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  • (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Vallée de la Charente - cantons du département 17
  • Commune Fouras
  • Lieu-dit Enet
  • Cadastre 2019 AA 1
  • Dénominations
    fort
  • Appellations
    Fort Enet
  • Parties constituantes non étudiées
    poudrière, cour, casemate

Si l'édification d'un ouvrage défensif sur l'îlot d'Enet a été envisagée dès la deuxième moitié du 18e siècle, l'actuel fort est construit à la suite de la décision, en 1801, de Bonaparte, alors Premier consul, de renforcer la défense de la rade de l'île d'Aix contre la menace anglaise. Une commission dirigée par le directeur des travaux maritimes Ferregeau est constituée pour étudier la construction de deux forts, l'un sur le banc de Boyard et l'autre sur les rochers d'Enet. Dans un courrier daté du 2 août 1802, Bonaparte évoque "la batterie d'Enette [...] de dix pièces de canon et de six mortiers. Elle doit pouvoir battre de tout segment compris depuis le fort d'Aix jusqu'à l'endroit nommé Coudepont." Il envisage aussi l'installation d'une autre batterie, plus petite, à la Pointe de l'Epée, au nord-est d'Enet, pour assurer en toute sécurité le passage de l'île d'Aix à Rochefort.

La bataille des brûlots anglais (navires incendiaires sans équipage), qui détruit en 1809 une grande partie de l'escadre de Rochefort, montre l'urgence de protéger la rade par un nouveau système de défense. Comme Fort Boyard pour la passe ouest entre les îles d'Aix et d'Oléron, Fort Enet doit verrouiller la passe orientale de la rade en croisant ses tirs avec l'île d'Aix et la redoute de l'Eguille. Commencée en 1810, la construction est achevée à la fin de 1811 ; en décembre, le fort est remis par le génie à la marine. L'ouvrage est conçu comme une batterie en demi-cercle, constituée de terrassements maintenus par un mur d'escarpe de 4 mètres de hauteur et un mur de pierre sèche à l'intérieur. Destinée à recevoir six canons et deux mortiers, cette batterie est fermée à l'est par un mur en éperon formant redan. Un corps de garde, ne pouvant loger que quatorze hommes, et un magasin à poudre d'une contenance de 6600 kilogrammes s'élèvent dans la cour intérieure. L'ensemble est construit avec de la pierre extraite à Saint-Savinien. En 1812, l'ouvrage est armé de douze canons de 36 et deux de 4. De cet édifice initial subsiste la poudrière.

Face à une nouvelle menace anglaise, le génie décide d'ajouter, entre 1845 et 1850, un second niveau de tir pour augmenter la puissance de feux de l'ouvrage, en rehaussant ce dernier de 8 mètres. Le simple terrassement d'origine est remplacé par seize casemates en pierre, qui, bâties sur deux niveaux contre la courtine demi-circulaire et couvertes de voûtes à l'épreuve, supportent une plateforme d'artillerie. Le fort peut ainsi loger 100 hommes, répartis par huit dans quatorze casemates. Il est armé de 28 pièces de 16 mm couvrant un secteur de 180°.

Les années 1850-1860 sont marquées par une évolution importante de l'artillerie avec l'apparition des canons rayés, beaucoup plus précis et puissants. Les murs du fort sont endommagés par une épreuve de tels tirs, réalisée par les services de l'artillerie et du génie en 1861 depuis l'île d'Aix. Ces tirs, qui visent à évaluer la résistance de blindages placés sur l'escarpe, détruisent une partie des murs.

L'ouvrage, dont le rôle est devenu essentiellement dissuasif, sert de prison : en 1871, 400 insurgés y sont incarcérés, en attente de leur déportation en Nouvelle Calédonie (ils sont transportés à l'Ile-Madame en mars 1872) ; au début du 20e siècle, des bagnards y seront également détenus en attendant leur déportation.

