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Église paroissiale Saint-Martin

Dossier IA00042086 réalisé en 1984

L'église Saint-Martin à Gensac-la-Pallue (en Charente) présente une nef couverte d'une file de coupoles, ainsi qu'une façade richement animée par une série d'arcatures. On peut également remarquer les deux reliefs du premier niveau qui représentent l'Assomption de la Vierge et saint Martin.

Construite au 12e siècle, l'église Saint-Martin est composée d'une nef unique et d'un chœur à chevet plat (chœur rectangulaire), reconstruit au 13e siècle. Les quatre travées de la nef sont chacune couvertes par une coupole sur pendentifs. Les murs de la nef sont doublés par des arcades aveugles. Celles-ci sont surmontées par une coursière passant derrière les piliers engagés des murs de la nef. Une très grande sobriété règne à l'intérieur de l'église, où la sculpture est presque absente.

Tel n'est pas le cas de la façade qui a fait l'objet d'un décor particulièrement soigné. La façade est animée par une superposition d'arcatures. Au rez-de-chaussée ouvre le portail, encadré par deux arcades aveugles. Le registre intermédiaire compte cinq arcades, celle du centre étant ajourée par une baie en plein cintre. Le niveau supérieur est orné de six arcades aveugles, plus étroites et plus petites que les précédentes. Ce jeu d'arcatures joue avec la perspective et donne à la façade une impression de grande hauteur.

La sculpture souligne ce décor d'architecture. Au rez-de-chaussée, les arcades latérales et le portail sont réunis par un bandeau sculpté où se déploie un décor de rinceaux parfois habités d'animaux. Deux scènes religieuses (le sacrifice d'Isaac, Samson et le lion) sont également représentées sur le bandeau intérieur de l'arcade gauche.

Deux reliefs dominent les arcades latérales : l'Assomption de la Vierge, à gauche, et saint Martin, à droite. Les deux personnages sont debout dans une mandorle (forme en amande) soutenue par des anges, dont les corps épousent les courbes. Le mouvement de leurs corps s'oppose à la position hiératique de la Vierge et de saint Martin.

La sculpture est également présente sur les chapiteaux du deuxième niveau où sont figurés des animaux et des végétaux. Un groupe de trois personnages s'inclinant devant un évêque ou un abbé illustre le chapiteau gauche de la baie.

Vocablessaint Martin
Dénominationséglise paroissiale
Aire d'étude et cantonPays Ouest-Charente - pays du Cognac - Segonzac
AdresseCommune : Gensac-la-Pallue
Cadastre : 1850 B 745 ; 2011 AN 130

Au Moyen âge, et jusqu'à la Révolution, la paroisse Saint-Martin de Gensac (Gensiaco) relève du diocèse de Saintes ; la cure est à la nomination de l'évêque.

L'actuelle église Saint-Martin est édifiée vraisemblablement au cours du second quart du 12e siècle ; cette datation est suggérée par le décor sculpté de la façade, qui s'inspire de la façade de la cathédrale d'Angoulême (réalisée entre 1120 et 1135 environ), et les " colonnes baguées " du troisième niveau, fréquemment utilisées en Saintonge dans la première moitié du 12e siècle (cf. Lacoste, p. 185).

Au cours du 13e siècle, le chœur est reconstruit, comme en témoignent les baies et les voûtes sur croisées d'ogives du sanctuaire. L'édifice, ruiné pendant les guerres de Religion, est restauré au 17e siècle. Entre 1724 et 1740, des travaux sont à nouveau réalisés, au cours desquels les coupoles sont reprises.

En 1803, la paroisse Saint-Martin à Gensac est maintenue. Elle est confirmée en 1805 et en 1807, avec La Pallue comme annexe. En 1813, le cimetière s'étend au nord et à l'ouest de l'église ; en 1853, la commune achète un terrain pour y construire un nouveau cimetière, dont les travaux sont achevés en 1860.

Des travaux sont entrepris sur l'église Saint-Martin en 1838 et en 1846. Puis, entre 1847 et 1854, une importante campagne de restauration est menée par l'architecte Paul Abadie. Les relevés de l'architecte, réalisés en 1844, montrent une façade dégradée, dépourvue de clochetons. P. Abadie intervient à nouveau en 1882 pour reconstruire le clocher, détruit par la foudre. Au cours du 20e siècle, les bâtiments adossés au mur sud de l'église sont détruits ; des travaux d'entretien et de restauration ont également été réalisés.

