Dossier IA17046695 | Réalisé par
Suire Yannis
Suire Yannis

Conservateur en chef du patrimoine au Département de la Vendée depuis 2017.

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Fort (détruit), casino (détruit) et blockhaus de la pointe de la Grande Côte
Auteur
Suire Yannis
Suire Yannis

Conservateur en chef du patrimoine au Département de la Vendée depuis 2017.

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Copyright
  • (c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Estuaire de la Gironde (rive droite)
  • Commune Saint-Palais-sur-Mer
  • Lieu-dit Pointe de la Grande Côte
  • Adresse avenue de la Grande Côte
  • Cadastre 2009 AX 189, 190

La pointe de Terre-Nègre et son fort

Première pointe rocheuse rencontrée sur la rive droite de la Gironde lorsque l'on aborde son embouchure, la pointe de Terre-Nègre, aujourd'hui appelée pointe de la Grande Côte, est mentionnée comme telle sur les cartes marines du 17e siècle. Au tout début du 18e siècle, Claude Masse l'indique aussi sur ses cartes sous le nom de "pointe de Terre Nègre ou de Fourneaux", avec juste devant elle, parallèle à la côte et formant un cul-de-sac, un banc de sable redouté par les navigateurs, le "banc à l'Anglais". La valeur stratégique du site n'échappe pas à l'ingénieur qui préconise, dans un de ses mémoires, l'établissement d'une batterie, en considérant la facilité que l'ennemi aurait à débarquer sur le banc à l'Anglais et la côte.

Sans aller jusque là, un corps de garde dépendant de la capitainerie de Royan est établi sur la pointe dès la première moitié du 18e siècle : il apparaît sur une carte de la presqu'île d'Arvert en 1747. Pendant la guerre de Sept ans, la côte étant vulnérable face à l'ennemi anglais, une première batterie est installée à Terre Nègre. Mal entretenue, elle est rétablie sous l'Empire, avec la construction d'une enceinte fortifiée de plan trapézoïdal, en 1811. Le fort de Terre Nègre, équipé de trois pièces d'artillerie, d'un nouveau corps de garde, à côté de l'ancien, en bois, et d'une poudrière, fait partie du système défensif mis en place par Napoléon le long de l'estuaire de la Gironde, sans toutefois pouvoir en assurer une protection efficace, sa portée étant insuffisante. D'ailleurs, il ne résiste pas, comme ses voisins, à l'invasion anglaise d'avril 1814. Dès lors, le fort, victime de pillages successifs, est abandonné, démantelé, et vendu à un particulier, Pierre Granet, en 1858. Son enceinte est encore visible en 1897.

Un terminus pour deux lignes de tramway

A la même époque, le site de Terre-Nègre commence à prendre part à deux nouvelles étapes dans l'histoire de la Grande Côte et de Saint-Palais-sur-Mer : les débuts de la villégiature et des bains de mer, et la fixation des dunes par boisement. Dès 1868, l'administration des Eaux et forêts, chargée depuis 1859 de gérer la nouvelle forêt, entreprend de construire une voie ferrée destinée à faciliter les communications dans la presqu'île d'Arvert. Le tramway qui y circule, tracté non pas mécaniquement mais par des chevaux, a pour point de départ, dans un premier temps, une carrière de pierres située à la Combe à Massé, au nord-est de la pointe de la Grande Côte. La ligne conduit jusqu'à proximité de la pointe de la Coubre (elle sera prolongée en 1913 vers Ronce-les-Bains).

En 1890, les enjeux forestiers diminuant, l'administration envisage la suppression du tramway, puis se ravise au vu de son intérêt désormais touristique. En effet, de plus en plus de visiteurs passant la belle saison à Royan et dans ses environs souhaitent venir goûter aux charmes de la Grande Côte. Depuis les années 1840-1850 déjà, c'est un lieu de promenade très apprécié pour son caractère sauvage, avec une plage de sable à perte de vue, surplombée de dunes au-dessus desquelles la forêt, toute jeune, n'émerge pas encore ou à peine.

