Dossier d’œuvre architecture IA23000545 | Réalisé par
Philippe Emmanuelle (Contributeur)
Philippe Emmanuelle

Chercheur Inventaire, SRI Limousin de 2009-2012

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  • inventaire topographique, commune d'Aubusson
Filature et tissage (usine de tapis) dits manufacture Sallandrouze Frères, puis tissage (usine de tapis et usine de moquette haut de gamme) dit Manufacture Royale du Parc
Auteur
Copyright
  • (c) Région Limousin, service de l'Inventaire et du Patrimoine culturel
  • (c) Ville d'Aubusson

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Aubusson - Aubusson
  • Hydrographies la Creuse
  • Commune Aubusson
  • Adresse 21 rue Saint-Jean
  • Cadastre 2007 AK 206, 205, 409, 483, 485
  • Dénominations
    filature, tissage
  • Précision dénomination
    usine de tapis, usine de moquette haut de gamme
  • Appellations
    dits manufacture Sallandrouze Frères, puis Manufacture Royale du Parc
  • Parties constituantes non étudiées
    atelier de fabrication, bureau, cheminée d'usine, entrepôt industriel, logement de contremaître, usine de teinturerie, chaufferie

En 1885, plusieurs membres de la famille Sallandrouze, dont certains issus d'une branche cadette, les Sallandrouze Le Moullec, s'associèrent sous le nom de Sallandrouze Frères pour exploiter une manufacture de tapis.

En 1885, plusieurs membres de la famille Sallandrouze, dont certains issus d'une branche cadette, les Sallandrouze Le Moullec, s'associèrent sous le nom de Sallandrouze Frères pour exploiter une manufacture de tapis.

D'après les matrices cadastrales et les registres de la société, les bâtiments de la manufacture furent édifiés en deux temps, sur un terrain de plus de deux hectares bordé d'un côté par la Creuse et de l'autre, par la rue Saint-Jean. Avant 1885 furent élevés deux corps de bâtiments formant équerre destinés à accueillir les ateliers de tissage des tapis, moquettes et carpettes, lisses ou veloutées. D'après les cartes postales du premier quart du 20e siècle, ils comportaient trois étages carrés percés de très nombreuses baies surbaissées à encadrements de brique. Du côté de la rue Saint-Jean, l'entrée de ces deux ailes, d'une superficie totale de plus de 2150 mètres carrés, était marquée par un avant-corps à fronton triangulaire. Le travail y était entièrement mécanisé puisqu'elles abritaient des métiers à tisser de type Jacquard, actionnés par une puissante machine à vapeur.

Le bâtiment de la machine à vapeur et de son générateur, visible sur les cartes postales, fut également construit avant 1885. Situé à l'arrière des ateliers, du côté de la Creuse, il était recouvert d'une toiture à croupe et se distinguait par sa haute cheminée en briques. Toujours avant 1885 furent édifiés des bâtiments bas à usage de hangars, d'ateliers et de remise, ainsi que des écuries, des logements et une loge de concierge.

Une seconde campagne de construction eut lieu entre 1885 et 1888. Elle concerna la filature de laine mixte et cardée, élevée à l'entrée du site, dans la courbure de la rue Saint-Jean, ainsi que plusieurs bâtiments situés à l'est, du côté de la rivière : la nouvelle teinturerie, la chaufferie, les ateliers d'entretien des machines (forge et serrurerie) et divers autres édifices (dont un séchoir et des réserves).

En 1890, la famille Sallandrouze fit édifier un premier logement patronal en face de la manufacture, dans un style éclectique s'apparentant aux réalisations de l'époque Louis XIII (voir notice IA23000521).

La société Sallandrouze Frères se développa très rapidement. Elle remporta le Grand Prix aux Expositions Universelles de Paris, en 1889 et d'Anvers, en 1894. A la fin du 19e siècle, elle employait près de 800 ouvriers. Son siège social était basé à Paris, 36 rue des Jeûneurs (1896).

Au début du siècle suivant, deux nouveaux logements patronaux furent édifiés sur des terrains jouxtant la manufacture de tapis, le château Saint-Jean (voir notice IA23000540) et la villa Saint-Jean (voir notice IA23000549).

En 1925, l'entreprise devint une société anonyme au capital de 10 millions de francs, constituée pour une durée de 99 ans. Elle déménagea son siège social au 12, rue Notre-Dame-des-Victoires. Ses principaux actionnaires étaient Charles, Paul et Henry Sallandrouze Le Moullec, ainsi que M. Denis et R. de Civille. A partir de 1930, l'usine traversa une grave crise, qui conduisit ses administrateurs à réduire drastiquement les salaires et les effectifs : en 1933, elle ne comptait plus que 259 ouvriers. La situation s'améliora graduellement dès 1936, grâce à la perspective de l'Exposition Internationale de 1937 et d'une grande commande pour la Compagnie des Chemins de Fer. En 1937, l'usine était divisée en trois ateliers, appelés "compartiments" : un compartiment "tapis unis et moquettes", où les ouvriers travaillaient 32h par semaine ; un compartiment "Jacquard" et enfin, un compartiment "point noué mécanique". Pour lutter efficacement contre la concurrence, l'entreprise mit au point une nouvelle stratégie : proposer des articles inédits à moindre coût et réduire son capital de dix millions à deux millions cinq cent mille francs, afin de combler le déficit.

