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La Ronde, les bords de Sèvre : présentation

Dossier IA17000215 réalisé en 2021

Fiche

Dossiers de synthèse

Œuvres contenues

L’inventaire du patrimoine de la vallée de la Sèvre Niortaise a concerné La Ronde en mars-avril puis de juillet à décembre 2021. Ont été étudiés : d’une part, tous les éléments du patrimoine présents dans une zone d’un kilomètre à partir du fleuve, étendue jusqu'au Passage et à Caillaude, et dans le bourg ; d’autre part, les éléments les plus marquants et représentatifs du patrimoine relevés sur le reste du territoire communal. L’enquête a ainsi permis d’identifier 286 éléments. Le tout est illustré par près de 1100 images. Parmi tous ces éléments, 96, relevés à des fins essentiellement statistiques, font l'objet d'un dossier documentaire minimum (repérés de niveau 1). 96 autres, retenus pour leur intérêt ou leur représentativité, donnent lieu à un dossier documentaire plus constitué (repérés de niveau 2). 94 autres enfin, particulièrement intéressants et documentés pour l'histoire ou l'histoire de l'art, sont étudiés de manière plus poussée dans des dossiers documentaires plus étoffés.

Aires d'étudesVallée de la Sèvre Niortaise, Marais poitevin
AdresseCommune : La Ronde

Un territoire d’îles et de marais au Moyen Age

L’archéologie a livré quelques traces d’occupation de l’ancienne île de La Ronde dès l’âge du Fer (Tène II). Du mobilier, des tessons de céramique, des fossés et des sépultures humaines ont été mis au jour en septembre 2010 à l’occasion des travaux de terrassement du parking de la nouvelle salle des fêtes, à l’est du bourg. La légende fait du Vieux Maillé l’un des sites les plus anciennement occupés, toujours sur les terres hautes. C’est là que saint Eutrope, l’évêque évangélisateur de l’Aunis et la Saintonge au 3e ou 4e siècle, aurait échoué un jour de tempête (à l’image de saint Pient à Maillé, sur l’autre rive de la Sèvre). L’événement aurait été à l’origine de la fondation d’une chapelle au Vieux Maillé, transférée sans doute dès avant le 18e siècle en l’église de Taugon où un autel lui est toujours dédié. Plus sûrement, la navigation dans l’ancien golfe des Pictons semble avoir laissé un témoignage au Marais Gauthier (ou "Marais Gautère"), au nord-ouest de Caillaude. Vers 1868, puis en 1908, en 1979 et à nouveau en 1990, des pièces de bois longues de plusieurs mètres ont été observées dans le canal de la Longée, ancien méandre de la Sèvre. Leur étude a permis d’estimer leur datation entre l’an 750 et 1030.

En ce début du Moyen Age, alors que le golfe se comble peu à peu et que les marais se forment, La Ronde commence à apparaître dans l’histoire. En 1029, un clerc nommé Tetbaut fait don à l’abbaye Saint-Cyprien de Poitiers d’une pêcherie située au lieu-dit « Angledonis », soit probablement l’Angle d’Oie. En 1197, l’île et l’église Saint-Pierre de La Ronde ("Rumice") font partie des biens de l’abbaye de Maillezais ; une possession seigneuriale qui va se poursuivre jusqu’à la Révolution. Le développement de La Ronde tient surtout déjà à sa position stratégique sur l’un des points de passage d’une rive à l’autre de la Sèvre, entre la Pichonnière, à Maillé, et le si bien nommé Port de La Ronde. Celui-ci ("portum de Runza") est mentionné à la fin du 11e siècle ou au début du 12e dans une charte de donation de biens par l’évêque de Poitiers à l’abbaye de Saint-Maixent. Le passage de la Pichonnière et du Port est, pour l’abbaye de Maillezais, une voie d’accès essentielle à ses biens situés sur la rive gauche de la Sèvre. Le passage ainsi que des marais salants à La Ronde et la Pichonnière figurent en 1232 dans un accord conclu entre le pape et Geoffroy la Grand dent après les exactions de ce dernier contre l’abbaye. De La Ronde partent, bon an mal an, d’autres axes de circulation à travers les marais en voie de formation : vers 1450 est indiqué le "peyré par où l’on va de Margot à La Ronde" et le "chemin par où l’on va de La Ronde à Doret".

