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Fortifications

Dossier IA17045725 réalisé en 2013

Fiche

Dénominationsfortification d'agglomération
Aire d'étude et cantonEstuaire de la Gironde
AdresseCommune : Talmont-sur-Gironde
Lieu-dit : le Bourg
Cadastre : 2009 AA

Des fortifications médiévales

L'histoire des remparts de Talmont se confond en grande partie avec celle du village. Les premières mentions connues de Talmont, à la fin du 11e siècle, font état d'un castrum, non pas au sens château du terme mais bien de site fortifié. Talmont fait alors partie des lieux stratégiques que les autorités féodales implantent, depuis la fin de l'époque carolingienne, pour contrôler une parcelle du territoire. Le promontoire défensif regroupe le bourg, avec ses activités artisanales, une chapelle (mentionnée en 1094) et sans doute un logis seigneurial.

Le site connaît un développement majeur à la fin du 13e siècle. En 1284, le roi Edouard 1er d'Angleterre achète le "manoir" de Talmont (terme qui renvoie à la notion de résidence seigneuriale), et entreprend de véritablement fortifier ce site stratégique. La cité est ainsi entourée d'un rempart, tout autour du promontoire, renforcé de demi-tours carrées dont la tour Espanie, la tour Montigue, la Viguerie et la tour Blanche. Seuls deux accès interrompent cette enceinte : au nord-est (à l'entrée de l'actuelle rue de la Porte de Ville), une porte précédée d'une barbacane et veillée par un corps de garde ; au sud, face à l'estuaire, une poterne appelée porte ou fosse de Médoc, qui permet à des chaloupes de venir s'abriter dans la petite crique au pied de l'église. A l'est, au-delà du Caillaud, il semble que deux sites aient un rôle de poste avancé : le Porteau ou Portail de Bas et le Porteau de Haut. A l'opposé, face à la pointe ouest du village, le dispositif a pu être complété par un châtelet posté sur le rocher, aujourd'hui disparu, du Sphinx. Le doute subsiste sur l'existence réelle d'un château au sein de l'enceinte fortifiée. Les termes chastel et castrum peuvent désigner le site fortifié dans son ensemble, bien que certaines archives, aux 14e et 15e siècles (notamment un aveu de 1480), semblent distinguer les deux entités.

Un système défensif mis à mal par les guerres

A l'issue de la guerre de Cent ans, Talmont et ses fortifications sont en très mauvais état. A cela s'ajoutent les éléments et le recul de la falaise, probablement à l'origine de l'effondrement, au 15e siècle, d'une partie de la nef de l'église. En 1492, le roi Charles VIII ordonne la remise en état des fortifications de Talmont. Cette restauration s'accompagne de l'armement de la place en boulets de canon, pour alimenter des bombardes. Un stock de 65 de ces boulets, de trois tailles différentes, seront retrouvés en 1972 à l'emplacement de l'ancienne porte de la ville ; on en trouve encore aujourd'hui ici ou là, dans les maisons et jardins du village. En 1539, une visite de Talmont et de ses fortifications réalisée sur ordre du roi, alors que l'ennemi espagnol menace, fait état des réparations effectuées quelques décennies plus tôt, et de celles qui restent à financer.

Les fortifications subissent de nouveaux dommages pendant les guerres de Religion, au cours desquelles Talmont connaît plusieurs attaques et sièges. Une garnison de 70 soldats est envoyée en renfort par le roi en 1585. Viennent ensuite une violente tempête, en 1645, puis la Fronde, fatale : en avril 1652, les troupes espagnoles qui occupaient le site depuis plusieurs mois, s'en retirent après avoir détruit la tour Blanche et l'essentiel des fortifications. Vers 1688, une partie de l'enceinte est sommairement relevée par les milices garde-côtes : c'est à cette époque que se rattache probablement, au moins, le mur nord actuel, constituée de moellons disparates, posés sans véritable soin.

Au début du 18e siècle, l'ingénieur du roi Claude Masse, visitant Talmont dans le cadre de sa mission cartographique que les côtes atlantiques, trouve les fortifications dans un état de délabrement avancé. Il constate que la cité a été entourée "d'assés bonnes murailles dont l'entretien a esté abandonné". L'état du front sud, face à l'estuaire, assis sur la falaise en proie aux attaques de la mer, est le plus inquiétant. Masse confirme qu'au nord, le rempart, d'une hauteur de 4 mètres sur 1,5 d'épaisseur, a été grossièrement réparé.