Le 15 juillet 1944, l'usine fut bombardée par erreur par les Allemands de la Luftwaffe, qui survolèrent la ville. Ils cherchaient probablement, à l'origine, à toucher les fonderies stratégiques du quartier de la Beauze. Trois parties de la manufacture furent préservées du dramatique incendie qui suivit : les bureaux et un hangar situé au nord-ouest de la cour ; les bâtiments implantés à l'est, en surplomb sur la rivière (dont la teinturerie, la chaufferie et l'atelier d'entretien des machines) et au sud-ouest, un autre ensemble constitué par la filature intégrée et le logement du contremaître, épousant la courbe de la rue Saint-Jean.

L'usine fut reconstruite dès août 1948 par l'architecte de la commune d'Aubusson, Paul Pinlon, qui supervisa le travail. Sur l'emplacement des deux immenses ailes totalement ruinées de l'ancienne manufacture, il fit bâtir deux séries d'ateliers sous sheds, dont certains à profil courbe, caractérisés par l'usage du béton armé. Pinlon harmonisa ces nouveaux bâtiments avec ceux de la filature grâce à la répétition de motifs décoratifs tels que les ouvertures en hublots. A l'ouest du site, afin de rattraper la différence de niveau occasionnée par la dépression des terrains en direction de la rivière, les ateliers furent construits sur pilotis.

En 1966, Sallandrouze Frères S.A. employait 145 salariés ; en 1982, 141 personnes y travaillaient.

En 1991, la S.A. Sallandrouze Frères dépose son bilan. Son activité est reprise par la S.A. Sallandrouze, créée par Daniel Auclerc et principalement spécialisée dans la moquette de luxe de petite largeur, jusqu'en 1996, puis par la SARL Manufacture Royale du Parc, d'abord sous l'égide du groupe Balsan (établi à Châteauroux), puis, à partir de 2000, sous le contrôle de la Manufacture Real do parque-textil, une société portugaise installée à Lisbonne et filiale du groupe belge De Poorter. La MRP dépose elle-même son bilan en décembre 2000. Après sa mise en redressement judiciaire, elle est reprise en mars 2001 par le groupe lyonnais UTD (Union Textile Distribution). En 2005, elle quitte les locaux vétustes de la rue Saint-Jean pour s'installer dans les anciens bâtiments de la DITO-SAMA, loués par la commune, dans le quartier de Beauze. Elle y poursuit aujourd'hui son activité, tournée majoritairement vers la moquette haut de gamme, avec 35 salariés. La MRP travaille principalement pour le secteur ferroviaire, qui représente 60 % de sa production. Elle dispose d'un catalogue de plus de 2500 modèles. Les matières premières ne sont plus traitées ni teintes sur place, mais dans l'une des filiales de la MRP, les Moquettes Julio Flipo basées à Tourcoing ou à la filature de Rougnat (Creuse).

Depuis le déménagement de 2005, le site de la rue Saint-Jean est presque totalement désaffecté. Seul un petit atelier de finition (encollage des moquettes), occupant une dizaine d'ouvriers, y demeure encore en activité. L'ensemble de l'usine est menacé par des projets immobiliers (construction d'une piscine municipale).

A l'intérieur de l'ancienne chaufferie sont conservées deux chaudières à vapeur à combustion Roser (étudiées, voir notice IM23001786).

Selon les témoignages subsistants (cartes postales de la 1ère moitié du 20e siècle), la manufacture de tapis Sallandrouze Frères, avant le bombardement de 1944, ceignait toutes les hauteurs du quartier Saint-Jean. Elle comportait deux longues ailes disposées en équerre, à trois étages percés de baies surbaissées à encadrements de briques, sous un toit à longs pans recouvert de tuiles plates. Ses façades étaient rythmées de bandeaux de pierre filants, qui marquaient ses différents niveaux. Le rez-de-chaussée de l'usine présentait une série d'arcatures en briques. Son entrée, sur la rue Saint-Jean, se signalait par un grand fronton triangulaire orné d'une baie géminée surmontée d'un oculus et d'un arc de décharge en briques. Du côté de la Creuse, qu'elle surplombait, la manufacture était entourée de terrains vagues, qui furent convertis en jardins ouvriers dans les années trente. C'est sur leur emplacement que fut percée l'avenue des Lissiers, vers 1970, au moment où la traversée d'Aubusson par la RN 141 de Clermont-Ferrand à Limoges fut détournée par le vallon du Léonardet afin d'éviter le centre ville historique.

