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Institut Régional des Jeunes Sourds (IRJS)

Dossier IA86004940 réalisé en 2009

Fiche

Parties constituantes non étudiéesjardin, cour
Dénominationsétablissement de bienfaisance, centre de formation
Aire d'étude et cantonPoitiers
AdresseCommune : Poitiers
Lieu-dit : Chilvert
Adresse : 116 avenue de la
Libération
Cadastre : 1838 G3 291 ; 2004 EY 145

L'Institut régional des jeunes sourds est situé le long de l'ancienne route de Bordeaux, au coeur de l'ancien faubourg de la Tranchée, aux portes sud de la ville de Poitiers. Il se trouve sur un terrain qui n'était pas bâti en 1838, comme le montre le plan cadastral d'alors, et qui dépendait de la propriété voisine appelée "la Maison Neuve" (aujourd'hui 128 à 130 bis avenue de la Libération). Celle-ci appartenait à la famille La Guéronnière de Lusigny, propriétaire du domaine de Fief Clairet, à Saint-Benoît. Juste à côté aussi se trouve le bureau d'octroi. C'est ici que viennent s'installer en 1856 les Frères de Saint-Gabriel. Depuis 1825, ils tiennent des écoles pour sourds-muets à Loudun et à Rouillé mais devant le nombre croissant d'élèves et de demandes d'admission, il leur faut chercher un endroit plus grand et plus central. A Poitiers, au Pont-Achard, existe déjà depuis 1833 une institution pour sourdes-muettes, tenue par les Filles de la Sagesse et transférée à Larnay, commune de Biard, en 1847. En 1855, le frère Bernard, un des professeurs de l'école de Loudun, est missionné pour trouver des locaux à Poitiers, en invocant l'aide et la protection de Notre Dame, apparue à la Salette quelques années plus tôt. Le 19 septembre 1856, jour de la fête de Notre Dame de la Salette, les Frères de Saint-Gabriel prennent en location une maison appelée "le Pavillon", située faubourg de la Tranchée et appartenant à Mme Jeanne Gomez de la Torre, veuve de Joseph Valette, demeurant à Poitiers (il s'agit de l'actuel bâtiment d'accueil). La propriété comprend aussi des hangars, une cour et un jardin délimités par un clos de mur. Les seize premiers élèves y emménagent le 18 octobre suivant. A cette occasion, un groupe de statues représentant l'apparition de Notre Dame de la Salette est acheté. En mai 1857, on inscrit sur la façade : "Maison Notre Dame de la Salette. Institution des jeunes sourds-muets". Peu après, on édifie dans le jardin un monticule recevant un groupe de sculptures en fonte représentant également l'apparition (ce groupe est encore visible dans le jardin). Une société de patronnage est rapidement créée. Classes, dortoirs et chapelle sont aménagés dans le bâtiment loué. En 1862, la petite chapelle est enrichie d'un maître-autel orné d'un groupe scultpé de la Salette, réalisé par un élève, Etienne Charprenet, et de deux autels latéraux, dédiés l'un à saint François de Salles, l'autre à sainte Anne. A la même époque, le nombre d'élèves augmentant, l'institution loue l'ancienne vinaigrerie contigue à la maison (actuel bâtiment du refectoire et de bureaux) et le transforme en classes et réfectoire au rez-de-chaussée, avec un grand dortoir au-dessus. En 1871, on compte trente élèves. En 1874, les héritiers de la veuve Valette doivent vendre la propriété occupée par l'institution. Le 27 mars, les Frères de Saint-Gabriel parviennent à l'acheter grâce à l'aide financière d'un mécène, M. Gérasime Lecointre (1809-1888), avocat, spécialiste d'histoire et d'archéologie, un des fondateurs de la Société des antiquaires de l'Ouest, et marié à Marie-Louise Dupont. M. et Mme Lecointre-Dupont entendent par cette action rendre hommage à leur fils Marie-Hilaire-François, décédé à 21 ans, à Naples, le 5 juin 1873, et qui était atteint d'un commencement de surdité. Une autre donation d'importance est effectuée deux ans plus tard par Mlle Pauline Dauvilliers, par ailleurs fondatrice