Une tentative avortée de relèvement, au début du 18e siècle

La mission première de Masse étant de proposer au roi les améliorations possibles pour le système de défense des côtes, il élabore un projet de refonte des fortifications de Talmont, à travers des plans et des mémoires. Manquant de moyens humains, matériels et financiers, une partie seulement de ce projet est réalisé sous la direction de Masse lui-même, à l'été 1706 : la courtine nord est renforcée et l'on construit à ses pieds (à l'emplacement actuel du parking et tout le long du rempart) des terre-pleins en forme de bastions, avec fossés, parapets gazonnés, etc.

Pour le reste, à l'est, face à l'anse de la Grave ou du Caillaud, Masse propose en vain de relever la courtine et de déraser un ancien bastion en forme de fer à cheval (dont un mur épouse encore aujourd'hui la forme) ; au sud, il prévoit d'abaisser le niveau de la courtine, d'y établir une banquette d'artillerie, et de détruire ce qui reste de la tour Blanche ; plus loin, au pied de l'église, la poterne de la porte de Médoc serait fermée, sauf une petite porte de secours ; Masse envisage par ailleurs la construction, toutefois très coûteuse, d'un mur de soutènement sous l'église, là où la falaise donne de graves signes de faiblesse ; il suggère aussi de transformer la maison du sieur Jouan (actuelle "maison de l'armateur") en un magasin à poudre et magasin d'artillerie, et son jardin en un parc à boulets ; enfin, il propose de construire un bastionnement plus en avant encore de la porte de ville, et un autre en face de Talmont, sur la pointe de Cornebrot.

Dans un second projet, encore plus ambitieux, Masse va plus loin, sans davantage de succès, visant pourtant à transformer Talmont en véritable citadelle moderne : puissant ouvrage à cornes à l'avant de la porte de ville, grands fossés communiquant avec la mer, souterrains, casemates, magasins à poudre et à munitions en arrière des remparts, réservoirs d'eau dans les marais, creusement de la petite crique de la fosse de Médoc pour créer un vrai petit port, etc.

Les souvenirs fragiles d'un passé glorieux

Le rôle militaire de Talmont, bien que très amoindri, perdure au 18e siècle à travers probablement le logement d'une garnison (l'organisation interne de plusieurs maisons, communiquant entre elles, le laisse penser), et ce qui reste des remparts continue à se détériorer. En 1759, des vues cavalières de Talmont associées à la carte de la Gironde par Desmarais, figurent ce qui reste alors des fortifications : on devine le rempart nord et les vestiges de la tour Blanche ; une tour ronde est même représentée, là où ne devait pourtant s'élever que le bastion en fer à cheval. Sur le plan cadastral de 1831, il ne reste plus grand chose de ces éléments : au nord-est, une esplanade et un fossé dont le tracé rappelle la pointe d'une étoile, ont remplacé les anciens bastionnements, dont il ne reste plus rien le long du rempart nord ; à l'ouest et jusqu'à l'église, la falaise se découpe, battue par la mer ; au sud, le plan ne mentionne plus la poterne de la fosse de Médoc.

Cet état de chose perdure pendant tout le 19e siècle et une grande partie du 20e, comme le montrent des cartes postales. En 1869, le conseil municipal note que le rocher sous l'église est dégradé et mérite d'être consolidé. En 1895 puis en 1947, le soubassement du front est (sous l'actuelle "maison de la douane") est consolidé. En 1959-1960, le mur de soutènement ouest est réparé et l'on crée une promenade tout le long du front de mer. En 1998-1999, une importante campagne de restauration est engagée sur le front sud et sur la tour Blanche. La tempête de décembre 1999 entraîne d'importants dégâts (une ancienne ouverture est dégagée au pied du rempart nord). A sa suite, en 2000, un nouveau mur de soutènement est élevé au pied de l'église, dans l'ancienne Fosse Porte ou Fosse de Médoc, masquant une ancienne cavité naturelle que la tempête avait dégagée.

jusqu'à ce que des murs de soutènement viennent consolider et fixer les falaises à l'ouest et sous l'église, et jusqu'à que le rempart nord soit restauré.

Période(s)Principale : 11e siècle, 13e siècle, 17e siècle, 1er quart 18e siècle

Le promontoire de Talmont est entouré par un système défensif qui présente encore d'importants vestiges, même si d'autres ont disparu.

