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Dossier non géolocalisé

  • Aires d'études
    Vals de Gartempe et Creuse
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    • Commune : Lésigny

Lésigny jusqu´à la Révolution.

Les traces les plus anciennes témoignant de l´occupation humaine datent du Paléolithique. Elles ont été découvertes aux Vassaudières, entre le Carloy et la Luire. La présence humaine se poursuit au Néolithique : plusieurs implantations ont été localisées à la Ballière, à Trainebot et dans la plaine des Patrières. L´occupation perdure dans ce méandre car plusieurs sites de l´Âge du Bronze et de l´Âge du Fer y ont été mis au jour. Le chemin de la Boutelaye est une ancienne voie gallo-romaine reliant la commune de Mairé à Yzeures-sur-Creuse en passant par La Roche-Posay. Le bourg de Lésigny semble être habité dès le début de l'époque médiévale puisque des tombes mérovingiennes y auraient été découvertes.

Le bourg de Lésigny est cité pour la première fois dans les textes en 1115 sous le nom de Lezigniacum dans le cartulaire de l'abbaye de Noyers. Ce nom serait dérivé d'un anthroponyme gallo-romain, peut-être apparenté à Lusignan, car au cours de l'époque féodale, Lésigny dépendait de la châtellenie et du ressort judiciaire de Lusignan. De nombreux fiefs sont dispersés sur le territoire, les principaux étant Alogny, les Patrières et la Boutelaye. Sous l'Ancien Régime, Lésigny relevait pour partie du Poitou, pour une autre partie de la Touraine. En effet, le bourg et la plupart des hameaux dépendaient de l'élection de Châtellerault, alors qu'une portion de son territoire, au nord et à l'est, dépendait de l'élection de Loches.

La situation de Lésigny, à la frontière du Poitou et de la Touraine, a conduit au développement d'une importante contrebande de sel : le sel de Touraine était fortement taxé (grande gabelle), tandis que celui du Poitou ne l'était pas (pays rédimé). Un souterrain-refuge, situé près de la Pinotière, servait vraisemblablement de cachette de sel pour les contrebandiers.

Les ports de Lésigny et d'Alogny sont cités dans plusieurs documents d'archives du 15e siècle, témoignant d'une activité de batellerie dès l´époque médiévale. Cette activité a probablement participé au développement de Lésigny au Moyen Âge. Outre le transport maritime, le village était essentiellement desservi par la route de Châtellerault, qui passait à cette époque par Fenongue. L´économie lésignoise s´est orientée vers l´agriculture, mais également vers l´exploitation des carrières de tuffeau et des ressources de la rivière. Trois moulins existaient à Lésigny : dans le bourg, à la Boutelaye et au Moulin-Chapeau.

Lésigny au 19e siècle : un artisanat et un commerce florissants

En 1790, Lésigny devient chef-lieu de canton, mais ce canton est supprimé en 1801 et Lésigny est rattaché au canton de Pleumartin. En 1836, le premier recensement de la population dénombrait 903 habitants à Lésigny. La population maximale de Lésigny est atteinte en 1846 avec 988 habitants. Le bourg était déjà dense. Il rassemblait des commerçants, des artisans (notamment de nombreux maçons), des professions administratives et religieuses, des domestiques, des marchands et quelques journaliers et cultivateurs. Les hameaux comportaient essentiellement des cultivateurs et des journaliers, mais aussi de nombreux commerçants et artisans. Ainsi, plusieurs tisserands sont mentionnés aux Froux jusque dans la seconde moitié du 19e siècle. Des carrières de tuffeau employaient des carriers dans les hameaux proches du bourg (le Lira, le Coudray, la Raillière).

La Creuse a joué un rôle capital pour l'économie de Lésigny : source d´énergie pour les moulins, moyen de transport avec droit de péage pour les matériaux et les hommes, frontière naturelle et source de nourriture (au 19e siècle, plusieurs personnes exerçaient la profession de pêcheur). Les chemins de halage, empruntés par les chevaux qui tractaient les embarcations, sont encore visibles en bordure du cours d´eau. Le transport du bois sur la Creuse employait de nombreuses personnes. Les troncs de chêne et surtout de châtaigner, provenant de la Marche et du Limousin, étaient destinés à la construction de barriques pour les vignerons du Val de Loire.