En ce début des Temps modernes, sur l’archipel se développent modestement un bourg et les dépendances de l’abbaye de Maillezais : en 1566, la déclaration des biens dépendant de son aigage mentionne notamment un moulin, le four banal, le prieuré dont dépendent les îles de La Ronde, du Vieux Maillé et de Chalogne, un domaine appelé le Pré des Non, ou encore les métairies de la Chaise (au nord-est de l’église actuelle) et du Vieux Maillé. L’église Saint-Pierre est, depuis une époque indéterminée, une annexe de l’église de Taugon. Quant aux marais, ils relèvent à l’ouest de l’évêque de Maillezais puis La Rochelle, à l’est, pour les marais de Boëre et Le Roy, du duc de La Trémoïlle, comte de Benon.

Un territoire bouleversé par les dessèchements de marais (17e siècle)

La physionomie de ces marais et de toute la paroisse est profondément bouleversée par les grands travaux de dessèchements menés au milieu du 17e siècle. En 1653, l’évêque de Maillezais-La Rochelle, Jacques Raoult de la Guibourgère décide de faire dessécher les marais qu’il possède à Taugon et La Ronde, prenant en cela modèle sur l’évêque de Luçon qui vient de céder ses marais de Choupeau à René Sochet de Gontry. Mgr Raoult a besoin d’argent pour financer le transfert de son évêché à La Rochelle, et il fait appel au meilleur enchérisseur. Après avoir rejeté plusieurs candidats, ce n’est qu’en 1657 qu’il accorde ses marais à Pierre Perrien, marquis de Crenan, gestionnaire du comté de Marans, puissant personnage investi dans les dessèchements de marais.

Le 30 mai 1657 est signée entre eux la baillette des "marais, palus, canaux, levées et terres inondées es paroisses de Taugon et La Ronde". Elle prévoit la cession de la propriété de ces marais à Perrien de Crenan et à ses associés ; en échange, l’évêque de La Rochelle percevra un quinzième des récoltes produites dans les marais nouvellement desséchés, en plus de la perception d’un cens pour lods et ventes. Il bénéficiera en outre de deux fermes ou cabanes de marais desséchés, exempts de toute contribution au financement des travaux et à l’entretien des canaux : à La Ronde, la cabane l’Evêque va s’étendre à l’est des Vollants et du Passage. L’évêque, qui conservera son autorité seigneuriale sur Taugon et La Ronde, recevra 15000 livres pour l’aider à financer la construction de son nouveau palais épiscopal à La Rochelle. A noter enfin que la transaction prévoit l’attribution de marais communaux aux habitants de Taugon et de La Ronde.

De son côté, Perrien de Crenan s’adjoint au cours des années suivantes plusieurs associés pour l’aider dans sa coûteuse entreprise, et se rapproche des dessiccateurs des marais de Choupeau, d’une part, de ceux de Benon d’autre part. Trois ans plus tôt, le 3 juin 1654, Thomas Le Secq, notable parisien, s’est lui aussi fait concéder des marais, en l’occurrence ceux de Boëre et Le Roy, obtenus de Marie de La Tour d’Auvergne, au nom de son mari, le duc Henri de La Trémoïlle, comte de Benon. Les différents cessionnaires des marais de Taugon, La Ronde, Choupeau et Benon fusionnent le 26 juillet 1657 pour former une seule et même société de dessèchement qui va diriger les opérations et gérer, jusqu’à nos jours, les nouveaux marais desséchés. Le 17 octobre 1665, les membres de la Société se partagent les terres conquises sur les eaux, à proportion de leur apport financier respectif ; un partage renouvelé en 1675 à la suite d’erreurs de comptes et de litiges. Chacun reçoit alors une ou plusieurs cabanes dont les canaux et fossés rectilignes structurent désormais le territoire et le paysage. Au sud, la paroisse de Taugon-La Ronde est délimitée par le canal de la Banche qui achemine toute l’eau du dessèchement vers la mer. A l’ouest, au nord et à l’est, elle est ceinturée par la digue qui empêche désormais l’eau de la Sèvre Niortaise mais aussi du Mignon d’envahir les marais desséchés. Au-delà, les marais mouillés restent sous la menace de l’inondation.