du couvent de Salvert à Migné-Auxances. En octobre 1875, sur les conseils de M. Lecointre-Dupont, l'institut fait appel à l'architecte Boyer pour dresser les plans d'un vaste bâtiment parallèle à l'avenue, avec rez-de-chaussée, trois étages et une chapelle en retour d'équerre. La première pierre est posée le 15 juin 1876. Les travaux ne concernent toutefois que la construction d'une première moitié du bâtiment, celle de droite, qui jouxte la maison d'origine. Le nouvel édifice est achevé en 1878 et béni par le vicaire général de l´évêché de Poitiers le 24 novembre. L´institution accueille alors 94 élèves. A l´intérieur sont aménagés une salle d´études, sept salles de classe, deux dortoirs, des ateliers de mensuierie, de cordonnerie, de tour, de typographie, un théâtre, etc.. Entre 1894 et 1899, l´atelier de typographie se transforme en véritable imprimerie qui diffuse sa production à l´extérieur. La grande fête organisée pour les cinquante ans de l´institution en 1888, démontre l´exiguité et l´insuffisance de la chapelle, installée depuis 1856 dans une grange. Le 27 mars 1895 sont alors présentés les plans d´une nouvelle chapelle, établis par l´architecte Alcide Boutaud (1844-1929). Celui-ci a conçu plusieurs dizaines d'édifices en Poitou et en Vendée, par exemple la basilique Notre-Dame de Pitié, celle de Saint-Benoît Labre, l'église Saint-Etienne de Niort ou encore la chapelle du collège Saint-Stanislas à Poitiers (actuelle Maison de la Région), édifiée quelques années avant celle de l'Institut des sourds-muets. Comme en 1874, M. Lecointre-Dupont apporte les finances nécessaires, en plus de nombreux dons en nature. Le 14 mai, la première pierre est bénite par le curé de l´église Saint-Hilaire de Poitiers. Elle renferme des reliques et médailles protectrice, ainsi qu´un parchemin commémoratif. Dès le 5 décembre, la nouvelle chapelle, dédiée à Notre Dame de l´Annonciation, est consacrée par l´évêque. En février 1898, un harmonium est installé sur la tribune. Le 22 mars 1898, l´institut ouvre une nouvelle section destinée à accueillir les élèves aveugles, en plus des sourds-muets. Le nombre d´élèves étant toujours croissant, et la première moitié du bâtiment principal attendant depuis 1876 la construction de la seconde, celle-ci est engagée en 1913. La nouvelle construction ajoute à la première ses 23 mètres de long et 13 de large, le tout formant un ensemble parfaitement homogène. A l´été 1914 se termine le troisième étage, la toiture est posée en octobre. Le 8 septembre 1915, la statue de Notre Dame de la Salette est érigée au sommet de la façade sur l´avenue. Entre temps, les bâtiments de l´institut ont été transformés en hôpital de la Croix-Rouge qui reste jusqu´en 1919. En 1925, une nouvelle section pour sourds-muets-aveugles est ouverte. Le pavillon d'entrée est transformé et surélevé en 1927. L'année suivante, les ateliers sont agrandis. Quelques années plus tard, l´ancienne vinaigrerie transformée en réfectoire, à côté du pavillon d´accueil, est surélevée d´un étage et des cuisines sont construites devant, dans l´ancienne cour, le long de l´avenue. En 1939-1940, l'institution sert à nouveau d'hôpital. Au printemps 1940, elle accueille des réfugiés. Dans les années 1970, de vieux toits situés à l´extrémité ouest de l´enclos, derrière la maison qui longe l´avenue et qui abrite le centre d´action médico-sociale précoce, sont démolis et remplacés par des hébergements. Dans la cour derrière le réfectoire, le préau fait place à des salles d´activités, et un gymnase prend place au fond. Aujourd´hui, L´Institut régional des jeunes sourds (IRJS) abrite deux entités : la Section d´enseignement et de formation professionnelle (SEFP, environ 60 élèves dont 25 internes) ; la Section d´enseignement et d´éducation spécialisée pour sourds avec handicap associés (SEESHA).