La défense du site est assurée au sud par une ligne de falaises qui supporte les ruines d'un mur d'enceinte, entre l'église et ce qui reste de la tour Blanche. Au pied de l'église, une petite crique constituait le seul accès au village par ce côté-ci, à travers une fausse porte dite "du Médoc", aménagée entre les deux falaises et dont on ne devine plus que les fondations. A l'ouest, la falaise, autrefois à nu, a été consolidée par un mur de soutènement, sans cesse repris en raison des attaques des éléments.

Sur le côté nord nord du village. court encore un haut mur contre lequel sont désormais adossées des habitations et qui se termine au nord-ouest par une demi-tour carrée. Construit en moellons de différents appareils, ce mur était peut-être couronné d'un chemin de ronde.

D'autres éléments défensifs, au nord-est, ont disparu. Le tracé supposé en a été restitué sur le sol du parking. A l'est, un mur arrondi reprend le tracé d'un bastion en fer à cheval qui surplombait directement la mer. A la pointe sud-est, la tour Blanche, ancienne demi-tour carrée, ne présente plus qu'un pan de mur en moellons, percé d'une porte.

Murscalcaire pierre de taille
moellon
Techniquessculpture
Représentationslosange
Précision représentations

La partie haute du fût de la croix est ornée de losanges.

Statut de la propriétépropriété publique
Intérêt de l'œuvreà signaler

Annexes

  • Extrait du Memoire abregé sur la ville de Talmont ou Tallemont sur Gironde, relatif aux trois plans ci joints [feuilles 61, 62 et 67], concernant Talmont-sur-Gironde, par Claude Masse, vers 1708 (Service historique de la Défense, Ms 184, pièce 8).

    NB : ce mémoire correspond aux cartes et plans conservés sous les cotes Ms 503, fol 131 f, feuilles 60, 61 et 71, et 1 VH 2243. Le "grand plan" dont parle Masse dans ce mémoire est semble-t-il celui conservé sous la cote Ms 503, fol 131 f, feuille 60. Le "petit plan" est celui conservé sous la cote Ms 503, fol 131 f, feuille 61. Le plan de la "feuille 62" semble être celui conservé sous la cote 1 VH 2243.

    Les mots entre crochets sont soit des ajouts portés dans le texte en interligne, soit des éléments portés en plus dans la version conservée sous la cote Ms 503, fol 131 f, feuille 61.

    C'est une petitte ville sur la coste orientalle ou de l'est de la Garonne, à 7000 toises de son embouchure ou à 3 petittes lieues de France. Elle est situéez sur un rocher de 25 à 30 pieds de haut, d'une figure tirant un peu sur l'ovalle ou oeuf. Elle a de long 130 toises et de large environ 90, et de circuit 380 toises, formant une peininsule où il ne reste à son plus etroit en haute mer qu'environ 40 toises, et n'en a qu'environ 100 en morte eau. Elle est traversée de plusieurs petittes rues, où il n'y a que des maisons basses, habittées par de petits peuples, presque tous matelots, n'y ayant point de marchands, pas mesme de choses les plus necessaires. L'on y contoit en 1706 dans la ville et faubourg environ 200 feux et 300 dans sa paroisse. En 1680, il y en avoit plus de 400. Son eglise 18 [au plan 62], qui est scittuée sur le bord de la falaize qui se sape par dessous et qui la fera bientost tomber si on n'y met ordre, elle n'est pas autrement grande mais solidement batie et voutée, avec un chemin de rondes au somet. On la decouvre de fort loin comme l'on peut juger par les veues ci jointe [65 et 66], où elle paroit beaucoup superieure aux maisons de la ville. Les benedictins de Saint Jean d'Angely en sont curéz et y tiennent un vicaire perpetuel qui a de la peine à vivre, ses paroissiens estans presque tous pauvres. Aussi est elle très mal ornée.

    Cette villotte a changé diverses fois de seigneurs. En 1684, elle apartenoit à Monsieur le duc de Montauzier, et en 1706 à Monsieur le duc d'Uzés. La terre est une petitte etendue, quoi que ce soit une chastellenie et un baillage. Partie de 3 paroisses en dependent, et ne raporte de revenu à son seigneur que 2500 livres. Elle est en l'election de Marenne. Ses habitans sont tous anciens catholiques et n'y ont point souffert de protestans. Il n'y a qu'une porte où les milices du pays viennent monter la garde en temps de guerre. Le port de l'est [K de la feuille 61 et 62] entre cette ville et le faubourg du Caillaud a esté autrefois plus profond. Il y tomboit un chenal qui passoit sous le pont d'Arceau, Y au grand plan, et Là celui de la carte ou plan general, et l'on dit qu'il y a eu un moulin qui entretenoit un bon chenal, qui rendoit les murs de plus difficille accès de ce costé parcequ'il y avoit toujours de l'eau. Le port du nord, L [au grand plan, et au plan general G], est d'un font de vase où se retirent à present les barques qui sont bien en surerté quand la mer est basse. Il est couvert du vent d'ouest par la digue, N au grand plan, qui n'est que de pierre seche.