Cette situation évolue toutefois rapidement sur le territoire de La Ronde puisqu’à l’est, les marais de Boëre s’avèrent bien plus difficiles à dessécher que prévu. Le 31 mai 1675, la Société renonce à les dessécher et décide d’ériger des digues de retranchement entre la Barrière, Chalogne, l'Angle d'Oie, la Macaudière et le Doret pour isoler les marais en question qui redeviennent alors un espace inculte. La portion du canal de la Banche en amont de la digue de la Macaudière est abandonnée, de même que toute la digue de Boëre au-delà de la Barrière de La Ronde. Au terme d'un contentieux avec le duc de La Trémoïlle, la Société étant incapable d'honorer les termes de la cession des marais de Boëre et Le Roy de 1654, elle lui en restitue la pleine propriété en 1681.

Des marais de Foire aux marais desséchés de Boëre (18e siècle)

Visitant la région au début du 18e siècle, soit quelques décennies seulement après ces événements, l’ingénieur du roi Claude Masse constate l’état d’abandon des marais en question, constitués "de terre espongieux et noires qui ne peuvent produire que des roseaux et rouches (...), la terre ne pouvant pas faire liaison et corps (...). Le fond de ces marais fait trembler et ne peut être propre que pour faire des tourbes". Masse indique que les marais de Boëre sont surnommés par les habitants "marais de Foire", surnom donné "par ironie". Au-delà, Masse mentionne le passage de la Pichonnière au Port de La Ronde et son rôle essentiel, malgré son très mauvais état et son caractère précaire. Il témoigne aussi de la prospérité des marais que l’on a réussi à dessécher, à l’ouest de La Ronde et à Taugon, et du développement démographique de ces deux bourgs. Les deux paroisses réunies passent en effet de 280 habitants en 1713 à 648 en 1763, chiffre qui tombe toutefois à 400 en 1789.

Un nouveau bouleversement économique et foncier a lieu à la fin du 18e siècle lorsque, un siècle après la première tentative avortée, les marais de Boëre sont à leur tour enfin desséchés. Ils servent en fait de terrain d'expérimentation aux théories physiocrates développées, à l'époque des Lumières, par Henri-Léonard Bertin, contrôleur général des finances en 1759, proche du roi Louis XV. Il est à l'initiative de la déclaration royale du 14 juin 1764 qui encourage la mise en oeuvre de nouveaux dessèchements, et qui va notamment être suivie d'effets en Aunis et en Bas-Poitou. Non content de donner cette impulsion, Bertin investit personnellement dans ce projet en rachetant, le 17 novembre 1767, les marais de Boëre et Le Roy qui avaient été restitués au duc de La Trémoïlle quatre-vingt-dix ans plus tôt. S'appuyant sur son représentant sur place, Clément Texier, notable de La Ronde, il lance en 1774 le dessèchement des marais de Boëre, rétablissant l'ancienne digue le long du Mignon et la partie amont du canal de la Banche, qui prend le nom de canal de Boëre. Les travaux, autorisés en 1774 et 1777, ont lieu en 1778-1779. Bertin, Texier et leurs associés forment une nouvelle société de dessèchement qui étend désormais son pouvoir à l’est des anciennes de retranchement de Chalogne, l’Angle d’Oie et la Macaudière. Mais dès les premiers coups de pioche, un long et lourd contentieux s’engage avec la Société des marais de Taugon au sujet de l'utilisation du canal de la Banche pour évacuer les eaux de Boëre jusqu'à la mer, à travers la levée et la bonde de la Macaudière. Il faut attendre 1801 pour qu'une transaction, parrainée par l'Etat, mette fin au conflit, régulant notamment l'usage de la bonde.

Entre temps, la Révolution n’a que peu changé la situation économique et foncière dans les marais et à La Ronde. La plupart des cabanes appartenant à des notables roturiers, les saisies et ventes de biens nationaux ne concernent que les biens de l’évêque de La Rochelle, seigneur de La Ronde. En 1791, on assiste ainsi à la vente du four banal, de la cabane l’Evêque et de la métairie de la Chaize. Lorsque les communes succèdent aux paroisses, Taugon et La Ronde restent réunies, chacune formant une section au sein de la nouvelle entité communale.