Dès lors, à partir de 1890, la ligne du tramway forestier est mise en concession auprès de particuliers qui en assurent l'exploitation. En 1895, le nouveau concessionnaire, Octave Baudry obtient de l'Etat l'autorisation de déplacer le départ de la ligne depuis la Combe à Massé, dont les carrières ne sont plus utilisées, vers la pointe de la Grande Côte où il tient un restaurant (voir plus loin). L'année suivante, une nouvelle compagnie, la Société des tramways de la Grande Côte de Royan est créée (elle fusionnera en 1903 avec la Société des tramways de Royan) et dépose un projet de prolongement de la ligne qui vient de Royan au-delà de Pontaillac, jusqu'à Saint-Palais-sur-Mer et à la Grande Côte. Des terrains sont achetés à la pointe de la Grande Côte pour établir le terminus de la ligne, qui est inaugurée le 25 juillet 1897 par un banquet au restaurant Baudry et un feu d'artifice. De son côté, Baudry continue à exploiter le tramway forestier et hippomobile vers la Coubre, avec une correspondance assurée à la pointe de la Grande Côte avec le tramway venant de Royan et de Saint-Palais. La gestion des deux lignes sera unifiée en 1924, sans toutefois parvenir à une mécanisation du tramway forestier.

Le casino de la Grande Côte

Située à l'intersection des deux lignes, la pointe de la Grande Côte connaît autour de 1900 un important développement touristique avec l'implantation d'établissements destinés à accueillir les visiteurs, à l'instar du restaurant Baudry. Dès 1860, un premier café, devenu ensuite auberge-restaurant, avait été ouvert dans l'enceinte de l'ancien fort, tenu à partir de 1870 environ par la famille Delestrée qui l'a fait reconstruire en 1876. L'écrivain Emile Zola fut même un de ses clients en 1887. En 1891, un second établissement, l'hôtel-restaurant "Bellevue", si bien nommé, est ouvert par Octave Baudry à quelques mètres de là. Enrichi par l'exploitation du tramway forestier dont il obtient la concession en 1895 (voir ci-dessus), Baudry rachète l'ancien fort et son restaurant aux Delestrée en 1896, s'assurant le monopole sur la pointe de la Grande Côte. Son succès est amplifié avec l'arrivée, en 1897, du tramway venant de Royan, qui déverse la foule de touristes (20.000 personnes en été) au pied même de son établissement. Après s'être restaurés chez lui, les visiteurs peuvent continuer leur promenade vers la Coubre via le tramway forestier dont Baudry propose lui-même les services et la correspondance.

En 1899, Baudry franchit une nouvelle étape dans son succès en construisant un casino à la place de l'ancien fort de Terre-Nègre. L'établissement, inauguré le 30 juillet 1899, comprend une salle de théâtre et de spectacle, une salle de jeux et une vaste terrasse donnant sur la mer et la Grande Côte. Le succès est tel qu'en 1901, Baudry transforme son affaire en Société anonyme des établissements balnéaires de la Grande Côte.

Freiné par une nouvelle réglementation, par des tracasseries administratives et par le retrait, en 1909, d'Octave Baudry, le casino de la Grande Côte ferme ses portes pendant la Première Guerre mondiale. La Société fondée par Baudry est dissoute en 1922. En 1924, le rachat du casino et de l'hôtel-restaurant par Alfred Bonnette, qui en fut le directeur à partir de 1922, marque un renouveau. Bonnette propose des spectacles à succès et relève l'établissement que fréquentent des clients de renom, comme Sacha Guitry et Yvonne Printemps, en villégiature à Royan.

En 1929, le casino est détruit par un incendie, et aussitôt reconstruit, dans un style Art déco, par l'architecte Louis Basalo. Mais la crise économique est là, suivie du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. L'établissement vit sa dernière saison à l'été 1939.

