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  • (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel
  • (c) Conservation régionale des monuments historiques, Poitiers

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Vallée de la Charente - cantons du département 17
  • Commune Île-d'Aix
  • Lieu-dit Boyard
  • Cadastre 2019 AK 1
  • Dénominations
    fort
  • Appellations
    Fort Boyard
  • Parties constituantes non étudiées
    cour, quai, casemate, tourelle

Le vaisseau de pierre de Fort Boyard, devenu l'emblème de la Charente-Maritime, témoigne des fortifications côtières de la période napoléonienne. La prouesse technique s'est ici transformée en une architecture défensive d'un esthétisme rare.

Fort Boyard est une construction du 19e siècle, cependant l'idée d'implanter un fort, sur le banc de sable de Boyard entre les îles d'Aix et d'Oleron, avait germé au moment de la constitution des défenses de l'embouchure de la Charente après la création d'un arsenal à Rochefort. La puissance de feu des canons du 17e siècle, dont la portée n'excède pas 1200 mètres, est en effet insuffisante pour couvrir la distance du passage (6 kilomètres) entre les deux îles et interdire l'entrée de la rade de l'île d'Aix aux navires ennemis. Cependant Vauban ne croit pas en la faisabilité d'un tel ouvrage, en raison de la nature du sol et des courants marins à cet endroit. Le projet est ensuite régulièrement repris et abandonné comme, après la descente anglaise qui ravage l'île d'Aix en 1757, par l'ingénieur Pierre de Filley qui élabore en 1763 les plans de construction d'un fort rectangulaire à un niveau, en même temps qu'il projette la reconstruction du fort dans l'île d'Aix.

En 1801, à l'initiative de Bonaparte, Premier consul, une commission est chargée d'étudier les défenses de la rade, et le principe de la construction d'un fort sur le banc de Boyard est arrêté. Ce fort, en croisant ses feux avec les forts de l'île d'Aix et des Saumonards à Saint-Georges-d'Oleron, doit empêcher toute intrusion dans la rade d'Aix. Le coût de ce projet est estimé à 830 000 francs. L'ingénieur Ferregeau, directeur des travaux des ports maritimes, présente en 1802 les plans d'un fort à deux niveaux, en forme d'anneau, de 80 mètres de long sur 40 mètres de large, construit sur un enrochement à pierres perdues avec talus incliné. Ce projet est approuvé, et les travaux débutent en 1803. Comme annexe au chantier, un établissement comportant magasin, ateliers et logements est installé sur l'île d'Oléron à l'entrée du chenal de la Perrotine, future Boyardville. Les travaux de fondation et de soubassement sont réalisés par le service des travaux hydrauliques de la marine. Ils s'avèrent plus compliqués que prévu puisque l'on s'aperçoit que le sable, au milieu de la passe, se trouve à 4,50 mètres sous l'eau à marée basse, ce qui exige un enrochement encore plus important. En 1804, une balise scellée dans un bloc de pierre de 7 mètres cubes indique le centre de ce dernier. Deux ans plus tard, 40 000 mètres cubes de pierres constituent un enrochement qui découvre à marée basse. La première assise, constituée de blocs de 2 à 3 mètres cubes, est alors commencée. Elle reçoit la deuxième assise, dont les joints et les lits sont garnis de béton, tandis que les pierres de rives sont réunies par des crampons de fer. La dépense pour 60 000 mètres cubes de pierre et la confection du quatre cinquième de la première assise et des deux tiers de la deuxième dépasse très largement les prévisions.

Les tempêtes de l'hiver 1807-1808 détruisent les deux assises déjà posées et les ingénieurs s'interrogent sur le mode de fondation de l'ouvrage. La décision est alors prise de réduire les dimensions du fort (40 mètres sur 20), de changer sa direction, pour mieux le protéger des lames de fond, et d'augmenter la dimension des fers rendant solidaires les pierres des fondations entre elles. Le chantier s'interrompt en 1809 après l'affaire des brûlots anglais.

