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Halle aux poissons

Dossier IA17047059 réalisé en 2016

Fiche

Dénominationsmarché, halle
Aire d'étude et cantonVallée de la Sèvre Niortaise, Marais poitevin
AdresseCommune : Marans
Lieu-dit : Adresse : rue
des Halles
Cadastre : 1820 E 694 ; 2016 AA 362

Réputée pour son commerce de bois, de poisson et de blé notamment, la place de Marans dispose d'une halle dès le Moyen Age, semble-t-il : une "cohue" serait mentionnée en 1289. La halle de Marans apparaît en tout cas fréquemment sous l'Ancien Régime dans les confrontations notariées des maisons alentours. Le marché, qui se tient le mardi, selon Claude Masse au début du 18e siècle, s'étend dans les rues voisines comme en témoignent leurs noms : rue du Beurre (ancienne rue des Orfèvres), rue des Herbes, place du Minage...

La halle apparaît sur le plan de Marans par Claude Masse en 1716, sur le plan du port de Marans par Tréton-Dumousseau en 1806, puis sur le plan cadastral de 1820. Un plan en est même dressé le 30 décembre 1813 à la demande du marquis d'Aligre, son propriétaire. Ces documents la montrent composée d'un vaisseau central et de deux bas-côtés plus étroits, l'un appelé "petite halle", l'autre, au sud, "allée des bouchers". L'angle sud-est est occupé par un bâtiment dénommé "ancien parquet". A proximité, vers l'est, entre le quai et la "place de la poissonnerie", se trouve un minage, lieu consacré au marché des blés.

Ce minage "et la halle y joignante" sont saisis comme biens nationaux à l'encontre du marquis d'Aligre, seigneur de Marans, émigré, puis vendus le 23 pluviôse an 2 (11 février 1794) à Louis Béchade, boulanger. Décision est cependant prise peu après de démolir le minage, dans le cadre d'un projet de redressement du quai. Un devis des frais de démolition est présenté le 28 germinal an 3 (17 avril 1795), et les travaux sont adjugés le 24 floréal suivant (13 mai) à André Vrignaud fils, entrepreneur à Marans. Entre temps, le fils du marquis d'Aligre, Etienne Jean François d'Aligre (1770-1847), futur chambellan de la princesse Caroline Bonaparte puis pair de France, a entamé une procédure en justice pour faire annuler la saisie des biens de son père. Ses droits sont reconnus les 28 frimaire an 4 et 25 messidor an 5 (19 décembre 1795 et 13 juillet 1797), trop tard pour récupérer le minage démoli. Il redevient toutefois propriétaire de son emplacement et de la halle. Le 28 pluviôse an 9 (17 février 1801), représenté par Jacques Raoult, marchand à Marans, il afferme pour cinq ans à Pierre Collé, également marchant, "les halles, bancs, places et étalages sous icelles (...), l'emplacement de l'ancien minage et les pavés qui dépendent desdites halles et ancien minage". Ce bail est reconduit le 19 septembre 1811.

Après avoir envisagé de vendre la halle à la municipalité en 1812, le marquis d'Aligre la fait reconstruire en 1822, le bâtiment étant en très mauvais état. Le nouveau bâtiment conserve le plan tripartite de l'ancien. En pierre de taille, de plan rectangulaire, la nouvelle halle comprend en effet trois travées dont la travée sud sert aux bancs de boucherie, comme auparavant, et avec un logement de gardien dans l'angle sud-est, à la place de l'"ancien parquet".

Le fait que la halle ne soit pas propriété communale ne va pas sans poser de problèmes ni de contentieux. En 1839, la municipalité envisage donc de construire un nouveau marché couvert communal rue des Fossés (actuellement 66 rue Gambetta), face à l'église. En attendant que ce projet aboutisse, divers arrêtés successifs règlementent la tenue des étals dans les rues autour des halles. En 1840 par exemple, il est indiqué que la place située à l'ouest des halles (et encore encombrée de maisons) sera réservée à la vente des "morues, sardines, harengs et fromages secs", tandis que "le poisson frais, les coquillages, échaudés, faïence, racines, légumes et fruits verts" seront cantonnés sur la place à l'est du bâtiment, "en laissant libre tout l'espace réservé pour le hallage".

La question de la propriété des halles revient en 1841. La justice confirme le marquis d'Aligre dans sa propriété en 1843. En 1846, le marquis accepte enfin de vendre le bâtiment à la municipalité. La vente est conclue le 15 juillet, pour 15.000 francs.

Le lieu n'en demeure pas moins trop petit pour abriter une activité commerciale en plein essor. Un nouveau marché couvert est édifié à quelques mètres de là en 1882. Les anciennes halles sont consacrées au commerce du poisson à partir de 1910. Parmi les aménagements alors réalisés suivant les plans de l'architecte rochelais Fernand Grizet, un lanterneau est créé au faîtage pour apporter davantage de lumière et faciliter l'aération, et les ouvertures des murs gouttereaux sont remaniées. Grizet redessine aussi l'équipement intérieur du marché, par exemples les tables de poissonnerie.

