Logo ={0} - Retour à l'accueil

Établissement thermal

Dossier IA64002721 réalisé en 2018

Fiche

Dénominationsétablissement thermal
Aire d'étude et cantonPyrénées-Atlantiques
AdresseCommune : Laruns
Lieu-dit : Eaux-Chaudes
Adresse : Place des
Thermes
Cadastre : 2018 BE 2

Genèse d'un "établissement thermal-modèle"

La construction d'un nouvel établissement thermal au-dessus de la source du Clôt, découverte dans une petite grotte en 1785 et exploitée depuis 1805, est évoquée dès les années 1820 alors que l'architecte Jean Latapie effectue de nombreux travaux au sein du Vieil établissement. Un premier bâtiment précaire, destiné à l'exploitation de cette nouvelle source et comprenant 10 chambres, est édifié à la fin de cette décennie. En 1825, l'ingénieur Cailloux propose un plan général des lieux ainsi que des améliorations envisageables, mais les travaux sont ajournés par manque de moyens. A la fin de la monarchie de Juillet, le Vieil établissement est en si mauvais état et les prestations d'hébergement et de restauration sur place sont de si piètre qualité que les autorités se décident à bâtir un nouvel édifice, canalisant non seulement les eaux du Clôt, mais aussi celles du Rey et de l'Esquirette, ce qui implique de déplacer les constructions liées aux bains davantage vers le gave.

Après avoir imaginé un projet - non exécuté - d'hospice thermal en 1813 et avoir régulièrement conduit les travaux d'entretien du Vieil établissement, Vincent Latapie, architecte départemental des Basses-Pyrénées et frère du précédent est désigné pour concevoir ce projet ambitieux destiné à incarner "l'établissement thermal-modèle". L'architecte souligne entre autres contraintes la difficulté du terrain très escarpé, qui explique l'implantation inamovible de l'édifice, la disposition des 21 cabinets de bains autour de trois réservoirs, et donc le plan si caractéristique de l'établissement composé d'un carré flanqué de trois hémicycles. L'édifice concentre en outre l'ensemble des fonctions périphériques à l'activité thermale, telles que des logements et des salles de loisirs (billard, lecture, bal). Mais, en réalité, ce type de construction compilant toutes les fonctions de la vie thermale, pertinent au début du 19e siècle, commence déjà à être dépassé au regard des bâtiments exclusivement dédiés à l'usage médical construits à l'époque, à l'instar des thermes de Luchon.

L'exécution du projet

Les plans, dont la partie hydraulique est réalisée par l'ingénieur Jules François, et le devis d'un montant de 240.000 francs sont approuvés par le Conseil général le 1er août 1838. Selon la procédure habituelle, le Conseil des bâtiments civils examine ensuite le projet - dont l'institution fait d'ailleurs l'éloge, et le valide en 1840. Les travaux débutent dès l'année suivante. La fourniture de pierre pour les murs de fondation est adjugée au carrier Jean Sajus, avec un renouvellement le 9 janvier 1842.

En 1847, Jules François établit un rapport sur les travaux complémentaires à effectuer à l'intérieur des bains de l'Esquirette, situés à l'étage intermédiaire, et ceux du Clôt situés à l'étage inférieur. En 1850, suite à une réclamation de l'entrepreneur Lassalle-Barrère, auquel la commune doit 26.221 francs depuis 1847, Latapie indique qu'il reste encore une partie considérable des travaux à exécuter. En 1852, malgré le chantier inachevé, le médecin thermal Izarié note dans son rapport annuel qu'il reçoit progressivement le mobilier des salons, notamment destinés à accueillir le casino dit "Le Cercle", selon une délibération du conseil municipal de 1854. Dans son rapport de la même année, entre autres améliorations relatives aux bains, Izarié préconise encore l'achèvement des logements destinés aux étrangers. Le gros œuvre semble donc terminé vers 1854-1855.

Pour autant, le nouvel architecte départemental Gustave Lévy effectue rapidement des travaux "de restauration" portant sur l'ornementation. En 1855, il dresse un devis détaillé qui donne une idée relativement précise des matériaux utilisés pour les décors - pour la plupart aujourd'hui disparus. Il mentionne notamment la présence de stucs dans sept cabinets de bains, de peinture à l'huile à deux couches sur les portes des cabinets, les fenêtres des galeries, les plinthes et les baguettes d'angles, ainsi que du badigeon à la colle à trois couches pour les plafonds, les murs et les voûtes. Cette même année, Latapie, qui a quitté ses fonctions d'architecte départemental, délivre toutefois le certificat de capacité de Pierre Courrèges, entrepreneur de travaux publics aux Eaux-Bonnes, auquel sont adjugés les travaux.

