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Maisons, fermes : l'habitat à Jouhet

Dossier IA00045060 réalisé en 1976

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L'inventaire du patrimoine de la commune de Jouhet a repris les éléments étudiés de l'inventaire préliminaire réalisé en 1976, soit 35 éléments, dont 20 maisons ou fermes. Il a par ailleurs permis l'étude de 156 maisons, fermes et anciennes fermes, dont 136 ont fait l'objet d'un dossier documentaire et 29 d'un dossier plus détaillé.Ont été prises en compte les constructions antérieures aux années 1950, à l'exclusion de celles qui sont trop remaniées pour comprendre l'état d'origine et des lotissements.

Le bourg et les hameaux de la Cadrie, Mortioux, Peufavard, le Pouilloux, Rillé et la Grange (pour partie sur la commune d'Antigny) ont fait l'objet d'une synthèse sur l'organisation des constructions.

Aires d'étudesArrondissement de Montmorillon
Dénominationsmaison, ferme
AdresseCommune : Jouhet

En 1840, la commune compte dans ses propriétés bâties 93 maisons, un château et une huilerie. En 1871 et en 1886, le récapitulatif des propriétés bâties compte 187 maisons, un château, un moulin, une huilerie et trois tuileries.

Période(s)Principale : Temps modernes, Epoque contemporaine

De nombreuses fermes du 19e siècle

La commune de Jouhet a une vocation agricole très marquée et compte une majorité de fermes : 90 d'entre elles ont fait l'objet d'un dossier individuel dans le cadre de l'étude de la commune. Isolées ou regroupées en hameaux, la plupart d'entre elles figurent sur le plan cadastral de 1840, même si certaines ont été modernisées et reconstruites depuis.

À Jouhet, on retrouve sur une dizaine de granges, construites dans le dernier tiers du 18e siècle et la première moitié du 19e siècle, un détail architectural peu habituel : au-dessus de la porte, un larmier, petite corniche en pierre, permet de protéger le linteau en bois de l'atteinte directe des intempéries. Toutes ces granges figurent sur le cadastre de 1840 et possèdent un plan identique ; il s'agit en majorité de granges-étables dont l'entrée se situe sur un mur pignon. Ces larmiers sont particulièrement fragiles et voués à la destruction lors de la modernisation des exploitations agricoles [voir détail en annexe].

Avec la mise en culture des brandes et l'amélioration des méthodes de culture, plusieurs fermes ou parties de fermes (granges) sont reconstruites dès les années 1830 : les dates inscrites ou les tables d'augmentation et diminution des impositions foncières en attestent.

Ainsi, une grange à la Grange, aujourd'hui détruite, portait la date de 1835. Le logement de la ferme de la Chauvetterie porte la date de 1840.

À la suite de la reconstruction du logis de la Canne dans les années 1850, la ferme qui en dépendait est reconstruite en 1860, date portée sur une charpente avec la signature du charpentier Peignon fils. Alors que les fermes plus anciennes comprenaient plutôt des bâtiments dispersés et séparés les uns des autres (logement, granges-étables, toits pour les porcs, bergerie, four à pain souvent dans un bâtiment indépendant abritant parfois aussi la buanderie, puits...), cette ferme s'organise autour d'une vaste cour, avec le logement au fond et les vastes granges-étables en retour d'équerre.

La plupart des anciens toits à porcs étaient précédés d'une cour enclose d'un muret, permettant d'éviter la divagation des animaux. La « cuisine-cochon », où l'on cuisait les aliments destinés aux porcs, pouvait être séparée du toit à porcs, comme c'est le cas pour une ferme de Rillé.

