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Maisons et anciennes fermes, l'habitat à Saint-Dizant-du-Gua

Dossier IA17043796 réalisé en 2010

Fiche

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Aires d'étudesEstuaire de la Gironde
Dénominationsmaison, ferme
AdresseCommune : Saint-Dizant-du-Gua

Outre les châteaux, domaines et demeures remarquables (Romaneau, Beaulon, le Pible, la Chapelle et Morisset), l´inventaire général du patrimoine de Saint-Dizant-du-Gua a porté sur 211 maisons et fermes ou anciennes fermes. Ont été prises en compte les constructions antérieures aux années 1960, à l´exception de celles pour lesquelles de récents remaniements rendent l´état d´origine illisible. Parmi ces 211 éléments, près des trois quarts sont des fermes ou anciennes fermes, et plus du quart sont des maisons.

Si aucun témoignage de l´habitat médiéval n´a été conservé, la période qui s´étend de la fin du Moyen Age jusqu´à la Révolution, a laissé des traces importantes dans la pierre à Saint-Dizant-du-Gua. Un cinquième des maisons et fermes ou anciennes fermes comprend en effet des éléments, plus ou moins importants, des 15e, 16e, 17e et 18e siècles. Dans le bourg, rue du Presbytère, une maison qui formait à l´origine une seule propriété avec le logis de la Chapelle, présente un linteau de porte en accolade qui peut dater du 15e siècle. L´ancien moulin à eau de Chez-Colas-Renaud présente une ouverture dont l´encadrement mouluré semble dater du 15e ou du 16e siècle.

Le 17e et surtout le 18e siècles sont encore mieux représentés. La commune possède plusieurs constructions de cette époque, généralement des maisons ou logis de fermes aux dimensions très modestes. Ceux-ci sont repérables à la répartition assez désordonnée des ouvertures sur la façade (par exemple au Pinier), à la présence d´un escalier extérieur en pierre de taille desservant le comble (comme à Barateau), et surtout aux encadrements des ouvertures (montants chanfreinés, linteaux en arc segmentaire ou délardés, comme à la Noue). Ces bâtiments portent parfois la date de leur construction, au-dessus d´une ouverture : la date 1731 a été relevée aux Mauvilains, 1736 à la Noue, 1781 à la Bertonnière. Certaines traces témoignent parfois de logis qui ont été plus importants qu´aujourd´hui et qui ont été en partie remaniés ou détruits. Ils appartenaient souvent à des personnalités enrichies dans le négoce ou l´administration. On devine encore sur les murs de ces bâtiments de larges ouvertures et des portes à encadrement mouluré, murées ou incorporées dans des constructions plus récentes. C´est le cas notamment au Sap et à Saint-Nicolas.

La première moitié du 19e siècle est quant à elle peu représentée. Il reste Chez-Motard un ancien logement construit en 1828, presque intact et reconnaissable à son escalier extérieur abrité sous un auvent. En revanche, plus des trois quarts des maisons et fermes ou anciennes fermes inventoriées ont été construites ou reconstruites dans la seconde moitié du 19e siècle, en particulier dans les années 1850 à 1880, époque de grande prospérité viticole. Plus grandes et plus soignées que l´habitat plus ancien, ces constructions témoignent de l´enrichissement presque général de la population à cette époque. Parmi les exploitants agricoles, ceux qui se sont le plus enrichis vont jusqu´à remplacer leur ancien logement par une véritable maison de maître dont la façade en pierre de taille et la haute toiture dominent la cour de ferme et les dépendances.

Dans les années 1880, la crise du phylloxéra met un coup d´arrêt très net à cet essor à la fois économique et immobilier. Le nombre de nouvelles constructions chute. Seulement cinq des maisons et fermes ou anciennes fermes recensées ont été construites ou reconstruites dans la première moitié du 20e siècle. Cette période présente toutefois de belles réalisations architecturales, signe du début de renouveau économique qui se fait jour alors. Une maison Chez-Glémet et un logis de ferme Chez-Thibaud présentent ainsi les caractéristiques de l´architecture de villégiature, relativement rare dans les environs, plus fréquente autour de Royan. Cette architecture a aussi inspiré une extension du logis de l´ancien moulin à eau de Chez-Colas-Renaud, dans les années 1940-1950. Depuis les années 1970, les nouvelles constructions se sont limitées à un lotissement au milieu du bourg, à un autre, très récemment, au moulin de Biron, et à quelques maisons individuelles, par exemple au Rivalard.