L'année suivante, la commune est de nouveau confrontée aux difficultés financières qu'elle rencontre depuis l'exécution de ce projet. Après avoir fait deux emprunts de 50.000 francs en 1843 et 1846, elle indique avoir été victime de faux calculs et de prévisions "toujours trompées" qui l'ont poussée à chercher les ressources dont elle était dépourvue en cours d'exécution, d'autant que l'état de l'édifice nécessite des améliorations urgentes, notamment en raison du "défaut de propreté" et "du manque d'air, de lumière et de cabinets de toilette contigus".

En 1857, le médecin thermal Izarié, qui considère l'établissement comme "un véritable palais monumental", souligne l'absence cruelle de chauffage pour l'eau du réservoir du Rey dont le rétablissement serait un atout considérable pour la "richesse balnéaire" de la station. Il demande également la création de deux cabinets de douche et bains douches dans les hémicycles du Rey et du Clôt, la finalité étant de conserver l'organisation des bains par classe sociale (les espaces inférieurs sont réservés aux baigneurs des 2e et 3e classes ainsi qu'aux indigents ; les espaces supérieurs sont dédiés aux curistes de 1ère classe). Cette suggestion l'expose au désaccord de l'architecte départemental qui craint pour "l'harmonie intérieure" de l'édifice tandis que le médecin préfère "blesser le goût architectural de quelques puristes exagérés". Par ailleurs, le médecin préconise de couvrir l'escalier menant à la piscine, dans le soubassement pour éviter aux curistes d'être exposés en sortant du bain. Le cahier des charges pour l'adjudication de 1863 propose une description très précise de la distribution de l'édifice précisant que se trouve, dans la cour intérieure, une source d'eau commune froide qui jaillit près de l'ancien chemin de la grotte où se situe la résurgence du Clôt. Parmi les améliorations suivantes, Gustave Lévy conçoit un petit pavillon supplémentaire d'un étage abritant une lampisterie, une buanderie et une salle à repasser en 1864.

D'importants travaux sont ensuite exécutés par l'entrepreneur Abbadie fils en 1869 sous la direction de Jules Turon. Selon le devis estimatif élaboré dans ce cadre, toute la pierre de taille aurait alors été repassée pour partie à la fine boucharde, pour autre partie à la brosse. Le devis prévoit également le crépissage au mortier de ciment des corridors et des cabinets de bains attaqués par le salpêtre, qui doivent ensuite être badigeonnés au lait de chaux et à la colle. Il indique par ailleurs la nécessité de repasser l'ensemble des peintures et signale entre autres la fragilité de la toiture abîmée par les vents violents.

Remaniements sous la Troisième République

Dès 1884, la rénovation de l'établissement, que réclament notamment "les étrangers", fait l'objet de débats au conseil municipal, car, bien qu'il soit considéré comme "l'un des plus beaux des Pyrénées", ses aménagements et installations médicales commencent à être vétustes et défectueux. Une commission, incluant notamment le docteur Meunier, médecin thermal des Eaux-Bonnes, le docteur Daranz et l'architecte départemental Émile Doyère, est formée pour mener la réflexion. L'année suivante, cette commission conclut que les travaux s'élèveraient à 140.000 francs. En raison de son manque de moyens, la commune fait inscrire dans le nouveau cahier des charges de l'affermage 150.000 francs de travaux, dont 20.000 francs à effectuer la première année, 15.000 francs la deuxième et 15.000 francs la troisième.

En 1886, Émile Doyère, qui vient d'édifier la villa Excelsior aux Eaux-Bonnes, est désigné pour mener les travaux. Il dresse l'année suivante un projet de restauration de l'établissement thermal. Celui-ci comprend en particulier la démolition de l'hémicycle du Rey situé à l'est, dont tous les équipements, notamment les baignoires, les vasques, les marbres et les boiseries, sont déposés. Il conçoit également une charpenterie en fer pour l'hémicycle de l'Esquirette, au nord de l’édifice, visible sur la seule carte postale ancienne connue illustrant les décors antérieurs aux années 1950. Cette structure à la fois fonctionnelle et décorative témoigne pleinement de l'émergence grandissante de ce matériau en architecture dans la seconde moitié du 19e siècle et annonce sa vogue durant la Belle Époque.