    Cette ville n'est pas ancienne. L'on n'en dit son origine qu'au XIIIe siecle. L'on croit qu'elle soit batie des debris d'une ville qui etoit à l'est, distant d'environ 1500 toises, où est aujourd'huy le logis du Castras et le moulin du Far, comme il est dit ensuitte. Elle fut close d'assez bonnes murailles de cinq à six pieds d'epaisseur, et les trois costéz isoléz, batis sur la falaize ou banche. Le front du costé de terre, M, K, X et 4 [au grand plan, feuille 62], estoit preque tout terrassé mais sans taluds, et la chemise en partie de pierre de taille, couronnée par un parapet percé de creneaux. Les Espagnols la prirent par capitulation ou trahison aux guerres des princes en 1651, et la garderent 9 mois, en l'abbandonnant firent sauter ses principales tours qui etoient aux endroits 13, 10, 4 et G [du grand plan], qui n'ont point estéz relevés du depuis. L'on a rebouché les breches en quelques endroits qu'à pierre seche, et l'on fit en 1688 de petits murs de mesme nature aux autres breches. Depuis ce temps là, il s'y est fait plusieurs autres breches, surtout du costé de la mer, par le peu de solidité de son rocher ou falaize que l'eau sape par dessoubs, et en tombant attire après soi les murs qui sont batis à l'extrémité. Les espagnols avoient fait plusieurs ouvrages du costé du front, accessible aux endroits C, D, E, S [du grand plan, et E, F au petit de la feuille 61], qui ne paroissoient plus qu'un peu en 1706. Et je fis racommoder legerement ce front en y faisant ce qui suit. L'on forma un parapet de terre à pierre seche au fer à cheval, A [marqué au grand plan]. L'on boucha la breche 4, 6 et 13 à pierre seche. L'on redressa et rempietta la branche 3 avec du mortier de terre. L'on terrassa le coffre V avec un parapet de creneaux, l'on le detacha de la butte 5 par un fossé, et on le couvrit par un chemin couvert du costé de la porte G. L'on rabaissa le mur de l'ouvrage F et l'on y fit un parapet gasonné à demi preuve et le flanc G pour flanquer la courtine K. L'on fut une traverse à la droite du pan de mur F pour le flanquer. L'on redressa ensuitte la petitte corne en forme de chemin couvert C, D. L'on fit le petit ouvrage ou bastion H en profitant d'une butte qui estoit. L'on dressa le fossé 14 et l'on creusa celui autour de la piece F, et l'on avoit commencé le flanc I pour flanquer la courtine K. L'on fit ensuitte la fausse braie devant cette courtine avec un parapet à demi preuve, enveloé d'un petit fossé, et pour assurer le pan de mur M qui n'est point flanqué, l'on forma en chemin couvert l'espece de bastion irregulier O ou place d'arme, tant pour protéger le port que pour flanquer les pieces H et D et le platin P qui ne s'innonde qu'en malines. L'on avoit commencé precedement une espece de tranchée très mal disposée sur les remparts M et 12, et une autre à la breche 9. Tous ces ouvrages furent faits très legerement parceque l'on manquoit de tout ce qui est necessaire pour en faire de bons. M. le comte de Chamilly qui commendoit en Saintonge sous M. le marechal de Chamilly, avoit assemblé un corps de 10 à 12000 hommes de milices d'une partie de la province, qu'ils firent camper à l'extremité de la forest d'Alvert, à l'endroit marqué à la petitte carte A [feuille 74 (en fait 71)], parcequ'il craignoit la descente dans l'ance de la Courbe, et les generaux destinerent 5 regiments des plus voisins de Talmont pour travailler aux fortiffications de cette place. Ils y venoient par detachement et travailloient 8 jours, mais ils n'avoient pas d'outils que ceux qu'ils apportoient, la pluspart très peu propres aux ouvrages qui estoient necessaire de faire. L'on mit les maçons à reparer les breches, mais souvent ils manquoient d'eau pour faire le mortier de terre que l'on alloit chercher avec des criches. L'on destina les besson ou valladiers à couper le gazon dans le platin P [feuille 62], et les plus adroits le posoient. L'on transportoit les terres avec des boyards ou civieres que l'on avoit garnies de branchages, et l'autre partie se remua à la pelle du mieux que l'on peut. La place d'arme O, le parement de son parapet fut formé de pierre seche et l'on s'enfonça pour avoir du couvert et former une banquette. Le gason n'auroit pas laissé que de subsister s'il avoit esté fascinné et bien battu. L'on soutint les profils d'entrée de la porte neuf avec des murs à mortier de terre, et l'on contoit d'y faire des barrieres ou du moins des chenaux de frise. Tous ces ouvrages furent faits dans le mois d'aoust et de septembre, et l'on donnoit la moitié d'un pain de munition pour toutte paye aux ouvriers, dont quelques uns venoient de 8 ou 10 lieues, et sur la fin on ne faisoit plus travailler que les nouveaux convertis.

