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Hôtel de Ville

Dossier IA23000461 réalisé en 2008

Fiche

Œuvres contenues

Parties constituantes non étudiéespassage couvert
Dénominationshôtel de ville
Aire d'étude et cantonAubusson - Aubusson
AdresseCommune : Aubusson
Adresse : 50 , Grande-Rue , Cadastre : 2007 AN 387, 388

Les premières étapes du projet de construction de l'Hôtel de Ville d'Aubusson, associé à une salle des fêtes et à une bourse du travail, remontent à 1932. Les plans et devis, approuvés le 24 octobre 1933 par le préfet de la Creuse, en furent fournis par les architectes P. Diot et L. Lesbre, de Montluçon. Lucien Rollin (1906-1993), recruté dans un premier temps comme décorateur, prit en charge l'intégralité du chantier à partir de 1936, les deux auteurs du projet initial s'étant retirés. Il réalisa la décoration intérieure : la rampe du grand escalier d'honneur, la salle du Conseil et celle des Mariages, le mobilier de la mairie - le tout dans un esprit fidèle au style de son maître Jacques-Emile Ruhlmann. Les travaux s'échelonnèrent jusqu'en 1940.

L'édification de l'hôtel de ville fut lancée à l'initiative du maire Camille Bénassy. Elle révèle sa volonté de donner à la cité une mairie à l'image de son rayonnement, de son statut administratif de sous-préfecture, ainsi que de sa prospérité reconquise. Aubusson connut en effet, après la Première Mondiale, une exceptionnelle période de relance économique, durant laquelle le travail de ses lissiers fut encouragé par les commandes régulières de l'Etat et renouvelé par l'arrivée d'artistes tels que Jean Lurçat.

Avant le 19e siècle, Aubusson ne détenait vraisemblablement pas de bâtiment spécifique pour abriter les réunions des édiles de la cité : ils se rassemblaient dans une maison de la rue du "Corps de Ville" (actuelle Grande Rue), non loin de la place Sainte-Catherine.

Le cadastre napoléonien montre qu'en 1812, il restait encore de nombreux terrains non bâtis dans la partie centrale de la rue Neuve. Cette dernière était née en 1770 de la couverture en pierre du ruisseau de la Ville et elle avait dès cette époque remplacé la rue Vieille comme axe principal de la cité. En son milieu se trouvaient des jardins, qui constituaient autant de parcelles à couvrir d'édifices.

C'est sur l'un d'entre eux que fut construite la première mairie d'Aubusson, en 1826. Mais dès 1900, elle devint trop étroite pour accueillir les services municipaux et il fut même question de déménager ceux -ci dans le théâtre désaffecté de la ville.

Le bâtiment actuel fut donc construit à l'emplacement de cet ancien hôtel de ville, daté de 1826, de style néoclassique et de dimensions modestes, bâti en alignement de la rue (voir notice IA23000556). Pour se démarquer audacieusement de cet édifice, que rien ne distinguait vraiment des constructions environnantes, Bénassy souhaita donner à la nouvelle mairie une certaine prestance, afin de la rendre visible de loin et de l'inscrire avantageusement dans le tissu urbain, et particulièrement dans la perspective de la Grande Rue. Bénassy avait de grands desseins pour cette dernière, dont il voulait faire une "artère triomphale" jusqu'à la place du général Espagne.

Pour ménager un point de vue harmonieux sur le nouvel hôtel de ville, beaucoup plus haut que son prédécesseur, le bâtiment fut érigé en retrait de dix mètres environ par rapport à la Grande Rue, de manière à créer une petite place de dégagement devant sa façade principale.

Le projet comportait également l´aménagement de deux passages couverts latéraux symétriques, permettant d´accéder, derrière l'Hôtel de Ville, à un bâtiment double, Salle des Fêtes à l'étage et Bourse du Travail au rez-de-chaussée. La communication entre ces deux ensembles distincts se fait par l'intermédiaire d'un escalier d'honneur, tournant à gauche, à deux volées droites.

La Salle des Fêtes abritait en sous-sol un dépôt de matériel de théâtre, ainsi qu´une vaste salle de réunion pour la Bourse du Travail, destinée à accueillir les organisations syndicales d´Aubusson - et aujourd’hui utilisée par la mairie pour présenter des expositions. Cette Salle des Fêtes fut ultérieurement transformée en salle de cinéma, en supprimant l'ancien balcon pour implanter une deuxième salle à l'étage.