Depuis 1862, l'église Saint-Martin est classée au titre des monuments historiques.

Période(s)Principale : 2e moitié 12e siècle
Principale : 2e quart 18e siècle
Principale : 2e quart 19e siècle
Principale : milieu 19e siècle
Principale : 4e quart 19e siècle
Dates1724, daté par source
1738, daté par source
1739, daté par source
1740, daté par source
1838, daté par source
1846, daté par source
Auteur(s)Auteur : Abadie Paul fils
Abadie Paul fils (1812 - 1884)

Architecte


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architecte

Construite selon un plan allongé, l'église Saint-Martin est composée d'une nef unique, couverte de quatre coupoles, prolongée d'un chœur à chevet plat. Elle se rattache à ce groupe d'édifices construits dans les diocèses d'Angoulême et de Saintes au cours du 12e siècle qui imitent le modèle de la nef unique à file de coupoles introduit en Angoumois lors de la construction de la cathédrale Saint-Pierre à Angoulême. Les parements extérieurs et intérieurs des murs sont en pierre de taille, comme cela est fréquent en Angoumois et en Saintonge.

La façade de l'église est organisée en trois niveaux surmontés d'un pignon flanqué, de chaque côté, de deux clochetons circulaires construits dans la seconde moitié du 19e siècle par l'architecte Paul Abadie. Un portail couvert d'une voussure comprenant trois rouleaux en plein cintre et une archivolte retombant sur les piédroits à deux ressauts, garni chacun d'une colonne, s'ouvre au centre du premier niveau. Il est encadré de deux arcades aveugles couvertes d'un arc à ressaut en plein cintre. Ce premier niveau a été restauré par Paul Abadie ; le portail, les arcades aveugles et les sculptures qui les ornent on été en partie repris.

Une corniche marque la séparation avec le deuxième niveau. Ce dernier est rythmé par cinq arcades en plein cintre reposant sur des colonnettes doubles aux chapiteaux sculptés ; le niveau est ajouré d'une baie en plein cintre inscrite dans l'arcade centrale, les quatre autres étant aveugles.

Au registre supérieur, les arcades aveugles, au nombre de sis, sont plus étroites et moins hautes que celles du niveau intermédiaire. Les colonnettes doubles de l'arcature sont dépourvues de chapiteaux : le fût monolithe est orné, en partie haute, de trois anneaux superposés, sculptés sous l'abaque quadrangulaire. Ce niveau est un peu moins large que les deux autres.

Le jeu des arcatures plus ou moins larges, plus ou moins hautes, anime la façade tout en accentuant l'élancement vers le haut. Cette ornementation architecturale est complétée par le décor sculpté porté par les chapiteaux des colonnes ; au rez-de-chaussée, il se déploie également sur les bandeaux qui les prolongent, et sur les deux reliefs insérés au-dessus des arcades aveugles qui représentent, au nord, l'Assomption de la Vierge et, au sud, l'ascension d'un évêque, vraisemblablement saint Martin. Les sculptures sont absentes des claveaux des arcs et des voussures. Plusieurs d'entre elles, reconnaissables au bon état de conservation de la pierre, ont été refaites lors de la campagne de restauration réalisée au milieu du 19e siècle.

Les élévation latérales de l'édifice distinguent une nef de trois travées et une travée sous clocher. Cette séparation n'apparaît pas à l'intérieur de l'église : la nef est unifié par la suite de quatre coupoles couvrant les quatre travées qui précèdent le chœur, et les murs gouttereaux sont confortés par une arcature aveugle continue qui porte une coursière aménagée (filant) sous l'appui des baies des quatre travées.

Les murs des trois première travées la nef sont scandés par quatre contreforts à ressaut terminés par un larmier. Ils sont éclairés par trois baies en plein cintre flanquées de colonnettes dont les tailloirs sont prolongés en cordon entre chaque contrefort. Les murs ont été rehaussés lors des restaurations du 19e siècle : selon le relevé de P. Abadie (1844), le toit antérieur reposait juste au-dessus des contreforts. Cette modification des élévations a accentué la différence entre les trois premières travées et la quatrième qui porte le clocher.