    L'on avoit intention, si l'on eut continué de mettre ce poste en etat de soutenir un coup de main, qui est le seul endroit de ces contrées depuis Brouage jusqu'à Blaye où l'on puisse enfermer un petit corps de troupes ou milices en cas que les ennemis eussent fait descente, d'y faire ce qui suit, en attendant mieux. Premierement de palissader le chemin couvert et de fraiser les breches. 2e, de faire une batterie à l'endroit 4 [de la feuille 62], en refaisant son mur dès le bas à mortier de terre. 3e, de faire une batterie en barbette sur le rempart M. 4e, de faire un parapet gasonné sur tout le front depuis O jusqu'à K. 5e, de raccommoder le chemin des rondes et parapets de la courtinne 14. 6e, de percer des creneaux pour flanquer la porte X, et de faire un chemin des rondes de charpente, la partie qui n'est point terrassée à la gauche de la porte. 7e, de former un parapet et racommoder les breches du depuis 6 jusqu'à 9, et rabaisser la tour 8, et faire une batterie à la breche 7, et une autre à la tour Blanche 10 qui a esté autrefois fort haute, et ensuitte redresser le rempart du front 15, et y faire un parapet de terre à demi preuve et baisser et racommoder le mur 16 et y faire aussi une batterie, et mettre en etat contre les surprises la porte qui est dans la fosse de Medoc 17 [à la feuille 62] qui etoit autrefois un petit port pour rececoir du secours en mer basse, ou avec des chaloupes qui peuvent aborder tout le long de la phalaise qui tombe à pique comme un quai. L'on avoit proposée de prendre la maison 22 pour y mettre les poudres et y faire un petit arcenal mais elle est tombée depuis. Quand ces reparations auroient estéz faites, l'on auroit fait une batterie sur la pointe de Cornebroc, R, enfermée par un petit fortin, et le tout pour proteger les barques et autres petits battiments qui se seroient retiréz dans l'ance B, selon l'ordre du marquis de La Galissonniere qui commandoit la marinne avec les autres generaux, en cas que les ennemis fussent entréz dans la Garonne.

    La petitte carte [feuille 74 (en fait 71)] fait assés voir la scituation de ce poste et son importance, sans un trop ample discours, car l'on scait que toute la coste de la Garonne du costé de Saintonge est une des meilleures contrées et des plus peuplées du royaume, où il y a le plus de mal intentionnées à cause de la religion.

