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Ermitage monolithe Saint-Martial

Dossier IA17044682 inclus dans Port et hameau de la Rive réalisé en 2011

Fiche

Parties constituantes non étudiéeslogement
Dénominationsermitage
Aire d'étude et cantonEstuaire de la Gironde - Agglomération Royan Atlantique
AdresseCommune : Mortagne-sur-Gironde
Lieu-dit : la Rive
Adresse : route de l'
Etier
Cadastre : 1832 D 2404, 2405 et 2428 ; 2009 OD 787 à 790

L'ermitage aurait été fondé au 4e siècle, selon la légende, par des moines. Le site, creusé dans les falaises alors baignées par la mer, aurait été occupé deux siècles plus tôt par saint Martial, premier évêque de Limoges, et évangélisateur du Limousin et de l'Aquitaine. C'est aussi à cet endroit qu'aurait vécu saint Ausone, né, selon la légende, à Mortagne, disciple de saint Martial, et premier évêque d'Angoulême. Un petit monastère se serait développé là à partir du 9e ou du 10e siècle, époque où se forgea la légende de saint Martial. L'ermitage aurait été mentionné sur l'itinéraire des pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle vers 1025. Selon la tradition, les moines recueillaient les pèlerins et les emmenaient par bateau par-delà l'estuaire, vers le Médoc.

La datation des cavités qui constituent le site, est difficile (Moyen Age ? Ancien Régime ?), de même que celle de la tourelle en ruine qui le surplombe. Celle-ci aurait servi à la fois d'amer (de repère pour la navigation, la mer venant au Moyen Age jusqu'au pied de la falaise), de clocher et de moulin à vent. C'est aussi à partir de cette tourelle que s'effectuait l'accès à l'ermitage, via l´escalier creusé dans la roche. Un cimetière se trouvait au pied de la falaise, ainsi qu´un ossuaire dans l´angle formé par l´escalier (les derniers ossements en ont été transportés dans le cimetière de Mortagne au début du 20e siècle). L´ermitage était l'objet de dévotions et d'un pèlerinage, notamment à Pâques et à la Saint Martial (le 30 juin). La chapelle et son mobilier semblent dater pour l'essentiel du 17e siècle. Interrompu par les guerres de Religions, le pèlerinage est rétabli en 1703. Au cours du 18e siècle, dix religieux de l'ermitage sont inhumés dans le cimetière (par exemple le Frère Antoine, sans doute l'auteur du calice de l'ermitage, en 1742). Certaines de ces inhumations sont faites dans "la chapelle basse" de l'ermitage, dont l'emplacement est inconnu. Sept religieux de l'ordre des récollets occupent encore les lieux à la Révolution.

Le 28 février 1791, l´ermitage, saisi comme bien national, est vendu aux enchères. Il comprend notamment la chapelle, deux petites chambres, une cuisine, un réfectoire, un chai, une cave et un grenier. Antoine Cochain, bourgeois propriétaire à Mortagne, se porte acquéreur du lieu. Après sa mort, en 1793, l´ermitage passe à son gendre, François Place, maire de Mortagne. En 1832, le moulin, la chapelle et deux petits bâtiments en contrebas (à la place de l'actuelle maisonnette) figurent sur le plan cadastral de Mortagne. Ils appartiennent toujours à François Place et à son épouse Marie-Thérèse Cochin, puis passent en 1853 à leurs enfants.

En 1861, l´abbé Lambert, curé de Mortagne, entreprend de réhabiliter l´ermitage et son pèlerinage. Il profite de la venue de l´évêque d´Angoulême pour la bénédiction du nouveau clocher de l´église de Mortagne, pour lui montrer l´ermitage. L´évêque laisse à l´église de Mortagne une relique de saint Ausone. La relance du pèlerinage est toutefois freinée par le fait que le site reste en mains privées et qu´il se déteriore : vers 1866, une partie de la roche glisse et condamne définitivement l´accès extérieur à la tribune de la chapelle. Les héritiers Place vendent enfin l´ermitage en 1878 à l´évêché de La Rochelle, représenté par l'abbé Fleury, curé de Mortagne. L´acquisition est rendue possible par le don de Mlle Dumas, religieuse au carmel de Saintes, originaire de Mortagne. Dès lors, l´abbé Fleury puis son successeur, l´abbé Braud organisent des cérémonies à l´ermitage, en particulier, chaque année, la messe d´action de grâces de la Première communion. L´ermitage devient aussi le terme de la procession des Rogations. L´abbé Braud envisage même d´ériger une statue monumentale de saint Ausone au sommet de l´ancien clocher de l´ermitage. Il confie à l´entrepreneur Brunet des travaux destinés à faciliter l´accès au site, mais la mort brutale du curé, le 12 août 1885, suspend les travaux.