Les foires de Lésigny étaient des événements importants dans la vie quotidienne des habitants. Le déroulement de ces manifestations est attesté dès le 18e siècle puisqu´en 1782, l´almanach des foires imprimé à Poitiers mentionne celles de Lésigny. Ce document précise que les trois foires les plus importantes se déroulaient le 13 janvier, le 17 mai et le 26 juin. En 1840, les foires avaient lieu le 22 de chaque mois et un marché hebdomadaire (le lundi) complétait l´activité économique du village. Au 19e siècle, le champ de foire était situé dans la partie nord-ouest du village, à l'extrémité de la Grand'Rue et sur la place Notre-Dame. En 1856, la municipalité acquiert un bâtiment pour y aménager de nouvelles halles, qui sera transformé par la suite en mairie. En 1864, d'autres halles figurent sur un plan du bourg, en face des précédentes, entre la croix et l´emplacement actuel du monument aux morts.

L´activité la plus originale au 19e siècle à Lésigny était la fabrication de meules. Les ouvriers qui fabriquaient ces pièces essentielles pour le fonctionnement des moulins à grain étaient appelés "moulagers" dans le recensement de 1836, puis "meuliers" dans les recensements suivants. La pierre siliceuse qu´ils utilisaient était extraite de la colline située à l´ouest de la commune. Après l'extraction et le transport dans les ateliers du bourg, ils procédaient à l'assemblage et au cerclage des meules. Ils habitaient presque tous dans le bourg et étaient employés par des "fabricants de meules" ou "marchands de meules", mentionnés également dans les recensements et sur le cadastre de 1833 : les trois fabricants de meules cités à cette date sont François Mesnard, Louis Terrassin et Joseph Dubois, qui avaient leur atelier respectivement rue des Échelles, Grand-Rue et rue du Moulin. Les pierres meulières étaient vraisemblablement chargées dans les bateaux au port de Lésigny pour être acheminées aux clients.

Les meules de Lésigny étaient réputées et s'exportaient dans la France entière. Elles sont mentionnées en 1839 dans le Dictionnaire du commerce et de l´industrie d´Adolphe-Jérôme Blanqui. La même année, Victor Houyau reçoit un prix pour ses travaux sur l´exploitation meulière basée à Lésigny et pour un nouveau mécanisme de meulerie qu´il a inventé. Selon les sources, cette activité s´est développée à Lésigny au début du 19e siècle et a connu un fort rendement jusqu´aux années 1860. Elle a peu à peu disparu dans les années 1870-1880. Les recensements de population relèvent selon les années entre 15 et 20 personnes fabriquant ou vendant des meules à Lésigny. Un rapport sur la situation industrielle du département de la Vienne en 1871 mentionne même, de façon étonnante, alors que l´activité semble décliner, 8 établissements et 53 ouvriers à Lésigny pour l´extraction de la pierre meulière.

Lésigny au 19e siècle : église, écoles et pont

En 1860, le "Répertoire archéologique du département de la Vienne" signale à propos de l´ancienne église de Lésigny : "Rien de remarquable dans l´ancienne église, dont quelques parties peuvent être du 11e au 12e siècle. Projet d´une nouvelle église." Cette ancienne église bordait la Grand Rue (elle était située entre la rue et l´actuelle mairie). En 1854, l'église, déclarée à l'état de "ruine imminente", est interdite d'accès. Dès 1855, les plans et devis d'une nouvelle église sont dressés par M. Godineau de La Bretonnerie, architecte à Châtellerault, et approuvés par le préfet. Cependant, son emplacement fait débat parmi la population de Lésigny, ce qui retarde de manière considérable le début des travaux. Un plan réalisé en 1858 indique les quatre emplacements possibles pour la nouvelle église. Le conseil municipal, le conseil de fabrique, le sous-préfet, l'architecte et la population sont chargés de se prononcer et finissent par se déchirer.

Après de nombreux votes et débats s'étalant sur plusieurs années, le choix se porte sur l'emplacement proche de l'ancienne église, mais en retrait de la route et selon une orientation différente. L'adjudication des travaux est alors confiée à Vincent Dechene, entrepreneur à Preuilly-sur-Claise, le 3 mars 1866. Le caractère sobre et épuré de l'ornementation des élévations extérieures est une volonté des autorités préfectorales de l'époque, afin de compenser le surcoût dû à l'emplacement choisi et au retard pris par le chantier. Plusieurs rapports du préfet recommandent à l'architecte de réaliser moins de colonnes au niveau des ouvertures, moins de chapiteaux sculptés, ces derniers devant être principalement fonctionnels dans le schéma structurel de l'édifice.

Un second contretemps retarde alors le déroulement du chantier : en 1867, l'architecte Godineau de La Bretonnerie rend un rapport sur l'état d'avancement des travaux. Il émet une alerte sur la qualité des matériaux et il préconise un arrêt des travaux pour des raisons de sécurité. Le sous-préfet désavoue l´architecte, contraint de démissionner, et Charles Carmejeanne, architecte à Châtellerault, est engagé par la municipalité de Lésigny pour le remplacer. La nouvelle église est consacrée, sous le vocable de Saint-Hilaire, par le cardinal Pie, évêque de Poitiers... en 1873. Pendant ces nombreuses années, le culte était assuré dans les halles.