Période(s)Principale : 4e quart 19e siècle
Principale : 1er quart 20e siècle
Dates1876, daté par travaux historiques
1895, daté par source
1913, daté par source
Auteur(s)Auteur : Boyer architecte attribution par travaux historiques
Auteur : Boutaud Alcide
Boutaud Alcide (01/07/1844 - 19/02/1929)

Architecte, élève de Jean-Baptiste Perlat. A réalisé de très nombreux édifices publics et églises de Poitou-Charentes.


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architecte attribution par travaux historiques

L´Institut régional des jeunes sourds occupe un îlot délimité par l´avenue de la Libération et la rue de l´Abbé-de-l´Epée. L´essentiel des bâtiments se trouvent du côté de l´avenue. Délimité par un mur avec grille et deux portails à piliers maçonnés, un jardin est encadré à droite par un bâtiment d´accueil et de bureaux, au fond par un long et haut édifice abritant les salles de classes et les hébergements des élèves, et à gauche par la chapelle devenue centre de documentation. Le bâtiment d´accueil et de bureaux est, semble-t-il, le plus ancien de tous, celui occupé en premier par les Frères de Saint-Gabriel. Il s´agit d´un édifice de plan massé, couvert d´un toit en ardoise et à croupes, et ouvrant sur l´avenue par trois travées d´ouvertures, dont celles latérales comprenant deux lucarnes à croupes. La travée centrale comprenait à l´origine la porte principale, aujourd´hui transformée en fenêtre. Au-delà du bâtiment d´accueil, toujours le long de l´avenue, se trouve un autre bâtiment administratif dont le rez-de-chaussée est occupé par le réfectoire et les cuisines, au-dessus d´une cave. C´est ce bâtiment qui abritait la vinaigrerie mentionnée lors de l´arrivée des Frères de Saint-Gabriel, et qui a été surélévé et augmenté de cusines, alignées sur l´avenue, dans les années 1930. Couvert lui aussi d´un toit en ardoise et à croupes, sa particularité réside dans les encadrements des baies côté avenue, réparties en cinq travées et alternant la brique et la pierre. A l´arrière, la façade est plus sobre, avec juste une niche ayant sans doute abrité une statue. Derrière ce bâtiment se trouve une cour avec, au fond, un gymnase. L´imposant bâtiment de classes et d´hébergement domine non seulement l´ensemble mais aussi le quartier, du haut de ses trois étages et de sa haute toiture en ardoise, à longs pans et à pignons découverts. Les niveaux sont séparés par des bandeaux sur la façade côté avenue, et une corniche à modillons couronne la façade côté avenue et côté cour. La façade côté avenue est rythmée par les treize travées d´ouvertures. La verticalité ainsi formée se retrouve sur la façade côté cour. Là, la travée la plus à droite s´inscrit dans une avancée surmontée d´une petite terrasse. Côté avenue, une travée sur deux comprend une lucarne à longs pans débordants. La travée centrale est constituée de baies jumelles et, au sommet, d´une haute lucarne en pierre à fronton triangulaire et à ailerons. Le rez-de-chaussée est occupé par une galerie qui ouvre sur le jardin, et par des hébergements pour les élèves. Le premier étage reçoit des salles de classes. Les second et troisième étages sont occupés par d´autres hébergements pour les élèves, répartis de part et d´autre d´un couloir central, comme les salles de classes du premier étage. Tous ces niveaux sont desservis par deux grands escaliers rampe-sur-rampe situés aux extrémités du bâtiment. Derrière ce grand bâtiment principal s´étend une cour bordée à l´est par des salles d´activités et à l´ouest par un espace arboré. Le tout est cerné par un mur de clôture. A l´ouest du bâtiment principal s´élève un immense cèdre. La chapelle qui ferme sur la gauche le jardin côté avenue, est perpendiculaire à celle-ci et au bâtiment principal. Une sacristie lui est accolée à l'ouest. La chapelle est couverte d´un toit en ardoise à longs pans et à pignons découverts. Son chevet est à trois pans percés chacun d´une baie en arc brisé. Côté avenue, au sud, la chapelle ouvre par une porte surmontée d´un tympan en arc brisé, et par une rose. Les murs latéraux sont percés de trois baies en arc brisés, plus une porte côté jardin. A l´intérieur, la nef est couverte d´une voûte d´ogives. Les ogives et les doubleaux transversaux retombent sur des colonnettes à chapiteaux qui descendent jusqu´au sommet des bas-côtés. Ces derniers sont surmontés de galeries latérales qui se rejoignent en une tribune au-dessus de la porte du fond. La tribune est supportée par trois arcs brisés reposant sur des colonnes à chapiteaux. Au-delà de la chapelle, vers l´ouest, se trouvent les ateliers et une ancienne maison qui abrite aujourd´hui les bureaux du Centre d´action médico-sociale précoce. Alignée sur l´avenue, cette maison présente en façade trois travées d´ouvertures dont la porte centrale. Elle possède un étage carré, un étage en surcroît et un sous-sol accessible par un escalier en pierre. Entre cette maison et la chapelle, un passage couvert donne accès à l´arrière des bâtiments.

Murscalcaire
enduit
moellon
pierre de taille
Toitardoise
Étagessous-sol, 3 étages carrés, étage de comble
Élévations extérieuresélévation ordonnancée
Couverturestoit à longs pans
Techniquessculpture
ReprésentationsVierge croix lys couronne étoile ruban Annonciation feuillage vigne raisin blé
Précision représentations

La lucarne centrale du bâtiment principal côté avenue, est surmontée d´une croix. Entre les deux baies jumelles a pris place une statue de Notre Dame de la Salette, sous la protection de laquelle les Frères de Saint-Gabriel avaient placé l´institution. Au-dessus figurent les initiales de la Vierge, MA, entrelacées et rayonnantes. Elles s´inscrivent au milieu d´une couronne de lys et de rubans, et sont surmontées d´une couronne d´étoiles. L'extérieur de la chapelle, très sobre, ne présente qu'un décor sculpté, au-dessus de la porte sud, sur l'avenue. Placé sur le tympan de l'arc brisé, un demi relief représente l'Annonciation. A l´intérieur de la chapelle, les chapiteaux qui supportent les retombées d´ogives et la tribune sont ornés de feuillages, de grappes de raisins, de gerbes de blé. Le garde-corps des tribunes est constitué d´une suite de trèfles ajourés.