De nouvelles tensions avec l'Angleterre conduisent à la réorganisation du fort en 1887-1888. Les casemates sont pour la plupart partiellement démolies et remblayées. Elles sont remplacées, au centre du fort, par un bâtiment rectangulaire, abritant plusieurs casemates et un magasin à poudre, tous voûtés à l'épreuve des bombes. Ce bâtiment en pierre est recouvert de sable puis d'une très épaisse dalle de béton non armé qui l'englobe complètement. Du côté oriental, cette coque forme un demi-berceau jusqu'au sol de façon à protéger la façade des casemates des obus. La dalle elle-même est enterrée sous du remblai. Les quatre casemates que l'on conserve, du côté nord, sont partiellement murées (mur en béton) et remblayées. Le magasin à poudre extérieur, trop exposé aux bombardements, est alors transformé en magasin d'artillerie. Un poste de ligne de torpilles, pour lequel une large embrasure est créée, est installé dans l'angle nord-est. A la même époque est construit à la pointe de la Fumée un poste doté d'un projecteur, appelé "feu chercheur", pour éclairer la nuit la passe, dite d'Enet, entre l'île d'Aix et le fort.

Les seules transformations qui ont lieu ensuite concernent la modernisation des plateformes de tir en 1905-1906, pour l'installation de deux batteries de canons de 100 et l'amélioration de la batterie de 27. Ces travaux sont réalisés par l'entrepreneur Abel Dodin qui construit les terrasses en béton armé selon le système Hennebique. Les batteries sont dotées de niches et de magasins à projectiles. Un poste télémétrique est également installé. Quelques années plus tard seulement, le fort est déclassé.

En 1956, le fort est acheté aux Domaines par des particuliers qui le restaurent, notamment après les dégâts causés par un tremblement de terre en 1972. Inscrit au titre des Monuments historiques en 1994, il fait l'objet de travaux de restauration menés par l'architecte Philippe Prost entre 1990 et 1997 : les casemates sont vidées des remblais et couvertes d'une plate-forme en béton reposant sur des piliers, masquée au sommet par une couche de terre végétalisée.

  • Période(s)
    • Principale : 1er quart 19e siècle
    • Secondaire : 2e quart 19e siècle , (incertitude)
    • Secondaire : 4e quart 19e siècle
  • Dates
    • 1811, daté par source
  • Auteur(s)

Le Fort Enet, situé à l'extrémité de pointe de la Fumée, face à l'île d'Aix, est accessible à marée basse par une passe rocheuse d'environ un kilomètre et demi. Il se trouve à la limite des effets du fleuve sur l'océan. Il présente, vers l'ouest, un mur d'escarpe en arc de cercle d'environ 75 mètres de diamètre. La gorge, du côté est, est formée par deux murs droits reliés par un redan. L'entrée du fort, précédée d'une plate-forme d'accostage polygonale, se situe dans le mur sud-est du redan.

La courtine est un mur épais de 2,40 mètres, dont le parement extérieur est en grand appareil. Le soubassement est en saillie d'une cinquantaine de centimètres par rapport au nu du mur. Au-dessus, le mur atteint 12 mètres au nord et 8 mètres au sud et à l'ouest. Le tiers inférieur du mur est en talus léger. Du côté nord, le mur est percé de sept grandes baies à fort ébrasement extérieur, correspondant aux embrasures de tir de canons des casemates construite au milieu du 19e siècle ; trois d'entre elles sont murées. Des évents, servant à évacuer les fumées de canons, sont visibles au-dessus des cinq baies médianes, sous la forme d'ouvertures allongées. Le mur du redan présente également une partie inférieure talutée, surmontée d'un mur vertical de 8 mètres de haut au-dessus du soubassement. Le mur droit nord à la gorge est percé de deux baies rectangulaires d'inégale grandeur qui sont des percements tardifs ; elles sont surmontées de deux évents semblables à ceux décrits précédemment. Les murs du redan présentent une série de créneaux de tir verticaux, sept au sud-est et neuf au nord-est, placés à la limite de la partie en talus et verticale des murs.

