Dossier IA17051088 | Réalisé par
Fort de la Sommité ou Fort Liédot
Copyright
  • (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Vallée de la Charente - cantons du département 17
  • Commune Île-d'Aix
  • Lieu-dit Liédot
  • Cadastre 2019 AH 16
  • Dénominations
    fort
  • Appellations
    Fort de la Sommité , Fort Liédot

Les travaux du fort Liédot débutent en 1810 (date portée) sur un terrain acheté par l'Etat en octobre de la même année. Il est mis en service en 1834 (date portée). Nommé à l'origine fort de la Sommité en raison de son emplacement sur les hauteurs de l'île, il est baptisé en 1812 Liédot en hommage au colonel François Joseph Liédot, mort pendant la campagne de Russie cette même année. Sa construction, décidée par Napoléon en 1808, fait partie des défenses de l'embouchure de la Charente créées ou renforcées pour contrer la menace anglaise. L'affaire des brûlots anglais avec la déroute de la flotte rochefortaise en 1809 met en évidence la nécessité de cette protection.

Le fort est conçu sous la direction de l'ingénieur du génie et directeur des fortifications, Jean-Baptiste Thuillier de Beaufort, comme le réduit d'un vaste camp retranché implanté sur le point culminant de l'île. Le plan de ce dernier est celui d'un fort carré à quatre bastions, protégé par une enveloppe de terre de 380 mètres de côté qui le rend invisible du large. Le réduit, entièrement casematé pour résister aux impacts des projectiles, a la capacité d'abriter 500 hommes, avec les magasins nécessaires à la défense et à la vie de garnison. La réalisation du fort, lancée à l’automne 1810 est estimée à un coût de 800 000 francs. Les matériaux nécessaires à la construction, des pierres extraites à Crazannes et Saint-Savinien notamment, sont débarqués dans l'anse du Saillant. La grande enceinte extérieure de 1 600 mètres prévue initialement n'est pas réalisée.

Dès le début de l’année 1811, le comité central des fortifications, après avait examiné le plan arrêté pour le réduit du fort, en fait le prototype d’une redoute-modèle n°1 pour 500 hommes, pouvant être reproduite comme ouvrage détaché ou comme réduit d’un fort important. Le fort Liédot restera cependant le seul exemplaire de la redoute-modèle n°1.

Cet ouvrage s'avère très vite en inadéquation avec la nouvelle puissance développée par l'artillerie des canons rayés et des obus ; comme le fort Enet, il est d'ailleurs soumis à des tirs d'épreuve en 1863. Pour restaurer les murs détruits par les tirs, l'ouvrage est transformé en batterie de côte, entre 1878 et 1880 (date portée), ce qui lui fait perdre une partie de ses propriétés défensives : trois des bastions sont comblés, dont deux pour l'installation de canons de 19 cm. Leur comblement fait disparaître le flanquement des fossés sur deux flancs, mais un chemin de ronde est aménagé sur ces mêmes bastions pour y remédier. En 1882, le fort se trouve armé de deux canons de 19 sur affûts à pivot central qui peuvent croiser leurs feux avec ceux du fort d'Enet. La place est en outre défendue par deux canons de 7 et de deux autres à balles. En 1889, de nouveaux travaux sont menés pour renforcer sa résistance à une attaque directe : le chemin de ronde est amélioré par l'augmentation de la largeur du terre-plein afin d'installer de l'artillerie sur les bastions nord et est, et les casemates nord-est sont remblayées sur plusieurs mètres. Une partie des travaux des années 1880 se distinguent par l'emploi de moellon.

Le fort sert de lieu de détention à des prisonniers russes en 1854, des communards en 1871, de nouveau à des Russes au cours de la Première Guerre mondiale, puis à des détenus politiques entre 1958 et 1960. De 1948 à 1958, puis de 1962 à 1980, il accueille des colonies de vacances. Enfin, en 1990, il est acquis par le Conservatoire du littoral, qui y installe un centre culturel.

Depuis sa désaffectation, le fort s'est retrouvé entouré par une forêt qui masque de fait la vue sur l'océan. Le dégagement des vues sur une distance de 1 000 mètres, avec la coupe de tout rejet d'arbre, était auparavant exigé.

Le fort est implanté au centre de la partie nord de l'île, sur son point culminant. Il est formé par un carré de 90 mètres de côté, doté de bastions à chaque angle. Cet édifice massif, de faible hauteur et édifié dans une cuvette formée par ce qui était un talus défensif et des fossés, est de nos jours masqué par la forêt qui l'entoure. Une cour intérieure carrée, de 30 mètres de côté, occupe le centre de l'ouvrage. Les voûtes à l'épreuve de l'édifice sont recouvertes d'une épaisse couche de terre. L'ensemble de la construction est en pierre de taille de Saint-Savinien à joint vif, avec une qualité remarquable de stéréotomie.