Statut de la propriétépropriété d'une association
propriété privée

Annexes

  • Extraits d'actes notariés issus des archives des Frères de Saint-Gabriel, Nantes :

    Le 19 septembre 1856, à Poitiers, Mme Jeanne-Marie-Thérèse Gomez de la Torre, propriétaire, veuve de M. Joseph Valette, demeurant à Poitiers, 17 rue de l'Ancienne Comédie, donne à titre de bail à loyer pour trois ans à M. François Brevet, religieux sous le nom de frère Siméon, supérieur général de la Congrégation des frères de Saint-Gabriel, dont le siège est à Saint-Laurent-sur-Sèvre, en Vendée, une maison située à Poitiers, faubourg de la Tranchée, composée d'appartements bas et hauts, greniers, caves, vastes servitudes, cour, jardins, écuries et maison de jardinier, etc.

    Les 27 et 28 mars 1874, devant Me Gérard-Albert Langevin, notaire à Poitiers, Mme Anaïs Vallette, veuve de Jacques-Marie-François-Ferdinand Frizac, capitaine de cavalerie, demeurant à Poitiers, 51 bis rue de la Tranchée, pour elle et pour sa soeur, Justine-Adélaïde-Aurélie-Léonide Vallette, épouse de Joseph-Gabriel-Camille Bourdier, négociant, demeurant à Paris, 29 rue Tranchet ;

    et Mme Adélaïde-Caroline-Juliette Lévesque, veuve de M. Antoine-Henri-Adrien Vallette (frère des deux précédentes), décédé à Poitiers le 30 janvier 1869, demeurant à Poitiers, 2 rue des Carmélites, pour son gendre Me Marie-François-Albert Pouyade, receveur de l'enregistrement et des domaiens, demeurant à Chabanais (Charente), époux de Jeanne-Marie-Marguerite Vallette, mineure de vingt ans ; et aussi pour Emile-Marie-Joseph Vallette, son fils de dix-sept ans et demi ;

    lesquels vendent à Antoine-Noël Baumet, en religion frère Eugène-Marie, supérieur général des frères de Saint-Gabriel, et à cinq autres frères dont François Barry, en religion frère Médéric, directeur de l'Institution des sourds-muets de Poitiers, demeurant en cette ville, faubourg de la Tranchée ;

    "une enclôture située au haut du faubourg de la Tranchée, près l'octroi, commune de Poitiers, connue autrefois sous le nom des Pierres Blanches, actuellement divisée par un mur et occupée, ainsi que cela sera dit ci-après, par l´Institution des sourds-muets. Dans la partie de cette enclôture avoisinant la route, existent diverses constructions qui consistent en :

    1°- Une maison principale donnant sur la route, servant d´habitation aux Frères de Saint-Gabriel, composée d´une cave, un salon, deux chambres et une cuisine au rez-de-chaussée, quatre chambres et un cabinet au premier étage, trois chambres au deuxième étage et grenier dessus [il s'agit de l'actuel bâtiment d'accueil] ;

    2°- Un autre petit corps de bâtiment au levant de la maison qui précède, ayant autrefois servi de vinaigrerie, servant actuellement de classe, de réfectoire et de dortoir aux jeunes sourds-muets, ouvrant sur une petite parcelle de terrain en dépendant et qui le sépare de la route avec un petit hangar à la suite adossé au mur longeant le chemin d´exploitation dont il sera parlé plus loin [il s'agit du bâtiment du réfectoire et de bureaux, transformé depuis] ;

    3°- Un bâtiment ayant autrefois servi de grange, placé de l´autre côté de la porte principale d´entrée, un petit hangar à la suite, faisant face à celui dont il vient d´être question et au bout duquel est une petite chambre où se trouve une citerne, avec cour devant le tout ;

    4°- enfin, de l´autre côté de l´ancienne grange, un autre hangar adossé au mur qui longe la route et divisé par une seconde porte d´entrée.

    Cette enclôture est portée au plan cadastral de la commune de Poitiers sous les numéros 291, 673 de la section G. Elle a une contenance d´environ un hectare six ares quarante trois centiares. Elle confronte dans son ensemble du midi à la route de Paris à Bordeaux, à droite du levant et du nord, à un chemin d´exploitation appelé des Rosiers et du couchant à Mme veuve Pons et à ses enfants".