La porte d'entrée du fort est encadrée de deux piliers à section carrée, en pierre de taille, couronnée d'une corniche moulurée. Un remblai comble aujourd'hui la distance de deux mètres qu'un pont-levis permettait de franchir entre la plateforme d'accostage et le fort. La cour intérieure se trouve limitée à l'est et au sud par le redan et par des bâtiments supportant des terrassements des côtés ouest et nord, auxquels des escaliers en pierre et à volées droites donnent accès.

A droite en entrant dans la cour, le magasin à poudre, de plan rectangulaire, est entièrement en pierre de taille avec toit en ardoise laissant les pignons découverts. Ses murs gouttereaux sont couronnés d'une corniche en talon. Le mur nord est percé d'une fenêtre rectangulaire et, de part et d'autre de celle-ci, de deux évents en double chicane pour éviter l'entrée des projectiles. L'entrée, ménagée dans le mur sud, était formée de deux vantaux à la suite de façon à constituer un sas dans l'épaisseur du mur. A l'intérieur, la voûte est en berceau plein-cintre appareillé.

Du côté nord, quatre casemates subsistent de la transformation des années 1850 ; radiales et à deux niveaux, elles sont accolées à la courtine circulaire et surmontées d'une terrasse. A l'origine, leur deuxième niveau était desservi par une terrasse dont il ne reste qu'une partie. Leur façade sud en pierre de taille est dotée d'ouvertures, à arc surbaissé et chambranles à crossettes, inscrites dans de grandes arcades en plein-cintre, une pour chaque casemate. Le rez-de-chaussée de la casemate orientale était utilisé comme citerne.

Le bâtiment central, en rez-de-chaussée et orienté du nord au sud, présente sa façade est sur la cour. Des autres côtés, le large remblai qui le séparait du mur d'escarpe a été enlevé depuis les travaux des années 1990. Sa façade en pierre de taille est dotée de quatre ensembles d'ouvertures regroupées par trois : une porte encadrée de fenêtres correspondant à chacune des quatre casemates accessibles depuis la cour. Ces baies possèdent un arc surbaissé et un chambranle bandeau à crossettes. Cette façade est surmontée de l'arrachement du pare-éclat qui, autrefois, retombait en demi-berceau par devant. A l'intérieur un couloir annulaire, voûté en plein-cintre, dessert les casemates, le magasin à poudre et les plateformes sommitales par un escalier en vis en pierre de taille et rampe en fer forgé. Le bâtiment abrite cinq casemates rectangulaires d'inégale grandeur, dont quatre voûtées d'un berceau en anse-de-panier, tandis que le magasin à poudre est couvert d'une voûte en berceau en plein-cintre orientée sud-nord. Ce magasin, dont l'accès se fait par un sas, était éclairé par une fenêtre au-dessus de la porte d'entrée et par une autre en vis à vis, recevant la lumière d'un puits ménagé au-dessus d'une voûte en brique couvrant une partie de la chambre des lanternes. Au-dessous, une autre fenêtre carrée, au large encadrement en pierre de taille, laissait passer au travers d'une épaisse vitre la lumière d'une lampe à huile disposée dans le couloir prévu à cet effet. Des évents en chicane sont visibles dans les deux murs pignons. Les casemates prévues pour le logement des troupes sont dotées d'une barre horizontale scellée dans leur mur long, à environ 60 centimètres du sol, pour servir d'appui à des lits de camp. Le système permettant de suspendre une étagère au centre de la voûte, dite planche à pain, est encore en place et il subsiste la trace des support des "planches à bagages" dans les murs, à portée de la tête des lits. Une autre casemate est accessible, à gauche en rentrant dans le fort, par un couloir voûté en berceau plein-cintre qui suit le mur du redan. La salle rectangulaire est couverte d'un berceau en anse-de-panier appareillé.