Le devis dressé par Doyère, qui n'occupe que très brièvement le poste d'architecte départemental et s'expatrie au Chili, est, après validation du préfet, tamponné par son successeur, Philippe Leidenfrost en 1890. La matrice cadastrale confirme que la démolition partielle des bains survient entre 1887 et 1888. Le projet de Doyère est tout d'abord exécuté à partir de 1888 sous ses propres ordres et en plusieurs lots, par l'entrepreneur Courtade, qui doit percevoir 30.828 francs, par Isidore Prunet, chaudronnier plombier qui procède à la nouvelle installation hydraulique, puis par Lapuyade, Ilhé et Péhourcq, qui doivent encore recevoir un reliquat de 6.500 francs sous la responsabilité de Leidenfrost en 1892.

Au tournant du 20e siècle, l'accès aux actuels bureaux de l'administration était limité par un comptoir en bois occupant la largeur du vestibule et qui accueillait une bibliothèque avec service de vente ou location de livres ainsi qu'une parfumerie dont les produits étaient entreposés au sein de l'armoire centrale entre les deux arcs en plein-cintre. Concernant les espaces extérieurs, le parvis de l'établissement était aménagé en jardin ornemental avec étendues gazonnées et arborées. La passerelle conduisant à la promenade d'Argout (ou de l'Impératrice) était implantée au nord de l'édifice jusqu'en 1882, moment où la commune opte pour une reconstruction de plain-pied avec le parvis au sud afin de faciliter la traversée.

Des deux conflits mondiaux aux Trente Glorieuses

C'est sans doute au début du 20e siècle qu'est réalisé dans l'hémicycle ouest le vitrail illustrant la source du Clôt, signé du peintre-verrier G. Sacreste. Durant la Première Guerre mondiale, l'établissement est réquisitionné en vue de l'hospitalisation des blessés dès 1915. Un inventaire du mobilier est dressé par un dénommé Lailhergue, officier d'administration de 3e classe et gestionnaire des formations sanitaires des Eaux-Bonnes.

En 1930, les architectes Sajous et Hébrard, établis à Paris et Biarritz, procèdent entre autres travaux à la surélévation du dernier étage afin d'y installer des logements supplémentaires. Cette même année, la concession de l'établissement thermal est confiée à la Société mutuelle de retraite des médecins du front et placée sous la direction du docteur de Médevielle. L'établissement, qui n'a plus de casino, propose entre autres 80 chambres, des suites de luxe, des animations musicales, un cinéma, un salon de danse ou encore des bals et fêtes pour enfants, sans compter les animations traditionnelles ossaloises. Après la faillite de ce bail, la concession est accordée à un dénommé Gaspard.

Après la Seconde Guerre mondiale, en 1947, c'est l'Entraide Sociale qui obtient la concession de l'établissement thermal, mais aussi de plusieurs anciennes pensions bourgeoises et hôtels où sont hébergés les curistes plus humbles relevant du nouveau tourisme sanitaire et social. Entre 1958 et 1997, l'association caritative, marquée par les personnalités de son médecin, le docteur Simian, et de son directeur Albert Guichot, auquel est attribuée la réussite de la station, procède à d'importantes transformations, faisant disparaître définitivement les décors originels du 19e siècle au profit de carrelages de série installés par économie et hygiénisme hospitalier dans l'ensemble des édifices qu'elle gère. Du sous-sol aux combles, des logements aux cabinets de bains, tous les espaces des thermes sont tapissés de ces carrelages, certains bleus, d'autres blancs, souvent marrons, rehaussés de motifs floraux ou de soleils en mosaïques. Dans le soubassement, les bains situés dans la galerie après la piscine sont destinés aux enfants et revêtus de carrelages aux motifs des Fables de La Fontaine alors que, dans le contexte de la reconstruction du pays, l'hémicycle nord arbore les blasons des principales villes de France.