Désaffecté, puis restauré en 2000, le bâtiment sert depuis lors d'espace culturel.

Période(s)Principale : 1er quart 19e siècle
Secondaire : 1er quart 20e siècle
Dates1822, daté par source
1910, daté par source
Auteur(s)Auteur : Grizet Fernand

L'ancienne halle aux poissons est un bâtiment de plan rectangulaire, entièrement construit en pierre de taille. Ses deux façades en pignon, identiques, sont marquées chacune par un large fronton, au-dessus de trois portes. La porte centrale, plus haute et plus large, est elle-même couronnée par un fronton dont la base est prolongée par celle du fronton de la façade. Trois portes sont également percées dans le mur gouttereau sud. Le mur gouttereau nord n'est percé que de petites baies horizontales, en hauteur.

L'intérieur est composé d'un vaisseau central et de deux bas-côtés, réunis sous un seul toit à longs pans. Les éléments de charpente, soutenus par des poteaux en bois, forment huit travées. La toiture du vaisseau central est sommée, au droit du faîtage, d'un lanterneau (partie surélevée recouverte d'une verrière permettant la ventilation de l'édifice).

Murscalcaire pierre de taille
Toittuile creuse
Étagesen rez-de-chaussée
Couverturestoit à longs pans pignon
Statut de la propriétépropriété de la commune

Annexes

  • Devis (anonyme) de reconstruction de la halle de Marans, 28 décembre 1822 (Archives départementales de la Charente-Maritime, E dépôt 86/228, 4 D 1).

    "Cette halle aura environ trente deux mètres quarante huit millimètres (cent pieds) de longueur sur quatorze mètres soixante neuf millimètres (quarante cinq pieds) de largeur, franc creux. Son élévation longitudinale sera de trois mètres quatre vingt neuf centimètres (douze pieds) et latérale, d’après le plan ; c’est-à-dire à chaque façade ou pignon de sept mètres soixante dix neuf centimètres (vingt quatre pieds) dans sa plus grande largeur ; le tout au-dessus du sol extérieur et sans y comprendre les fondations. Elles seront redressées pour former un carré long régulier (…). Elles seront closes par des murs en pierres de taille, en parpins de Saintonge (…). Ces murs seront couronnés tout à l’entour d’un entablement figurant un talon renversé et gorge par-dessous. Les façades ou pignons représenteront par le même entablement un fronton dont les moulures seront les mêmes. Dans chaque mur longitudinal, il sera fait huit ouvertures (…). A chaque façade ou pignon, il y aura trois portes d’entrée (…). Diviser l’intérieur des halles en trois rangs. Celui du milieu appelé grand rang sera de la largeur qui se trouvera entre les deux autres, limitées à trois mètres vingt quatre centimètres (dix pieds) de large (…)"

Références documentaires

Documents d'archives
  • 1795-1846 : procès opposant la commune de Marans au marquis d'Aligre concernant la propriété des halles.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : E dépôt 86/228, archives municipales de Marans déposées, 4 D 1
  • 1844-1910 : acquisition des halles de Marans, fermage, transformation en halle aux poissons.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : E dépôt 86/228, archives municipales de Marans déposées, 1 M 11
  • 1813-1913 : reconstruction, acquisition et aménagement de la halle aux poissons de Marans.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 2 O 941
  • 1824-1891 : état de section et registres des augmentations et diminutions cadastrales de Marans.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 3 P 2131 à 2139
Documents figurés
  • 1716 : Plan de la ville ou bourg de Marans au pays d'Aunis en l'estat qu'il estoit en mil sept cent saize, par Claude Masse.

    Service historique de la Défense, Vincennes : Fol. 131h, feuille 27
  • 1820 : plan cadastral de Marans.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 3 P 5065
Bibliographie
  • Bachelier, Viviane. Marans et ses rues à travers les siècles, tome 1 : quartier du port, quartier des halles, quartier de la maréchaussée ; tome 2 : le château, les Capucins ; tome 3 : les mairies, les rues autour du château ; tomes 4 et 5 : les quartiers de l'est de la ville ; tome 6-7 : Le cimetière et l'église Saint-Etienne. [Marans] : les Amis du Vieux Marans, 2010-2013.

    t. 1, p. 43-58
  • Bonnin, Jean-Claude. Marans et son canton. Saint-Cyr-sur-Loire : éditions Alan Sutton, 2011, 128 p.

    p. 73
(c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel - Suire Yannis
Suire Yannis

Conservateur du patrimoine, directeur du Centre vendéen de recherches historiques.


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