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Manoir dit le château du Pible

Dossier IA17044063 réalisé en 2010

Fiche

  • Le Pible vu depuis l'ouest.
    Le Pible vu depuis l'ouest.
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  • Parties constituantes

    • cour
    • parc
    • portail
    • puits
    • chai
    • distillerie
    • pigeonnier
    • grange
    • écurie
    • étable
Parties constituantes non étudiéescour, parc, portail, puits, chai, distillerie, pigeonnier, grange, écurie, étable
Dénominationsmanoir
Aire d'étude et cantonEstuaire de la Gironde - Communauté de communes de Haute-Saintonge
AdresseCommune : Saint-Dizant-du-Gua
Adresse : 38 route du
Pible
Cadastre : 1832 C 119, 127 à 132 ; 2009 AI 73 et 74

Le domaine du Pible constitue jusqu'à la Révolution un fief dont Jean Lefourestier, seigneur d'Orignac et de Saint-Dizant, se dit seigneur en 1567. Dépendant de la seigneurie de Romaneau, il passe ensuite, au début du 17e siècle, à Jean Morineau époux d'Anne de Rochefort, puis, en 1646, à leur fille, Marie Morineau épouse de Simon Bonniot, sieur des Augiers, avocat et juge sénéchal de la terre de Mirambeau. Le Pible reste dans les mains de la famille Bonniot pendant tout le 17e siècle puis au 18e siècle.

L'aile nord des dépendances est construite en 1730, date inscrite au-dessus de la porte de l'ancien passage couvert et du chai. L'aile sud, identique, date probablement de la même époque (tout en ayant été restauré vers 1939). Le logis aurait été édifié dans les années 1770 pour le compte de Michel Bonniot, riche négociant protestant. Les plans en ont peut-être été établis par Christophe Macaire, architecte à Lorignac : le logis du Pible présente en effet des points communs avec le château de Romaneau, construit par Macaire. Michel Bonniot meurt en 1782. Le domaine passe alors à son fils, Antoine qui en délaisse aussitôt la gestion à David Raboteau, sieur de la Rousserie, un ami de son défunt père.

David Raboteau est né en 1733 dans une famille de notables protestants de Saint-Fort-sur-Gironde. Il a fait fortune dans le commerce avec Saint-Domingue où il possède des concessions de terres et où il a vécu quelques temps. Lié à de gros armateurs et marchands bordelais, il demeure le plus souvent à Bordeaux. Sous la Révolution, il profite de la vente des biens nationaux pour s'enrichir encore davantage et acquérir de nombreux domaines à Saint-Fort et aux alentours, tout en se montrant généreux avec ses frères et neveux. En 1811, il finit par acheter le domaine du Pible que le fils de son défunt ami lui avait confié en gestion quelques années auparavant. C'est au Pible qu'il décède, sans enfants, le 16 mars 1820.

Par testament, il a légué son domaine à sa nièce, Esther-Hortense Raboteau, épouse de Théodore Rodier, protestant comme elle, et avec lequel elle demeure déjà au Pible depuis leur mariage en 1815. Ils en sont propriétaires lorsque le plan cadastral de 1832 est établi. Le logis y apparaît avec ses deux ailes de dépendances, ainsi que les autres dépendances au sud, dont le pigeonnier. Au sud également, accolé à l'aile sud des dépendances, se trouve un bâtiment aujourd'hui disparu : il s'agissait sans doute de la maison de métayer citée dans l'acte de vente de 1811. L'accès au domaine s'effectuait par le nord (le portail actuel n'existait pas) : un chemin venant du nord aboutissait à l'aile nord de dépendances qui était percée par un passage couvert dont il ne subiste aujourd'hui que la porte sud. A l'est se trouvait une charmille avec des allées. Au sud, au-delà du pigeonnier, le domaine comprenait une plantation d'ormes, un vivier et s'étendait jusqu'au bord du Taillon.

Hortense Raboteau décède au Pible en 1837, et Théodore Rodier, qui est un temps maire de la commune, en 1844. La propriété passe ensuite à leur fils, David Rodier époux Godet. Ce dernier développe le domaine, fait venir des employés et des ouvriers agricoles qui, protestants comme lui, s'installent à Morisset et à Barateau, hameaux voisins. En 1892, David Rodier achète une maison à Morisset et y fait ouvrir une école privée protestante. En 1898, il aide le pasteur Paul Faivre à financer la construction du temple de Morisset. Dans la première moitié du 20e siècle, la famille Rodier, qui demeure à Paris, délaisse peu à peu le Pible. En 1933, M. Rodier, chirurgien, vend le domaine à Roger Boisson époux Coudrin, qui le transmet en 1956 à son gendre, Denis Raffin. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le domaine est occupé et endommagé par les troupes allemandes.

