, chevalier de Saint-Louis et ex-directeur des contributions indirectes, habitant du château de Losse, commune de Thonac, par le sieur Arnal, receveur de l’enregistrement à Périgueux, le vingt-huit février mille huit cent onze, rendue exécutoire par Monsieur Mie, juge de paix du canton de Périgueux, le quatre mars même année pour la somme capitale de trois mille quatre cent dix francs ;

    2° d’un jugement rendu par le tribunal civil séant à Ribérac le quinze novembre mille huit cent treize, entre les requérants et ledit sieur de Laboissière, expédié en forme exécutoire par Valade, greffier en chef, par lequel il fut débouté de son opposition contre ladite contrainte avec dépens ;

    3° d’un autre jugement rendu par le même tribunal le vingt-six juin mille huit cent quinze expédié en forme exécutoire par Planteau, greffier commun, par lequel le jugement sus relaté fut maintenu a un dépens et continuant les poursuites commencées par exploit du deux mars dernier fait par Roque, huissier enregistré, portant commandement audit sieur de La Boissière, de payer aux dits sieurs requérants la somme de trois mille cinq cent vingt-six francs soixante-neuf centimes pour les causes portées aux susdits exécutoire et jugement sans préjudice d’autres des droits, actions, intérêts et fraix de mise à exécution. Et faute, par ledit sieur Garnier de Laboissière, d’avoir satisfait audit commandement, je me suis aujourd’huy exprès transporté sur les immeubles ci-après désignés, consistant en la terre de Losse ci-devant seigneuriale qui se compose :

    d’un vieux château qui est divisé en plusieurs corps de bâtimens entourés de larges fossés au midi, couchant et nord, et au levant par la rivière de Vézère sur laquelle le château domine, étant bâti sur un rocher qui forme sous les terrasses une demie voûte naturellement formée, élevée environ vingt mètres au-dessus du niveau de la rivière, situé sur le territoire de la commune de Thonac et près le chef-lieu d’icelle ;

    [...]

    13° Enfin, d’une forge à fer et moulin à bled, tenant à la forge sur le ruisseau de Bars à Thonac près du bourg.

    [...]

    Art. 13

    "1° Une forge à fer appellée la forge de Losse, avec sa martellerie, dromage, affinerie à deux soufflets, construite en aille [c'est-à-dire à deux corps disposés en retour d'équerre], sur des pilles rondes en cartellages [pierres de taille] au levant et sur des murs des autres côtés, couverte en partie avec de la thuile plate et autre partie avec de petites planches.

    2° Un moulin à bled tout neuf appellé de la forge, au même lieu, et alimenté par les eaux de la même écluse à grande roue perpendiculaire n'ayant qu'un tournant actuellement, mais les meules neuves et le grand arbre des roues, plusieurs bois de [...] et la boîte faisant partie des agrès sont sur place pour en établir un second, le bâtiment couvert en tuille creuse, sans maison d'habitation pour le meunier, ledit moulin exploité par ledit Jean Peyrot [un colon partiaire].

    La forge n'est plus exploitée depuis plus d'un an. Leur écluse et chaussée au nord des dits uzines, contenant les uzines, écluses et chaussée environ vingt-cinq ares."

  • Extrait de l'annonce de la vente à la folle enchère du domaine de Losse, 26 mai 1824 (AD Dordogne, J 268, pièce n° 53).

    "FEUILLE SUPPLÉMENTAIRE

    D'ANNONCES ET AVIS DIVERS

    DU BULLETIN DU DEP.T DE LA DORDOGNE.

    Bien immeubles à vendre par folle enchère.

    ART. I.er

    Le château de Losse [...]

    ART. XIV.

    Une forge à fer, appelée la Forge de Losse, avec sa martellerie, dromage, affinerie à deux soufflets. Cette forge n'est plus exploitée depuis plus d'un an.

    ART. XV.

    Un moulin à blé, tout neuf, appelé de la Forge, au même lieu, et alimenté par les eaux de l'écluse de la forge, n'ayant actuellement qu'un tournant, mais tous les matériaux sur place pour en construire un second, et sans logement pour le meunier, exploité par ledit Jean Peyrot [colon partiaire également du moulin à blé du château de Losse, sur la Vézère ; cf. Art. III] ; contenant en superficie, la forge, le moulin et chaussée, environ vingt-cinq ares.

    ART. XVI.

    1° Un pré appelé le Grand-Pré de la Forge, contenant environ quatre cent quarante ares.

    [etc.]"

  • Quittance établie par [Jean] Peyrot au nom de Mr. Bourges pour avoir délivré à Monsieur Mérilhou les ferures pour deux charrettes, 28 mai 1832 (AD Dordogne, J 268, pièce n° 73).

    [Transcription :] "Forge de Thonac Le 28 mai 1832

    État du fer que j'ai livré pour le conte de Monsieur Mérilhou pour la ferrure de deux chareté, savoir vint barre qui font un pris de quatre cent soixante sis livre.

    J'ai l'honneur de vous saluer d'une parfaite consider considérations

    [Signature :] Peyrot, faisant pour Mr. Bourges."

    [Autour du texte de la quittance, plusieurs additions].

  • Compte des travaux réalisés pour Monsieur Mérilhou à la forge de Losse, 28 février 1838 (AD Dordogne, J 268, pièce n° 77).

    [Transcription :]

    "Monsieur,

    J'ai été examiné le travail de réparation de la forge de Thonnac dont j'étais chargé et qui a été exécuté avec soin par le sieur Remondie, dit Cadot, charpentier, avec tous les soins qu'exigeait un travail de ce genre.

