Les maisons, immeubles et fermes de la commune de Blaye
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  • (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel
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Dossier non géolocalisé

Sommaire
  • Dénominations
    maison, immeuble, ferme
  • Aires d'études
    Estuaire de la Gironde (rive droite)
  • Adresse
    • Commune : Blaye

La ville médiévale occupait l'éperon rocheux dominant l'estuaire, complétée de plusieurs faubourgs extra-muros. De fait, la maison la plus ancienne repérée, datable de la fin du 13e ou du 14e siècle, est localisée à l'intérieur de l'enceinte de la ville haute. Les investigations menées dans les anciens faubourgs n'ont pas permis d'y repérer de maisons médiévales, soit que ce bâti ait disparu lors des différentes phases de destructions et de reconstruction depuis la guerre de Cent Ans, soit qu'il n'ait pas été identifié.

Outre deux logis élitaires connus par la documentation aux deux extrémités de la ville (Château du Rat au sud, et la demeure à l'entrée de la rue de l'Hôpital au nord), aucune maison du 16e siècle n'a été repérée dans la ville ou dans les secteurs ruraux de la commune. En l'absence de marqueurs caractéristiques de l'architecture ancienne (la seule croisée à meneau repérée, rue de l'Hôpital, est un réemploi), le bâti domestique ne paraît en effet pas antérieur au 17e siècle, époque où la ville haute est vidée de ses derniers habitants civils au profit des faubourgs. Alors que de très nombreuses maisons situées dans les glacis de la place forte sont détruites par décision de l'autorité militaire, la seconde moitié du 17e siècle semble à Blaye une période de forte activité constructive, stimulée par les chantiers réalisés à la citadelle. La caractérisation du bâti de cette époque n'est cependant pas aisée à déterminer, en raison de la sobriété, et parfois de la rusticité des élévations : ce n'est que par un faisceau d'indices, parfois ténus, que la datation a pu être déterminée. C'est le cas par exemple d'une maison de la rue Saint-Sauveur en moellon équarri, à ouvertures rectangulaires à feuillure de volet et oculus circulaires, et à escalier en vis dans l'arrière-cour. D'autres indices permettent d'attribuer des constructions à cette époque, telle la porte en arc plein-cintre d'une maison de la rue Bellemer, la large fenêtre à encadrement harpé encore visible sur une maison à l'angle des rues Saint-Simon et Bellemer, peut-être une croisée d'une maison de la Rue Neuve, ou les lucarnes d'une maison de la rue Saint-Romain. Des élévations postérieures ou en cœur d'îlot, moins soumises aux reconstructions que les façades sur rue, peuvent aussi dater de ce siècle : c'est le cas de l'élévation sur cour d'une maison de la rue Saint-Simon, ou encore d'une maison voisine, maintenant ruinée, visible depuis la même cour, percées d'ouvertures en anse-de-panier. La rusticité de la mise en œuvre ne permet pas toujours de déterminer si la maison date du 17e ou du premier quart du 18e siècle : c'est la cas par exemple d'une modeste maison de la rue Saint-Sauveur, d'une maison place de la Citadelle (aujourd'hui détruite), ou d'une maison de la rue du Marché. Cependant, des constructions bien datées de la citadelle, telle l'ancienne prison, permettent de constituer un répertoire de formes de la fin du 17e siècle, dont les marqueurs principaux sont des maçonneries de moellons équarris, des ouvertures rectangulaires (à feuillure de volets ou non), des corniches à profil galbé ou formées de réglettes. Le bâti domestique du 17e siècle, représentant seulement 2% du corpus des édifices repérés, est donc sans doute largement sous-évalué. D'autant que le plan-relief de 1703 montre une ville densément construite et dont la trame bâtie est déjà largement constituée. Outre les nombreux cours et jardins, le plan-relief indique une concentration importante de maisons à pignon en façade de part et d'autre de la rue Saint-Simon. Il n'en subsiste aucune aujourd'hui, ce qui témoigne de l'ampleur des remaniements opérés depuis cette époque.