    Cette propriété appartient aux vendeurs comme héritiers de Mme Jeanne-Marie-Thérèse de la Torre, leur mère et grand-mère, veuve de Pierre-Joseph-Adrien Vallette, décédée à Poitiers le 14 octobre 1866. M. Vallette avait fait construire les bâtiments sur le terrain qu'il avait acheté de M. Pierre léon, fabricant de poterie, et Virginie Pinot son épouse, de Poitiers, le 20 septembre 1847 devant Me Bert, notaire à Poitiers. Pierre Léon et son épouse avaient acquis le terrain le 14 mars 1840, devant Deleyne, notaire à Poitiers, auprès de Pierre-marie-Antoine Dubreuil Hélion de la Guérinière de Lusigny, demeurant à Fief-Clairet, à Saint-Benoît, d'Alexandre Dubreuil hélion de la Guérinière et Aimée Félicité de Bernon son épouse, et de François-Jean Feydeau de Saint-Christophe et Louise-Sylvie Dubreuil Hélion de la Guérinière son épouse. Les trois Dubreuil Hélion de la Guérinière en avaient hérité de leur oncle, l'abbé Jean Hubert Irland. Le terrain dépendait alors du Fief-Clairet de Saint-Benoît.

    La vente est consentie pour 47,500 francs. M. Gabriel-François-Gérasime Lecointre et son épouse Marie-Louise Dupont, demeurant place du Marché-Notre-Dame à Poitiers, versent la dite somme que les Frères de Saint-Gabriel s'engagent à leur rembourser en huit annuités.

    L'acte de vente est conclu chez M. et Mme Lecoinrte.

    Le 28 mars 1874, sous seing privé, les époux Lecointre-Dupont et les Frères de Saint-Gabriel passent la transaction suivante :

    "M. et Madame Lecointre-Dupont ayant eu le malheur de perdre à Naples, le cinq juin dernier, leur bien-aimé fils Marie Hilaire François Lecointre qui était atteint d´un commencement de surdité, se sont proposés de faire en sa mémoire et pour le repos de son âme, diverses oeuvres et notamment d´assurer à Poitiers, l´existence de l´établissement pour l´éducation des sourds-muets qu´y ont créé les Frères de Saint Gabriel, en leur procurant les moyens d´acquérir l´immeuble, maintenant en vente, qu´ils avaient loué pour faire cet établissement et d´agrandir les dépendances. A cet effet, ils ont mis à la disposition de M. le Supérieur Général soussigné, la somme de soixante quatorze mille francs à titre de prêt pour être employée à l´achat de cet immeuble et d´une auberge avec des dépendances qui y attient et au payement des frais de ces acquisitions". La somme devra être remboursée après une période de vingt ans, en neuf annuités.

    Quant aux intérêts, M. et Mme Lecointre ne veulent pas profiter ni faire profiter les héritiers de ces intérêts mais les employer à des oeuvres charitables, conformément aux intentions énoncées en tête du présent, déclarent affecter cinq cent cinquante francs à l´entretien dans l´établissement des sourds et muets de Poitiers, un jeune sourd-muet âgé de huit à quinze ans et qui ne pourra pas y rester plus de huit ans pour y être élevé et instruit comme les autres élèves de l´établissement et y apprendre notamment les principes de la religion et de la morale selon la foi de l´Eglise catholique apostolique et romaine et les travaux manuels appropriés à sa position. Cet enfant sera placé par les prêteurs ou le survivant d´eux et après eux par l´aîné de leurs héritiers capables résidant dans le département de la Vienne.

    M. et Mme Lecointre émettent le voeu que les enfants aveugles puissent être admis et élevés plus tard dans l´établissement de Poitiers, comme ils le sont déjà dans les établissements de sourds-muets que les Frères de Saint Gabriel tiennent à Lille et à Soissons, et lorsque ce voeu et cet espoir auront pu être réalisés, ils se réservent de placer indistinctement dans l´établissement un enfant aveugle ou un enfant sourd-muet. M. le Supérieur Général déclare que son intention et celle du Conseil de son Institut est bien d´associer l´éducation des jeunes aveugles à celle des sourds-muets dans l´établissement de Poitiers aussitôt que les Frères de Saint Gabriel pourront avoir les logements nécessaires à l´installation des aveugles et le personnel suffisant et convenable pour leur instruction.

    M. et Mme Lecointre affectent en outre sept cent francs à partir du 1er octobre prochain à l´entretien du matériel de l´école de Migné pour laquelle ils ont déjà fondé un frère et ils donnent la maison leur appartenant où se tient présentement cette école aux termes d´un acte reçu ce jour par Me Langevin, notaire à Poitiers. Ils s´en réfèrent aux conditions posées tant dans l´acte de fondation d´un frère en date du (...) 1855, que dans l´acte de donation de ce jour pour ce qui concerne la tenue de la dite école.