Le mobilier de l'église est réalisé en grande partie dans les années suivantes. Beaucoup de verrières ont été financées par les familles les plus aisées de la paroisse (Sarrazin, Croy et Savatier). Une verrière, réalisée par l'atelier Lucien-Léopold Lobin à Tours en 1878, représente sainte Néomaye, dont le culte était particulièrement important à Lésigny. Les processions, qui avaient lieu le premier dimanche de juillet, se sont poursuivies jusqu'à la fin des années 1950.

Jusque dans les années 1870, l´école des garçons était située dans un bâtiment loué par la commune et dont l´emplacement reste inconnu. En 1874-1875, la commune projette de transformer les halles en mairie et école de garçons. Pour financer les travaux, les bâtiments situés aux extrémités sont vendus pour y aménager des logements. Les travaux de construction de l´école-mairie débutent en 1877 et se terminent en 1880. L´enseignement des filles de Lésigny est assuré à partir de 1872, dans un immeuble donné par la famille Savatier, par la Congrégation des Filles de la Charité du Sacré Cœur de Jésus, basée à Vihiers en Maine-et-Loire. Dans les années 1890, comme il est courant à cette époque, l´État demande à la commune de Lésigny de remplacer les religieuses par une institutrice laïque et de construire une maison d´école publique. Après de nombreuses contestations, la commune, mise en demeure, construit sur la route de Mairé un groupe scolaire, inauguré en 1901, réunissant filles et garçons.

En 1884, un bureau de poste est créé, face à l'église. Il sera remplacé par un nouveau bureau de poste, à l'entrée du pont, inauguré en 1939. Entre 1877 et le début du 20e siècle, plusieurs projets de lignes de tramway passant par Lésigny sont envisagés, mais aucun ne sera finalement réalisé.

Le développement des activités économiques et des services publics au 19e siècle entraîne un accroissement du bourg. En 1833, seule la rue du Moulin présentait un habitat dense. Il s'agissait du centre économique de Lésigny, avec la proximité de la Creuse, du moulin et du bac. Quelques maisons sont construites dans la Grand-Rue (autour de l'église), dans la rue des Échelles et dans la rue des Écoles, mais l'habitat est beaucoup plus diffus. Dans la seconde moitié du 19e siècle, des bâtiments publics, des maisons et des fermes sont édifiés dans la Grand-Rue, rue des Échelles et rue du Calvaire, sans que l'espace compris au milieu de ces voies de communication soit construit. Ceci a conduit au plan atypique que Lésigny connaît aujourd'hui : un habitat en bordure d'axes formant un cercle autour d'un espace central composé de jardins et de champs.

Dès 1834, la construction du pont entraîne une modification importante du tracé du bourg, la Grand-Rue devenant l'axe principal permettant d'accéder au point de franchissement de la rivière. Avant cette date, les passages sur la Creuse se faisaient le plus souvent à bord d´un bateau ou d'un bac, au lieu-dit "le Port", à une centaine de mètres au nord-est du moulin. Quatre personnes y travaillaient : un patron adjudicateur (le fermier) et trois mariniers qualifiés. La construction et la mise en service du pont suspendu mirent fin à l´activité du bac sur la Creuse. Deux gués permettaient aussi le passage lors des périodes sèches : le premier se trouvait très légèrement en aval du pont actuel, tandis que le second était situé plus en amont, à l´embouchure du canal desservant le moulin.

Lésigny au 20e siècle

Au début du 20e siècle, le bourg de Lésigny connaît toujours une activité économique importante. Le recensement de 1901 mentionne 741 habitants dans la commune. De nouveaux métiers sont apparus depuis le début du 19e siècle. On mentionne un médecin, une sage-femme, une quincaillerie, des tailleurs d´habits, des tailleurs de pierre, des facteurs, des cantonniers, un boucher, un boulanger, des hôteliers... La Grand-Rue est alors nommée "rue du Commerce". Les artisans sont également nombreux : un charpentier, un charron, des cordonniers, des coiffeurs, un menuisier, un serrurier... Les activités agricoles sont toujours présentes dans le bourg. En revanche, les hameaux se concentrent maintenant presque exclusivement sur l'agriculture. Les professions commerciales et artisanales, présentes dans les hameaux au début du 19e siècle, ont disparu.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la commune accueille des réfugiés provenant de la commune de Bibiche (Moselle). De 1940 à 1942, la Creuse sert de frontière entre la zone libre (Barrou) et la zone occupée (Lésigny). Le pont de Lésigny, du fait de son rôle stratégique, est détruit à deux reprises pendant ce conflit : depuis l'apparition en 1937 d'un trou béant sur le pont suspendu, un nouveau pont était en cours de construction, à proximité immédiate de l'ancien. Le 22 juin 1940, l'armée française détruit l'ancien pont, afin de freiner l'avancée allemande. Le nouveau pont, laissé intact, est mis en service en 1942. Le 29 août 1944, il est détruit par les Alliés pour contraindre un convoi allemand à emprunter le pont de La Roche-Posay. Quelques jours plus tard, le convoi est décimé par la Royal Air Force sur la route de La Roche-Posay. Le pont de Lésigny est reconstruit en 1947.