Une commune nouvelle, agricole et commerçante (1850-1950)

Les deux sections et leurs habitants se vouent pourtant une animosité sans doute ancienne et que les remous autour du dessèchement des marais de Boëre ont attisée. En 1834 et 1835, les habitants de La Ronde demandent à être séparés de Taugon, expliquant que leur bourg serait plus gros que celui de leurs voisins, et que la cohabitation est devenue très difficile depuis l’affaire des marais de Boëre. Si cette première demande est rejetée, elle en précède une autre, présentée cette fois conjointement avec Taugon en 1845. Les deux communautés sont d’accord pour divorcer, mais le consensus se heurte à la question des marais communaux délimités au milieu du 17e siècle, celui de Taugon s’avérant plus petit que celui de La Ronde, alors que la future commune de Taugon serait moins peuplée que sa voisine. Après avoir fait appel à l’arbitrage de Louis-Benjamin Fleuriau de Bellevue, personnalités du département et des marais desséchés, le conseil municipal du 29 mars 1846 vote finalement la séparation qui est prononcée par ordonnance royale du 17 octobre 1847. Etienne Savin est nommé premier maire de la commune nouvelle de La Ronde. Un an plus tard, l’église de La Ronde est séparée de celle de Taugon pour former une paroisse à part entière.

La nouvelle commune de La Ronde compte 1406 habitants en 1851. Ce nombre ne va cesser de croître pendant toute la seconde moitié du 19e siècle, culminant à 1520 habitants en 1891. La commune connaît alors un réel essor économique qui s’appuie sur la prospérité des marais desséchés, le développement des marais mouillés et celui des communications et du commerce. Les cabanes des marais desséchés continuent à produire des céréales et pratiquer l’élevage en abondance, un élevage qui alimente à partir des années 1890 une des plus importantes laiteries coopératives de la région. Dans les marais mouillés, la navigation et l’évacuation des eaux d’inondation sont améliorées par la canalisation du Mignon, à partir des années 1830-1840, et par les aménagements successifs du site de Bazoin sur la Sèvre.

La Ronde se distingue des communes voisines par sa position, comme sous l’Ancien Régime, sur un des principaux axes de circulation par voie de terre à travers le Marais poitevin. La construction du pont de la Croix des Mary, celle de la route qui le relie au Passage puis au Port, remplaçant l’antique mauvaise chaussée inondable, mais aussi l’ouverture de la route reliant La Ronde à Taugon (on empruntait auparavant un chemin tortueux passant par le Vieux Maillé) ont un effet extrêmement bénéfique sur l’activité commerciale du bourg. A la fin du 19e siècle et jusqu’aux années 1950-1960, rares sont les maisons qui n’abritent pas aussi un commerce ou un atelier d’artisan. Tous les corps de métiers sont alors présents.

Certes, l’essor démographique ralentit autour de 1900 et, comme dans toutes les communes de la région, sous l’effet de l’exode rural, la courbe s’inverse même ensuite rapidement (on ne compte plus que 1298 habitants en 1911, 924 en 1936). L’époque est toutefois au développement des équipements publics. Premier bâtiment concerné, l’église est reconstruite dès les années 1850, malgré bien des difficultés. La commune se dote aussi d’une mairie-école de garçons (actuel groupe scolaire) et d’une école de filles, en faisant appel, comme pour l’église, à l’architecte rochelais Ernest Massiou. Un bureau de poste est également édifié. Le développement économique et commercial se traduit par la construction d’un marché couvert en 1924 (reconstruit en 2018, actuelle mairie). Dans les années 1920-1930, outre l’électrification du bourg, on se préoccupe d’hygiène public : un projet de bains douches sur la route d’eau qui traverse le bourg est émis, ne se réalisant toutefois qu’après-guerre.