Les architectures domestiques du 18e siècle sont bien représentées dans ce même corpus, puisqu'elles s'élèvent à plus du tiers des édifices repérés. D'une manière générale, les architectures de la première moitié du 18e siècle sont mal identifiées, pour les mêmes raisons qu'évoquées précédemment. Un marqueur chronologique semble apparaître localement dans les années 1730-1740, plus particulièrement lors du re-façadage d'anciennes maisons de la citadelle, le Logis du major en particulier : il s'agit d'ouvertures en arc segmentaire clavé ou à linteau délardé, généralisées à partir du milieu du siècle. L'un des plus anciens chronogrammes repérés, 1753, est ainsi gravé sur un linteau de ce type d'une maison rurale. L'autre forme qui semble apparaître dans ces mêmes années, sur une maison de la rue Ernest-Régnier datée de 1746 notamment, puis qui est répandue dans la seconde moitié du siècle, est la baie de l'étage ou du surcroît dont le couvrement cintré est épousé par la corniche, formant une ondulation en façade. Ce motif qui se retrouve dans des communes voisines, se voit par exemple sur une maison de la rue Saint-Romain, sur une maison de la rue Bellemer ou sur une maison de la rue André-Lamandé. Il est parfois accompagné de pilastres à bossage, dont le couronnement ressaute dans la corniche, comme c'est le cas d'une maison de la rue Bellemer. Plusieurs immeubles de la seconde moitié du 18e siècle combinent ces éléments de modénature, avec des allèges saillantes soulignant la travée, des cordons et des tables décoratives, voire de véritables pilastres à chapiteau, tel que l'on peut en voir pour une maison de la rue Jaufré-Rudel ; d'autres pilastres peuvent aussi être simplement stylisés, tels ceux d'une maison de la rue Bellemer. La mouluration des corniches est généralement à cette époque composée d'un cavet et d'un quart-de-rond, mais d'autres formules sont possibles, comme le talon et la doucine. Les façades sont cependant souvent austères, seule la porte principale concentrant l'essentiel du décor : c'est la cas notamment d'un immeuble rue Saint-Romain, et de façon éloquente pour une maison de la rue Grosperrin. La fin du 18e siècle voit se maintenir le goût pour les arcs cintrés, en concurrence avec les ouvertures rectangulaires : une maison de la Rue Neuve semble assez caractéristique de cette évolution ; les corniches sont alors souvent composées de réglets, et parfois décorées de denticules. La ferronnerie est fréquente, pour les impostes, les garde-corps et les rampes d'escaliers. Un immeuble du cours du Port atteste de la présence de maîtres d’œuvre capables d'une production architecturale de qualité. Si la demeure dite maison de Saint-Simon, dont la façade est pourtant l'une des plus ornées de la ville, est contrainte dans une étroite parcelle, des recompositions parcellaires interviennent fréquemment au cours du 18e siècle, au bénéfice de notables de la ville, permettant la construction d'immeubles de large emprise : c'est le cas par exemple d'une maison rue Jaufré Rudel ou d'un immeuble de la rue Saint-Romain. La modénature similaire de façades juxtaposées, par exemple pour deux maisons de la rue Jaufré-Rudel, semblent témoigner d'accords intervenus entre divers propriétaires au moment de la reconstruction.

Les maisons et immeubles construits dans le premier quart du 19e siècle ne se démarquent guère des constructions antérieures. De nombreux logis parmi les plus modestes de la ville ont été datés de cette période, par la simplicité et la rusticité de la mise en œuvre (murs enduits, ouvertures rectangulaires...), mais l'absence de marqueurs chronologiques ne permet pas d'assurer la datation. Les façades sont généralement lisses, les ouvertures rectangulaires sont ordonnées en travées, les corniches sont à modillons, par exemple pour une maison de la rue Saint-Simon ou une maison de la rue Jaufré-Rudel. Ce type se retrouve également en dehors de la ville, une maison rurale (maintenant détruite) présentant les mêmes caractéristiques, le décor étant cantonné à la porte d'entrée. Les édifices les plus importants sont caractérisés par une plus grande emprise sur la rue, ainsi que par une modénature et un décor soignés, mais sobre : l'immeuble construit à la jonction de la rue Saint-Romain et du cours de la République est représentatif de cette époque. Le recours à la pierre de taille devient fréquent, un bandeau marque les niveaux ; les ouvertures rectangulaires commencent à recevoir un encadrement à chambranle, comme dans le cas d'une maison de la rue Saint-Romain. Ces caractères paraissent se maintenir jusqu'aux années 1840, alors que plusieurs chantiers publics (hôtel de ville, prison, tribunal...) apportent de nouveaux modèles. Cette décennie marque le début d'un fort mouvement de renouvellement du bâti dans la ville, culminant dans le 3e quart du 19e siècle, ainsi qu'en témoignent les données de la matrice cadastrale. C'est aussi l'époque à partir de laquelle de nombreux entrepreneurs et maçons sont attestés à Blaye et dans les communes environnantes. Une maison daté de 1841 rue Saint-Romain permet de déterminer les traits significatifs de l'architecture domestique qui se met alors en place : façades ordonnancées, emploi généralisé de la pierre de taille, bandeaux et cordons à hauteur d'appui, ouvertures à chambranle et larmier, corniche à modillons... Cette architecture, convenue et répétitive, se retrouve dans toutes les parties de la ville, mais aussi en périphérie et à l'extérieur pour la plupart des maisons de maître reconstruites à cette époque, telle la demeure rue Urbain-Albouy ou, rue des Maçons, la maison de maître datée de 1868. C'est aussi à cette époque que l'usage de l'ardoise commence à se répandre dans la commune, pour couvrir notamment les toits à brisis d'immeubles ou de grandes demeures, tel Château Noël, mais également des fabriques de jardin (par exemple le pavillon d'une maison du quartier la Cave).