Période(s)Principale : 3e quart 18e siècle
Principale : 4e quart 18e siècle
Auteur(s)Auteur : auteur inconnu

Le domaine du Pible comprend principalement un logis entre une cour à l'ouest et un ancien parc à l'est. Deux ailes de dépendances encadrent la cour au nord et au sud. Ces deux ailes possèdent chacune à l'ouest un retour qui, avec un muret et un portail à piliers maçonnés, ferment la cour. Au sud de cet ensemble se trouve une seconde cour avec à l'est d'autres dépendances, dont des toits à volailles, les ruines d'un pigeonnier rond au sud-est, et une grange-étable à façade en pignon à l'ouest. L'ancien parc a perdu la plupart de ses arbres. On y observe un puits et deux portails, l'un à l'extrémité est, l'autre au nord, près du logis.

Le logis, aux allures de château, est un édifice double en profondeur, en pierre de taille, couvert d'une toit à croupes. Cette toiture est masquée par une balustrade. La façade ouest, sur cour, et la façade est, côté parc, sont identiques. Toutes deux se distinguent par leur sobriété. Dans les deux cas, le centre de la façade est occupé par un décrochement surmonté d'un fronton triangulaire, et dans lequel prend place une travée centrale d'ouvertures. Cette travée comprend la porte en plein cintre, à encadrement mouluré et à clé de linteau saillante, et une large fenêtre à l'étage, avec encadrement également mouluré. Côté cour, la porte est accessible par un perron. De part et d'autre de ce décrochement, on compte deux travées d'ouvertures aux encadrements saillants. A l'horizontal, la façade est simplement ornée d'un solin, d'un bandeau de niveau et d'une corniche. A l'intérieur se trouve un escalier monumental en pierre, avec un garde-corps en ferronnerie de style rocaille, caractéristique de la seconde moitié du 18e siècle.

Chacune des deux ailes qui encadrent la cour, est une longue enfilade de dépendances : remise (avec puits intérieur), écurie et étable dans l'aile sud, chais et ancienne distillerie dans l'aile nord. Les deux ailes sont éclairées par des fenêtres rectangulaires au rez-de-chaussée et par des oculi au niveau du comble. Les oculi de l'aile nord possèdent encore un pourtour mouluré. Chaque aile est par ailleurs percée de portes charretières en arc surbaissé, formant passage couvert. Le passage à travers l'aile sud, vers la seconde cour, existe toujours ; le passage à travers l'aile nord, qui constituait autrefois l'accès à la cour, est condamné depuis que la porte sur le mur nord a été obstruée. Dans l'angle formé par l'aile nord et son retour ouest, se trouvent trois fenêtres de décharge en plein cintre, dont deux ont été murées.

Murscalcaire
pierre de taille
Toittuile creuse
Étages1 étage carré
Élévations extérieuresélévation ordonnancée
Couverturestoit à longs pans
croupe
Statut de la propriétépropriété privée

Annexes

  • Lettre de David Raboteau à son frère Théodore, en 1783 ; extrait de Sebilleau, Bernard. 1730-1800 au jour le jour avec les Raboteau de Saint-Fort-sur-Gironde, p. 67-68 :

    "A Bordeaux, ce 12 janvier 1783.

    Mon cher frère (...),

    j'écris ce jour à M. Errard et lui offre les eaux-de-vie du Pible prises sur le tein (?) et dans la même futaille et quittes de touts droits et frais quelconques. Tu conviendras avec lui du prix, bien persuadé qu'il les fera valoir autant que tout autre (...).

    Je te serai obligé de faire quelques tours au Pible et d'avoir l'oeil au jardin, surtout beaucoup de pois et fève, artichaud et asperge. Si le jardinier a besoin de monde, il peut en prendre en journer pour lui aider, et recommande Fortuna d'avoir bien soin de toute chose et surtout de tirer une barrique de vin en bouteilles : je lui enverrai s'il est possible des bouchons la semaine prochaine. Ne m'oublie pas pour le bois à brûler : à quel prix qu'il soit, il en faut. Voici bien de l'occupation et embarras que je te donne, mais ce n'est pour tant que tes affaires pourront te le permettre".