    Enfin, les neuf cent soixante dix francs formant le complément des intérêts à trois pour cent de la dite somme de soixante quatorze mille francs sont affectés jusqu´à nouvel ordre à contribuer aux frais d´une école libre religieuse qui existe déjà dans une maison que M. et Mme Lecointre ont fait construire exprès à Sanxay. Cette maison appartient maintenant à Melle Marie Opportune Lucile Lecointre, leur fille mineure en vertu d´une donation en forme de partage anticipé, reçue par Me Boyer notaire à Poitiers, en présence de témoins les 13 et 14 mars1872. Melle Lucile est tenue de la laisser gratuitement pendant dix ans au moins, à partir de la donation affectée à l´école aux charges et droits (...) aux nu-propriétaires d´immeubles. Il lui sera loisible, une fois sa majorité atteinte de proroger cette affectation gratuite jusqu´à l´époque du remboursement de la somme dont les intérêts seront affectés par le présent à la tenue d´une école religieuse à Sanxay.

    L´Institut prendra donc à partir du 1er octobre prochain la direction de l´école libre de Sanxay, y mettra des Frères, deux au moins pendant les deux premières années et trois pendant les années suivantes, pour continuer l´instruction primaire et religieuse aux enfants de la commune en percevant la rétribution mensuelle de ceux qui peuvent aisément la payer, sauf des enfants des fermiers ou (...) des fermes de la propriété de la Boujatière qui devront y être admis gratuitement ainsi que les enfants des familles pauvres ou peu aisées, de la manière que cela se pratique présentement. Les Frères maintiendront la maison d´école et son matériel en bon état de réparations locatives et d´entretien. Ils en paieront les impôts à partir à partir du premier janvier prochain. Le prorata d´intérêts depuis le 25 mars jusqu´au 1er octobre couru sur la somme prêtée servira à payer les dépenses d´installation des Frères à Sanxay et celles de la réparation ou du complément de matériel.

    Les Frères feront célébrer chaque année le 5 juin ou le jour libre le plus rapproché trois messes pour le repos de l´âme de Marie-Hilaire Lecointre, l´une dans la chapelle de leur établissement de sourds et muets à Poitiers, la seconde à Sanxay et la troisième à Migné et en outre une messe dans chacun des mêmes lieux dans le courant d´avril à l´intention de M. et Mme Lecointre Dupont et des membres de leur famille vivants et défunts. Les Frères et les enfants assisteront à ces messes".

    Le 15 septermbre 1876, Mlle Julienne-pauline Dauvillier, propriétaire, demeurant à Poitiers, rue des Gaillards, fait un don de douze mille francs aux Frères de Saint-Gabriel, "désirant contribuer à l´extension de l´Etablissement pour l´éducation des Sourds-Muets que les Frères de Saint-Gabriel ont créé à Poitiers et dans lequel ils se proposent de recevoir et d´instruire également des jeunes aveugles dès qu´ils auront des logements suffisants pour l´habitation, les classes et les ateliers nécessaires tant aux enfants affectés de cécité qu´aux enfants sourds-muets".

    Par ailleurs, "Monsieur le Supérieur Général s´engage et engage son Institut à recevoir dans ledit établissement de Poitiers un enfant sourd et muet dès que les logements en construction cette année seront habitables, ou, au choix de Mademoiselle Dauvillier, un enfant aveugle lorsque l´Institut aura pu installer à Poitiers le personnel suffisant et convenable pour l´éducation des pauvres enfants de cette catégorie.

    Cet enfant sera placé par Melle Dauvillier et après son décès par Mme Lecointre Dauvillier, sa soeur, si elle lui survit, ou par l´un des enfants et descendants majeur et capable de cette dernière.

    L´enfant devra être âgé de huit ans au moins et douze au plus et il pourra rester dans l´établissement huit années au maximum. Il y sera élevé, nourri, entretenu, blanchi, soigné, tant en santé qu´en maladie, comme les autres élèves de l´Etablissement, sauf pendant les temps de vacances et on lui enseignera notamment les principes et la pratique de la Religion et de la morale selon la foi de l´Eglise catholique, apostolique et romaine, la lecture, l´écriture et le calcul dans les conditions que comporte leur infirmité, enfin, les arts et les travaux manuels appropriés à leur position et susceptibles de leur assurer des moyens d´existence. Cependant, si la famille de l´enfant placé dans l´Institution était en état de pourvoir à l´entretien de cet enfant, elle devrait le faire et dans ce cas l´Institut serait déchargé de cet entretien.

    Cet enfant sera, du reste, traité comme les élèves que l´Institut reçoit déjà dans ses établissements de sourds-muets et d´aveugles de Lille et de Soissons. Lors de la sortie de l´enfant, Melle Dauvillier ou la personne la représentant devra être prévenue immédiatement et même deux mois à l´avance, s´il se peut, afin qu´elle puisse le remplacer dans le plus bref délai.

