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Les fermes et les domaines de Collonges-la-Rouge

Dossier IA19000364 réalisé en 2009

Fiche

Aires d'étudesCollonges-la-Rouge
Dénominationsferme
AdresseCommune : Collonges-la-Rouge

La majorité des hameaux (10 sur 16) de la commune de Collonges-la-Rouge est figurée sur la carte de Cassini (cf. fig. 1) et existait donc au milieu du 18e siècle. Le territoire communal apparaît aujourd'hui dans une configuration quasi semblable à celle du 18e siècle.

Sur les 53 fermes et domaines retenues sur 99 bâtis Insee, 35 ont été repérées et 18 ont été sélectionnées. Dans ce corpus 37,7% des fermes (50) et domaines (3) sont antérieurs à 1831, date du cadastre napoléonien (le plan plus ancien disponible) (cf. fig. 2). Ce chiffre est révélateur d´un territoire relativement prospère sous l´Ancien Régime. Cependant, si près d´un tiers des fermes et domaines conserve des éléments du 18e siècle, près de la moitié a été remaniée ou reconstruite entre la seconde moitié du 19e siècle et la première moitié du 20e siècle. En effet, l´habitat a été largement repris : transformation d´un plan rectangulaire en plan en L comme pour les maisons et manoirs, (cf. Dossier collectif n°IA19000363), toitures rehaussées, agrandissement et/ou percement de nouvelles ouvertures...

Les constructions nouvelles et les reconstructions se développent jusqu´à la fin du 19e siècle, période durant laquelle 41,5 % des fermes et domaines ont été édifiés. Le coup d´arrêt au développement intervient à partir de la seconde moitié du 19e siècle. En effet, la crise du phylloxera, qui apparaît dès 1862 en France, atteint la Corrèze vers 1880. Commence alors une période de déclin économique. Les petits vignerons quittent les campagnes et vont renforcer la masse des ouvriers dans les banlieues des grandes villes. La commune de Collonges-la-Rouge, mais c´est également vrai dans tout le Limousin, a particulièrement été touchée par cet exode rural. D´autant qu´au 19e siècle, cette société rurale souffrait déjà d´une parcellisation et d´un éparpillement des terres à faible rendement qui rendaient leur exploitation difficile. En effet, la majorité des propriétaires ne possédait guère qu´entre 5 et 10 hectares, ce qui les obligeait à pratiquer la polyculture. En outre, en dehors de la production des châtaignes et des noix, les cultures commerciales étaient très peu développées.

Les dates portées sur les bâtiments sont peu nombreuses. Elles sont comme dans les maisons et manoirs ornées de cœur, d´étoile, de coquille ou de fleurs (cf. fig. 4) et parfois associées aux initiales ou au nom du commanditaire (cf. fig. 5) [1697 ; 1706 ; 1725 ; 1735 ; 1746 ; 1783 ; 1790 ; 1794 ; 1803 ; AN 13 ; 1805 ; 1806 ; 1808 ; 1813 ; 1814 ; 1818 ; 1824 ; 1825 ; 1829 ; 1831 ; 1834 ; 1838 ; 1847 ; 1852 ; 1853 ; 1859 ; 1864 ; 1870 ; 1872 ; 1884 ; 1885 ; 1886 ; 1887 ; 1901 ; 1903 ; 1907 ; 1923 ; 1946].

Période(s)Principale : 4e quart 15e siècle
Principale : 4e quart 17e siècle
Principale : 18e siècle
Principale : 1er quart 19e siècle
Principale : 1ère moitié 20e siècle

IMPLANTATION

Les fermes et les domaines qui font l´objet de ce dossier collectif sont définis comme des unités d'exploitation agricole comprenant un logis principal (ou une maison de maître) et une grange-étable complétés de dépendances (porcherie, écurie, poulailler) et d´édicules comme les séchoirs et les fournils. L'ensemble des bâtiments qui les compose est plus ou moins groupé autour d'un espace, le plus souvent une cour enherbée ou le long d´une voie de circulation.