L´ermitage reprend vie véritablement après la Grande Guerre, sous l´impulsion de l´abbé Louis Poirier, curé de Mortagne de 1919 à 1934, et de sa servante, Mme Nauze. En 1920, les notables de la paroisse de Mortagne tiennent un pèlerinage dans la chapelle. L´assemblée s´élargit en 1921 aux habitants de la paroisse et des paroisses voisines. En 1924 et 1927, le pèlerinage est présidé par Mgr Curien, évêque de La Rochelle, avec un repas servi aux notabilités dans l´ancien réfectoire. En 1927, à l´occasion du cinquantenaire du rachat de l´ermitage par l´évêché, l´évêque bénit l´autel du pèlerinage, placé à l´extérieur, dans la prairie au pied de la falaise. En 1928, c´est Mgr Harscouët, évêque de Chartres, qui préside le pèlerinage. A chaque fois, un jeudi de fin juin ou début juillet, la procession part de l´église de Mortagne avec les reliques de saint Ausone, descend à la Rive, longe l´étier et les falaises jusqu´à l´ermitage, et, après les cérémonies dans la chapelle, remonte vers le bourg en empruntant l´escalier dans la roche. Chaque année, les cérémonies attirent des centaines de fidèles venus de Saintonge et des deux rives de la Gironde, depuis Royan et même du Médoc, par bateau. Une place particulière est faite aux enfants de chœur (saint Martial étant considéré comme leur patron) : une centaine d´entre eux, venus des paroisses environnantes, est réunie lors du pèlerniage de 1931. Le pèlerinage perdure dans les années 1950, puis périclite.

Période(s)Principale : Moyen Age , (?)
Principale : 17e siècle
Secondaire : 4e quart 19e siècle
Dates1885, daté par source
Auteur(s)Auteur : auteur inconnu

L'ermitage Saint-Martial se situe sur la falaise morte qui s'étire au sud-est du port et du bourg de Mortagne. Son entrée s'effectue aujourd'hui par une passerelle sur l'étier de Fondevine, puis par un portail à piliers maçonnés, et enfin à travers une prairie qui s'étire jusqu'au pied de la falaise. Là se trouve une maisonnette et, à gauche, un autel en plein air.

L'ermitage lui-même comprend une chapelle, à droite, et, à gauche, un ensemble de quatre salles troglodytiques à deux niveaux, donnant sur une terrasse. Parmi les quatre salles, l'une, qui ouvre par une porte en plein cintre, contient une cheminée et un orifice par où passait la corde servant à actionner autrefois une cloche. Cette pièce communique avec la suivante par un étroit passage voûté. Cette seconde pièce devait servir de réfectoire, et est suivie par une troisième, peut-être un dortoir. Deux cellules occupent l'étage.

La chapelle est elle aussi creusée et taillée dans la roche, sur une profondeur d'environ 8,50 mètres (hors déambulatoire), une largeur de 6 mètres environ, et une hauteur d'environ 4,50 mètres. Son sol est incliné vers l'entrée, et sa voûte est surbaissée. La porte de la chapelle, en arc surbaissé, est surmontée d'une baie, également en arc surbaissé, qui donne sur une tribune. A gauche de la porte se trouve un ancien accès direct extérieur à la tribune, aujourd'hui condamné. Là aussi se trouvait un couloir, également condamné par un glissement rocheux, qui communiquait avec la partie logement de l'ermitage. La tribune, supportée par trois arcs surbaissés, comprend un garde-corps ajouré en quatre points, permettant à la lumière d'éclairer en permanence le fond de la chapelle, sans jamais que les rayons du soleil d'y frappent directement. Au-delà d'un muret ou chancel, interrompu par un portillon, un retable également en pierre occupe le fond de la chapelle et monte jusqu'à la voûte. De part et d'autre, deux petites portes en plein cintre donnent accès à un déambulatoire qui permet de circuler derrière le retable. Les deux portes sont encadrées par des pilastres et surmontées par un bandeau qui fait le tour de la chapelle, séparant les murs de la voûte. Une source d'eau jaillissait autrefois du déambulatoire et coulait le long du mur droit de la chapelle. Le mur gauche est percé, derrière le chancel, d'une porte en arc surbaissé qui donne sur une niche. Cette dernière, autrefois fermée par une porte, a servi de tombeau et contenait des ossements, tombés en poussière lorsque l'on ouvrit la niche au début du 20e siècle.