Aujourd'hui, l'usine se compose de plusieurs corps de bâtiments disparates, implantés sur un site de plus de deux hectares. Au sud-ouest, épousant la courbe de la rue Saint-Jean, se trouve l'ancienne filature de laine peignée et cardée. Elle se compose d'un étage de soubassement en moellons de granite et d'un rez-de-chaussée en pierre enduite, avec chaînage de briques pour les pilastres et l'encadrement des oculi. L'ensemble est couvert de sheds à charpente métallique et couverture en tuiles creuses. Le logement du contremaître, accolé à la filature, paraît dater de la même période car il présente une architecture homogène. Il se compose d'un étage de soubassement percé d'un oculus et d'un rez-de-chaussée, surmontés d'un toit à longs pans recouvert de tuiles plates. Sa façade antérieure, en moellons enduits et orientée vers la rue Saint-Jean, est animée par des pilastres, des bandeaux et des encadrements en briques. Elle est précédée d'un bel escalier en rocaille et d'une petite cour fermée par un muret surmonté d'une grille en fer forgé. Au nord-ouest, à l'entrée du site, se trouvent les anciens bureaux de l'entreprise. Ils se composent de trois corps de bâtiments en brique enduite et soubassement de moellons de granite, largement modifiés. Ces bureaux sont précédés par la loge du concierge de l'usine, semi-circulaire et dotée d'une large fenêtre en bandeau. Aux bureaux ont été accolés, dans les années cinquante, des logements ouvriers formant un U et bâtis en béton sur pilotis. A l'extrême nord du site subsiste (parcelle 205) un long bâtiment d'entrepôt et de garage en pierre enduite, chaînages d'angle en pierre de taille et encadrements en briques, sous en toit à longs pans recouvert de tuiles plates. Il présente un étage carré et un étage de comble percé d'une unique lucarne à pignon, avec un fronton triangulaire souligné par des moulures et des joues bardées d'essentes. Son avant-toit, soutenu par des aisseliers, porte encore la trace de l'accroche d'une poulie.

Les ateliers centraux, construits après le bombardement de 1944, sont couverts de sheds à profil courbe reposant sur une structure de béton armé. A l'est, ils ont été bâtis sur pilotis, afin de rattraper la déclivité du terrain et sont couverts de sheds en tuiles mécaniques. Au sud-est du site se trouvent trois bâtiments en mauvais état, mais homogènes, que leurs caractéristiques architecturales (construction en moellons de granite enduits, baies cintrées, chaînages d'angle en pierre de taille et encadrements de briques) rattachent à la seconde campagne d'édification de l'usine Sallandrouze (1885-1888). Il s'agit d'un atelier d'entretien, partiellement détruit par un incendie en 1992 ; de la chaufferie, qui était alimentée en eau grâce à des canalisations pompant la Creuse et de la teinturerie. La chaufferie contient encore deux chaudières à vapeur Roser (étudiées, voir notice IM23001786), dont la généralisation avait débuté avec l'Exposition Universelle de 1900. Elles ont été remplacées dans les années 1950 par un générateur de vapeur à gaz, modèle Steambloc, qui se trouve toujours en place dans un petit local couvert en appentis et en tôle ondulée, adossé à la teinturerie. La teinturerie, construite en moellons de granite enduits, constitue un large vaisseau rythmé par des arcades en briques. Elle est couverte d'une toiture à deux pans en tôle ondulée, largement remaniée, reposant sur une charpente métallique retombant, dans les premières travées, sur de fines colonnettes en fonte, puis sur d'épais poteaux de section cruciforme. Au sol, sont encore visibles les cuves sur lesquelles étaient établis les bacs en aluminium qui servaient à tremper les écheveaux de laine et à les colorer. La teinturerie a également conservé pour partie les tirants métalliques sur lesquels circulaient les palants qui acheminaient les écheveaux.

  • Murs
    • granite
    • pierre
    • brique
    • enduit
    • moellon
  • Toits
    tuile creuse, tuile plate, verre en couverture, béton en couverture
  • Plans
    plan régulier
  • Couvrements
    • charpente métallique apparente
    • charpente en béton armé apparente
  • Couvertures
    • toit à longs pans
    • shed ovoïde
  • Énergies
    • énergie thermique
    • produite sur place
    • générateur
  • État de conservation
    établissement industriel désaffecté, menacé
  • Techniques
    • maçonnerie
  • Statut de la propriété
    propriété privée
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Éléments remarquables
    machine énergétique, machine de production
  • Sites de protection
    Zone de protection du patrimoine architectural urbain et paysager

Site menacé par des projets immobiliers.

Les éléments remarquables ont été étudiés : Ensemble de deux chaudières à vapeur à combustion Roser (IM23001786).