Selon le projet initial, l´Hôtel de Ville aurait du être couronné par un fronton brisé et une imposante tour-lanterne octogonale percée de claustras - dont la silhouette n´aurait pas été sans évoquer la tour-lanterne de l´église Notre-Dame du Raincy, dessinée par les architectes Gustave et Auguste Perret (1922-1923) ou celle de l'église Saint-Joseph du Havre. Cette tour-lanterne fut remplacée, dans la réalisation finale, par un campanile plus modeste, de forme carrée et ouvert, à sa base, d´étroites baies disposées en bandeaux verticaux. Cette disposition fut adoptée pour que le campanile puisse accueillir le mécanisme, très lourd, de l´horloge. A l´origine, des bas-reliefs sculptés sur le thème de l´Abondance (épis de blé) auraient du prendre place aux sommets des pilastres jumelés, aujourd´hui nus.

L'inauguration officielle de l'Hôtel de Ville d'Aubusson eut lieu le 19 septembre 1937, alors que le travail n'était pas encore achevé. Elle se tint en présence de plusieurs membres du gouvernement : Paul Faure, ministre d'Etat, assisté de Max Dormoy, ministre de l'Intérieur et d'Albert Rivière, ministre des Pensions. Le coût total des travaux excéda largement le devis initialement dressé par les architectes et s'éleva à plus de trois millions de francs.

Période(s)Principale : 2e quart 20e siècle
Dates1936, daté par source
Auteur(s)Auteur : Diot P. architecte attribution par source
Auteur : Lesbre L. architecte attribution par source
Auteur : Rollin Lucien architecte, décorateur attribution par source
Personnalité : Bénassy Camille
Bénassy Camille

Né le 6 mai 1888 à Auzances (Creuse), décédé le 15 mai 1974 à Aubusson. Conseiller municipal d'Aubusson de1923 à 1928 et de 1953 à 1957. Il devient maire en 1953 et le reste jusqu'en 1955, date de sa démission. Il fut conseiller général de la Creuse, pour le canton d'Aubusson, de 1929 à 1941.


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L'Hôtel de Ville d'Aubusson est tout à fait représentatif de l'architecture des années 1930, par ses volumes géométriques trapus et angulaires et par les moulures décoratives qui les ornent.

Construit en pierre calcaire des Estaillades, il est constitué d´un bloc rectangulaire, divisé en cinq travées sur quatre niveaux - le dernier en attique et en retrait, surligné d´une forte corniche et surmonté du campanile. Deux travées latérales, abritant les passages couverts, encadrent les trois travées centrales et en sont séparées par des pilastres jumelés, couronnés de chapiteaux à cannelures. L´étage de réception (premier étage) se distingue par la largeur de ses baies, devancées par de petits balcons semi-circulaires, fermés par des garde-corps en fer forgé.

L'utilisation de matériaux de construction modernes à l'extérieur (maçonneries en granit, planchers en ciment armé et couvertures en zinc) se double de dispositifs d'aménagement novateurs à l'intérieur. Au rez-de-chaussée et à l´entresol prennent place les bureaux des services municipaux, selon une distribution symétrique de part et d´autre de l´escalier d´honneur, qui se développe sur trois niveaux. Le premier étage constitue l´étage de réception : il accueille, au centre, le cabinet du maire, donnant sur la rue, et de chaque côté de celui-ci, la Salle du Conseil et la Salle des Mariages. Le deuxième étage, occupant une surface plus réduite, était prévu pour recevoir des magasins d'archives et une bibliothèque publique.

Le style teinté d'Art Déco choisi par les architectes permet de distinguer l'Hôtel de Ville dans le paysage urbain d´Aubusson - ce qui n'était pas le cas du bâtiment précédent, qui se confondait avec les constructions environnantes.

Murscalcaire pierre de taille
granite moellon
Toitzinc en couverture
Plansplan rectangulaire régulier
Étagesrez-de-chaussée, entresol, 2 étages carrés
Élévations extérieuresélévation ordonnancée
Couverturesterrasse
Escaliersescalier intérieur : escalier tournant à retours en maçonnerie

Rare exemple d'architecture Art Déco à Aubusson. Qualité des matériaux, dont les sols en granito. La décoration intérieure de l'Hôtel de Ville a été réalisée par Lucien Rollin : la rampe de l'escalier d'honneur, la salle du Conseil et celle des Mariages, le mobilier de la mairie - le tout dans un esprit fidèle au style de son maître Jacques-Emile Ruhlmann. Lucien Rollin avait intégré l'école Boulle en 1919, dans l'atelier de ce dernier. Il l'avait quitté en 1925 pour rejoindre les Beaux-Arts, puis ouvrir son propre atelier dans le 16e arrondissement, en s'associant, pour des créations originales, à d'autres artistes tels que Pompon. Il avait construit progressivement une pensée industrielle de son œuvre : il avait acquis l'intime conviction que les créateurs français, en s'alliant à des industriels novateurs, pourraient produire un mobilier de qualité, moderne et démocratique. On retrouve cette collaboration entre le travail industriel le plus pointu et la création dans le mobilier fonctionnel et élégant qu'il conçut pour l'Hôtel de Ville d'Aubusson, en faisant le choix de formes épurées, simples, tout en respectant l'apport de l'artisanat séculaire de la ville, en remplaçant la garniture traditionnelle des fauteuils et des sièges de la salle du Conseil par des tapisseries à fleurs d'Aubusson.