L'économie et le nombre d'habitants se contractent progressivement à partir du milieu du 20e siècle. De nombreux commerces ferment et le recensement de la population de 1975 mentionne 431 habitants. La vie culturelle reste cependant animée. Le dessinateur humoristique "Chaval" (de son vrai nom Yvan Le Louarn) possédait une maison de campagne au lieu-dit la Mauvaise-Foi. Son ami "Mose" (de son vrai nom Moïse Depond), également dessinateur humoristique, a résidé à partir de 1962 à Lésigny, dans l´ancienne propriété du docteur Albert, route de Coussay-les-Bois. Actuellement, l'association de la Mémoire Lésignoise et le Centre de Cri, centre d'animation culturelle et artistique, installé dans l'ancienne minoterie, perpétuent ce dynamisme culturel.

A la fin du 20e siècle et au début du 21e siècle, la commune connaît un regain d'activités, dû en partie à la proximité de Châtellerault. Des lotissements sont aménagés au sud-ouest du bourg, une nouvelle mairie est installée dans l'ancien presbytère et l'ancienne salle patronale est transformée en salle polyvalente du "Pré du Four". Lésigny compte actuellement 536 habitants (recensement de 2008) pour une superficie totale de 1321 hectares, soit une densité de 41 habitants/km².

La commune de Lésigny est située au nord-est du département de la Vienne et plus précisément au nord des Vals de Gartempe et Creuse. Elle borde les communes de Mairé au nord, de Coussay-les-Bois au sud-ouest et de La Roche-Posay au sud. Au nord-est et à l´est, elle est également limitrophe des communes de Barrou et de Chambon (Indre-et-Loire).

Le point le plus bas de Lésigny est à 47 mètres d´altitude et le point culminant est à 138 mètres, près de la Marquise. La commune est arrosée à l´est par la Creuse, important cours d´eau prenant sa source sur le plateau de Millevaches. Cet affluent de la Vienne forme une frontière naturelle avec l´Indre-et-Loire en dessinant de larges méandres. Plusieurs cours d´eau coulent du sud-ouest vers le nord-est, creusant des vallées encaissées avant de se jeter dans la Creuse. Le plus important est la Luire dont la source se trouve à Pleumartin et qui se jette dans la Creuse près du bourg, au lieu-dit "les Tourettes". Le ruisseau du Gué de la Reine, au nord, sert de frontière naturelle avec la commune de Mairé.

Lésigny bénéficie d´un site pittoresque avec des reliefs offrant des points de vue dégagés sur la vallée de la Creuse. Cette vallée présente une diversité de milieux et un paysage vallonné aux dénivelés parfois importants. Le territoire est composé de deux croupes crayeuses, de tuffeau blanc et jaune, encadrant le vallon de la Luire. Au pied de ces collines, dans les vallées, le sous-sol est composé d'alluvions, de marnes et de sables. Sur les versants, le tuffeau exploité dans plusieurs carrières a été largement utilisé dans la construction. La présence de calcaires blancs silicifiés au sommet des deux collines explique l´abondance du silex, matériau fréquemment employé dans le bâti de cette zone. Sur la colline située à l'ouest de la Luire, entre la Marquise et le Magny, se trouve un important gisement de pierre meulière.

Les terres argilo-calcaires qui caractérisent les sols de la commune, appelées terres d´aubues, sont propices à la céréaliculture. Dès 1833, 64 % de la surface de la commune est occupée par les labours. Les pâturages sont surtout présents dans la plaine des Patrières, formée par un méandre de la Creuse. La viticulture s´est essentiellement développée sur les reliefs. En 1833, près de 8% de la surface communale est occupée par la vigne. Les collines étaient autrefois largement boisées, comme en témoigne la carte de Cassini, réalisée au 18e siècle. Si les surfaces boisées ont été maintenues à l'est de la Luire, elles ont presque totalement disparu à l'ouest. Le déboisement de cette colline (au sud-ouest du Carloy et de la Pinerie) a permis l'extraction de la pierre meulière et la culture des céréales et de la vigne (très présente au 19e siècle à cet endroit). Aujourd´hui, cette zone est occupée par des champs cultivés.