Afin de soutenir ce dernier, composé d'une base ornée d'une arcature aveugle (romane) et d'une haute flèche octogonale en pierre cantonnée de clochetons portés par des faisceaux de colonnettes (refaits au cours du 19e siècle), la partie haute du mur devient, au niveau de la coupole, un glacis. On accède au clocher par un escalier en vis hors-œuvre, construit au nord de l'édifice, au droit de la jonction entre le chœur et la travée.

Le chœur à chevet plat termine l'église. Deux contreforts à glacis très accentué épaulent le mur sud, éclairé par deux hautes baies brisées. Au nord, les baies sont identiques, le mur étant soutenu par un contrefort et la tour d'escalier du clocher. Les angles nord-est et sud-est du chevet sont confortés par des contreforts d'angle.

L'homogénéité extérieure de l'édifice, qui présente des élévations latérales presque identiques, se retrouve à l'intérieur. La nef comprend quatre travées couvertes chacune par une coupole sur pendentifs ; la base des coupoles des deuxième et troisième travées est ornée d'un damier [sur le relevé de P. Abadie, ce sont les bases des coupoles des première et deuxième travées). Les voûtes sont portées par des arcs doubleaux en plein cintre et par des arcs formerets légèrement brisés. Les arcs retombent sur les piliers, composés d'une colonne engagée sur dosseret, qui rythment les travées de la nef. Entre chaque supports de voûte, deux arcades aveugles confortent les murs gouttereaux. Cette arcature aveugle monte au niveau des chapiteaux des piliers. Comme à la cathédrale Saint-Pierre à Angoulême, une coursière continue surmonte l'arcature aveugle ; des passages ont été aménagés dans l'épaisseur des murs derrière chaque pilier.

Chaque travée est éclairée, au nord et au sud, par une baie en plein cintre percée dans la partie haute des murs.

L'intérieur de la nef, repris aux 18e et 19e siècles, est sobrement orné par le jeu de l'arcature aveugle, la modénature des tailloirs et des bases, les modillons portant la coursière. Le chapiteau de la colonne nord-est de la troisième travée, décoré de feuillage formant une volute d'angle, les chapiteau à feuillage de la colonnette gauche de la baie nord de la seconde travée et du chapiteau droit de la baie sud de la troisième travée, porte le seul décor sculpté de la nef. Le recours à la pierre de taille, le rythme des arcades qui animent les murs pallient cette absence d'ornementation tout en conférant à la nef une grande unité et une relative austérité.

Au-delà de la quatrième travée de la nef, qui porte le clocher, se développe le chœur à chevet plat. Plus larges que celles de la nef, les deux travées qui le composent sont couvertes de voûtes sur croisées d'ogives. Trois marches permettent d'accéder à la seconde travée, dont le sol a été surélevé à une date indéterminée.

Elles sont largement éclairées par des hautes baies à lancettes. Au nord et au sud, les fenêtres de la première travée de chœur ont été en partie murées lors de la réalisation de deux retables architecturés. La baie du chevet, dont la partie basse est également murée, diffère des quatre autres par le nombre de lancettes (trois au lieu de deux) et d'oculus (trois à l'est, un pour les fenêtres latérales).

Plusieurs niches et passages ont été créés dans les murs du chœur. À gauche de l'autel latéral nord, une porte couverte d'un arc surbaissé communique avec l'escalier qui dessert le clocher. Au nord et au sud, deux passages murés ont permis une communication avec l'extérieur de la nef, à une date antérieure à 1844 car ils n'apparaissent pas sur les relevés de P. Abadie. La hauteur des reprises du parement extérieur, qui correspond à ces ouvertures, peut signaler une différence de niveau de sol par rapport à aujourd'hui. Au nord, ce passage communiquait avec l'ancien cimetière qui, jusqu'au 19e siècle, jouxtait l'église.

Dans le mur est, ont été aménagés au nord, une niche (peut-être une ancienne porte ?) et au sud, une porte donnant accès à la sacristie adossée au chevet. Dans le mur sud de la deuxième travée prend place un lavabo double.