Des maisons à balet, des inscriptions protectrices

Une dizaine de maisons comportent un escalier de distribution extérieur, généralement un escalier droit plaqué contre la façade et couvert par un auvent ou « balet ». Un évier (« marée ») se trouve le plus souvent sur ce palier. Le logement se situe à l'étage, alors que le rez-de-chaussée comprend une pièce parfois semi-enterrée servant de lieu de stockage (chai) ou de travail (atelier). Une de ces maisons, située dans le bourg, a abrité l'atelier de tissage de la famille Peignelin, dont le nom désigne le métier de peigneur de chanvre ou de laine. En 1832, la mairie louait un local pour y loger le desservant de l'église, mais il manque de confidentialité en raison de la proximité avec le logement du tisserand. Un courrier adressé au préfet nous montre l'imbrication des maisons et de leurs dépendances. « L'extrémité de cette maison appartient du chef de son épouse au sieur Peignelin Joseph tisserand et que même s'il possède tout le dessous d'une des chambres occupées par M. le desservant ce qui est déjà incommode à cause du bruit qu'il peut faire mais la plus grande incommodité provient d'une petite fenêtre qui donne une faible clarté à ce dessous et d'où l'on peut voir et entendre tout ce qui se passe dans la cour du presbytère ce qui devient extrêmement gênant. Il paraît qu'on ne peut légalement forcer le sieur Peignelin à condamner cette fenêtre et d'ailleurs il n'en peut avoir que sur la dite cour à moins de se résigner à une obscurité complète ; sur quoi il aurait proposé de céder ce dessous à la commune moyennant qu'elle lui céderait en contre-échange une étable en écurie attenant au logement et dépendant du nouveau presbytère. »

Certaines maisons ou dépendances agricoles ont été placées sous la protection de Dieu. Ainsi, une maison du Pouilloux porte le monogramme IHS (Iesus Hominis salvator [Jésus sauveur des hommes]) et la date 1769. En raison de la présence d'un escalier extérieur aujourd'hui détruit, il s'agit plutôt d'une maison d'artisan que d'un établissement religieux.

Les dépendances agricoles de trois fermes et une maison du bourg portaient en 1976 des croix blanches peintes à la chaux au-dessus des portes. Cette pratique courante au 19e et au début du 20e siècle, attestée dès le 12e siècle dans le cartulaire de l’abbaye de la Merci-Dieu, visait à protéger la maison, ses habitants et son bétail. Certaines ont disparu suite au cours des rénovations récentes, quelques-unes subsistent. Dans l'une des fermes, la peinture à la chaux sert également à rehausser le contour des fenêtres.

Les logements

Les logements de l'Ancien Régime ont tous été remaniés. Sept manoirs ou maisons conservent encore des linteaux de porte ou de fenêtre ornés d'un arc en accolade, dont certains ne sont manifestement pas à leur place d'origine. Quelques arcs en plein cintre et quelques linteaux portant un blason ont été repérés. Une quinzaine d'édifices ont des baies chanfreinées pouvant se rapporter au 17e ou au 18e siècle.

La majorité de ces logements ont été abandonnés au 19e siècle au profit de logements plus récents. Certains d'entre eux étaient intégrés dans une grange, séparés de celle-ci par une simple cloison. Ils ne comportaient qu'une pièce, avec une pierre d'évier très débordante et une cheminée.

Les travaux d'aménagements des abords du bac puis la mise en service du pont entraînent un changement de tracé des rues, d'abord avec la percée de la rue de la Gartempe, dans l'axe du pont, puis celui de la rue de Saint-Germain. Les deux maisons à l'angle de la rue du Vieux-Pont sont construites vers 1876, chacune avec un pan coupé qui épouse le nouveau tracé de la rue.

À Jouhet cohabitent l'utilisation de la tuile plate et de la tuile creuse, concurrencées aujourd'hui par la tuile mécanique. Seuls quelques logements de la fin du 19e siècle ou du début du 20e siècle sont couverts d'ardoise, parfois remplacée aujourd'hui par une ardoise reconstituée.

Les maisons du dernier quart du 19e siècle et du 1er quart du 20e siècle ont presque toutes une façade ordonnancée en deux ou trois travées, avec un étage et/ou un comble à surcroît.

Une petite maison du Pouilloux, construite probablement au début du 20e siècle (vers 1920/1930?), dont il n'a pas été possible de retracer l'histoire, présente un décor inspiré de l'Art décoratif.

À l'entrée du même hameau, une maison a été construite en 1958 sur les plans de Morin, architecte à Châtellerault, sur le modèle d'une maison repérée par les propriétaires du terrain à Berck-sur-Mer.

Patrimoine de l'eau : puits, mares, étangs

L'adduction en eau potable n'a été réalisée qu'en 1972. La plupart des fermes et maisons possèdent un puits. Plus d'une cinquantaine de puits ont ainsi été repérés, à margelle circulaire ou carré, localisés près de la porte du logement, plus rarement près d'une grange ou dans la cour d'une ferme ; quelques-uns sont isolés en bordure du bourg de Jouhet, pour alimenter les jardins. Rares sont les puits publics ou communs à un ensemble de maisons. Beaucoup conservent leur superstructure métallique. Quelques-uns ont été surmontés d'une pompe.