Après 1945, de nouveaux enjeux économiques, une permanence environnementale

En 1944-1945, La Ronde est l’une des communes les plus à l’est comprises dans la Poche de La Rochelle, et sa population est évacuée. Une plaque commémorative le rappelle à l’ancien presbytère. Après-guerre, la vie agricole reprend son cours, avec notamment son lot de querelles entre marais desséchés de Taugon-La Ronde et ceux de Boëre au sujet de l’évacuation de l’eau par le canal de la Banche et de la manœuvre de la bonde de la Macaudière. Un ultime contentieux aboutit à une importante réforme en 1961 : les deux Sociétés, unies dans leur gestion depuis le début du XIXe siècle, se séparent à nouveau ; les marais de Boëre seront désormais drainés essentiellement par le canal de Caillaude puis par une station de pompage établie à Caillaude.

Dans les marais mouillés, La Ronde est concernée par une partie du programme des Grands travaux des marais de l’Ouest, avec le creusement du canal de la Rabatière en 1959-1960. Des opérations de remembrement sont menées à la même époque, dans les marais desséchés comme dans les marais mouillés dont les paysages se retrouvent ainsi bouleversés, jusqu’à une restructuration foncière en 1990. Il s’agit alors de prendre en compte le vieillissement de la population agricole et le passage de 120 exploitations en 1962 à 57 en 1983 (11 en 2020). Plus globalement, la commune décline démographiquement et économiquement. En 1946, La Ronde ne compte plus que 870 habitants, chiffre qui ne cesse de décroître dans les décennies suivantes, pour tomber à 679 en 1982. Nombre de commerces et d’ateliers d’artisans ferment.

Des actions sont cependant menées dans les années 1980-1990 pour favoriser l’installation de nouveaux habitants, avec notamment la création de lotissements (Chintre, les Moulins, les Rousseaux…). De fait, la commune voit sa population de nouveau augmenter, jusqu’à atteindre 1078 habitants en 2010. Si ce chiffre tend depuis à se tasser (1040 habitants en 2018), La Ronde bénéficie sans doute, comme les communes alentour, de la proximité du bassin d’emploi de La Rochelle. Elle tire parti également, aujourd’hui comme il y a plusieurs siècles, mais de manière différente, de sa position au cœur du Marais poitevin. L’accueil des visiteurs et touristes se fait, depuis les années 1990, à travers un terrain de camping et surtout l’embarcadère de Bazoin, réaménagé en 2016 en concertation avec le Département de la Charente-Maritime. En 2021, une opération de valorisation de ce site est en cours, en lien avec le Parc naturel du Marais poitevin (dont l’ancien presbytère de La Ronde fut le siège de 1982 à 2000).

La Ronde est la première commune de Charente-Maritime riveraine de la Sèvre Niortaise, en venant de l'amont, sur sa rive gauche. Elle est aussi tangentée par la rivière du Mignon, affluent de la Sèvre Niortaise, qui constitue à l'est la frontière avec Saint-Hilaire-la-Palud (Deux-Sèvres). La limite communale suit ensuite un ancien contour (lit du Vieux Mignon jusque dans les années 1830-1840), séparation avec Damvix (Vendée). C'est dans les marais des Forges que se rencontrent les limites des trois départements de Charente-Maritime, Deux-Sèvres et Vendée. La limite entre La Ronde et Damvix file ensuite avec le Vieux Béjou jusqu'à Bazoin où la Sèvre Niortaise commence à séparer La Ronde de Maillé. En suivant la Sèvre sur 2,4 kilomètres, la commune de La Ronde s'arrête au fossé des Boutins où commence Taugon. Les limites ouest et sud de la commune sont bien plus rectilignes : à l'ouest, La Ronde est séparée de Taugon en ligne droite par le canal de la Rabatière ; au sud, le canal de Boëre et le canal de la Banche assurent la limite, tout aussi droite, avec Courçon et Saint-Cyr-du-Doret. Le territoire de La Ronde s'étire sur 4,6 kilomètres du nord au sud, des marais du Loup au pont de Margot ; et sur 6,6 kilomètres d'est en ouest, de la Tête de Boëre aux marais du Coteau. A l'intérieur de ce territoire, on retrouve les trois grandes strates paysagères qui composent le Marais poitevin.