Murscalcaire pierre de taille
Toittuile creuse, calcaire en couverture
Plansplan allongé
Étages1 vaisseau
Couvrementsvoûte d'ogives
coupole en pendentifs
Couverturesflèche polygonale
toit à longs pans
pignon découvert
Escaliersescalier hors-oeuvre : escalier en vis sans jour
État de conservationrestauré
Techniquesvitrail
sculpture
Représentationssujet chrétien, Vierge, saint Martin ornement animal, animal, oiseau, lion, chien ornement végétal ornement géométrique, entrelacs, chevron, dent de scie ornement figuré, homme, tête humaine ornement géométrique
Précision représentations

La façade concentre la presque totalité du décor sculpté de l'édifice. Au rez-de-chaussée, il est essentiellement porté par les chapiteaux des colonnes du portail et des arcades qui le flanquent, et par le bandeau régnant à même hauteur. S'y déploient des entrelacs de feuillages, des animaux entrecroisés et trois scènes figurées dont le sacrifice d'Isaac sur le bandeau gauche. Au-dessus des arcades aveugles, deux reliefs présentent, à gauche, l'Assomption de la Vierge et, à droite, l'Ascension de saint Martin, à qui l'église est dédiée. Au deuxième niveau, les chapiteaux sont aussi ornés d'entrelacs de feuillages, d'animaux et de scènes figurées. Sur le chapiteau gauche de l'arcade qui encadre la baie d'axe, sont représentés un évêque (ou un abbé) bénissant devant qui se prosternent trois personnes, une quatrième se tenant debout derrière eux. À droite de la baie, sur l'avant-dernier chapiteau droit, est figuré un homme encadré par deux oiseaux dont il serre les cous. Au troisième niveau, les tailloirs portent un décor de feuillages et, sur les modillons, sont représentés des têtes animales, des têtes humaines, un musicien...

Statut de la propriétépropriété de la commune
Protectionsclassé MH, 1862
Précisions sur la protection

Eglise Saint-Martin : classement par liste de 1862.

Annexes

  • Le décor sculpté de la façade de l'église Saint-Martin à Gensac-la-Pallue.

    L'église Saint-Martin à Gensac-la-Pallue fait partie de ce groupe d'églises "à file de coupoles" construites en Angoumois et en Saintonge dans le second tiers du 12e siècle, à la suite de la construction de la cathédrale Saint-Pierre à Angoulême. L'édifice présente aussi une façade animée par une superposition d'arcatures caractéristique de certains monuments édifiés à la même période en Angoumois et au nord de la Saintonge.

    La façade concentre également un riche décor sculpté, absent des autres parties de l'édifice. Sa distribution souligne l'architecture.

    Au premier niveau, le bandeau et les chapiteaux des arcades et du portail forment une frise sculptée continue. Les tailloirs unissent l'ensemble de la frise et portent un abondant décor de feuillages souplement entrelacés. Les arcades sont surmontées de deux reliefs sculptés.

    Sur les impostes gauches de l'arcade nord, deux personnages sous arcade et des feuillages encadrent les deux griffons du chapiteau de la colonne. Sur le bandeau interne, deux scènes historiées, très érodées, sont juxtaposées. À gauche, un personnage trapu, vêtu d'un long vêtement est représenté à coté d'un personnage combattant un quadrupède. Au centre, illustrant l'épisode biblique du "sacrifice d'Isaac", un ange arrête le bras d'Abraham qui s'apprête à sacrifier son fils Isaac ; le bélier offert à Dieu à la place d'Isaac est représenté devant l'ange. La pierre qui porte cette scène est en partie fracturée à gauche ; elle peut avoir été déplacée.

    La partie droite du bandeau de l'arcade est ornée d'un entrelacs de tiges grasses et petites feuillages. Le chapiteau droit présente un motif animalier très présent en Angoumois et en Saintonge, des quadrupèdes surmontés d'oiseaux au long cou et des entrelacs de feuillage. Ici, les animaux se mordent ; sur la face est, l'un d'entre eux tient dans sa gueule le bras d'un petit personnage. Cette sculpture est en partie brisée par la pose de la dalle (19e siècle) portant un aigle bicéphale.

    Au centre du rez-de-chaussée, le décor sculpté du portail a été refait au 19e siècle, en imitant les motifs romans : entrelacs de feuillage à gauche et à droite ; sur le chapiteau de la colonne interne droite, une petite tête monstrueuse crache des tiges grasses entrelacées qui sont habitées par deux oiseaux.

    Tiges grasses, palmettes, demi-palmettes et autres feuillages se déploient également sur le bandeau intérieur et les chapiteau et imposte gauches de l'arcade sud ; à droite, sur l'imposte interne, très érodée, est figuré un ange en mouvement tenant un objet dans sa main gauche. Le chapiteau qui lui succède a été refait (deux quadrupèdes affrontés), la dernière imposte, à droite, représentant à l'intérieur d'un cadre un animal couché dont la queue se transforme en feuillage.