A l'initiative d'Albert Guichot, une passerelle est installée en 1954 au-dessus de la route nationale entre l'hôtel de France et les environs de l'établissement afin de sécuriser la traversée. C'est également durant cette période que la cour intérieure est couverte - et mise à l'abri - par des pavés de verre. En 1963, l'engagement et le dynamisme d'Albert Guichot sont salués par l'académie de médecine qui lui transmet "ses félicitations pour son œuvre de bâtisseur, [et] de la reconnaissance pour son apport exceptionnel à la santé publique". Le bail avec l'Entraide sociale prend fin en 1997 pour laisser place à une gestion en régie.

Période(s)Principale : 2e quart 19e siècle
Secondaire : 3e quart 19e siècle
Principale : 4e quart 19e siècle
Principale : 2e quart 20e siècle
Secondaire : 3e quart 20e siècle
Dates1841, daté par source
1887, daté par source
1930, daté par source
Auteur(s)Auteur : Abbadie fils
Abbadie fils

Entrepreneur domicilié aux Eaux-Chaudes dans les années 1860 et 1870.


Cliquer pour effectuer une recherche sur cette personne.
entrepreneur attribution par source
Auteur : Doyère Emile
Doyère Emile (1842 - )

Ancien élève de l’École des Beaux-arts, architecte des édifices diocésains et architecte départemental, partisan de Viollet-le-Duc et des doctrines anti-académiques, qui s'illustre magistralement dans la seconde partie de sa carrière au Chili.


Cliquer pour effectuer une recherche sur cette personne.
architecte départemental attribution par source
Auteur : Leidenfrost Philippe
Leidenfrost Philippe

Dans les Basses-Pyrénées dans les années 1890.


Cliquer pour effectuer une recherche sur cette personne.
architecte départemental attribution par source
Auteur : François Jules
François Jules

Ingénieur des Mines.


Cliquer pour effectuer une recherche sur cette personne.
ingénieur attribution par source
Auteur : Lévy Gustave
Lévy Gustave (1826 - 1885)

Architecte départemental des Basses-Pyrénées, en poste entre 1856 et 1879. Il travailla notamment pour les églises de : Garlin (reconstruction, 1856-1864), Rontignon (achèvement, 1857-1861), Arzacq (construction, 1857-1868), Eaux-Bonnes (temple protestant, thermes, mairie, écoles..., 1857-1861), Aubertin (construction, 1859-1867), Bougarber (clocher, 1861-1868), Bilhères (agrandissement, 1863-1867), Eaux-Bonnes (église, 1862-1869), Saint-Palais (deux projets de construction refusés, 1863 et 1864), Lamayou (construction, 1864-1876), Maucor (reconstruction, avant 1867), Beuste (construction, 1864-1869), Bordes (construction, 1864 puis 1872-1885), Saint-Faust (construction, 1866-1867), Arbus (reconstruction, 1867-1868), Portet (reconstruction, 1867-1870), Abère (projet de reconstruction non exécuté, 1868), Ponsons-Dessus (construction, vers 1868), Saint-Vincent (projet de construction d'un clocher, non exécuté, 1868), Soumoulou (projet de construction non exécuté, 1870), Boeil-Bezing (reconstruction, 1871), Arrien (projet de reconstruction non exécuté, 1872), Esquiule (reconstruction, 1874-1879).

Plusieurs travaux et équipements importants lui sont attribués à Pau : réaménagement de l'ancien asile d'aliénés départemental et construction d'un nouveau (Saint-Luc, 1865-68) ; hôtel de ville-théâtre (1862) ; prison départementale (1863) ; Grand Hôtel (1862)...


Cliquer pour effectuer une recherche sur cette personne.
architecte départemental attribution par source
Auteur : Turon Jules
Turon Jules

Conducteur de travaux, actif dans la seconde moitié du XIXe siècle aux Eaux-Bonnes et aux Eaux-Chaudes.


Cliquer pour effectuer une recherche sur cette personne.
conducteur de travaux attribution par source
Auteur : Sajous Henri Paul Pierre
Sajous Henri Paul Pierre (1897 - 1975)

Né à Bordeaux, mort à Nice. Prénom usuel : Henri. Architecte à Biarritz dans l'entre-deux-guerres, associé à Émile Molinié, Charles Hébrard et Charles-Henri Nicod ; travaille au Brésil de 1930 à 1959, puis à nouveau en France de 1959 à sa mort.


Cliquer pour effectuer une recherche sur cette personne.
architecte attribution par source
Auteur : Hébrard Charles
Hébrard Charles

Architecte à Biarritz, associé dans l'entre-deux-guerres à Henri Sajous et Charles-Henri Nicod.