Période(s)Principale : Temps modernes
Principale : 19e siècle
Principale : 20e siècle

Un bourg résidentiel et des hameaux agricoles

A Saint-Dizant-du-Gua, les trois quarts des habitations sont réparties dans les hameaux. Les plus importants sont la Grande Motte, le Sap, les Ebeaupins, la Daugatrie, Barateau, la Petite Motte et le Rivalard. Placés au milieu des terres agricoles et viticoles, voire, pour certains, en bordure des marais, ces hameaux sont presque exclusivement constitués de fermes ou d´anciennes fermes, chacune formée d´un logis et de dépendances plus ou moins importantes, réparties autour d´une cour. S´y ajoutent quelques maisons indépendantes, séparées de la rue et les unes des autres par des cours et des jardins. L´ensemble forme des hameaux peu denses où rues et ruelles serpentent à travers les logis de fermes et leurs dépendances, les maisons et leurs cours qui peuvent être communes à plusieurs habitations.

Le bourg, relativement important, concentre un quart de l´habitat de la commune. Majoritairement constitué de maisons, il compte par ailleurs dix-neuf anciennes fermes, avec leurs cours et leurs dépendances. En dehors de ces dernières, l´habitat du bourg est assez dense, surtout dans la partie nord et le long de la rue Alcide-Gaboriaux. Les deux tiers des maisons qui se trouvent dans le bourg sont en effet des maisons attenantes, accolées aux bâtiments voisins, avec tout au plus une petite cour et une ou deux dépendances. La vocation commerciale et artisanale du bourg se voit dans les sept maisons recensées possédant une anciennes devanture de commerces et ou un ancin atelier d´artisan.

Sur le plateau, on ne compte qu´une poignée de maisons et anciennes fermes isolées. Il s´agit assez souvent de maisons qui étaient liées à un moulin, qu´il soit à eau comme le moulin de Graveteau, ou à vent comme celui de Paillé. Dans les marais, les aménagements des années 1950 et la révolution agricole qui s´en est suivie ont fait disparaître un grand nombre des anciennes granges à vaches ou à moutons qui étaient éparpillées le long des canaux et des fossés. Il en reste aujourd´hui quelques-unes, le plus souvent en ruines. L´une d´elles, près de la Daugatrie, a été restaurée en 2002.

De l´habitat saintongeais traditionnel aux maisons de maître

Les trois quarts des maisons et des logements des fermes ou anciennes fermes, présentent les caractéristiques de l´habitat saintongeais, en particulier la répartition des pièces sur deux niveaux. La grande majorité des habitations comprennent en effet un rez-de-chaussée surmonté d´un comble. Ce dernier était généralement occupé par un grenier mais, dans un quart des cas, il pouvait être habitable, jusqu´à former parfois un demi étage : ses ouvertures s´élargissent alors et son plafond se fait un peu plus haut. Sur la façade, la distinction entre le rez-de-chaussée et le comble est assez souvent marquée par un bandeau. Dans la moitié des cas, le bâtiment est couvert d´un toit à croupes (pans inclinés sur les côtés), souvent orné d´épis de faîtage en terre cuite qui peuvent avoir la forme de pommes de pin. Un toit à croupes sur cinq ne possède toutefois qu´une seule croupe, sans doute en raison du coût induit par une telle charpente. La croupe se trouve alors généralement sur le côté le plus visible du toit, côté rue.

Par ailleurs, l´habitat à Saint-Dizant-du-Gua, majoritairement construit pendant la seconde moitié du 19e siècle et en particulier pendant la période de prospérité viticole des années 1850-1880, porte les marques de cet âge d´or. A cette époque, les nouvelles maisons et les nouveaux logis de fermes sont édifiés avec un toit à croupes, plus complexe et donc plus coûteux à réalisé, orné d´épis et de crêtes de faîtage ; avec de la pierre de taille en façade (un tiers des façades à Saint-Dizant sont édifiées uniquement en pierre de taille, et non en moellons enduits) ; et avec un décor sculpté. Plus ou moins abondant, ce dernier comprend à tout le moins un bandeau, mouluré dans les deux tiers des cas. La moitié des façades des maisons et logis de fermes sont couronnées par une corniche qui, dans quelques cas, est rehaussée de denticules. Généralement très présente sur les constructions saintongeaises, la génoise (frise constituée d´au moins une rangée de tuiles canal juxtaposées) est curieusement rare à Saint-Dizant. Assez souvent, on veille à la répartition harmonieuse, sinon ordonnancée (ou symétrique), des ouvertures sur la façade, de part et d´autre de la porte. Les encadrements des ouvertures sont assez rarement saillants. En revanche, un propriétaire sur cinq a adopté des plates-bandes à claveaux pour mettre en évidence les linteaux de ses portes et fenêtres.