    Le plan [general de la feuille 61] joignant cette carte fait voir l'aventageuse scituation de Talmont qui n'a besoin qu'un peu d'aide de l'art pour en faire une des meilleures places de ces contrées. Il n'y a que deux inconvenients à surmonter. Le premier seroit de faire venir de l'eau ou de faire des citernes dans la ville, estant obligéz de l'aller chercher au puits M, marqué au petit plan [feuille 61], qui est dans le faubourg du Caillaud. Le 2e seroit d'occuper la montagne N et P qui commande la ville, et les anciens du pays m'ont assuré avoir veu planter les piquets pour une forteresse sur cette hauteur du temps de Mr. le cardinal de Richelieu qui pretendoit faire de ce poste un lieu considerable en veue du grand projet [du grand canal tracé en jaune sur la carte 74 (en fait 71)] de canal pour la jonction de la Garonne à la Seudre qui devoit prendre depuis Talmont jusqu'à Saugeon, dont l'on a fait en divers temps des projets comme il est dit au memoire qui accompagne la carte [feuille 74 (en fait 71)] faite à ce sujet. La partie de la Garonne qui flotte contre Talmont est la meilleure de tout son cours, où il reste la quantité de pieds d'eau marquée au petit plan [general feuille 61], ou l'amerage est très bon, où il peut mouiller sous la protection de cette place un très grand nombre de vaisseaux. Et si malheureusement estoient entréz dans la Garonne pour y faire quelqu'entreprise avec une flotte nombreuse, ils ne manqueroit pas de se saisir de ce poste pour y faire leur descentes sur les rochers quand la mer est basse, où l'on peut debarquer comme dans un port, et qu'ils mettroient peut estre cette villotte en peu de temps en etat de deffence à cause de son aventageuse scituation. Et si on vouloit un jour prevenir cet incident, l'on pourroit la fortifier comme ce que j'ai proposé au 3e plan ci joint [feuille 67], où l'on a marqué en jaune les ouvrages que l'on pourroit faire, et de points ceux qu'il faudroit raser. Quand mesme l'on n'occuperoit pas la hauteur du Caillaud, l'on auroit qu'à bien assurer le front de la porte, le couvrir par un ouvrage à corne, et faire dans ces avant fosséz 2 escluses par où on laisseroit entrer la mer dans la grande prairie et marais qui sont au nord de Talmont, où l'on pourroir faire de grands reservoirs dans ces prairies qui sont innondées partie de l'année et inculte, affin de pouvoir avoir de grands magazins d'eau qui serviroient à former 2 courants ou chenaux à droite et à gauche des branches de l'ouvrage à corne, qui rendroient la place inaccessible de ce costé, le front n'estant que vasse, et qu'en mesme temps formeroit deux ports où l'on pourroit retirer nombre de petits battiments pour courir sur l'ennemi et garder la Garonne, et pour servir de retraite en cas d'accident à ceux qui sont le long de son cours. Et par le moyen de ces escluses que l'on pourroit assurer par des redouttes, l'assaillant seroit obligé s'il vouloit se rendre maître de cette place, de l'actaquer par le front de l'ouvrage à corne, ce qui le tiendroit du temps, quand mesme la place ne seroit fortifiée que comme on l'a proposée en ce dessin, c'est à dire en faisant deux bastions du costé du front de terre avec des souterrains et casemates comme l'on a marqué à celui qui est à droite de la porte. Et il faudroit aussi faire à celui de la gauche et dans sa gorge un magasin à poudre, et faire un grand cavalier à la tour Blanche marquée D au petit plan, soubs lequel on feroit de grands souterrains de mesme que dans touttes les tours que l'on a proposées pour flanquer les fronts qui sont baignéz de la mer toutes les marées, où il n'y a point à craindre d'attaque reglée, dont il ne faudroit faire des courtines et des tours que d'un mur de 5 à 6 pieds d'epaisseur au cordon, appliqué en plusieurs endroits contre l'escarpement du rocher, et encastré de 2 ou 3 pieds dans la banche et sa chemise de pierre de taille qui n'est pas chere dans ce pays. Et l'on pourroit pratiquer un petit port dans la fosse de Medoc qui est derriere l'eglise pour des chaloupes, pour recevoir des secours ou pour inquietter l'ennemi. L'on pourroit couvrir le port du nord par une longue jettée pour le mettre à l'abri de l'ouest. Du surplus, le plan [feuille 67] est assés en grand pour rendre intelligible ce que l'on propose, ce qui auroit besoin d'un ample memoire ici inutile, celui ci n'etant fait que pour donner idée de l'etat où étoit Talmont en 1708, dont ses petittes fortiffications etoitent toutes ruinées, faute d'en avoir eu soin et d'empecher les bestiaux d'y aller.

    NB : Le reste du mémoire concerne le site antique du Fâ.

  • Extrait du Memoire sur Tallemont sur Gironde, par Claude Masse, 4 septembre 1706 (Service historique de la Défense, 1VH 2243).

    NB : ce mémoire correspond au plan conservé sous la même cote.