Cliquer pour effectuer une recherche sur cette personne.
agence d'architecture attribution par source
Auteur : Sacreste G. peintre-verrier signature
Auteur : Latapie Jean
Latapie Jean (1784 - 1837)

Architecte municipal de Pau (1810-1837), ayant œuvré à d'autres chantiers (Eaux-Bonnes, Eaux-Chaudes...).

Fils de Guillaume Latapie, maçon de Jurançon, et frère aîné de Vincent Latapie, architecte départemental des Basses-Pyrénées, avec lequel il est parfois confondu.


Cliquer pour effectuer une recherche sur cette personne.
architecte (?), attribution par travaux historiques
Auteur : Latapie Vincent
Latapie Vincent (1797 - 1860)

Architecte départemental des Basses-Pyrénées de 1837 à 1853 ; intervient également comme architecte secondaire de la Couronne sur le chantier du château de Pau.

Fils de Guillaume Latapie, maçon de Jurançon, et frère cadet de Jean Latapie, architecte municipal de Pau, avec lequel il est parfois confondu.


Cliquer pour effectuer une recherche sur cette personne.
architecte départemental attribution par source

Un édifice néoclassique dans le paysage pyrénéen

L'édifice est une référence manifeste au néoclassicisme plébiscité au sein des thermes romantiques de la première moitié du 19e siècle. Implanté sur un terrain escarpé au-dessus du gave, son plan rectangulaire est flanqué de deux hémicycles au nord et à l'ouest, vers où sont acheminées les eaux des sources du Clôt et de l'Esquirette. A l'emplacement du troisième hémicycle originel du Rey, à l'est, se trouve désormais un parking. Compte tenu de l'escarpement du terrain, l'édifice se déploie sur quatre étages de soubassement vers le gave, puis trois étages carrés et un niveau de comble.

La façade principale, ordonnancée, est tournée vers le sud et agrémentée d'une vaste esplanade semi-circulaire, répondant en symétrie à l'hémicycle nord et dotée d'une fontaine. Deux pavillons d'une travée chacun entourent le corps central composé de sept travées. Chaque étage est cependant traité de façon spécifique : le rez-de-chaussée est rythmé par une série de neuf arcades en plein-cintre ; le premier étage est parcouru par un balcon avec rambarde métallique et des portes-fenêtres ; le deuxième étage est ponctué de baies simples ; le dernier étage est percé de baies plus petites ; les combles sont dotés de lucarnes en chien-assis.

Malgré les références architecturales savantes, le maître d’œuvre fait appel aux matériaux et modes constructifs vernaculaires (moellons recouverts d'enduits ; encadrements de baie en pierre de taille locale ; lucarnes en chien-assis).

Une distribution fonctionnelle et rationnelle

A l'intérieur, la distribution s'organise autour d'une cour intérieure carrée, couverte à partir du premier étage par des pavés de verre. Au rez-de-chaussée, ce patio est doté d'une fontaine ronde en céramique comportant six robinets en référence aux six sources de la station. A chaque étage, les espaces de circulation se déploient autour du patio et ouvrent sur des appartements, de plus en plus petits à mesure que l'on s'élève dans l'édifice. Au niveau des combles, la galerie entourant le patio, totalement découverte, constitue un déambulatoire abrité des vents tout en offrant une vue privilégiée sur les montagnes.

Les espaces de soins sont répartis dans les deux hémicycles remaniés dans les années 1960. Celui de l'ouest accueille un vaste volume avec un escalier à plusieurs volées qui dessert des cabines de bains. Celui du nord abrite d'autres cabines de bains et de consultation. Au sous-sol, se trouvent notamment la piscine, installée dans un petit espace bordé d'arcades en plein-cintre, ainsi que les bains des enfants, désormais inexploités, dans la galerie desquels passent des installations techniques. Les murs et les plafonds des espaces de bains, aussi bien que ceux des logements, sont entièrement recouverts de carrelage de céramique, tantôt en grands ou petits carreaux, tantôt en mosaïques. La fontaine centrale du rez-de-chaussée est également couverte de carrelage bleu. Au-dessus de chacun des six robinets, sont inscrits les noms des six sources locales (Esquirette, Rey, Clôt, Baudot, Larressec, Minvielle). Toutes les baignoires, de petite ou de grande taille, sont sculptées en marbre blanc. Quelques fontaines avec leurs vasques et leurs pieds en marbre blanc ou en calcaire d'Arudy subsistent au rez-de-chaussée et au premier étage.