En 1837, une commission est chargée par le ministre de la marine d'étudier le bien-fondé de la poursuite des travaux du fort, on s'aperçoit que l'enrochement s'est compacté en se tassant d'environ un mètre depuis 1807. La reprise des travaux est décidée, mais en adoptant de nouvelles méthodes pour contrer la puissance des vagues. La surface de l'enrochement artificiel est aplani par un système de caissons de 8 mètres cubes : des murets d'un mètre de haut sont réalisés au moyen de sacs de toile remplis de ciment hydraulique et les cases ainsi formées sont remplies de béton et de chaux hydraulique. Cette structure est renforcée par une ceinture de pierre, ou risberme, de 2 mètres de large, elle-même consolidée par des blocs de pierre de taille de 15 mètres cubes. Au-dessus de la structure s'élève le soubassement en pierre de taille, de 65 mètres de longueur sur 35 de largeur, à deux mètres au-dessus du niveau des plus hautes mers. A la fin de 1848, les travaux du soubassement, réalisés sous la direction des ingénieurs Mathieu et Garnier, étant terminés, l'ouvrage est remis au service du Génie pour la construction du fort lui-même, qui se termine en 1859. Le parement intérieur est fait en pierre de Saint-Savinien. Au sous-sol, dans l’enrochement, est installée une citerne de 325 000 litres et les trois niveaux sont casematés, de façon à résister à des bombardements. Le rez-de-chaussée, où sont stockés les matériaux et les vivres, accueille aussi la cuisine et la prison. Le premier et le deuxième étage sont destinés aux logements des officiers et des soldats. La terrasse, à près de 25 mètres au-dessus du niveau moyen de la mer, est conçue comme une plateforme d’artillerie, destinée à recevoir 18 canons de 36 disposant de rails de pivotement. Une tour de vigie équipée d’un sémaphore culmine à 29 mètres. L'ouvrage est prévu pour loger 260 hommes en temps de guerre et pour être armé de 74 canons sur trois niveaux, comme un vaisseau de guerre de la fin du 18e siècle.

En 1860, il est décidé de construire un brise-lames en forme de chevron pour protéger le fort des lames venant du nord et de créer un petit port d'abordage, abrité par deux jetées dirigées vers le sud et accolé à la partie sud du fort. Devant la difficulté de fonder ces ouvrages, le projet est modifié en remplaçant le brise-lames par un éperon attenant aux maçonneries du soubassement et en fermant le petit port par un retour de l'extrémité sud de la jetée ouest vers l'est. Les travaux s'effectuent, sous la direction de l'ingénieur en chef Courbebaisse, de 1864 à 1866.

Le fort, achevé dans les années 1860 alors que les canons rayés, récemment mis au point, ont une portée d'environ 5 kilomètres, est rendu obsolète par cette évolution de l'artillerie. Il n'est donc que partiellement armé et sert de prison pendant quelques mois, après mai 1871, pour des communards en attente de déportation en Nouvelle-Calédonie. A partir de 1872, il est utilisé pour la défense passive de l'arsenal de Rochefort en abritant le déclencheur de torpilles de fond immergées, qui barrent l'entrée de la rade de l'île d'Aix. L'année suivante, l'appareil à marégraphe du fort Enet y est transféré. Dans les années 1880, la tour de vigie sert de poste d'éclairage avec l'installation d'un appareil photoélectrique qui éclaire la rade et les passes du pertuis d'Antioche (ses machines sont placées dans deux casemates du rez-de-chaussée). Une dizaine d'hommes seulement l'occupent alors, auxquels s'ajoutent des ouvriers chargés de l'entretien continuel de l'édifice. Le poste provisoire de contrôle de la ligne ouest de 48 torpilles sous-marines, en lien avec le poste du fort de la Rade, est définitivement aménagé en 1883.

En 1891, une commission estime que le fort ne répond plus aux exigences d'un ouvrage d'artillerie et qu'il faudrait prévoir d'énormes travaux de bétonnage pour sécuriser sa défense. Un ambitieux projet de transformation de l'édifice en un massif compacte plus bas avec la construction d'une tourelle cuirassée est abandonné, les progrès des armes et des poudres rendant inutile son rôle entre les deux îles. De plus, le poste d'éclairage est supprimé au moment de la création des postes photoélectriques des îles d'Aix et d'Oléron. En revanche, le poste de contrôle de torpilles sous-marines est aménagé définitivement. Il occupe presque tout le 2e étage du musoir nord. Jusqu'en 1911 au moins, il est confié à la surveillance d'un quartier-maître et de deux matelots de la défense fixe qui ne sont relevés qu'après un mois de garde. Puis, déclassé en 1913, le fort est abandonné.

Inscrit au titre des Monuments historique en 1950, l'édifice est remis aux Domaines en 1961 et vendu aux enchères à un particulier l'année suivante. Le petit port et le brise-lames disparaissent peu à peu sous l'assaut des vagues. Des séquences du film "Les Aventuriers" y sont tournées en 1966, ainsi qu'une émission du jeu télévisé la chasse aux trésors en 1980. Après l'abandon de nombreux projets, le fort est vendu en 1988 au Conseil général de Charente-Maritime, qui adhère à l'idée du producteur Jacques Antoine de transformer le fort en studio de tournage pour une émission intitulée "les Clés de Fort Boyard", dont le succès fait connaître le fort internationalement. L'aménagement comprend notamment l'installation d'une plateforme du côté ouest pour faciliter l'abordage, l'établissement d'une passerelle en bois au premier étage de la cour et la mise en place d'une structure en métal et verre au-dessus de la tour de vigie. Le succès de l'émission est tel que l'édifice, remis en état, fait constamment l'objet de travaux pour sa conservation.