Cette traduction dans la pierre de la réussite viticole pendant la seconde moitié du 19e siècle, est encore plus manifeste dans la quinzaine de maisons de maîtres qui ont remplacé à cette époque, dans certaines fermes, les anciens logements, petits et vétustes. Parfois, cet ancien logement a été conservé à côté ou à l´arrière du nouveau logis, et est utilisé comme extension de ce dernier, comme logement d´employé ou comme remise. Ces maisons de maître sont couvertes d´une haute toiture à croupes. Seuls trois toits en ardoise ont été relevés, à Morisset, au Sap et aux Pelletières. Dans ce dernier cas, le seul dans la commune, le propriétaire s´est même offert le luxe d´un toit à longs pans brisés, à croupes et à égout retroussé, percé de lucarnes. La maison de maître comprend généralement un étage. Sur la façade, édifiée en pierre de taille (comme, parfois, la totalité du bâtiment), les ouvertures sont alignées en travées et réparties symétriquement autour de la porte. La travée centrale peut même s´inscrire même dans une légère avancée, faisant référence aux avant-corps de certains châteaux (par exemple celui de Romaneau). A cela peuvent s´ajouter un encadrement de porte mouluré et des linteaux de fenêtres à claveaux. En ces terres saintongeaises protestantes, le décor sculpté est rarement plus abondant et sophistiqué.

Dépendances agricoles, dépendances viticoles

Pour les trois quarts des fermes et anciennes fermes, les dépendances sont reliées au logis, l´ensemble formant une ferme à bâtiments jointifs, le plus souvent sans ordre particulier. Parfois, les dépendances sont positionnées dans le prolongement du logis, que ce soit sous un toit différent ou, dans de rares cas, sous le même toit. Tout aussi rares sont les fermes de plan massé : le logis, dont la façade est sur le mur pignon, occupe alors un angle du bâtiment et en partage le vaste toit avec les dépendances. Les fermes et anciennes fermes qui possèdent des dépendances à l´arrière du logis, en appentis, sont bien plus nombreuses : elles représentent un tiers du total. Leur toit prolonge alors celui du logis, le tout créant un long versant de toit.

L´âge d´or viticole de la seconde moitié du 19e siècle, et, dans une moindre mesure, le renouveau relatif de la viticulture au 20e siècle, ont également laissé des traces dans les dépendances. La moitié d´entre elles, et même quelques maisons détenant des dépendances, possèdent ainsi un chai. Ce dernier peut être placé soit dans le prolongement du logis, soit à l´arrière, en appentis. Il est généralement construit en pierre de taille, et est reconnaissable à ses ouvertures, en plein cintre ou en arc surbaissé ou segmentaire. Il n´est pas rare d´observer une « fenêtre de décharge », placée en hauteur pour permettre le déchargement du produit de la vendange en charrette.

Autres témoins de l´histoire viticole de la commune, une douzaine de distilleries ont été relevées au cours de l´enquête. Il s´en trouvait au moins une dans la plupart des hameaux, parfois pour l´usage commun des viticulteurs qui y habitaient, par exemple à Morisset ou à la Cigogne. Il s´agit généralement de petits bâtiments en pierre de taille, couverts d´un toit à croupes, et percés d´ouvertures similaires à celles des chais. Ils sont reconnaissables au trou d´évacuation de l´eau usée de distillation, visible à la base d´un des murs.

Enfin, la pratique de la polyculture et de l´élevage par beaucoup d´exploitants se traduit par la présence de granges, étables et écuries dans un quart des fermes et anciennes fermes. Pour les exploitations les plus importantes, il s´agit de grands bâtiments à façade sur le mur pignon, avec un toit dont les longs versants abritent une vaste grange au centre et des étables et écuries sur les côtés. La moitié des fermes qui possèdent un chai détiennent aussi une grange-étable, preuve de la diversification de l´agriculture après la crise du phylloxéra. Enfin, parmi les dépendances et équipements des fermes, on relève de nombreux puits, à margelle ronde ou carrée en pierre de taille, et des boulins ou trous à pigeons, réunis par deux par des moulurations.

Décompte des œuvres bâti INSEE 219
repérées 194
étudiées 17

Références documentaires

Documents d'archives
  • A. D. Charente-Maritime. 3P 3326 à 3339. 1834-1970 : état de section et matrices cadastrales. A. D. Charente-Maritime. 3P 4916. 1832 : plan cadastral de Saint-Dizant-du-Gua.

Bibliographie
  • Commune de Saint-Dizant-du-Gua, plan local d'urbanisme, rapport de présentation. CREA Urbanisme Habitat, La Rochelle, 2007.

(c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel - Suire Yannis
Suire Yannis

Conservateur du patrimoine, directeur du Centre vendéen de recherches historiques.


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