La commune de La Ronde regroupe un ancien archipel d'îles calcaires qui émergeaient au temps du golfe des Pictons. Le bourg est implanté sur la plus grande qui s'étire au nord jusqu'au Port, à l'est jusqu'au Grand Pré et à la Plantée, au sud jusqu'au Châtelier et même à l'Angle d'Oie. Cette ancienne île culmine à 6 mètres d'altitude entre le bourg et le Grand Pré, 10 à l'Angle d’Oie, 12 au Rocher. Au nord, l'île est interrompue par une route d'eau alimentée par la fontaine du Pré Guérin et qui passait par le lavoir du Goyou, perpendiculairement à la rue de l'Eglise. Ce cours d'eau coupe le bourg en deux parties : plutôt religieuse à l'est (église mais aussi les écoles), administrative et commerciale à l'ouest où se trouvent la mairie et la plupart des anciens commerces, le long de la route D116. Celle-ci, venant de Saint-Cyr-du-Doret et conduisant à Maillé et Maillezais, constitue un axe routier majeur à travers les marais, entre Charente-Maritime et Vendée. Deux autres îles plus petites complètent l'ancien archipel : le Vieux Maillé à l'ouest, Chalogne à l'est.

Au pied de ces terres hautes qui descendent en pente douce, les trois quarts du territoire communal sont occupés par des marais desséchés. Ils sont répartis en deux entités gérées par deux syndicats de marais différents : à l'ouest des anciennes digues de Chalogne et de l'Angle d'Oie, commencent les marais desséchés de Taugon, La Ronde et Saint-Jean-de-Liversay, aménagés au milieu du 17e siècle ; à l'est s'étendent les marais de Boëre, mis en valeur à la fin du 18e siècle seulement. Tous constituent un paysage extrêmement ouvert (surtout depuis les restructurations foncières de la fin du 20e siècle), transpercé par les canaux principaux (de la Rabatière, de Caillaude, des Vriandes, de Vergne) qui, du nord au sud, acheminent l'eau vers le canal de la Banche et le canal de Boëre, principaux évacuateurs. Pour capter l'eau (en plus du drainage), ce réseau est complété par des canaux et fossés secondaires qui concourent à faire de ce paysage le royaume de la ligne droite, ponctué ici ou là des rares sièges d'exploitation des grandes fermes ou cabanes. Le tout est protégé par la digue de Taugon au nord, par celle de Boëre à l'est, qui filent le long du Mignon puis des contours d'un probable ancien bras de la Sèvre, appelé la Longée.

Au-delà de ces digues, les marais mouillés s’étendent autour du Mignon puis sur la rive gauche de la Sèvre Niortaise. Si, aux abords immédiats de la digue et la Longée, ou encore sur la rive droite du Mignon, ils ont conservé un parcellaire morcelé et une végétation dense, ailleurs, ente les Arrentements et le Marais du Loup, ils ont été remembrés et drainés. Là, transpercés par le canal de la Rabatière, ils présentent, comme dans les marais desséchés, un paysage très ouvert, avec de grandes parcelles cultivées et des chemins d'exploitation en ligne droite. La végétation se densifie le long de la Sèvre Niortaise et de son chemin de halage, ou encore de part et d'autre de la route D116 et des canaux qui la longent entre la Croix des Mary et le Passage.

Annexes

  • La Ronde au début du 18e siècle, extrait du Mémoire sur la carte du 46e quarez de la généralle des côtes du Bas Poitou, païs d'Aunis, Saintonge et partie de la Basse Guyenne, par Claude Masse, en 1719 (SHD, 1Vd60, pièce 51) :

    "Île de La Ronde. Cette île est plus élevée que la précédente et a trois autres petites îlettes joignantes, et est aussi environnée de marais desséchés, partie en prairies et en terres labourées. Elle a de longueur plus de 1 600 toises et à sa plus grande largeur plus de 1 000. Ce pays était autrefois si marécageux que l’on ne pêchait que des anguilles, que toutes celles qui se vendent à La Rochelle et aux environs que l’on pêche dans les marais de la Sèvre et autres, passent toutes pour venir de La Ronde, quoi qu’il ne s’y prenne presque plus, ce qui va à une quantité infinie que l’on débite actuellement à La Rochelle, qui sont d’un grand secours aux peuples dans de certaines saisons (...).