Dans le soubassement, sont localisées les espaces techniques et plusieurs galeries souterraines où passent les canalisations de captages des eaux, allant de la terre cuite à des matériaux contemporains, et témoignant de l'évolution des techniques hydrauliques mises en œuvre depuis la construction de l'établissement.

Mursmoellon enduit
brique
Toitardoise
Plansplan carré régulier
Étages4 étages de soubassement, 3 étages carrés, étage de comble
Élévations extérieuresélévation ordonnancée
Couverturestoit à longs pans croupe
Escaliersescalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours avec jour
escalier dans-oeuvre : escalier droit
escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours sans jour
Techniquescéramique
vitrail
Représentationsblason symbole régional, fleur soleil animal oiseau homme
Précision représentations

Dans le patio et le bureau de l'administration, le carrelage adopte des nuances de bleu profond en référence à l'eau et représente des hommes courant au cœur de paysages dessinés en noirs (soleil, fleurs, oiseaux etc.) dans le style avant-gardiste des années 1960. Dans certains espaces comme les vestiaires du rez-de-chaussée, une mosaïque blanche est rehaussée par un soleil stylisé jaune cerné de bleu parsemé au plafond. Dans l'hémicycle nord, le rez-de-chaussée est orné d'un carrelage blanc enrichi par d'autres plaques de céramique illustrant les blasons des villes et des provinces emblématiques des Pyrénées occidentales (Laruns, Pau, Hendaye, Biarritz etc.). Dans l'hémicycle ouest, le vaste volume de la cage d'escalier, autour duquel se déploient les cabines de bains, est recouvert de carreaux marrons et, au niveau du premier étage, d'une frise blanche arborant les blasons des principales villes et provinces de France (Lorraine, Paris, Périgueux etc.). La galerie des bains des enfants est ornée, sur un carrelage mosaïque bleu, d'une série de plaques avec des dessins et les titres évoquant les Fables de La Fontaine, une iconographie courante dans les espaces scolaires ou culturels des années 1960 et dont le nom de l'auteur fait manifestement écho à la présence de l'eau. Même les espaces extérieurs du patio, dans les derniers étages, sont revêtus de carrelage de série, bleu ou marron, rehaussés de fleurs.

Dans l'hémicycle ouest, au-dessus d'une fontaine, deux vitraux polychromes expressionnistes représentent l'un la source du Clôt, l'autre le Pic du Midi d'Ossau.

L'édifice constitue un exemple remarquable de l'architecture thermale de la première moitié du 19e siècle. Conçu comme un établissement "modèle", il est aussi l'un des derniers à allier les bains et l'ensemble des fonctions périphériques à la cure (logements et espaces de divertissement). Malgré de nombreux remaniements dès la fin du 19e siècle, la disparition des décors originels et la vétusté de certains espaces, la bâtisse, pensée de façon rationnelle, conserve son intégrité et se caractérise par sa prestance. Il s'agit en outre d'un exemple singulier d'architecture savante confronté à un environnement montagnard et spectaculaire.

Statut de la propriétépropriété de la commune
Intérêt de l'œuvreà signaler

Annexes

  • Exploitation de l'établissement thermal des Eaux-Chaudes

    Entre le 16e et le 18e siècles, les bains et les cabanes des Eaux-Chaudes, y compris dédiées à l'hébergement, font l'objet de contrats d'affermage qui permettent au concessionnaire de sous-louer les pensions. Il en va de même pour le Vieil établissement. Après la vente des habitations et leur entrée dans le parc immobilier privé, seul le nouvel établissement thermal est mis en affermage, et ce dès la fin de la construction au début des années 1850.

    Les premières années d'exploitation

    Le contrat d'adjudication comprend généralement l'ensemble des prestations offertes à l'établissement, de l'exploitation des eaux à l'hébergement et aux divertissements. Dès 1854, les salles du premier étage, qui font l'objet d'une adjudication publique spécifique, sont dévolues aux loisirs, en particulier aux bals et à un casino nommé "Le Cercle", au sein duquel se trouve un piano en location.