Blockhaus et renouveau après 1945

Investi par les troupes allemandes d'occupation en 1940, le site est fortifié en 1943 dans le cadre de l'établissement du Mur de l'Atlantique. Repérée sous la dénomination Gi 12 et le nom de code Weih-Taube-Hamburg, la batterie de la Grande Côte assure la surveillance de l'entrée de la Gironde, avec la position située sur la plage de la Grande Côte, au nord-ouest. Le site retrouve ainsi son rôle stratégique déjà rempli au 18e siècle et jusqu'au début du 19e siècle. D'abord saccagé et pillé, le casino est détruit pour les besoins de la construction des blockhaus. Les voies du tramway sont utilisées pour acheminer le matériel. En avril 1945, la pointe de la Grande Côte est abondamment bombardée par l'aviation alliée qui pilonne les blockhaus mais aussi ce qui restait de l'ancien hôtel-restaurant et les installations du tramway.

Ce dernier ne se relève pas du conflit. Après 1945, l'époque est à la voiture individuelle, outil du tourisme de masse. Les voies du tramway sont démantelées en 1953. La pointe de la Grande Côte redevient rapidement une destination touristique appréciée. Dès 1950, de nouveaux cafés et restaurants sont construits sur le site. La plupart des blockhaus sont détruits, à l'exception d'un seul et de trois emplacements de canons, au nord. Quant au casino, on commence sa reconstruction en 1952 (sous la houlette de l'architecte Louis Simon, avec la participation de Jean Prouvé), mais les difficultés financières arrêtent les travaux. Le bâtiment est racheté en 1961 par la municipalité, et un "relais touristique de la Grande Côte" y est inauguré en 1963, avec restaurant et dancing, mais plus de casino. Un vaste parking est aménagé à proximité. Plusieurs fois remanié, un temps abandonné, le bâtiment abrite de nouveau un restaurant depuis les années 1990.

  • Période(s)
    • Principale : 2e quart 20e siècle, 3e quart 20e siècle
  • Dates
    • 1943, daté par travaux historiques

La batterie de la Grande Côte comprenait plusieurs éléments de défense dont il reste, au nord des actuels restaurants, une casemate et canon de type H 669, et trois emplacements pour canons.

  • Murs
    • béton
  • État de conservation
    détruit, vestiges
  • Statut de la propriété
    propriété publique, Les éléments de blockhaus sont la propriété du Conservatoire du Littoral.

Documents d'archives

  • Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle. S 5528. 1896-1897 : aménagement du littoral entre les pointes de Suzac et de Terre-Nègre, création des lotissements du bois du Clocher et du bois du Roi à Saint-Palais-sur-Mer.

  • Archives municipales de Saint-Palais-sur-Mer, 1G 3 à 22. 1839-1962 : plan, état de section et matrices cadastrales de Saint-Palais-sur-Mer (NB : la date de construction indiquée par le cadastre est tantôt celle de la construction effective, soit celle de la première imposition, généralement réalisée trois ans après).

Bibliographie

  • Gourmelon, Gwenaëlle. Inventaire des vestiges du Mur de l'Atlantique en Charente-Maritime, association Estuarium, 1998-1999.

    p. 76-78
  • Magrenon, Stéphane. Histoire de Saint-Palais-sur-Mer : naissance et essor d'une station balnéaire (1826-1939). Saint-Palais-sur-Mer : Keïmola, 2013, 364 p.

    p. 35-41, 75-78, 85-90, 105-109, 114-125
  • Nappée, Jean. Histoire de Saint-Palais-sur-Mer. La Rochelle : Rumeur des Ages, 1998, 416 p.

    p. 161-167, 235-243
  • Richet, François. Souvenirs de Saint-Palais-sur-Mer. Saintes : éditions du Trier-Têtu, 2015, 473 p.

    p. 166-190

Documents figurés

  • Vues aériennes depuis 1920 sur le site internet de l'IGN www.geoportail.gouv.fr.

Date d'enquête 2015 ; Dernière mise à jour en 2015
(c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel
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