Une plus grande variété architecturale se manifeste cependant durant le dernier quart du 19e siècle dans le traitement des façades, se traduisant parfois par un foisonnement décoratif éclectique, tel qu'affiché pour une maison de notable rue André-Lamandé. Cette époque voit aussi l'émergence timide du goût pour les formes néo-gothiques, promu localement par l'architecte Aurélien Nadaud. Outre des interventions ponctuelles visant à "resilhouetter" une demeure par l'adjonction d'une tour, au Château des Moines ou à la maison de maître du Monteil par exemple, il développe pour l'habillage du portail d'une demeure de la rue Lamandé et pour sa propre maison, rue Grosperrin, un vocabulaire décoratif ostentatoire. Concernant l'architecture domestique, les constructions qui pourraient lui être attribuées paraissent plutôt éclectiques, caractérisées par des façades colorées et compartimentées, à l'image de la Villa Rosa ou d'une maison du Monteil. Dans une ville où la brique est un matériau peu fréquent, il semble avoir privilégié son emploi (comme au Château du Cayx en Médoc ou pour le portail du château Labrousse à Saint-Martin-Lacaussade) pour des murs de clôture notamment, par exemple pour une demeure rue Jaufré-Rudel ou une demeure rue Paul-Tardy.

Le tournant du 20e siècle est marqué par quelques modestes opérations immobilières, effectuées notamment en ville par l'architecte Charles Grange, qui reconstruit une série de maisons entre le cours de la République et la rue Saint-Romain, ou par l'entrepreneur Oscar Batisse. Un immeuble constitue un exemple unique du style art déco dans la ville. Dans les secteurs périphériques ou le long de voies nouvellement percées, sont implantées des maisons entourées de jardins, de type villa ou revendiqué comme tel. Certaines de ces maisons n'empruntent aux caractères de la villa que le nom, telle la Villa des Pâquerettes, mais en général le terme s'applique à des corps de logis à étage, à demi-croupe (Villa Guichané) ou à fronton-pignon en façade (villas Odyvma et Beausoleil). Certaines de ces maisons pourraient être attribuées à l'architecte Lucien Nadaud (fils d'Aurélien Nadaud), auteur d'une maison signée rue Roger-Toziny. Quelques maisons d'inspiration néo-régionaliste sont édifiées le long de la nouvelle rue Urbain-Chasseloup dans l'entre-deux-guerres et les années 1950, telle la maison dite l'Ensoleillée. Les rares architectures domestiques repérées du corpus de la reconstruction sur dommages de guerre, le long du fleuve, sont des constructions économiques en rez-de-chaussée, à l'image d'un petit ensemble de maisons cours Bacalan. Un immeuble d'habitat collectif du quartier de Bugeaud comporte un étage et un parement en pierre de taille. Une maison construite en remplacement de l'ancien Château Sainte-Luce-La-Tour se singularise par son importance.

Les éléments repérés d'architecture domestique du Moyen Âge ou du 16e siècle sont extrêmement rares dans la commune, du fait des démolitions et reconstructions successives. Le 17e siècle apparaît en revanche comme une période importante de construction, même si le bâti, mal identifié en dehors de la citadelle et représentant à peine 2% du corpus, est sans doute largement sous-évalué. Le plan-relief du tout début du 18e siècle permet cependant de documenter la construction de cette époque. Le 18e siècle représente une part importante du bâti, puisqu'un tiers environ des édifices repérés conservent des éléments de cette période, principalement de la seconde moitié du siècle. Le 19e siècle, qui représente près de 60% du corpus, a laissé le plus de témoignages. La construction culmine en particulier entre 1850 et 1875, d'après les observations de terrain corrélées à l'exploitation des données de la matrice cadastrale. Le 20e siècle apparaît marginal dans le corpus, alors que ce bâti est très visible dans la commune en dehors de la vieille ville (les chiffres de l'Insee indique que près de 80% des résidences principales sont postérieures à 1919). Mais il s'agit essentiellement de lotissements établis à partir des années 1950, sur les coteaux du Monteil et de Sainte-Luce principalement, dont les maisons n'ont pas été dénombrées.