Les fermes et domaines étudiés lors de l´enquête sont majoritairement implantés dans le bourg (45%) et dans les écarts (43,3%). Les fermes isolées (11,3%) correspondent en grande partie aux domaines (Friac, La Raze) et aux fermes les plus récentes, construites à la fin 19e siècle ou au début du 20e siècle (Gondronne, La Ribière, Vigne-Grande, Bois Delpeuch) (cf. fig. 6 et 7).

MATÉRIAUX DE GROS ŒUVRE ET COUVERTURE

Le gros-œuvre est majoritairement constitué de moellons de matériaux locaux : grès et calcaire (cf. fig. 8). La répartition géographique des matériaux du gros-œuvre reprend les grandes lignes de la répartition des roches dans le sous-sol (cf. fig. 3). En revanche, les encadrements de baies sont presque exclusivement réalisés en pierre de taille de grès rouge ce qui accentue l´effet de polychromie très présent sur les édifices de la commune (cf. fig. 9). S'y ajoutent le bois sous la forme d´essentage de bardeaux, d´utilisation relativement récente notamment dans la catégorie des dépendances (cf. fig. 10).

L´ardoise, parfois taillée en forme d´écaille, est le matériau de couverture principal (cf. fig. 11). Cependant on trouve, comme pour les couvertures des maisons et manoirs (cf, dossier collectif n°IA19000363) un panel éclectique de matériaux de couverture allant de la tuile plate à la tuile mécanique en passant par le grès en couverture, dit lauze (cf. fig. 12). Les couvertures en lauze de grès qui étaient à l´origine très répandues sont aujourd'hui plus rares. Souvent à l´état de vestiges sur les coyaux, certaines couvrent encore des portails et les voûtes des fours en abside (cf. fig. 13 et 14).

ORGANISATION ET STRUCTURE

Le plan masse des fermes a peu ou pas évolué depuis le relevé du cadastre de 1831, mais les ajouts se faisant au fur et à mesure des besoins ne sont pas à exclure. En effet, comme pour les maisons et les manoirs, les plans des logis de ferme ont fréquemment évolué du plan rectangulaire vers le plan en L, soit par l´ajout d´une nouvelle aile soit par la transformation d´une grange attenante en pièce d´habitation venant agrandir le volume du logis initial (cf. fig. 15).

La grande majorité des bâtiments de ferme ne présente aucune organisation particulière dans l'agencement de la façade. Cet effort, lorsqu'il existe, est réservé à la grange-étable avec sa porte charretière encadrée de plusieurs portes d´étable (cf. fig. 16).

L´alignement des fonctions domestiques et agricoles sous un même toit existe, mais n´est pas la règle générale, puisque bien souvent les dépendances sont dissociées du logis. (cf. fig. 17).

La cour, le plus souvent enherbée, est toujours devant le logis, parfois fermée par des murets en pierre (cf. fig. 18).

Les granges-étables constituent l´un des bâtiments les plus importants dans la ferme. Il en existe deux types sur le territoire de la commune : la grange-étable dite "auvergnate" et la grange-étable dite "limousine". Deux exemples de grange-étable de type " auvergnat" ont été repérés lors de l´enquête (Friac, Puy Bousquet). Implantées sur un terrain à faible déclivité, elles ont la particularité de disposer d´une rampe aménagée en terre qui permet d´offrir un accès de plain-pied à chaque niveau. Le niveau inférieur est occupé par les étables. L´accès charretier se fait à l´étage, du côté haut de la pente qui est en principe sur le mur gouttereau nord (cf. fig. 19). La grange-étable limousine, dite aussi "de plateau" est le modèle le plus représenté sur la commune. Adaptée aux terrains plats et de très faible déclivité, il n´y a, dans ce type de grange-étable, qu´un seul niveau d´accès sur la façade sud mais deux niveaux d'accès, l'un pour les bovins au rez-de-chaussée et l'autre au niveau supérieur sous comble pour leur fourrage. Elle peut également comporter un petit espace aménagé pour les ovins, à l´extrémité du bâtiment (cf. fig. 20). Construits avec beaucoup de soin, ces deux modèles de grange-étable, de plan rectangulaire, sont couverts de toits à longs pans, à croupe ou à demi-croupe.