  • Souvenirs du docteur Rodier, descendant des propriétaires du Pible, extraits du Recueil de documents sur l'histoire de Saint-Dizant-du-Gua, par Jacques Dufour (Archives municipales de Saint-Dizant-du-Gua) :

    "La cour présente, outre la façade avec fronton et colonnade à l´italienne, deux ailes de communs :

    - à droite, cuisine-buanderie dans laquelle existe encore le four à pain et où se trouvait un "bujour" formé de deux cuves de part et d´autre d´un foyer où l´on faisait chauffer la lessive des cendres pour arroser la cinquantaine de paires de draps et autres linges dont on faisait la lessive deux fois par an. Les cuves, transportéess servent actuellement de bacs à fleurs au milieu de la cour, après le porche, les écuries et étables.

    - à gauche, les chais au bout desquels se trouvait la distillerie où l´on fabriqua, jusqu´en 1904, une excellente eau-de-vie, la région formant une enclave en "Fins Bois" dont les produits étaient renommés dans la région et dont le château de Beaulon continue la tradition.

    En traversant le porche, on aboutit à la basse cour à l´angle de la clôture de laquelle se trouvait un pigeonnier, démoli depuis, et qui ressemblait, par ses alvéoles et son échelle à la périphérie intérieure, mobile sur une poutre centrale, à celui de Panloy [à Port-d'Envaux, Charente-Maritime].

    La cage d´escalier de l´habitation possède une très belle rampe de fer forgé, du même style que le balcon de la fenêtre centrale de la façade, actuellement déposé.

    L´allée d´arrivée était bordée de grands ormeaux dont il subsiste que quelques exemplaires, l´âge et les intempéries ayant eu raison de la plupart d´entre eux.

    A droite, en arrivant sont les bâtiments de la métairie.

    On remarque au bout du jardin, derrière l´habitation, des cyprès qui indiquent qu´il y eut, à cet endroit des tombes. Les Raboteau appartenant alors à la religion réformée dont les membres, n´avaient pas le droit d'être inhumés dans le cimetière paroissial, en Terre Sainte, dont ils étaient exclus à cette époque. La Saintonge, un des bastions du protestantisme, présente, en effet, de nombreux cyprès

    au voisinage d´habitations, ce qui indique que là reposent des défunts de confession huguenote.

    Après le jardin, se trouvait une charmille, aujourd´hui disparue, ou l´on récoltait, au début du siècle, au pied de quelques chênes, d´excellentes truffes.

    Au bas de la propriété coule le Taillon qui va se jeter dans la Gironde à Port-Maubert et dont le cours est bordé de peupliers, d´où le nom de "Pible" que l´on plantait à la naissance d´une fille pour lui constituer une dot à vingt ans, dot composée également d´un tierçon d'eau-de-vie soigneusement surveillée et maintenue à niveau pour compenser l´évaporation annuelle connue dans la région sous le nom de "part des anges".

Références documentaires

Documents d'archives
  • A. D. Charente-Maritime. 3E70/624. 1811, 29 décembre : vente par Antoine Bonniot, propriétaire, demeurant à Saint-Genis, à David Raboteau, propriétaire, demeurant au logis du Pible, d'un "corps de bien ou domaine appelé le Pible, dont le principal manoir est sur la dite commune de Saint-Dizant-du-Gua, qui consiste en maison de maître, cour, servitudes, jardin, maison de métayer, allées de charmes, vignes, terres à grains, prés doux, prise de la Rivière".

  • A. D. Charente-Maritime. 3P 3326 à 3339. 1834-1970 : état de section et matrices cadastrales. A. D. Charente-Maritime. 3P 4916. 1832 : plan cadastral de Saint-Dizant-du-Gua.

Documents figurés
  • 1832 : plan cadastral de Saint-Dizant-du-Gua.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 3P 4916
Bibliographie
  • Chasseboeuf, Frédéric. Châteaux, manoirs et logis : la Charente-Maritime. Prahecq : éditions Patrimoines et médias, 2008.

  • Bertrand de Cugnac, abbé. "Jonzac et Ozillac", Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis, t. 20, p. 152.

  • Sebileau, Bernard. 1730-1800 au jour le jour avec les Raboteau de Saint-Fort-sur-Gironde : correspondance familiale, généalogie. La Roche-sur-Yon, chez l'auteur, 1985, 152 p.

    p. 41-42 et 65-67
  • Sebileau, Bernard. Fief-Doré en Saintonge. La Roche-sur-Yon : Artdeline Edition, 1996, 91 p.

  • Dufour, Jacques. Recueil de documents sur l'histoire de Saint-Dizant-du-Gua.

    Archives municipales, Saint-Dizant-du-Gua
(c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel - Suire Yannis
Suire Yannis

Conservateur du patrimoine, directeur du Centre vendéen de recherches historiques.


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