Le Fort est situé à mi-distance à peu près de l'île d'Aix (2 900 mètres) et de l'île d'Oleron (2 400 mètres), passage entre le pertuis d'Antioche au nord et les rades de l'île d'Aix et des Trousses à l'est de l'île d'oléron. Il se présente comme un mastodonte de forme oblongue. Malgré sa hauteur d'environ 25 mètres au-dessus du niveau de la mer, lors des tempêtes, les embruns des vagues arrivent sur la plateforme supérieure et retombent dans la cour. Au milieu de la face sud-ouest, un escalier extérieur en pierre donne accès au fort.

Il est construit en pierre calcaire des Charentes avec un parement de granite pour les assises de son soubassement. Le mur extérieur, qui présente un fruit, a une épaisseur de 2,50 mètres à la base et de 1,60 mètres à son sommet. Chacun de ses trois niveaux présente 26 embrasures de tir identiques, dont certaines ont été murées au premier niveau des musoirs. Toutes les embrasures du premier niveau sont surmontés d'un évent, muré dès l'origine. La plateforme sommitale est protégée par un parapet de 4 mètres d'épaisseur, partiellement en brique du côté intérieur et couronné d'une tablette. Au sol, les rails de pivotement des pièces d'artillerie sont visibles. Du côté sud, la vigie se présente comme une tour, couronnée par une corniche et surmontée par une structure métallique en grande partie récente. Elle renferme un escalier en vis.

De plan annulaire d'environ 65 mètres sur 35, le fort renferme une cour intérieure de 12 mètres de large. Les façades sont entièrement en pierre de taille, avec des bandeaux séparant les trois niveaux d'ouvertures. Au rez-de-chaussée la pierre est mise en oeuvre en table. Dans les grands côtés de la cour, les ouvertures forment cinq travées de part et d'autre, composées chacune d'une porte en plein cintre sous une fenêtre en plein cintre, surmontée d'une autre fenêtre à linteau segmentaire. Les deux extrémités arrondies présentent une galerie dotée de sept arcs en plein cintre, obturés au rez-de-chaussée, hormis celui du centre, et ouverts pour les deux niveaux supérieurs. Chaque ouverture correspond à un module d'environ 5 mètres de large pour 8 mètres de profondeur, voûté et régulièrement disposé sur le pourtour de l'ellipse, formant casemate de tir. Deux escaliers en bois partent de la cour pour desservir les étages. Actuellement, une passerelle en bois, installée au premier étage autour de la cour, facilite les déplacements dans le fort.

  • Murs
    • calcaire pierre de taille
    • granite pierre de taille
  • Toits
    pierre en couverture
  • Étages
    2 étages carrés
  • Couvrements
    • voûte en arc-de-cloître
  • Couvertures
    • terrasse
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre : escalier tournant en charpente
    • escalier dans-oeuvre : escalier en vis en maçonnerie
    • escalier de distribution extérieur : escalier droit en maçonnerie
  • Statut de la propriété
    propriété du département
  • Protections
    inscrit MH, 1950/02/01

Documents d'archives

  • Archives du génie : île d'Oléron, île de Ré, Saintes ; fort Boyard, 1849-1915.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 12 J art 23

Bibliographie

  • Doucinot, Didier, "Le fort Boyard ; vaisseau de pierre, monstre créateur". Les Cahiers d'Oléron, n° 5, 1986.

    p. 5-26
  • Exposition universelle à Paris en 1867. Empire français. Notices sur les modèles, cartes et dessins relatifs aux travaux publics réunis par les soins du ministère de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics, Paris : E. Thunot et Cie, 1867.

    p. 453-459
  • Faucherre, Nicolas. Bastions de la mer ; le guide des fortifications de la Charente-Maritime, Chauray : Editions patrimoines et médias, 1995.

    p. 50-55
  • Faucherre, Nicolas ; Prost, Philippe ; Chazette, Alain, Le Blanc, François-Yves. Les fortifications du littoral ; la Charente-Maritime, Chauray : Editions patroines et médias, 2000.

    p. 147-159
  • Groc, Edmond. Physiothérapie, cures marines, convalescence dans l'armée, La Rochelle, 1911.

    p. 181
  • Van Tenac. "Le fort Boyard", Revue littéraire de l'ouest : journal des travaux de la Société de statistique de département des Deux-Sèvres, Niort, 1836.

    p. 204-208

Annexes

  • Extrait d'une note sur des avant-projets de réorganisation du fort Boyard, le 24 décembre 1891. AD Charente-Maritime, 12 J art 23.
Date d'enquête 2020 ; Dernière mise à jour en 2020
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