Dossier IA17000293 | Réalisé par
Ensemble de construction navale, dit Arsenal
Copyright
  • (c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel
  • (c) Archives municipales, Rochefort

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Vallée de la Charente - Rochefort
  • Commune Rochefort
  • Adresse rue Toufaire
  • Dénominations
    ensemble de construction navale
  • Appellations
    dit Arsenal

L'arsenal de Rochefort, créé en 1666, se développe sur la rive droite du fleuve Charente. La majeure partie des bâtiments sont orientés vers le fleuve par nécessité pratique, mais aussi de façon à présenter aux visiteurs arrivant par bateau la vue de leurs façades principales. Leur monumentalité, qui n'est pas sans rappeler celle des palais royaux de la même époque, répond à la volonté de montrer la puissance du pouvoir monarchique. L'implantation de cet établissement entraîne la construction, sur l'estuaire, d'une ceinture de forts pour le protéger et transforme, à long terme, la vie économique de l'ensemble de la vallée.

Face à la menace anglaise et hollandaise, Colbert choisit comme siège d'un nouvel arsenal, destiné à la construction et à l'armement des vaisseaux de la marine royale, le site de Rochefort pour la sûreté que lui procure son enfoncement à une vingtaine de kilomètres dans les terres. Le projet, très ambitieux, est conçu par l'architecte François Blondel et l'ingénieur militaire, le chevalier de Clerville.

Les travaux débutent en 1666 et les premiers bâtiments construits sont la corderie, la fonderie de canons, la poudrière du Martrou, le magasin aux vivres et la première forme de radoub, encore visibles de nos jours. Mais il semble qu'un manque de moyens contraigne les bâtisseurs à compléter ces édifices par des constructions en bois et toiles goudronnées, remplacées ultérieurement par des constructions en dur. Une deuxième forme et une enceinte sont bâties en 1683 et 1694. L'arsenal est ouvert sur la ville jusqu'à la décision de le clôturer afin de limiter les vols de matières premières.

En raison de la faible profondeur de la Charente par endroits, les navires doivent être allégés au maximum pour être halés à l'aide de cordes, "à la cordelle", sur chaque rive, pour rejoindre la rade de l'île d'Aix - au sud de l'île - où ils sont définitivement pourvus des vivres et des armes. Plusieurs forts et redoutes sont bâtis de manière à protéger l'embouchure du fleuve et la rade, et par conséquent l'accès à l'arsenal. C'est aussi près de l'embouchure que sont établies les premières fosses aux mâts et qu'est édifiée la fontaine royale, à Saint-Nazaire-sur-Charente.

Entre 1689 et 1690, une série de quinze galères est construite dans ce nouvel arsenal qui reçoit pour cela l'aide des trois autres arsenaux royaux (Brest, Marseille et Toulon) pour la main-d'oeuvre et pour l'approvisionnement en matière première. Ces galères sont représentées par le dessinateur Berquint au début du mois de mars 1690 dans sa "vue du chantiers des constructions de Rochefort".

L'arsenal ne se développe que très peu au cours du 18e siècle. Cependant, son fonctionnement est optimisé par une réorganisation importante entre 1715 et 1740. La partie sud se densifie avec la création de nombreuses cales de construction, de grands hangars bâtis pour le séchage du bois. Jusqu'en 1765, les travaux de construction des navires sont confiés à des maîtres charpentiers, puis plus tard est créé le corps des ingénieurs-constructeurs.

Les années 1770 correspondent à une baisse d'activité qui laisse craindre la fermeture de l'établissement, mais cette éventualité est heureusement balayée par des réformes du ministre de la Marine de Sartine.

Un bagne, d'une capacité de 1 700 forçats, est associé à l'arsenal entre 1767 et 1852. Ses bâtiments se situent non loin du magasin général. Les bagnards participent aux travaux de construction des vaisseaux et sont chargés du service de cordelle pour haler les navires le long de l'estuaire. En outre, on estime à deux ou trois mille le nombre de manoeuvres et d'ouvriers spécialisés occupés aux travaux de charpenterie, de tonnellerie ou de forge.

Des fosses aux mâts pour l'immersion des bois destinés à la mâture des navires sont aménagées à l'avant-garde entre 1779 et 1784, et dans la prairie de Rosne entre 1787 et 1790.