La commune comprend de nombreux rus et sources, dont plusieurs se réunissent pour former le ruisseau du Chambon et les rus du bourg. La source située près du manoir de la Cadrie, aujourd'hui privée, avait pour particularité d'être pour partie à usage du châtelain, pour partie à usage des habitants des hameaux de la Cadrie et de Pouilloux ; le petit édicule comprend deux ouvertures, restituées il y a quelques années par son propriétaire. Elle alimente un bassin aménagé en lavoir et abreuvoir.D'autres têtes de bassins ont été aménagées pour servir d'abreuvoir et/ou de lavoir, comme dans les bois près de Peugilard, au lieu-dit Prés-de-Barret. Le domaine de la Canne possédait un lavoir privé. Des lavoirs publics étaient aménagés dans le bourg de Jouhet et à Rillé.La commune compte également de nombreux étangs, même si certains ont été remblayés notamment dans la deuxième moitié du 19e siècle, par exemple les étangs de Calabre, aux abords de Sainte-Marie. La ferme a été construite entre cet ancien étang et le « Petit-Etag », qui existe toujours.

La plupart des fermes ou des hameaux possédaient une mare servant notamment à abreuver les animaux.

Toitstuile creuse, tuile plate, ardoise
Murscalcaire
revêtement
Décompte des œuvres étudié 29
repéré 127
bâti 198

Annexes

  • Des granges du début du 19e siècle à Jouhet

    À Jouhet, on retrouve sur une dizaine de granges, construites dans le dernier tiers du 18e siècle et la première moitié du 19e siècle, un détail architectural peu habituel : au-dessus de la porte, un larmier, petite corniche en pierre, permet de protéger le linteau en bois de l'atteinte directe des intempéries.

    Toutes ces granges figurent sur le cadastre de 1840 et possèdent un plan identique. Il s'agit en majorité de granges-étables dont l'entrée se situe sur un mur pignon.

    Une grange de 1801

    Une seule porte une date, 1801, gravée sur l'une des poutres de sa charpente. Cette grange-étable de plan carré est le bâtiment le plus ancien de l'une des fermes isolées de la commune. Sa porte-charretière est située sur le mur pignon occidental. Son linteau en bois, protégé par un lit de pierres plates formant un larmier, est supporté par une pierre transversale plus large que le piédroit (seule celle de gauche est conservée).

    Des lits de pierre pour protéger les portes

    Certains lits de pierre ne protègent que le linteau, mais dans certains cas, il y a également une pierre posée verticalement de chaque côté de la poutre, comme au Pouilloux, où la pierre du côté droit a été enlevée pour laisser passer un rail guidant la nouvelle porte. Pour l'une des granges du bourg, le linteau de la porte charretière est composé de deux poutres superposées, de longueur différente. Le lit de pierres de protection contourne soigneusement les extrémités des deux poutres et le sommet du linteau.

    Un lit de pierres épouse la forme des deux poutres qui forme le linteau de la porte charretière de cette grange du bourg. La poutre de la porte piétonne située sur la même façade que la porte charretière possède parfois également une protection en pierre, avec ou sans retour sur le petit côté, comme pour cette ferme située au centre du hameau de Mortioux.

    Un petit lit de pierres et/ou de briques peut être intercalé entre le lit de pierres sèches saillantes et le linteau en bois, comme ici à Rillé.

    Les larmiers : des éléments fragiles, menacés de destruction

    Ces éléments sont particulièrement fragiles et voués à la destruction lors de la modernisation des exploitations agricoles. Ainsi, cette grange en bordure de la route principale qui traverse le hameau de Mortioux a été en partie remaniée avec une reconstruction en parpaings du mur pignon sud. Sur le mur gouttereau, le linteau de la porte piétonne d'accès à l'étable, à encadrement en bois, est protégé par un larmier en pierre. Cette porte est encadrée de deux imposants anneaux à attacher les bêtes, en pierre. Il est probable que la porte charretière d'origine portait le même type de linteau.Pour une autre ferme du même hameau, c'est l'édifice entier qui risque de disparaître prochainement, alors qu'il ne subsiste qu'un petit vestige du lit de pierre au-dessus du linteau d'une grange du bourg.