    Entre 1855 et 1863, l'établissement est exploité par le fermier Cazaux pour la somme de 1.000 francs selon une délibération du 20 mai 1855. Cet affermage concerne le premier et le second étages ainsi que les combles. Comme elle continuera de le faire par la suite, la commune se réserve cependant trois appartements, donc exclus du contrat, qu'elle destine au médecin inspecteur, au sous-inspecteur et à l'aumônier (ou curé) de la paroisse. Ces logements relativement confortables, respectivement composés de quatre pièces et deux pièces, avec cuisine et cabinets d'aisance, se situent respectivement au premier étage à l'ouest, au nord-ouest, et au second étage au sud-ouest. Parmi les clauses du contrat, l'installation d'un restaurant est interdite au sein de l'établissement hormis si l'adjudicataire le construit à ses frais ex-nihilo. Durant cette période, le médecin thermal Izarié demande à plusieurs reprises, mais vainement, l'augmentation du nombre d'employés des bains, un déficit de personnel dont se plaignent les curistes. En 1858, la fréquentation de l'établissement se porte à 1042 inscriptions, tous profils confondus, un chiffre stable qui équivaut à environ 25.000 bains et douches administrés durant la saison.

    Pour le renouvellement de l'affermage en 1863, c'est la société Lanne père et fils et compagnie qui obtient l'adjudication pour sept saisons. Le cahier des charges livre une description très précise de l'établissement, évoquant notamment un salon d'attente et un bureau au rez-de-chaussée ainsi que la captage de la source au centre de la cour intérieure. Le document fixe également le cadre tarifaire et médical. Le médecin thermal doit rendre visite aux indigents, qui bénéficient de l'accès gratuit, au moins une fois par jour. La durée d'un bain est fixée à une heure et celle de la douche à un quart d'heure. Leur plein tarif s'élève à 1 franc, mais des réductions ou gratuités existent en faveur des artisans, agriculteurs, indigents et habitants de la commune.

    Une exploitation mouvementée de la fin du 19e siècle à la Seconde Guerre mondiale

    La concession de 1885 revient au fermier Camille Lombard pour 20.100 francs. La mise en ferme de l'établissement exclut, cette fois, les logements du commissaire de police, de deux cantonniers et du curé. Le casino, toujours au premier étage, comprend alors un salon de lecture, un salon de compagnie et une salle de rafraîchissement. Le cahier des charges impose également aux employés des bains de présenter un certificat de moralité délivré par le maire et de porter le costume ossalois dès lors où ils sont en service.

    Entre 1891 et 1897, la concession revient au tandem Auguste Béchat et Cazaux, c'est-à-dire un notable de la station et le pharmacien des Eaux-Bonnes qui ouvre également une succursale à la demande de la commune et une pension pour voyageurs aux Eaux-Chaudes au début des années 1880. Ils continuent de moderniser les équipements et aménagent une salle de théâtre avec scène et loge des artistes au premier étage. Les deux associés intentent un procès à la commune à cause du logement que le curé occupe au sein de l'établissement. La commune affronte alors deux procès durant cette décennie, l'un intenté par l'ancien fermier Lombard en 1894, l'autre par Béchat et Cazaux, toujours en cours en 1899.

    En 1897, ce contrat, qui ne peut plus durer dans ces conditions conflictuelles, est transmis à J. et D. Duhalde. Le cahier des charges de la concession impose de la part de l'adjudicataire un cautionnement par actions des six grandes lignes de chemin de fer, du Crédit Foncier ou de la Ville de Paris, tant la situation économique communale est délicate. La même année, l'affectation du premier étage en casino est renouvelée par le conseil municipal. L'adjudicataire a également en charge l'entretien des passerelles, des promenades et des pavillons. Les bains et les douches sont alors ouverts de 5h du matin à 7h du soir et de juin à novembre.

    Par la suite, la concession est attribuée à Émile Frotté en 1902, puis au docteur Peytureau, originaire de Bordeaux de 1903 à 1911. L'exploitation est effectuée en régie communale jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale. Le personnel comprend notamment le directeur Barou, le chauffeur d'eau Cami et la blanchisseuse Mlle Cauhapé.

    L'après-guerre et le tourisme sanitaire

    Après la Seconde Guerre mondiale, l'établissement thermal ainsi que plusieurs anciens hôtels de la station sont exploités par l'Entraide Sociale des Basses-Pyrénées qui, pris en main son directeur Albert Guillot, y développe un tourisme très différent, visant à démocratiser le soin thermal, en particulier en direction des personnes âgées et des enfants. L'association caritative gère l'établissement des années 1950 à 1997 et marque les décors et les aménagements de son empreinte.