    Les motifs sculptés les plus remarquables du premier niveau sont les deux reliefs qui surmontent les arcades aveugles.

    À gauche est représentée l'Assomption de la Vierge. Inscrite dans une mandorle en amande, Marie est représentée debout, les mains ouvertes dans un geste d'accueil. Ses pieds reposent sur la partie interne inférieure de la mandorle alors qu'au-dessus de sa tête est figurée une nuée. Quatre anges sont symétriquement répartis de chaque côté de la mandorle. Dans les écoinçons supérieurs du relief, deux petits anges aux bras écartés agitent un encensoir devant Marie. Sculptés, avec la nuée, en haut-relief, ils surplombent les autres personnages de la scène. En dessous, deux anges, la tête en bas, volent en tenant la mandorle dont ils épousent la forme. Le mouvement des anges est souligné par les plis du vêtement qui les couvre.

    Les vêtements des personnages sont représentés avec précision. Marie, nimbée et couronnée (ce qui indique sa majesté), porte un long voile orné d'un galon perlé qui retombe sur ses épaules et ses bras ; sa robe, dépourvue de broderie, semble retenue à la taille par une longue ceinture ; les plis de la jupe tombent souplement sur les chausses et soulignent les jambes. L'encolure des robes et les bords des manteaux des anges sont également ornés de perles, comme la mandorle qui est, en outre, décorée d'un ruban tressé.

    Grâce à la taille, profonde, de la pierre, les formes se détachent nettement, voire se libèrent du fond. Le sculpteur joue avec cette profondeur, aménageant plusieurs plans (les ailes des anges semblent passer derrière la mandorle alors que les encensoirs sont représentés devant le corps de Marie).

    Ce travail en profondeur, soigné, l'équilibre et la vivacité des mouvements caractérisent également le relief droit de la façade. Ce dernier figure l'ascension d'un évêque, sans doute saint Martin à qui l'église est consacrée. Représenté debout, les pieds reposant sur un petit support sculpté à l'intérieur de la base inférieure de la mandorle qui l'entoure, Martin tient dans sa main gauche une crosse et levait sa main droite (disparue). La tête barbue, ronde, aux pommettes bien soulignées, est nimbée ; les yeux, sous l'arcade sourcilière fortement marquée, sont grand ouverts.

    Quatre anges, aux corps gracieusement recourbés, soutiennent la mandorle qui monte vers le ciel figuré sous la forme d'une vague évoquant les nuées. Leurs mouvements sont souples, soulignés par les vêtements qui enserrent, avec une certaine fluidité, les corps.

    Le relief est également intéressant pour la représentation des habits liturgiques : chasuble qui retombe en pointe sur le devant du corps, étole, aube et chemise, cette dernière retombant sur les pieds du personnage ; sur la chasuble est représenté le pallium (bande de laine tissée circulaire, d'où pendent deux bandes verticales) porté habituellement par le pape et les archevêques, mais également accordés à certains évêques. Les vêtements de saint Martin (?) et des anges sont ornés de broderies ou de passementeries ; la mandorle est ornée de perles et de cabochons.

    Au second niveau, les chapiteaux de l'arcature (numérotés de la gauche vers la droite) portent un décor varié. Les chapiteaux n° 3 et 9 sont ornés de feuillages entrelacés, crachés par des petites têtes de lion sur la corbeille n°8. Les animaux sont parfois entremêlés dans des feuillages ou aux prises avec des monstres comme sur les chapiteaux n° 7 (tête de monstres avalant deux lions juchés sur des quadrupèdes) ou n° 10 (oiseaux et dragons combattant). Trois chapiteaux sont décorés de scènes figurées. Le chapiteau n° 4 porte un homme et un lion. Sur le chapiteau n° 6, un homme debout tient une crosse dans sa main gauche et bénit de sa main droite (évêque ?) ; devant lui s'inclinent trois personnes aux mains jointes, une quatrième tenant un encensoir. Sur le chapiteau n° 11, un homme enserre dans ses mains le cou de deux oiseaux.

    L'ornementation sculptée du troisième niveau se concentre sur les impostes de l'arcature aveugle (feuillage) et sur les modillons. Sur ces derniers sont représentés un acrobate nu, des têtes animales et humaines. Les modillons 1, 12, 13 ont été refaits au milieu du 19e siècle.