Dans les casemates autrefois remblayées, des rails, sur lesquels pivotaient les affuts afin d'éviter les angles morts, sont encore visible au bas des embrasures de tir. Au sommet du fort, les plateformes se décomposent en trois grands secteurs, nord, ouest et sud-ouest. Selon Yannick Comte : "Celle du nord est prolongée par deux terrasse en béton au nord et à l'ouest qui soutenaient des pièces d'artillerie. La plateforme occidentale se situe au-dessus du bâtiment central et comporte deux niveaux, le plus élevé supportait deux canons dont subsistent les axes de pivotement métalliques, le niveau inférieur comportait des magasins à projectiles". La plateforme du sud-ouest est également à deux niveaux : son niveau supérieur était armé de deux canons dont restent des traces, tandis que des niches à munitions sont aménagées contre le mur.

  • Murs
    • calcaire pierre de taille
  • Toits
    ardoise, végétal en couverture, ciment en couverture
  • Étages
    1 étage carré
  • Couvrements
    • voûte en berceau plein-cintre
    • voûte en berceau en anse-de-panier
  • Couvertures
    • terrasse
    • toit à longs pans pignon découvert
  • Escaliers
    • escalier intérieur : escalier en vis en maçonnerie
    • escalier de distribution extérieur : escalier droit en maçonnerie
  • Statut de la propriété
    propriété privée
  • Protections
    inscrit MH, 1994/12/19

Documents d'archives

  • Lecomte, Charles. Mémoire militaire sur la chefferie de Rochefort, 1882-1883.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 43 J 252-256
    p. 129, 146-147
  • Atlas des bâtiments militaires, Génie, Direction de La Rochelle, place de Rochefort, 1826-1868.

    Archives du génie, La Rochelle : carton B
  • Forts, batteries et fortifications, 1748-1848.

    Service historique de la Défense, Rochefort : 2 K 2 - 17
  • Fort Enet, dossier documentaire / Conservation régionale des Monuments historiques (Poitiers) ; réd. Yannick Comte. - Poitiers : C.R.M.H., 1994.

    Direction régionale des affaires culturelles de Poitou-Charentes, Conservation régionale des monuments historiques, Poitiers

Bibliographie

  • Bonaparte, Napoléon. Correspondance de Napoléon Ier, Tome 7, 1859-1869.

    p. 699
  • Chassagne, Renaud. "A travers le temps, le fort Enet", La presqu'île ; Saint-Laurent-de-la-Prée, Fouras, Ile d'Aix, 2016, n° 5.

    p. 24-27
  • Delaunay, Julien. Napoléon et la défense des côtes, Paris : Imprimerie nationale, 1890.

    p. 29
  • Exposition universelle de 1867 à Paris. Rapport de la haute commission militaire, Paris : Librairie administrative de Paul Dupont, 1869.

    p. 315
  • Faucherre, Nicolas. Bastions de la mer ; le guide des fortifications de la Charente-Maritime, Chauray : Editions patrimoines et médias, 1995.

    p. 48, 49
  • Faucherre, Nicolas ; Prost, Philippe ; Chazette, Alain, Le Blanc, François-Yves. Les fortifications du littoral ; la Charente-Maritime, Chauray : Editions patroines et médias, 2000.

    p. 141-146
  • Le Pays : journal des volontés de la France, 27 mars 1872.

  • Prost, Philippe. Les forteresses de l'Empire ; fortifications, villes de guerre et arsenaux napoléoniens, Paris : Editions du Moniteur, 1991.

    p. 101, 159, 160

Annexes

  • Extrait du procès-verbal de remise du fort d'Enette à la marine par la guerre, le 30 décembre 1811. SHD Rochefort, II.
  • Extrait de : Ardouin-Dumazet, Voyage en France ; les îles de l'Atlantique, tome 3/1, 1895, p. 103.
Date d'enquête 2019 ; Dernière mise à jour en 2020
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