  • Période(s)
    • Secondaire : 13e siècle, 14e siècle , (incertitude)
    • Secondaire : 16e siècle
    • Principale : 17e siècle
    • Principale : 18e siècle
    • Principale : 19e siècle
    • Principale : 2e moitié 20e siècle

Outre les maisons de ville et du hameau de Sainte-Luce, mitoyennes et juxtaposées, généralement à étage et niveau de surcroît, l'habitat rural traditionnel est composé de logis, souvent juxtaposés, en rez-de-chaussée avec grenier en surcroît. Le matériau de construction quasi-exclusif est le calcaire, prélevé dans plusieurs carrières de la commune. Il est généralement mis en œuvre en moellon enduit, avec chaînes d'angle et encadrements en pierre de taille. La pierre de taille sur l'ensemble d'une élévation au moins a été repérée sur le tiers des édifices du corpus. Elle est parfois recouverte d'un badigeon de chaux. Les enduits à chaux et sable sont parfois coloré, allant d'une teinte ocre rosée à orangée. La brique est utilisée marginalement, essentiellement comme élément décoratif. Le matériau de couverture très largement dominant est la tuile creuse, plus rarement la tuile mécanique. Cependant, un rang de tuiles mécaniques est fréquemment utilisé sur les rives de toitures, afin d'aménager un léger débord destiné à protéger la corniche. Les corniches sont souvent décorées de modillons et/ou de denticules.

L'organisation du bâti des maisons et immeubles dans la ville comprend habituellement un corps de logis principal sur rue et un corps de bâtisse secondaire, séparés par une cour. Ce bâtiment comporte en général un second logis et des dépendances. Les cours, plus ou moins exiguës, sont notamment très fréquentes entre les rues Saint-Simon et de l'Abbé-Bellemer. Elles peuvent être bordées de diverses dépendances rustiques, telles que des chais, remises, magasins ou écuries, ainsi qu'en témoigne le plan cadastral de 1832 (mais ces dépendances sont souvent globalisées dans la matrice par la formule "bâtiment et cour", ou simplement qualifiées de "bâtiment rural"). La vente d'une maison de négociant dans la rue de l'Abbé-Bellemer en 1884, complétée de trois chais, illustre particulièrement la coexistence des activités domestiques et économiques dans la ville à cette époque. Les jardins sont aussi très fréquents et parfois vastes, y compris en cœur d'îlot.

La distribution des maisons et des immeubles s'effectue généralement depuis l'entrée par un corridor donnant accès à la cour et à l'escalier. Les escaliers repérés sont majoritairement en maçonnerie, plus rarement en charpente. L'un des plus anciens repérés, dans une maison de la rue Saint-Sauveur, installé dans un corps hors-œuvre, est en vis. Les escaliers rampe-sur-rampe sont aussi fréquents, parfois aménagés dans-œuvre, ou sur cour. Parmi les équipements de confort, les cheminées les plus anciennes sont à manteau chantourné, les plus rustiques à linteau sur piédroits obliques.

  • Toits
    tuile creuse
  • Murs
    • calcaire moellon enduit
    • pierre de taille
  • Décompte des œuvres
    • bâti INSEE 2 348
    • repérées 818
    • étudiées 149

Documents d'archives

  • Matrice cadastrale et états de sections, 1834-1973.

    Archives départementales de la Gironde, Bordeaux : 3 P 58/8-18
  • Matrice cadastrale, registre des augmentations et diminutions, 1836-fin du 19e siècle.

    Archives municipales, Blaye : non coté.

Bibliographie

  • FERET Edouard. Statistique générale du département de la Gironde : Classification des vins, quantités récoltées par chaque propriétaire et prix de vente 1874. Dessins. Eugène Vergez. Bordeaux : Féret, 1874.

    P. 102-104.

Périodiques

  • CAVIGNAC Jean. "L'intérieur d´un bourgeois de Blaye. Saint-Simon à Blaye". Les Cahiers du Vitrezais, 1975-1976, n° spécial, p. 23-27.

Annexes

  • Hommes de l'art et du bâtiment à Blaye et environs au 19e siècle et au début du 20e siècle
Date d'enquête 2011 ; Dernière mise à jour en 2014
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