Statut de la propriétépropriété de la commune
Sites de protectionZone de protection du patrimoine architectural urbain et paysager

Annexes

  • Extrait du projet de construction d´une mairie et d´une salle des fêtes pour la ville d´Aubusson

    1° Conception de l´ensemble

    L´Hôtel de Ville et la Salle des Fêtes doivent être reconstruits sur les emplacements des constructions existantes, mais en reculement de 10m environ de la rue principale d´Aubusson, ménageant ainsi une petite place de dégagement. Quoique les deux bâtiments soient distincts, il a été établi une communication entre eux par l´escalier d´honneur de l´Hôtel de Ville ; cette entrée peut être utilisée en cas de réception à la Salle des Fêtes et elle constitue une merveilleuse sortie de secours en cas d´incendie et de simple panique. La Salle des Fêtes est aussi pourvue de portes de secours sur trois faces et à chaque étage.

    Sous la Salle des Fêtes, il a été aménagé, outre les dépôts de matériel, une grande salle de réunion pour les organisations syndicales d´Aubusson. Cette salle peut également être utilisée pour les réunions publiques de toute nature.

    2° Détails de la construction (Mairie)

    Le sol des emplacements étant constitué de rochers très durs, il n´a pas été jugé utile, par raison d´économie, de construire des sous-sols sur toute l´étendue de la Mairie. Au rez-de-chaussée ont été installés le logement du concierge et la police. Une servitude de passage en faveur des voisins existant dans la Mairie actuelle a été respectée ; c´est ce qui justifie les deux passages symétrique de chaque côté de l´édifice. D´ailleurs, ces deux passages ont chacun leur utilité, celui de gauche, tout en respectant la servitude, donne accès à la Salle des Fêtes et les habitants du haut quartier d´Aubusson l´emprunteront pour descendre en ville ; celui de droite donne accès à la cour intérieure, à la grande salle de réunions de la Bourse du Travail, au dépôt de matériel du Théâtre.

    L´entresol est réservé aux différents services municipaux, ainsi qu´à la justice de paix. Le premier étage constitue à proprement parler l´étage de réception, avec le Cabinet du Maire, la Salle du Conseil Municipal et la Salle des Mariages.

    Au dernier étage et en recul de la façade seront installés les archives et la bibliothèque, où les lecteurs pourront profiter du silence.

    La maçonnerie sera en moellons de granit du pays, avec mortier de chaux lourde ; tous les planchers sont en ciment armé, le soubassement de la façade principale est en granit, la façade est en pierre blanche demi-dure des Estaillades, les dalles d´entablement en pierre dure de Chauvigny ou de Méreuil, le campanile est constitué par un voile de ciment armé revêtu d´éléments en ciment pierre moulée et ravalée. Le sol des passages, dégagements, cuisine, corps de garde, WC, etc. est prévu en granito ; celui des bureaux, bibliothèques en xyolithe ou application similaire ; celui du premier étage (de réception) en parquet chêne posé à bâtons rompus sur bitume.

    Bien que le bâtiment donne l´impression d´être couvert en terrasse, ce dernier mode de couverture n´a pas été employé à Aubusson, en raison de son climat rude, pluvieux et froid. La couverture est prévue en zinc reposant sur charpente de bois. Les locaux seront chauffés à l´eau chaude, avec pompe de circulation accélérée et chaudière au mazout.

    3° Salle des Fêtes

    La maçonnerie sera de même nature que celle de la Mairie. Mais cette salle étant dissimulée derrière la Mairie, la façade est conçue dans un style simple et exécuté simplement par un enduit de chaux lourde avec une application de peinture hydrofuge. La salle de la Bourse du travail étant taillée en plein rocher sur toute la hauteur, elle sera protégée contre l´humidité et même les infiltrations par un double drainage.

    Tous les planchers, sauf celui de la scène qui doit être mobile, les galeries sont en ciment armé, l´ossature de la charpente est également en ciment armé.

    Le sol de la Bourse, le hall, dégagements, WC, etc. sont prévus en granito, le sol du parterre est en xyolithe, les gradins des galeries sont en parquet chêne sur crémaillères en sapin.