    Mademoiselle Dauvillier exprime le voeu qu´après elle, l´enfant qui sera placé dans l´Etablissement de Poitiers soit pris de préférence dans les communes de Poitiers, Béruges, Rouillé, Varennes, Benassais, Moussac, Saivre, Nanteuil et autres où elle possède des propriétés au moment où il y aura lieu de remplacer un enfant. S´il s´y trouve un jeune aveugle ou un jeune sourd-muet appartenant à une famille pauvre ou peu aisée et remplissant les conditions voulues pour être admis dans l´établissement. Toutefois, en exprimant ce voeu Melle Dauvillier n´entend créer aucun droit en faveur des communes sus-nommées, elle veut réserver, au contraire à ses héritiers ou ayant cause, la liberté d´accorder la place à l´enfant qui leur paraîtra le plus méritant.

    L´Institut ne sera pas forcé de garder l´enfant qui aurait une maladie contagieuse ou chronique, ou celui qui par ses mauvais penchants et sa mauvaise conduite pourrait introduire le désordre dans l´Etablissement.

    Dans le cas où l´enfant placé par Melle Dauvillier ou ses représentants appartiendrait à une famille disposée à payer une partie de sa pension, un second enfant pourrait être placé par eux dès qu´il y aurait une place libre dans l´établissement, en profitant de la portion de pension payée par la famille du premier.

    Melle Dauvillier ou ses représentants devront être prévenus dès qu´un enfant placé par eux laissera la place vacante pour quelque cause que ce soit, afin qu´il puisse être pourvu à son remplacement dans le plus bref délai. Si même la cause de la sortie de l´enfant est connue d´avance par le Supérieur, par exemple si l´éducation arrive à son terme, celui-ci sera tenu de prévenir deux mois à l´avance. Dans les deux cas un second avertissement sera donné trois mois après le premier si dans l´intervalle un autre enfant n´a pas été placé".

    Le 27 septembre 1887, devant Chauveau, notaire à Poitiers, Aristide-Arthur Morel, propriétaire, Anastasie Peyrouteau son épouse, demeurant à Vendeuvre, Auguste Morel, propriétaire, et Virginie Lisaboire son épouse, demeurant à Chéneché, parents du précédent, vendent aux Frères de Saint-Gabriel "un terrain sis à Poitiers, faubourg de la Tranchée, contenant environ mille mètres carrés, touchant par devant à la route, par derrière au rocher, d´un côté à M. Rivaud et de l´autre à M. Belouin". Ce terrain appartient à Aristide Morel pour lui avoir été donné par ses parents par acte du 12 août 1882 devant Me Hillairet, notaire à Vendeuvre. Auguste Morel et son épouse l'avaient acquis le 5 novembre 1856 par adjudication judiciaire après saisie sur faillite de Jacuqes-Théodore sarran et Jean-de-Dieu Courant, négociant à Poitiers.

  • Extrait de "La Semaine religieuse du diocèse de Poitiers", 15 décembre 1895, p. 787-788 :

    "Le jeuid 5 de ce mois, le faubourg de la Tranchée était en fête. La populaire institution des sourds-muets avait ouvert des portes à un public empressé et sympathique. Les Frères célébraient l'inauguration de leur nouvelle chapelle, édifiée sur les plans de M. Boutaud, l'architecte chrétien dont le talent est si justement apprécié.

    A 9 heures et demie arrive Sa Grandeur Monseigneur Pelgé, assisté de M. le vicaire général de Vareilles-Sommières et de M. le chanoine Rosière, escorté par un nombreux clergé en tête duquel on remarque : M. le chanoine Berloquin, curé de Saint-Hilaire ; M. le chanoine Berthaud, directeur de la Grand'Maison, le Révérend Père Rémy, supérieur ; M. l'abbé Moïse, du diocèse de Nantes ; M. l'abbé Raveau, chanoine de Lorette ; le R. P. Baraton, etc.

    Dans le cortège, le Très Cher Frère Supérieur général de Saint-Gabriel, entouré de ses assistants et accompagné du Cher Frère Médéric, procureur général, bien connu des Poitevins ; un grand nombre de bienfaiteurs de l'établissement.

    Mgr Pelgé accomplit l'auguste cérémonie qui, de l'édifice profane, va faire le temple du Seigneur, sous les auspices et le vocable de l'Annonciation de Marie.

    Les prières liturgiques achevées, M. l'abbé Blain, aumônier de l'Institution, dans une allocution pleine de délicatesse et de piété, remercie Monseigneur d'avoir bien voulu inaugurer la chapelle qui sera d'un si grand secours pour les populations éloignées du faubourg de la Tranchée.