    La Ronde. Ce bourg est situé dans un terrain assez élevé, traversé d’une rue de 280 toises et d’une autre de près de 300. Il y a une église qui est annexe de Taugon et n’ont qu’un même curé. L’on compte à La Ronde et à Taugon 280 feux, dont il y a quelques habitants aisés et bons bourgeois qui commercent en bestiaux et en blé et en bois qui viennent dans les marais qui ne sont point desséchés. Les rues de ces deux bourgs sont presque impraticables l’hiver à cause de la boue."

  • Taugon-La Ronde au début du 19e siècle, extrait de Gautier, M.-A., Statistique du département de la Charente-Inférieure. La Rochelle, 1839, 2e partie, p. 44-45 :

    "Taugon-La Ronde. Population : 2361 habitants.

    Cette commune, située à 3 myriamètres de La Rochelle, est entièrement placée dans le marais. Le chef-lieu est établi sur un terrain un peu élevé, d'où on extrait un moellon calcaire qui sert à la construction des maisons du pays.

    Son étendue comprend 3646 hectares. Le sol est en terre grasse, noirâtre, mélangée de bris, surtout dans la partie du nord. Au midi, le terrain est plus sec et presque sablonneux. Les principales cultures sont le froment, l'avoine et le lin.

    Taugon est limité à l'ouest par la Sèvre. Une digue de 15 pieds d'élévation a été construite aux frais des syndics des marais, pour préserver cette commune des inondations de cette rivière. Un peu plus bas que cette digue est une espèce de canal appelé ceinture des Hollandais [?].

    Le canal de la Banche sépare cette commune de celles de Saint-Cyr-du-Doret et de Saint-Jean-de-Liversay. Au moyen de petites écluses, communément appelées bondes, on alimente d'eau d'autres petits canaux qui sont percés de manière à permettre aux habitants de transporter, par bateau, leurs denrées à Marans.

    Il y a à Taugon deux foires annuelles qui durent deux jours chacune. L'une est fixée au premier lundi de mai, et l'autre au dernier lundi de juillet.

    Taugon-La Ronde formait anciennement une île, et c'est de là que cette commune tire l'étymologie de son nom qui, en dialecte celtique, signifie environné d'eau. Les grands travaux de dessèchement qui furent ordonnés en 1599 par Henri IV, fertilisèrent ce pays et livrèrent à l'agriculture des terrains entièrement baignés d'eau et couverts de rouches et de roseaux."

  • La Ronde au milieu du 19e siècle, extrait de Lacurie, abbé A. F. Excursion archéologique sur les deux bords de la Sèvre niortaise. Bulletin monumental, tome 16, 1850, p. 567 :

    "La Ronde, autre petite île, a conservé, du côté du marais, une falaise fort élevée, s'abaissant en pente très rapide. Son église, ruinée comme celle de Taugon, n'a conservé de sa construction primitive qu'une porte latérale, ogive du XIVe siècle, et un reste d'arceau ogival de la même époque à la sacristie. C'était primitivement une chapelle annexée à Taugon ; elle vient d'être érigée en succursale."

Références documentaires

Documents d'archives
  • Masse, Claude. Mémoire sur la carte du 46e quarez de la généralle des côtes du Bas Poitou, païs d'Aunis, Saintonge et partie de la Basse Guyenne, 1719.

    Service historique de la Défense, Vincennes : 1Vd60, pièce 51
  • 1714, août : Mémoire en forme de table qui a été dressé par Masse au mois d'aoust 1714 en levant la carte du cours de la rivière de Sayvre et de la petite rivière de Mauzé avec leurs environs.