Entre la chapelle et la partie logement, une porte en arc segmentaire ouvre sur un étroit escalier en pierre, de 76 marches. Taillé dans la roche, il mène au sommet de la falaise, et constituait l'accès principal de l'ermitage, du temps où la mer arrivait jusqu'au pied de la falaise. Dans le tournant de l'escalier se trouve une cavité (un ancien ossuaire). Au sommet se trouve la tourelle (ancien amer et/ou ancien moulin). Construite en moellon, elle a perdu son toit mais conserve dans sa partie haute quatre ouvertures étroites, orientées vers les quatre points cardinaux.

Murscalcaire
pierre de taille
Statut de la propriétépropriété d'une association diocésaine
Protectionsclassé MH, 1987/03/13
Précisions sur la protection

Le classement concerne la falaise, la chapelle (y compris le retables sculpté dans le rocher), les habitations, l'escalier, la tour et le sol des parcelles D 787 à 790.

Annexes

  • Extrait des registres paroissiaux de Mortagne-sur-Gironde (en ligne sur le site internet des Archives départementales de la Charente-Maritime) :

    "Le dixiesme du mois d'avril mil sept cent trois, je prestre sous signé, curé de l'esglise paroissialle de St Estienne de Mortagne, religieux de l'ordre des channoines régulliers de St Augustin, le dit jour mardy de Pasque, moy indigne ay heu l'honneur et le bonheur, après avoir acompagné la procession composée non seulement des peuples de la présente paroisse, mais aussi des peuples des paroisses voisines à l'hermitage de saint Marsauld et y avoir célébré le dit jour la sainte messe et y rétabli l'ancienne dévotion interrompue de temps immémoriale par les hérétiques, ce qui a esté fait par le consentement de messieurs les vicaires généraux et par les soins de frère Jean Bouchet, hermite, demeurant au dit hermitage, ce qui a esté fait au désir de tous les peuples, la procession ayant passé par le bas de la Rive et retourné par le degré qui monte à la croix. En tesmoignage de quoy, j'ay escrit sur le présent registre pour qu'il en soit fait mémoire perpétuelle.

    [Signé : ] Bourru, curé de Mortagne".

  • Procès-verbal d´adjudication de biens nationaux, dont l'ermitage Saint-Martial, le 28 février 1791 (Archives dépatementales de Charente-Maritime, Q 130) :

    "Une petite chapelle, deux petites chambres, cuisine, réfectoire, chaix, cave et grenier, le tout creusé et pratiqué dans le roc, jardin et pièce de terre labourable où sont quelques rangs de vigne ; plus une petite chambre, une grange et une écurie édifiées sur le terrain ci-dessus désigné, une pièce de terre dont une partie est en friche et le reste planté en vigne, une pièce de pré où est une allée ou passage, et finalement une autre pièce de terre en friche, située en haut du rocher, l´ensemble formant 187 carreaux et dépendant de l´hermitage du dit lieu".

  • Vente de l'ermitage Saint-Martial par les héritiers Place à l'évêché de La Rochelle, 14 décembre 1878 (Archives dépatementales de Charente-Maritime, 3E90/237) :

    Félicité Binet, veuve de François Joseph Place, demeurant à Mortagne, et ses filles Arianne-Claire-Eugénie Place, veuve de Victor Ders, Claire-Laure-Aline Place, épouse de Jean Baptiste Alcide Ders, deuxième maître timonier de la marine de l´Etat à Rochefort, et Virginie Place, veuve de Jean Escarbassière, demeurant à La Sauvetat (Gers) ;

    vendent pour 4.500 francs à l´abbé Louis Elie Toussaint Fleury, curé de Mortagne, au nom de Mgr Thomas, évêque de La Rochelle ;

    "une petite propriété appelée l´Hermitage, d´une contenance d´environ 80 ares, composée d´une chapelle taillée dans le rocher, sur la crête duquel existe une petite tour servant autrefois de clocher, de deux appartements également taillés dans le rocher, appelés l´un le réfectoire et l´autre la cuisine, d´une petite chambre en ruines, d´un hangar avec toits à cochons et à brebis, d´un escalier construit dans une petite grotte conduisant de la dite propriété au chemin de la Gravelle à Mortagne, d´un jardin, d´une pièce de pré avec petit réservoir, et de diverses pièces de vignes".