    C'est une petite ville située environ à 4 lieues de l'ambouchure de la Garonne, sur la coste de Saintonge, d'une figure presque ovalle de 130 toises de long, assise sur un rocher qui forme une peine insulle qui a esté autrefois enclose d'assée bonnes murailles, mais à present presque toutes ruinées, surtout celles du costé de l'oueste et du sus [sic]. Celles à l'est ne vallent guerre mieux, le rocher sur lesquelles elles sont baties estant peu solides. La mer le ruine insensiblement et attire après soi les murs qui sont en divers endroits de 25 à 30 pieds de haut, compris le rocher qui est presque partour escarpée à pique, par consequent innaccessible qu'en quelques endroits où il y a des breches où grimpent les mariniers. Les murs du costé du nord sont moins endommagées et ont communement 18 à 20 pieds de haut du somet du rampart jusqu'au fond du fossé, là où elle est terrassée sur environ 5 pieds d'epaisseur, centalut [sic] mais mal flanquées. Les principalles tours furent ruinées par des minnes quand les Espagnols l'abandonnerent aux guerres des princes en 1652. Du depuis, quelques unes de ces breches ont estés rebouchées au commandement de la guerre 1688 avec des murailles à mortié de terre fort minces et qui sont ensuitte retombées en plusieurs endroits que l'on a relevées en 1706 à pierres seiches.

    Cette ville n'est pas autrement peuplée et les maisons assée basse, habitée presque toutes par des mariniers. L'on y conte environ 200 feux. Il ne s'y fait aucuns commerce, n'y ayant aucuns marchands, pas mesme des choses les plus communes.

    La situation de cette ville est une des plus avantageuse à fortiffier qui soit le long des côtes depuis les Pirannées jusqu'à la Loire, l'isme qui la joint à la terre ferme n'estant qu'environ 35 toises quand la mer est haute, ayant à l'este une conche ou ance d'environ 150 toises à son entrée, sur autant de profondeur, d'un fond de vase où reste à secq des petits bastiments en mer basse. Cet dans cette conche où Monsieur le comte de Chamilly et Monsieur le marquis de La Galissionnere ont ordonné à tous les batiments qui sont dans l'étandue de leurs commandements aux costes de Saintonge, de s'y retirer si les ennemis parroisoient à l'embouchure de la Garonne, en les protegeant par des bateries qui seroit sur les deux pointes de cette conche, l'une à la tour blanche, T, et l'autre au moulin bas ou de la Planche, sur la pointe de Cornne Brot, R. Le port qui est au nord, L, est meilleure, y ayant beaucoup plus de vaze et les barques restent à sec en basse mer sans ce faire aucun domage, qui est couverte par une digue de pierres seiches, N, qui est beigné toutes les marrées. L'une et l'autre de ces ports ou ances ont esttée autrefois baucoup plus profondes, surtout celles de l'est, B, appellé communement la Grave, qui est un fond de roc à ce qu'assurent les marinierers, où il tomboit un chenal qui entretenoit sont port. Il y a encore des gens en vie qui assurent avoir veue des batiments de 20 pieces de canon remonter jusques au près du pont Y qui est au nord ouest de la sortie de la ville, mais il ne paroist plus à present aucun vestige de ce chenal dans l'estran quand la mer est basse. Cette ville appartien à Monsieur le duc d'Uzay, qui est une chastelleni qui lui rapporte environ deux mil livres de rente, et il y a trois paroisses qui en dependent. Il n'y a point des maisons seigneurialles dans la ville, et c'est un baillage, et la chastellenies releve de l'election de Marenne.

    L'estrand de la riviere en basse mer n'est distante des pieds des murs d'environ 25 à 30 thoises vers le sud ouest où elle tombe presque à picque, y restant en basse mer 6 à 7, 8 à 10 brasses d'eau, et mesme en quelques endroits jusques à 14 à 15 sur près d'une lieue et demi. On peut mouiller en toute seureté une nombreuse armée navalle, l'ancrage estant bon et ne craignant que les vents de surouest [sic] qui ne sont pas impetueux ni communs depuis le mois d'avril jusques en octobre.Le bruit de la flotte des Anglois et Olandois firent prandre le parti aux generaux qui commandent dans cette province, en 1706 vers la mi aoust, de retablir quelques vieux ouvrages qu'ils firent commancer avec des tranchées de trois pieds de profondeur sur 2 et demi de large, trassée au asard et sans cordeau, et que j'ai tasché d'un peut redresser et perfectionner, comme il est fit par le memoire suivant que j'envoyéz à Monsieur le comte de Chamilly avec un plan qu'il m'a renvoyés le 29 par Monsieur le marquis de La Galissonnierre, l'ayant approuvé. Ce memoire est conceu en ce qui suit (...).