    Je viens donc vous prier de vous entendre avec le Bourgès du Moustier afin de lui en faire toucher les montants qui peut s'ensuivre, ainsi :

    Devis d'estimation

    pour construire la roue du martinet et le canal de cette même roue_ 500 f.

    pour les soufflets : - remettre les 72 dents de la roue, à 25 cent. la pièce montée_ 18 f.

    - remettre 6 coins à 2 f._12 f. ; un coussinet 3 f. ; et démonter les soufflets pour les garnir intérieurement 5 f. Total : 20 f.

    Pour remettre 32 dents au moulin à 25 cent. l'une monte_ 8 f.

    Total à reporter : 546 f.

    [fol. 1v°] Report 546 f.

    J'ai été obligé de faire les modelles des tourillons afin de pouvoir faire servir l'arbre de la roue_ 26 f.

    Il m'est dû 572 f.

    Sur laquelle somme, j'ai reçu par un mandat sur Bourgès 101 f.

    Id. sur Mr. Mérilhou 60 f.

    Reçu de Monsieur Mérilhou 10 f.

    Id. un carton avoine 3 f.

    [Total :] 174 f.

    J'ai n'ai pas le souvenir d'avoir reçu autre chose, si le contraire a lieu, vous voudrez bien m'en informer. On trouvera peut-être les modelles des tourillons un peu cher, mais on remarquera le contraire lorsqu'on s'apercevra que je n'ai pas porté au compte les journées que j'ai employées à chercher les bois, les faire couper et transporter.

    Somme 572 f.

    Reçu 174

    Reste 398 f.

    Dont 380 pour le Cadot et 18 pour moi, le tout lui sera remis et il m'en fera compte. Il est dû en outre au sieur Cadot la somme de 40 f. pour faire les souches de l'enclume et pour le placer et déplacer.

    [fol. 2r°] Il lui est encore dû 15 f. pour les 2 pelles de l'écluse et 5 pour celle de l'échampoire.

    Total de ce qui lui revient : 398

    40

    15

    5

    [Total :] 458 f.

    Sommes que vous voudrez bien lui faire toucher au plutôt.

    Je suis, Monsieur Mérilhou, avec le plus profond respect et la plus vive reconnaissance,

    votre très dévoué serviteur,

    [Signature :] Périer

    Brive, le 28 février 1838."

Références documentaires

Documents d'archives
  • AN. F/14/ 4339. Dossier 69 : Maintenue en activité de l'usine à fer de Joseph Merilhou, au lieu-dit « de Losse », à Thonac. Plans. 1842-1845

    Archives nationales, Service des cartes et plans, Paris : F/14/ 4339
  • AD Dordogne. J 268. Fonds Mérilhou (Titres de propriétés - Terre de Losse, 1731-1845).

    Pièce n° 19 : Extrait du procès-verbal de visite des biens du sieur Henri Garnier de Laboissière dressé par Bernard Roque, huissier public, 31 mai 1819. Archives départementales de la Dordogne : J 268
  • AD Dordogne. J 268. Fonds Mérilhou (Titres de propriétés - Terre de Losse, 1731-1845).

    Pièce n° 53 : Extrait de l'annonce de la vente à la folle enchère du domaine de Losse, 26 mai 1824. Archives départementales de la Dordogne : J 268
  • AD Dordogne. J 268. Fonds Mérilhou (Titres de propriétés - Terre de Losse, 1731-1845).

    Pièce n° 73 : Quittance établie par [Jean] Peyrot au nom de Mr. Bourges pour avoir délivré à Monsieur Mérilhou les ferures pour deux charrettes, 28 mai 1832. Archives départementales de la Dordogne : J 268
  • AD Dordogne. J 268. Fonds Mérilhou (Titres de propriétés - Terre de Losse, 1731-1845).

    Pièce n° 77 : Compte des travaux réalisés pour Monsieur Mérilhou à la forge de Losse, 28 février 1838. Archives départementales de la Dordogne : J 268
  • Matrice cadastrale, registre des augmentations et diminutions de Thonac, 1820-1914.

    Archives départementales de la Dordogne : 63 P 938
Documents figurés
  • Carte de la Guyenne par Belleyme. Reproduction en fac-similé de l'édition du XVIIIe siècle conservée à l'Institut géographique national, par Pierre de Belleyme, IGN.

    Planche n° 23 levée en 1768, gravée et publiée entre 1785 et 1789. Archives départementales de la Dordogne, Périgueux : 1 Fi 2 Dordogne 0013
  • Plan cadastral ancien de la commune de Thonac, 1813.

    Section C. Archives départementales de la Dordogne, Périgueux : 3 P3 6119 à 3 P 3 6125
  • Plan de détails de la forge de Thonac, dessin aquarellé par Deguerry, géomètre, 1er septembre 1837.

    Archives départementales de la Dordogne : 70 S 131
  • Forge de Losse sur le Thonac (commune de Thonac), 1843-1845. Plan sur calque de Marchat dressé en 1843, annexé à l'ordonnance du 15 février 1845, titré : "Plan de l'emplacement de l'usine à fer de Losse appartenant à Mr Merilhou, Pair de France, dans la commune de ce nom, arrondissement de Sarlat, pour être joint à notre rapport en date de ce jour sur la demande en conservation de ladite usine. Dressé par le Conducteur des Ponts et Chaussées, soussigné ft. fion. d'Ingénieur ordinaire de l'arrondissement. A Sarlat le 6 décembre 1843. Signé : Marchat."

    Archives départementales de la Dordogne : 70 S 131
Bibliographie
  • PEYRONNET Edmond. Les anciennes forges du Périgord. Bordeaux : Imprimeries Delmas, 1958.

    N° 60.

Liens web

(c) Conseil départemental de la Dordogne ; (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel - Marabout Vincent - Pagazani Xavier