    Les médecins thermaux

    Comme dans chaque station thermale, les médecins sont des figures emblématiques qui ont marqué l'histoire et le succès de leur établissement. Ils sont souvent à l'origine des améliorations des équipements et, donc, de nouvelles réalisations architecturales. Outre Théophile de Bordeu qui étudie et met en valeur les vertus curatives des eaux ossaloises, les principaux médecins thermaux des Eaux-Chaudes, rattachés aux établissements de bains, sont entre autres :

    - le docteur Minvielle, qui propose des améliorations conséquentes dans les années 1770 et sera ainsi à l'origine de la construction du Vieil établissement en 1782.

    - le docteur Samonzet, qui relance l'activité thermale à partir de 1823.

    - le docteur Izarié, en activité dans les années 1850, alors que les nouveaux thermes sont récemment construits. Il est toujours force de proposition, en particulier à travers ses rapports annuels où il vise systématiquement la qualité des prestations à l'attention des malades.

    - les docteurs Lacoste et Herr, en activité en 1890.

    - le docteur Verdenal, originaire de Pau, qui s'installe en 1893 et officie à la redynamisation de la station durant une vingtaine d'années, notamment par ses articles et des campagnes promotionnelles régulières dans la presse. En 1894, la Gazette béarnaise titrait à son sujet "Eaux-Chaudes est encore marquée sur la carte: elle a un médecin!". Trois ans plus tard, Verdenal reçoit la médaille d'argent de l'Académie de médecine pour son ouvrage sur les traitements gynécologiques aux Eaux-Chaudes.

    - le docteur Peytureau, actif au début du 20e siècle.

    - le docteur Simian, médecin associé à l'Entraide Sociale entre 1958 et 1997.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Conseil des bâtiments civils. Établissement thermal des Eaux-Chaudes, par Jean Latapie. Plans, coupe, élévation. Juillet 1840.

    Archives nationales, Paris : F/21/1895/2560
  • Matrice cadastrale de Laruns, 1882-1905.

    Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, Pau : 3P2/1 Laruns
  • Établissement thermal.

    Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, Pau : E DEPOT LARUNS 3N3
  • Établissement thermal.

    Pièces de 1793 à 1841. Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, Pau : E DEPOT LARUNS 3N3
  • Établissement thermal.

    Rapports du médecin-inspecteur [Izarié], 1852, 1854 et 1857. Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, Pau : E DEPOT LARUNS 3N3
  • Dépôt de la commune de Laruns. Bâtiments communaux.

    Projets de réaménagement par Émile Doyère, 1888-1889. Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, Pau : E DEPOT LARUNS 3 N 4
  • Dépôt de la commune de Laruns. Bâtiments communaux.

    Élévation du Grand hôtel thermal et surélévation, par Sajous et Hébrard, 10 juin 1930. Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, Pau : E DEPOT LARUNS 3 N 4
  • Dépôt de la commune de Laruns. Inventaires des meubles et des ustensiles de l'établissement. An III-1937.

    Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, Pau : E DEPOT LARUNS 3N6
  • Délibérations du conseil municipal, registre n°1, du 29 juillet 1883 au 5 février 1888.

    Archives municipales, Laruns : Registre n°1
Bibliographie
  • Station thermale des Eaux-Chaudes. Toulouse : P. Guionie/A. Redier, s.d. (1930).

  • JARRASSÉ Dominique. Les thermes romantiques. Bains et villégiature en France de 1800 à 1850. Publications de l'Institut d'Études du Massif Central, Clermont-Ferrand, 1992.

    P. 129-130.
  • Eaux-Bonnes et Eaux-Chaudes. Bains et courses. Itinéraire de Pau à ces établissements par un touriste, Pau : Vignancour, 1841.

    P. 230-239.
  • ARRIPE René. Ossau 1900. Le canton de Laruns. Toulouse : Laboutières, 1987.

    P. 156-159.
Périodiques
  • "A travers Eaux-Chaudes". Gazette d'Eaux-Chaudes, n°10, 26 février 1882.

    P. 2.
  • C.F., "Heurs et malheurs des Eaux-Chaudes". La République des Pyrénées, vendredi 28 novembre 1997.

(c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel ; (c) Université de Pau et des Pays de l'Adour - Delpech Viviane