    Voilà à peu près ce qui se pourroit faire pour mettre ce poste en etat de deffence, qui paroist important par sa scituation avantageuse, et si Sa Majesté juge qu'il doive estre fortiffié, il faudra y faire des magazins à poudre et autres munitions, necessaires à une place de guerre.Le principal objet que l'on doit avoir en faisant les ouvrages ci dessus, seront pour empescher les dessentes que les ennemis pouroient faire, et retirer toutes les barques dans cette grande ance, et pour les deffendres, il faudroit faire une batterie R, la fermer par derriere comme il est marqué à plan, qui feroit un feu croisé avec la batterie de la pointe T ou de la tour Blanche.Il y a près de 200 toises courantes de chemin couvert de formes où il ne manque que d'epaissir les parapetz et perfectionner leur glacis, les palissades et autres fermetures.Il n'y a point d'eau douc dans cette place. Il faut l'aller chercher au fauxbourg de Caillaud, ou bien y faire des citernes (...).

Références documentaires

Documents d'archives
  • Vers 1708 : Memoire abregé sur la ville de Talmont ou Tallemont sur Gironde, relatif aux trois plans ci joints [feuilles 61, 62 et 67], par Claude Masse (NB : ce mémoire correspond aux plans conservés sous les cotes Ms 503, fol 131 f, feuilles 60, 61 et 71, et 1 VH 2243 ; une autre version de ce mémoire est conservé sous la cote fol 131 f, feuille 61).

    Service historique de la Défense, Vincennes : Ms 184, pièce 8
  • 1706, 4 septembre : Memoire sur Tallemont sur Gironde, par Claude Masse.

    Service historique de la Défense, Vincennes : 1H 2243
  • 1706, 10 novembre : Memoire concernant les ouvrages et la scituation de la ville de Talmont sur Gironde ou Garonne, par Claude Masse.

    Service historique de la Défense, Vincennes : 1VH 2243
  • 1794-1969 : registres des délibérations du conseil municipal de Talmont-sur-Gironde.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : E dépôt 90/469, 1 D 1 à 6 (2 Mi 1819-1 à 3)
  • 1836-1906 : travaux d'amélioration du port de Talmont-sur-Gironde.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : S 8436
Documents figurés
  • [Vers 1715] : Plan de la ville de Tallemont sur Gironde ou Garonne, en l'estat qu'elle etoit en 1706 sur la fin de septembre, où sont marqués les retranchements qui y furent faits par les milices ou paysans du pays pour mettre ce poste en état de soutenir un coup de main, si les ennemis étoient descendus, mais tous ses mauvais ouvrages furent très imparfaits et point entretenus, et en 1715 il n'y paroissoit presque plus rien. Le mémoire qui accompagne la feuille 61 explique plus amplement en quoy consciste cette ville et les feuilles suivantes donnent une parfaitte idée en quoy elle consiste. Par l'ingénieur du roi Claude Masse.

    Service historique de la Défense, Vincennes : Ms 503, fol 131 f, feuille 60.
  • [Vers 1715] : Plan de Tallemont sur Gironde en Saintonge veu de basse mer de maline en l'estat q'il étoit en 1706 avec les retranchement qui ont esté faits en octobre, les chiffres marque la quentité de pieds d'eau qui reste en basse mer de malines ordinaire, par l'ingénieur du roi Claude Masse.

    Service historique de la Défense, Vincennes : Ms 503, fol 131 f, feuille 61.
  • SHD, 1VH 2243. [1706] : Plan de Tallemont sur la riviere de Garonne, en l'estat que la place estoit le 20 septembre 1706. Les parties colorées de jaune restent à faire pour la continuation de ses retranchemens, pour mettre ce poste hors d'insulte et en estat d'y retirer les milices et les barques et autres bâtiments de la Garonne. Nota qu'il n'y a point d'eau douce dans cette place. Par l'ingénieur du roi Claude Masse.

    Service historique de la Défense, Vincennes : 1VH 2243
Bibliographie
  • Bulletin municipal de Talmont-sur-Gironde.

    juin 1998 ; juin 1999 ; décembre 2000 Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : Per 1012
  • Le Blanc, François-Yves. Etude historique et monumentale du rempart de Talmont-sur-Gironde. Rochefort : septembre 1996.

  • Mingasson-Gillet, Anne, et Tribondeau, Jacques. Talmont jadis et aujourd'hui. La Rochelle : Rupella, 1984, 139 p.

  • Seguin, Marc. La "ville" de Talmont en 1539. Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis, t. LXIII, 2010-2011, p. 57-83.

(c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel - Suire Yannis
Suire Yannis

Conservateur du patrimoine, directeur du Centre vendéen de recherches historiques.


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