  • Récit du pèlerinage du 28 juin 1923, extrait de La Croix de Saintonge et d'Aunis, 8 juillet 1923 :

    "A dix heures, la procession a quitté l'église paroissiale, elle a défilé à travers la grande rue centrale, est descendue pa rla Rive pour pénétrer dans l'antique sanctuaire de l'ermitage après un parcours de près de trois kilomètres.

    M. le doyen de Saint-Fort, entouré de MM. Les doyens d'Archiac et de Saint-Hilaire-de-Villefranche et de MM. es curés de Saint-Dizant-du-Gua, Saint-Seurin-d'Uzet, Saint-Maigrin, portait les reliques de saint Ausone, le glorieux enfant de Mortagne.

    Plus de cinq cents pèlerins escortaient les saintes reliques en chantant le cantique à saint Martial et à saint Ausone. M. l'abbé Chauvin monte à l'autel et le chœur mixte de la paroisse entonne le Kyrie de sainte Hildegarde, puis le Gloria de Gounod. L'exécution des chants, sous l'habile direction de M. André Parias, est parfaite en tous points (...).

    Les vêpres achevées, le De Profundis est dit pour le repos de l'âme des franciscains qui reposent dans le cimetière de l'ermitage et la procession se forme pour gravir l'escalier creusé dans le rocher qui conduit au sommet de la falaise (...).

    Le pèlerinage à l'ermitage est fixé au Jeudi le plus proche de la fête de saint Martial pour permettre à MM. Les curés de conduire leurs enfants de chœur".

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives départementales de Charente-Maritime, 3E90/236. 1878, 14 décembre : vente de l'ermitage Saint-Martial de Mortagne-sur-Gironde, par les héritiers Place à l'évêché de La Rochelle.

  • Archives départementales de Charente-Maritime, Q 130. 1791, 28 février : procès-verbal d´adjudication de biens nationaux, dont l'ermitage Saint-Martial.

  • Archives départementales de Charente-Maritime, 172V 1. 1791-1878 : biens de la mense épiscopale de l'évêché de La Rochelle, actes d'adjudication et de vente de l'ermitage Saint-Martial.

  • Archives de l'évêché de La Rochelle, P Mortagne 2. 1953-1955 : cahier de chants, programmes du pèlerinage.

  • DRAC Poitou-Charentes, Conservation régionale des Monuments Historiques. Dossier documentaire et de protection de l'ermitage monolithe Saint-Martial.

  • Informations fournies par M. Nicolas Champ, maître de conférences en histoire contemporaine à l'Université de Bordeaux 3, auteur en 2009 d'une thèse de doctorat intitulée "Religion et territoire. L´espace public entre présence confessionnelle et sécularisation dans la France du 19e siècle. Le cas de la Charente-Inférieure (1801-1914)".

Documents figurés
  • Plan cadastral de Mortagne-sur-Gironde, 1832.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 3 P 5268
  • Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle. 78 Fi : cartes postales du fonds Claude Aubineau.

Bibliographie
  • Bulletin religieux du diocèse de La Rochelle-Saintes, numéros des 13 octobre 1877, 23 mai 1885, 10 juillet 1926 et 18 juillet 1931.

  • La Croix de Saintonge et d'Aunis, numéros des 14 juillet 1895, 17 juillet 1921, 8 juillet 1923, 29 juin, 13 et 20 juillet 1924, 26 juillet 1925, 3 et 17 juillet 1927, 17 juillet 1933.

  • L´ermitage monolithe de Saint Martial à Mortagne sur Gironde. Guide des pèlerins et des touristes, 1928, 18 p. (consulté aux Archives de l'évêché de La Rochelle, 3G6, et aux Archives départementales de Charente-Maritime, Br 606).

  • Notice nécrologique de l'abbé Stanislas Braud. Bull. soc Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis, 1884-1885.

  • Poirier, abbé Louis. L'ermitage monolithe de saint Martial à Mortagne-sur-Gironde, Charente-Inférieure, fondé au 2e siècle, 1931, 39 p.

(c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel - Suire Yannis
Suire Yannis

Conservateur du patrimoine, directeur du Centre vendéen de recherches historiques.


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