En dehors des granges-étables, il faut signaler les séchoirs qui ne sont pas toujours des bâtiments dédiés à cette seule fonction. En effet, un même bâtiment peut abriter plusieurs activités : on le rencontre au niveau du comble des fours à pain, à l´étage des porcheries et plus rarement dans un coin de grange ou de hangar. (cf. fig. 21 et 22). Ce qui caractérise le séchoir c'est le plancher de comble conçu à claire-voie avec des lattes de section triangulaire appelées "claies". Les séchoirs à noix se distinguent grâce à une caractéristique constante qui est le dispositif de ventilation naturelle. Le pourtour du plancher, à la base du toit, n´est pas maçonné, mais ouvert sur une bande périphérique de 40 cm de haut environ, composée de potelets en bois et d´un grillage (cf. fig. 23).

Six fournils, petits bâtiments abritant un four à pain généralement en abside sur le mur pignon, ont été répertoriés. Certains présentent une voûte en cul-de-four couverte de lauzes de grès. Il est probable que, suite à l´abandon progressif des usages liés à ces édicules, le taux de disparition soit important. Cependant, nombre de ceux qui sont conservés ont été restauré (cf. fig. 24).

Le cochon est toujours logé dans un bâtiment spécifique, hors des autres dépendances agricoles. Ainsi, les porcheries sont soit adossées à l´élévation antérieure d´une grange et couverte en appentis, soit dissociées des bâtiments la ferme. De plan rectangulaire, elles comportent plusieurs compartiments alignés et clos. On notera le soin apporté à ces constructions secondaires (cf. fig. 25).

Un seul puits, de structure carrée, en moellon de grès, a été localisé dans la cour d´une ferme (La Guitardie). Cependant, le nombre de disparitions est très élevé car nombreux sont ceux qui ont été arasés ou comblés au cours de la première moitié du 20e siècle au bénéfice des modifications d´usage des cours de ferme (Couzedoux). En revanche, quatre citernes, dont certaines sont voûtées, ont été répertoriées (La Bertine, Couzedoux, Le Faure, La Souteyrie). En récupérant les eaux de pluie, elles permettaient, en l´absence de puits, d´alimenter la ferme en eau.

Partout des murets en pierre venaient clore les cours des fermes. Ils sont en général bien conservés même si les portails ont disparu (cf. fig. 26).

Les décors sculptés sont presque inexistants en dehors des dates portées ornées. Aussi signalons avec intérêt la présence de nombreuses lucarnes, parfois richement ouvragées, à croupe ou à fronton pignon (cf. fig. 27).

TYPOLOGIE

Dans ce secteur de polyculture, les constructions rurales s´inscrivent dans deux grandes catégories :

- "l´habitat mixte", caractérisé par la cohabitation des hommes et du bétail sous le même toit.

- "l´habitat indépendant", défini par l´absence de cohabitation entre hommes et animaux. Cette seconde catégorie est mieux représentée (85,5%) en raison de la nature et de la taille des exploitations.