A l'extérieur, les murs légèrement talutés sont couronnés d'une épaisse tablette. Les bastions sont dotés dans leurs faces rentrantes d'une meurtrière couverte en arc segmentaire entre deux créneaux de tir verticaux. La courtine, qui mesure 7 mètres de haut, est plus haute et percée de créneaux de tir sur la face du bastion ouest qui protège l'entrée et sur toutes les faces des bastions nord et est. La façade d'entrée au sud-ouest est percée d'ouvertures quadrangulaires dont les encadrements sont manifestement plus récents que la construction. Au centre, l'entrée, couverte d'un arc segmentaire, est surmontée d'une pierre où sont gravés "Fort Liédot" et les dates 1810, 1834 et 1880. Un massif en léger retrait, percé également de trois créneaux de tir, la surmonte. Il correspond à la chambre de la herse qui protégeait l'entrée.

Depuis la porte, un couloir couvert d'une voûte en berceau mène dans la cour. Le revers des courtines nord-ouest et sud-est accueille quatre casemates. Chacune d'elles ouvre sur la cour par une porte encadrée par deux fenêtres et surmontée d'une baie en demi-cercle ; cette série d'ouvertures scandent deux des façades sur cour. La façade sud-ouest accueille quatre arcades en plein cintre, tandis que celle qui lui est opposée est percée d'une seule arcade en plein cintre, celle du couloir d'entrée. De part et d'autre de cette arcade, deux escaliers droits, d'une largeur de 2 mètres et adossés à la façade, donnent accès à la terrasse. Chaque pan coupé des angles de la cour est percé d’une large porte couverte en arc segmentaire. Chaque casemate est voûtée en plein cintre, un évent ménagé au-dessus de l'embrasure de tir dans le mur du fond a été muré. Certaines ont conservé la trace des crochets qui servaient à l'installation des hamacs.

Chaque porte d'angle ouvre sur un couloir voûté en plein-cintre qui dessert les casemates propres à un bastion. Ce couloir, qui dessert deux casemates de chaque côté, aboutit à un couloir perpendiculaire qui relie les flancs du bastion ; les voûtes en plein cintre des couloirs s'interpénètrent en arc-de-cloître. Dans le bastion sud, le couloir donne l'accès à trois casemates qui occupent la pointe de l'ouvrage. La vaste salle située dans la pointe est couverte d'une voûte en demi-arc-de-cloître déprimée avec puits d'aération zénithal. Dans les trois autres bastions, le couloir donne accès à deux casemates dont l'une donne accès à une autre située au centre, la salle de la pointe ayant été comblée (celle de l'est est désormais dégagée). Des puits d'aération sont ménagés dans la voûte des casemates. Des marques de tâcherons en relief sont visibles un peu partout dans le fort.

Dans les casemates de flanquement du fossé des bastions ouest, nord et est, un escalier tournant en pierre donne accès au chemin de ronde. Ce dernier est aménagé entre le haut mur d'escarpe percé de créneaux de tir verticaux et un mur de soutènement du terre-plein des bastions. Il est régulièrement ponctué par un mur transversal dans lequel est ménagée un passage en plein cintre. De nombreux graffiti sont gravées le long de ce chemin, notamment dans les embrasures de tir.

Les deux plateformes d'artillerie aménagée sur les bastions nord et est ont leur mur de genouillère en moellon ; chacune d'elle est accessible par un escalier en vis depuis une casemate du bastion.

  • Murs
    • calcaire pierre de taille
  • Toits
    végétal en couverture
  • Couvrements
    • voûte en berceau plein-cintre
    • voûte en arc-de-cloître
    • voûte en berceau en anse-de-panier
  • Couvertures
  • Escaliers
    • escalier de distribution extérieur : escalier droit en maçonnerie
    • escalier dans-oeuvre : escalier tournant en maçonnerie
    • escalier dans-oeuvre : escalier en vis en maçonnerie
  • Statut de la propriété
    propriété d'un établissement public de l'Etat
  • Protections
    classé MH, 1995/09/08

Documents d'archives

  • Lecomte, C. Mémoire militaire de la chefferie de Rochefort, 1882-1883.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 43 J 252-256
    p. 130, 132-137
  • Atlas des bâtiments militaires, Génie, Direction de La Rochelle, place de Rochefort, 1826-1868.

    Archives du génie, La Rochelle : carton B

Bibliographie

  • Faucherre, Nicolas ; Prost, Philippe ; Chazette, Alain, Le Blanc, François-Yves. Les fortifications du littoral ; la Charente-Maritime, Chauray : Editions patroines et médias, 2000.

    p. 119-125

Annexes

  • Extrait de : Groc, Edmond. Projet de création d'un dépôt de convalescents à l'ïle d'Aix. Physiothérapie, cures marines, convalescences dans l'armée, La Rochelle, 1911, p. 143-145.
Date d'enquête 2019 ; Dernière mise à jour en 2020
(c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel
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