L'évolution des procédés de construction et de navigation au cours du 19e siècle, avec notamment les navires en métal fonctionnant à la vapeur, entraîne de grands bouleversements dans les ateliers ; on peut voir de nos jours l'atelier de la sculpture édifié en 1806, celui de la chaudronnerie vers 1824, la menuiserie (1829), la forge (1846), le troisième bassin de radoub à partir de 1853, l'atelier des machines en 1864, la nouvelle fonderie en 1894, auxquels s'ajoutent d'autres ateliers non précisément datés comme celui de la fabrication des poulies. Parallèlement sont construits des bâtiments administratifs tels que la Direction des mouvements du port en 1822, la Direction de l'artillerie en 1838 et la Direction des constructions navales en 1872. Par ailleurs, un ensemble de neuf fosses au bois est aménagé, à la Gardette, de l'autre côté de la Charente, entre 1828 et 1853. L'ingénieur Hubert conçoit un moulin à vent, en fonction en 1806, permettant de retirer la vase devant la double forme, pour remplacer la drague utilisée jusque-là, qui était tirée par une cinquantaine de boeufs et passée tous les trois ans seulement en raison du coût de ce travail long de plusieurs mois. En 1837, l'arsenal emploie 1 100 personnes pour la construction navale, hors les ouvriers d'artillerie et des travaux hydrauliques.

Dans les années 1870, l'arsenal de Rochefort figure encore parmi les mieux équipés de France. L'énergie n'est plus fournie que par des moteurs à vapeur.

En 1891, l'arsenal de Rochefort, comme ceux de Cherbourg, Brest, Lorient et Toulon, comprend quatre activités principales : la construction des navires en bois ; la construction des navire en bois ou en acier ; l'armement (machines, gouvernails, ancres, embarcations, voilure, artillerie) ; les réparations. Cette organisation entraîne pour la marine une très grande dépense pour les frais d'établissement et d'outillage.

Peu à peu ne sont plus effectués à Rochefort que l'entretien et l'armement des petits bâtiments, et le site ferme en 1927, alors qu'il emploie encore près de mille ouvriers. Le secteur sud de l'arsenal est cédé aux Etablissements L. Goldenberg et Cie qui reprend une partie très réduite du personnel. La société concessionnaire se voit confier par le ministère de la Marine la destruction de navires de guerre hors service.

Les diverses installations, très endommagées à la fin de la Seconde Guerre mondiale, ont fait l'objet de travaux de réhabilitation ; la corderie est occupée par le Centre international de la mer et des services municipaux, une autre partie du site par Stelia Aerospace (usine de construction aéronautique) qui a fait construire de nouveaux ateliers. Toute la partie sud du site, investie par les troupes américaines au début des années 1950, puis par l'école des Fourriers entre 1962 et 2002, appartient désormais à la Communauté d'agglomération de Rochefort Océan.

Une réplique de L'Hermione, frégate construite à Rochefort sur laquelle embarqua Lafayette en 1780 pour apporter le soutien de la France à l'Amérique, a été réalisée dans la forme double entre 1997 et 2012, et s'est achevée dans la forme Napoléon III en 2014.

  • Période(s)
    • Principale : 3e quart 17e siècle
    • Principale : 18e siècle
    • Principale : 19e siècle
    • Principale : 20e siècle

L'espace de l'arsenal n'est pas clairement délimité et se confond parfois avec celui de la ville de Rochefort en raison de la destruction de murs qui, autrefois, les séparaient. Actuellement sont encore visibles le mur d'enceinte du côté nord, la porte du Soleil qui était la porte principale de l'établissement, et quelques traces des murailles et des fossés qui délimitaient à la fois la ville et l'arsenal au sud.

La partie du fossé nord adjacente au fleuve a été transformée en une forme de radoub.

Dans le camping, situé du côté sud de la ville, subsiste une vanne-écluse à la jonction du fossé sud et du canal de Saint-Maurice ; ce dernier rejoignait le chenal de la Cloche.

  • Statut de la propriété
    propriété publique
    propriété privée
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Éléments remarquables
    machine de production
  • Protections
    inscrit MH, 1928/06/11
  • Précisions sur la protection

    L'inscription concerne la Porte du Soleil (place de la Galissonnière), PA00104861.