    La couverture, comme celle de la mairie, est en zinc n° 16. La toiture de la salle de cinéma a été prévue en terrasse sur plancher en béton armé.

    Des escaliers sont prévus de chaque côté de la fosse des musiciens comme sortie de secours et un escalier intérieur assure l´indépendance des artistes.

    Il est prévu la ventilation indispensable dans ce genre d´établissement, ainsi que les postes d´incendie installés à chaque étage.

    Le chauffage est également prévu à eau chaude avec pompe d´accélérateur et une chaudière fonctionnant au mazout. Les eaux résiduaires sont recueillies dans les fosses sceptiques et sont évacuées dans le collecteur de l´artère principale.

    [Extrait du projet de construction d´une mairie et d´une salle des fêtes pour la ville d´Aubusson, dressé par les architectes Diot et Lesbre, le 27 décembre 1932. AM Aubusson. Travaux. Hôtel de Ville, 1933-1937].

  • Extrait du registre des délibérations du Conseil Municipal d'Aubusson, séance du 27 mars 1935
    "Monsieur le Maire donne lecture d'une lettre du secrétaire des Amis d'Aubusson au sujet de l'implantation de l'Hôtel de Ville, après l'étude et pour calmer les inquiétudes de cette société, le Maire communique le rapport des architectes, auteurs du projet. Pour justifier la position de l'Hôtel de Ville et de la Salle des Fêtes sur l'emplacement qui a été mis à la disposition des architectes, il est indispensable d'examiner la configuration de cet emplacement. Il ne faut pas oublier que la façade de l'Hôtel de Ville aura à sa première corniche seize mètres de hauteur et plus de vingt mètres à sa seconde ; pour que le monument n'écrase pas la rue, le passant et aussi les magasins qui sont en face, si on ne veut pas transformer cette portion de rue en un véritable tunnel où les rayons de soleil ne pénétreraient jamais, il est indispensable de reculer le plus possible de la rue l'entrée de l'Hôtel de Ville."

    [Extrait du registre des délibérations du Conseil Municipal d'Aubusson, séance du 27 mars 1935. AM Aubusson, Registre n° 45833 des délibérations du Conseil Municipal, séance du 27 mars 1935, n° 152].

  • Protestation de l'Association des Amis d'Aubusson, au sujet de la façade du nouvel Hôtel de Ville (1935)

    Protestation de l'Association des Amis d'Aubusson, au sujet de la façade du nouvel Hôtel de Ville (1935) :

    "L'urbanisme s'applique avant tout à garder à une ville son visage, son caractère. C'est pour avoir totalement enfreint ces règles, cependant si lumineuses, que les auteurs du projet de l'Hôtel de Ville d'Aubusson, réalisé depuis de façon plus défectueuse encore, ont encouru les légitimes protestations de notre association. Tel qu'il est conçu, mais surtout tel qu'il est réalisé, l'édifice n'est pas défendable à Aubusson.

    Sans parler des erreurs qui ne se voient pas, telle le vraiment inacceptable logement du concierge, il y a, hélas, celles qui se voient déjà : la pierre blanche, le campanile et par-dessus-tout, l'alignement.

    Notre association, fondée le 29 juillet 1933, était née trop tardivement pour protester avec utilité sur les deux premiers points. L'exemple des constructions de la Caisse d'Epargne aurait du suffire pour faire écarter la pierre blanche, friable, salissante, et qui ne convient ni à notre pays de beau et solide granit, ni à notre climat. Quant au campanile, il a été l'objet, en juillet dernier seulement, d'une remarque défavorable des architectes eux-mêmes qui, seulement alors, venaient de s'apercevoir que l'effet n'en serait pas vraiment heureux ! Et pour conclure, on l'a maintenu. C'est donc surtout au sujet de l'alignement de l'édifice que notre association a déployé ses efforts, en dehors de toute idée politique".

    ["Notre protestation au sujet de la façade de l'Hôtel de Ville", dans Bulletin annuel de l'Association des Amis d'Aubusson, février-mars-avril 1935, p. 30-31].

Références documentaires

Documents d'archives
  • AC Aubusson. [non coté]. Travaux, Hôtel de Ville, 1933-1937.

    Archives communales, Aubusson : non coté
(c) Région Limousin, service de l'Inventaire et du Patrimoine culturel (c) Région Limousin, service de l'Inventaire et du Patrimoine culturel ; (c) Ville d'Aubusson - Philippe Emmanuelle
Philippe Emmanuelle

Chercheur Inventaire, SRI Limousin de 2009-2012


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