    Monseigneur répond en félicitant tous ceux qui ont contribué à l'érection de cette délicieuse chapelle et en invitant d'une façon pressante les fidèles à ne point passer devant la maison de Dieu sans y venir prier.

    Au cours de la messe, célébrée par Sa Grandeur, un choeur d'hommes et d'enfants dirigé par M. Gaborit, le distingué maître de chapelle de la cathédrale, exécute un ensemble parfait et plusieurs morceaux de la Messe en mi de Th. Dubois.

    A 3 heures, les vêpres sont solennellement chantées par M. l'aumônier. La psalette de Saint-Hilaire, dirigée par M. l'abbé Marsillac, vicaire de cette paroisse, prêtait son concours à la cérémonie. Après le Magnificat, M. l'abbé Marsillac prononce une allocution du plus heureux à-propos (...). L'orateur a invoqué, en terminant, les célestes patrons du nouveau et gracieux sanctuaire : la Vierge de l'Annonciation ; saint François de Sales, protecteur des oeuvres charitables des Chers Frères ; le Bienheureux Grignon de Montfort, leur fondateur ; saint Hilaire, patron de la paroisse.

    Au Salut solennel, la bénédiction du Saint Sacrement a été donnée par M. l'abbé Berloquin, curé de la paroisse. Plusieurs artistes de talent se sont fait entendre. Donnons une mention toute spéciale à M. Letellier, professeur de violon en notre ville, dont le jeu délicat a été très remarqué dans l'accompagnement d'un Benedictus et dans un Andante religioso de Tavernier.

    A quatre heures et demie, l'assistance quitttait la chapelle élevée par la piété des fidèles, enrichie de sculptures exquises, admirable de proportion et de grâce (...). La nouvelle chapelle n'attend plus maintenant qu'une décoration intérieur et des vitraux dignes de son architecture. Nous formons des voeux pour que s'achève promptement l'oeuvre si bien commencée".

  • Texte écrit sur le parchemin commémoratif placé avec des reliques et des médailles protectrices dans la première pierre de la chapelle bénite le 14 mai 1895. Extrait de "L'Echo de famille", décembre 1949 (archives de la congrégation des Frères de Saint-Gabriel, Nantes) :

    "L'an du Christ 1895, le 14 mai, sous le pontificat de Léon XIII, Mgr H. Pelgé étant évêque de Poitiers, comme fondement et protection de la future chapelle cette pierre angulaire fut bénite et cimentée selon les règles liturgiques par le digne pasteur de l´église Saint-Hilaire, M. l'abbé Berloquin, avec le discret concours de M. l'abbé Blain, aumônier de l'Institution.

    Nombreux étaient les assistants, prêtres, religieux et fidèles. On remarquait entre autres le Très Révérend Frère Hubert, Supérieur général de l'Institut de Saint-Gabriel, assisté du Bien Cher Frère Adalbert, et du Procureur de la Congrégation, le C. F. Médéric.

    Notons en outre le Cher Frère Benoît, le zélé Directeur de l´Institution des Sourds-Muets et le groupe de ses onze auxiliaires : F. F. Paul de la Croix, Pierre Thomasi, Raphaël, Gilles, Vénérend, Dominique, Yves, Jean-Baptiste, Jean de Britto, Benoît-Labre, Louis-Auguste.

    Les 70 jeunes Sourds-Muets attentifs ne perdaient rien de la cérémonie. Plusieurs représentants de la noble famille Lecointre, bienfaiteurs insignes de l´oeuvre, encourageaient par leur présence.

    M. Boutaud, l'architecte dont le talent est si apprécié était à son poste.

    Ce sanctuaire aura pour vocable Notre Dame de l'Annonciation.

    Gloire à Dieu, louange à Marie".

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives de la congrégation des Frères de Saint-Gabriel, Nantes.

  • Archives de l'Institut régional des jeunes sourds (notes prises par M. Alain Jean, Cissé).

Bibliographie
  • Arnould, Louis. L'Institution régionale des sourds-muets et des jeunes aveugles de Poitiers pendant la guerre 1914-1919. Angers : J. Siraudeau éditeur, 1920.

  • L'Echo de famille, n° 623 à 646, mars 1948 à juin 1950.

  • La Semaine religieuse du diocèse de Poitiers, 15 décembre 1895, p. 787-788.

  • Weygand, Sophie. Alcide Boutaud (1844-1929), un architecte néo-gothique de la fin du 19e siècle dans l'ancien diocèse de Poitiers. Mémoire de maîtreise, Université de Rennes, 1980.

  • Weygand, Sophie. "Alcide Boutaud, pour une architecture chrétienne", dans 303, 1992, p. 49-59.

(c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel - Suire Yannis
Suire Yannis

Conservateur du patrimoine, directeur du Centre vendéen de recherches historiques.


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