  • Occupation du sol à Jouhet

    La carte pédologique et la carte géologique montrent que la commune, d'une superficie de superficie 2 553 ha, avec une altitude variant de 78 m à 153 m, appartient aux plateaux du Seuil du Poitou et se compose de :

    - terres de brandes (47 %)

    - argiles à silex peu profonde (25 %)

    - plaines calcaires à type de groies profondes (12%)

    - vallées calcaires (1 %)

    - terrasses alluviales (9 %)

    - vallées étroites et encaissées (6 %).

    Dans la seconde moitié du 18e siècle, de nombreux défrichements sont signalés sur le territoire de Jouhet (voir Debien, Défrichements...) :

    - entre 1763 et 1789, Auboutet de La Cadrie, ancien officier, déclare 10,8 ha défrichés à Saint-Pierre-de-Maillé et Jouhet ;

    - entre 1762 et 1765, le comte de Moussy fait défricher 2,5 ha ;

    - en 1773, Léonard Lévêque, de La Chaise, fait défricher 5,8 ha à Jouhet ; - entre 1776 et 1781, Joseph Butaud, avocat du roi, résident à Montmorillon, fait défricher 5,10 ha à Jouhet ;

    - entre 1777 et 1782, François Courtaud, laboureur puis marchand voiturier, fait défricher 5 ha 20 de brandes au village de Pouilloux.

    En se basant sur les registres du cadastre, les relevés par types de culture en 1840 donnent :

    - 1320,9 ha de labours soit 53% des terres

    - presque 49 ha de vignes soit 1,96 % des terres

    - 653,6 ha de brandes et bruyères soit 26,2 % des terres

    - 25,6 ha d'étangs et mares soit un peu moins de 1 % des terres

    - 0,22 ha chènevières (culture du chanvre) soit 0,01 % des terres

    - 277,9 ha de bois taillis et de forêts en futaies soit 11,15 % des terres

    - presque 150 ha de prés et pâtures soit 6 % des terres

    - 17,7 ha de propriétés bâties et de jardins soit 0,7 % des terres.

    Alors que l'activité viticole se caractérise au sud, sur la commune de Montmorillon, par la présence de nombreuses cabanes de vignerons, tant sur le cadastre ancien que dans le paysage actuel, il n'a pas pu en être repérer lors de l'enquête de terrain à Jouhet.

    La vigne représente 49ha, soit presque 2% des surfaces cultivées en 1840 à Jouhet. Cependant, très peu de cabanes de vigneron sont figurées au cœur des parcelles en vigne. L'une d'entre elle a néanmoins été cadastrée, parcelle H3 999, sur une pièce de terre située entre le village et la Lormanderie (aujourd'hui occupée par un lotissement), nommée " Les Vignes des Mosse Pierres ".

    La structure d'occupation du sol a complètement changé en 1914 avec la disparition de la vigne suite à la crise du phylloxéra et une forte progression des terres cultivées aux dépens des brandes.

    Le déclassement en 1917 de 2,5 ha de labours en landes sur la parcelle E 734, suite à une réclamation de son propriétaire, Maurice Marchand (voir registres cadastraux), ne change pas les nouveaux équilibres de natures de sols.

    Dans le détail, en 1914, la commune de Jouhet compte :

    - un peu plus de 2003 ha de labours, soit 80,38 % des terres

    - 109,65 ha de landes (= 1/6 des brandes et bruyères du cadastre de 1840), soit 4,77 % des terres

    - 9,11 ha de " lacs " (en fait des étangs, mais tous ne sont peut-être pas comptés dans cette catégorie), soit 0,37 % des terres ;

    - 224 ha de bois soit 9,01% des terres ;

    - 19,84 ha de propriétés bâties et de jardins soit 0,8 % des terres.

    L'activité de séchage des prunes, signalée par plusieurs habitants, n'est pas détectable dans ces statistiques réalisées à des fins fiscales par le service des domaines.

    Aujourd'hui, elle compte 88,2 % de terres agricoles, 9,7 % de forêts et milieux semi-naturels et 1,5 % de territoires artificialisés.

Liens web

(c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel - Reix [Jean Baptiste] Florentin
Reix [Jean Baptiste] Florentin ( - 11/08/1983)
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- Dujardin Véronique
Dujardin Véronique

Chercheur, service Patrimoine et Inventaire


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