    Service historique de la Défense, Vincennes : 4° 133, pièce 10
  • 1665, 7 novembre : acte de partage des marais desséchés de Taugon-La Ronde-Choupeau-Benon, devant Layné, notaire à Marans.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 3 E 31/37
  • 1654, 3 juin : copie de la baillette des marais de Benon par la duchesse de La Trémoïlle à Thomas Le Secq, devant Guéneau et Lecat, notaires à Paris.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 31 ETP, archives de la Société des marais de Taugon, carton 2, chemise A, pièce 3
  • 1675, 18 novembre : partage des marais desséchés de Taugon-La Ronde-Choupeau-Benon.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 31 ETP, archives de la Société des marais de Taugon, carton 2, chemise B, dossier 1.
  • 1657-1814 : registres des délibérations de l'assemblée générale de la Société des marais desséchés de Taugon-La Ronde-Choupeau-Benon.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 1Mi 544
  • 1813 : état de section du cadastre de la commune de Taugon-La Ronde.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 3 P 4456 et E dépôt 112/471, archives communales de Taugon, 1 G 1
  • 1821 : matrice cadastrale de la commune de Taugon-La Ronde.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 3 P 4457
  • 1791-1796 : état des biens nationaux de première origine vendus dans le district de La Rochelle.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : Q 118
Documents figurés
  • 1720 : Carte du 46me quarré de la generalle des costes du Bas Poitou païs d'Aunis Saintonge et partie de la Basse Guienne, par Claude Masse.

    Service historique de la Défense, Vincennes : J10C 1293, pièce 17
  • Vues aériennes depuis 1945 sur le site internet de l'IGN www.geoportail.gouv.fr.

  • [1837 :] Tableau, extrait cadastral des marais de Taugon, La Ronde, Choupeau et Benon et de Boëre, situés dans les communes de Saint Jean de Liversay, Taugon La Ronde, Saint Cyr du Doret et Courçon, canton de Courçon.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 5 Fi Taugon 2
  • 1667, 2 janvier : plan [de partage des marais] de Taugon et La Ronde levé par le sieur de Laserre arpenteur général le 2 janvier 1667.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 5 Fi Taugon 4
  • Fin 19e siècle-début 20e siècle : fonds de cartes postales Louis Cassegrain, éditeur à La Rochelle.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 10 Fi
  • Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle. 12 Fi. Fonds de cartes postales de Raymond Bergevin (1870-1953), photographe et éditeur d'art rochelais.

  • Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle. 14 Fi. Fonds de cartes postales sur la Charente-Maritime.

Bibliographie
  • Beaussant, Ernest, Notice sur les marais de Taugon, La Ronde, Choupeau, Benon et sur les marais de Boëre, La Rochelle, 1877.

  • Clouzot, Etienne. Les marais de la Sèvre Niortaise et du Lay du Xe à la fin du XVIe siècle. Paris : H. Champion éditeur ; Niort : L. Clouzot éditeur, 1904, 282 p.

    p. 21, 175, 176
  • GAUTIER, M.-A., Statistique du département de la Charente-Inférieure. La Rochelle, 1839.

    2e partie, p. 44-45
  • Guilloux, Jean. Nos ancêtres les Gaulois, Bulletin municipal de La Ronde, juillet 2012, p. 9.

  • JAULIN, Arnaud, Esprit de clocher, Saint-Pierre de La Ronde, 2021, dactyl., 260 p.

  • Lacurie, Joseph (abbé). Excursion archéologique sur les deux bords de la Sèvre niortaise. Bulletin monumental, tome 16, 1850.

    p. 567
  • Richard, Alfred. Chartes et documents pour l'histoire de l'abbaye de Saint-Maixent. Archives historiques du Poitou, t. XVI (1886).

    p. 292
  • Suire, Yannis. L'histoire de l'environnement dans le Marais poitevin, seconde moitié du XVIe siècle - début du XXe siècle. Thèse d'Ecole nationale des Chartes, 2002.

  • Suire, Yannis. Le Marais poitevin, une écohistoire du XVIe à l'aube du XXe siècle. La Roche-sur-Yon : Centre vendéen de recherches historiques, 2006.

  • Suire, Yannis. Le Bas-Poitou vers 1700 : cartes, plans et mémoires de Claude Masse, ingénieur du roi. La Roche-sur-Yon : Centre vendéen de recherches historiques, 2017, 368 p.

  • Bulletin municipal de La Ronde depuis 1977.

    Archives municipales, La Ronde
Multimedia
  • Site internet de la commune de La Ronde, www.laronde17.fr

    Archives municipales, La Ronde
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Suire Yannis

Conservateur en chef du patrimoine au Département de la Vendée depuis 2017.


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