1. L´habitat mixte Ce modèle, définit également sous la typologie des fermes en bloc à terre, est peu représenté sur le territoire communal (13,6%). Il regroupe dans un même volume, mais pas forcément sous un même toit, les fonctions d´habitation et d´exploitation. La séparation entre les deux espaces est assurée par une simple cloison ou bien par un mur de refend sur lequel s´appuie parfois la cheminée de la salle commune. Avant les remaniements de la seconde moitié du 20e siècle, il n´y avait aucune communication entre ces différentes zones. En façade, la différenciation entre les espaces est lisible grâce aux différentes ouvertures, toutes percées sur la façade principale et donnant sur la cour (porte piétonne pour le logis, porte d´étale, porte charretière, fenêtres droites, baie fenière...) (cf. fig. 28 et 29). Les modifications intervenues au cours des siècles ont modifié la typologie de ces fermes : bien souvent le logis et la grange-étable ont été remaniés et restaurés afin de les adapter aux nouveaux usages de vie (cf. fig. 30).

2. L'habitat à seul usage d´habitation Dans ce type de ferme à éléments dissociés, le logis s´individualise par rapport aux dépendances agricoles. Cette organisation de l´espace entraîne la séparation des fonctions d´habitation et d´exploitation qui ne sont plus réunies sous le même toit. Les logis se partagent entre les rez-de-chaussée surélevés (65%) et les logis à un étage (35%) parfois flanqués d´une tour d´escalier en vis (deux exemples : Le Bourg, Le Chastanet) (Cf. fig. 31 et 32). Le logis en rez-de-chaussée surélevé est accessible par un escalier de distribution extérieur, en maçonnerie, donnant sur un perron quelquefois couvert d'une avancée du toit soutenue (ou non) par des poteaux, dite " bolet". Il s´agit d´un logis superposant un étage de soubassement utilitaire servant de cellier et une pièce principale (cf. fig. 33). Présent dès le 17e siècle sur le territoire de la commune ce modèle perdure jusqu´à la fin du 19e siècle. Le logis à un étage, parfois à façade principale à travées (cf. fig. 34), est présent aussi bien dans le bourg que dans les écarts (Le bourg, Puy Boulou, Friac, Couzedoux, La Guitardie, Vigne-Grande, Bernoux). Les trois maisons de maître sont classifiées dans cette typologie même si de part leur plan et leur volume elles relèvent plus de l'architecture urbaine que rurale. En effet, le logis présente une façade à ordonnance symétrique et est généralement composé d´un ou de deux étages. Lorsqu'il n'est pas exploité directement par le propriétaire, le domaine est affermé, d'où la présence, à proximité immédiate, de bâtiments agricoles et de logements pour le fermier (La Guitardie, La Raze). (cf. fig. 35 à 37).

CONCLUSION

Les fermes et les domaines sont de taille moyenne. Les changements d´usage des bâtis traditionnels, l´abandon et les remaniements des dépendances agricoles sont patents sur l´ensemble de la commune ce qui peut parfois en gêner la lecture.

Toitsardoise, grès en couverture, tuile plate, tuile mécanique, tuile creuse, tôle nervurée, tôle ondulée, zinc en couverture
Mursgrès moellon enduit partiel
calcaire moellon
grès pierre de taille
calcaire pierre de taille
grès moellon enduit partiel
calcaire moellon enduit partiel
grès moellon crépi
bois essentage de bardeaux
bois pan de bois
béton
brique
Décompte des œuvres repérés 35
étudiés 18

Références documentaires

Bibliographie
  • CONSEIL D´ARCHITECTURE, D´URBANISME ET DE L´ENVIRONNEMENT. Le petit patrimoine de la Corrèze. Saint-Paul : Lucien Souny, 2009.

    p, 46, 100 et 118 Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement de la Corrèze, Tulle : non coté
(c) Région Limousin, service de l'Inventaire et du Patrimoine culturel (c) Région Limousin, service de l'Inventaire et du Patrimoine culturel ; (c) Ville de Collonges-la-Rouge (c) Ville de Collonges-la-Rouge - Brahim-Giry Agnès
Brahim-Giry Agnès

Chercheur SRI Limousin (2007-2016) - Responsable de l'Unité Études et Ressources documentaires, site de Limoges (2016-2017 ) - Responsable de l'Unité Recherche-Photographie, Limoges-Poitiers (2017-


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