    Le décor géométrique de la façade est peu varié : chevrons entre les moulures qui ornent la base du mur, des pointes de diamant ornent les archivoltes des voussures et des arcades, des plis en accordéon sont portés porté par les tailloirs des chapiteaux des colonnettes de l'arcature du second registre et la corniche séparant les deuxième et troisième niveau.

    La corniche qui couronne le troisième registre date du 19e siècle ; elle est ornée de plis en accordéon et de festons.

    La sculpture de la façade présente des similitudes avec la façade de la cathédrale Saint-Pierre à Angoulême : bandeau formant frise au rez-de-chaussée, motifs de feuillages entrelacés, d'animaux superposés. Cette influence est particulièrement perceptible sur les hautes reliefs. Les formes presque dansantes, le dynamisme des anges, qui s'opposent à la frontalité hiératique de la Vierge et de saint Martin, rappellent les personnages des registres supérieurs de la façade d'Angoulême, auxquels le sculpteur a vraisemblablement emprunté la souplesse et la liberté de mouvement.

Références documentaires

Documents d'archives
  • An 10, 8 pluviôse [1802, 28 janvier] : Réponse au questionnaire du préfet adressé aux maires sur l'état des édifices du culte. Les réparations à faire sont estimées à 1 800 fr. à peu près.

    Archives départementales de la Charente, Angoulême : O Gensac-la-Pallue
  • 1838, 2 septembre : adjudication des travaux à la couverture à la charpente et à la cloche de l'église au sieur Boyer. 1839, 8 décembre : adjudication des travaux de vitrage de l'église de Gensac à Lainé, vitrier à Cognac. 1846, 8 février : adjudication des travaux à la charpente du clocher et du pavage de l'église à Flandrin François dit Philippe, charpentier aux Renauds, commune de Gensac-la-Pallue. 1862, 10 novembre : mandat de paiement à Coutry pour réparation au contrefort de l'église.

    Archives départementales de la Charente, Angoulême : O Gensac-la-Pallue
  • 1883, 19 janvier : des travaux ont été exécutés à la suite de dégâts causés par la foudre.

    Archives diocésaines de la Charente, Angoulême : Gensac-la-Pallue
  • Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont. Correspondance : restauration, demandes de subvention (1847-1854) ; Rapports ACMH (1847-1861) ; Réfection de l'installation électrique (1952). Cote : 0082/016/0017, doc n° 0081/016/0217.

    Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont : 0082/016/0017, doc n° 0081/016/0217
  • Casier archéologique [documents établis par le service des Monuments historiques au lendemain de la Seconde Guerre mondiale sur des édifices protégés ou destinés à l'être].

    1 p., 7 fig Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont
Documents figurés
  • " Église de Jensac. Élévation de la façade. Plan du rez de chaussée et de la galerie. Détails du chapiteau de l'arcature du deuxième étage de la façade. Plan du clocher ". Sans lieu ni date 240 x 330 mm. Encre, lavis. 1 plan, 1 élévation, 2 détails. (Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont, cote 0082/016/2004, doc n° 034141, archives Abadie, carnet 20, et 2000/038/T. 01, P. 41). "

    Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont : 0082/016/2004, doc n° 034141 et 2000/038/T. 01, P. 41
  • " Clocher du XIIIème siècle. Jensac [sic] ". Sans lieu. 1844. P. Abadie. 240 x 330 mm. Encre, lavis. 1 élévation latérale. (Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont, cote 0082/016/2004, doc. n° 034142 et 2000/038/T.01, p. 47).

    Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont : 0082/016/2004, doc. n° 034142, 2000/038/T.01, p. 47
  • " Église de Jensac ". Sans lieu ni date 237 x 300 mm. Encre, lavis. P. Abadie, carnet 20. 1 coupe longitudinale, 1 détail. (Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont, cote 0082/016/2004, doc. n° 034143 et 2000/038/T.01, p. 43, Archives Abadie, carnet 20).

    Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont : 0082/016/2004, doc. n° 034143 et 2000/038/T.01, p. 43
  • Charente. Église de Jensac [sic]. Arrondissement de Cognac. Sans date. P. Abadie. Ech. 1/100. 604 x 881 mm. Encre, lavis, aquarelle. 1 plan, 2 coupes, 2 élévations. (Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont, cote 0082/016/1004, doc. n° 00573).

    Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont : 0082/016/1004, doc. n° 00573
  • " Église de Jensac [sic] ". [Façade. 1844. Abadie]. 237x300 mm. Crayon. (Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont. 2000/038/T.01, p. 39). [Publié dans : Entre archéologie et modernité. Paul Abadie. Architecte 1812-1884. Catalogue d'exposition, 21 octobre 1984-13 janvier 1985, Angoulême. - Angoulême : Musée, 1984. p. 65].

    Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont : 2000/038/T.01, p. 39
  • [Gensac. Église. Coupe longitudinale. 1844. Abadie]. 237 x 300 mm. Crayon. (Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont. 2000/038/T.01, p. 45, fonds Abadie, carnet 20).

    Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont : 2000/038/T.01, p. 45
  • " Gensac-la-Pallue (Charente) II. L'église : ensemble, nef romane XIIe siècle, restaurée au XIXe Mon. Hist. " [Vue générale sud-ouest]. Sans date [1ère moitié XXe s.]. Éditions H. Girard, Cognac. Carte postale. [Musée Cognac : 72.7.21].

    Musée, Cognac : 72.7.21
  • " Gensac-la-Pallue. Nef ". 28 juin 1916. A. Ventre. 479 x 630 mm. Encre. 1 coupe. (Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont, cote 0082/016/2004, doc. n° 016514).

    Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont : 0082/016/2004, doc. n° 016514
  • Plan. Bibliothèque nationale de France, Paris. H 115051

    Bibliothèque nationale de France, Paris : H 115051
Bibliographie
  • Audiat, Louis. Le diocèse de Saintes aux XVIIe et XVIIIe siècles, hôpitaux, communautés religieuses, abbayes, etc. Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis, tome 23, 1894.

    p. 341-342
  • Cadet, Alberte. Le culte des eaux. Mémoires de la société archéologique et historique de la Charente, 1954.

    p. 129
  • Cadet, Alberte. Les saints patrons des églises romanes de Charente. Bulletin de la société d'études folkloriques du Centre-Ouest, t. 12, 1978.

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  • Camus, Marie-Thérèse. La sculpture romane dans les anciens diocèses de Poitiers, Angoulême et Saintes. Dans : Brudy, Pascale, Benéteau Péan, Anne, dir. Catalogue d'exposition L'âge roman. Arts et culture en Poitou et dans les pays charentais - XIe-XIIe siècles. Éditions Gourcuff-Gradenigo, Poitiers-Paris, 2011.

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  • Chappuis, René. Églises romanes françaises comportant plusieurs coupoles. Mémoires de la société archéologique et historique de la Charente, 1968.

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  • Chappuis, René. Géométrie et structure des coupoles sur pendentifs dans les églises romanes entre Loire et Pyrénées. Bulletin monumental, tome 120, 1962.

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  • Chappuis, René. Utilisation du tracé ovale dans l'architecture des églises romanes. Bulletin monumental, tome 134, 1976.

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  • Colle, Jean-Robert. Les thèmes iconographiques dans l'art roman saintongeais. Bulletins de la société d'Études folkloriques du Centre-Ouest, tome 10, 1976.

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  • Cousin, Abbé. Histoire de Cognac, Jarnac, Segonzac et d'un grand nombre de localités entre Saintes et Châteauneuf, Archiac et Rouillac, Pons et Saint-Jean-d'Angély dans leurs rapports avec l'histoire générale de la France depuis les temps celtiques jusqu'à l'an 1882. Bordeaux : Impr. Gounouilhou, 1882.

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    p. 77, 84, 85, 103, 129, 134, 149, 151, 152, 153, 157, 172, 173
  • Daras, Charles. Communication à la séance du 10 janvier 1945. Bulletins et mémoires de la société archéologique et historique de la Charente, 1945.

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  • Jalabert, Denise. De l'art oriental antique à l'art roman. Recherches sur la faune et la flore romanes. III. L'aigle. Bulletin monumental, tome 97, 1938.

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  • Lièvre, Auguste. Restes du culte des divinités topiques dans la Charente. Bulletins de la société archéologique et historique de la Charente, cinquième série, tome 5, 1882.

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  • Martin-Civat, Pierre. Aux confins de Saintonge et d'Angoumois, Gensac, La Pallue et Roissac au fil des siècles. Bulletins de l'Institut historique et archéologique du Cognac et du Cognaçais, tome 4, 1976-1977.

    p. 61-62, 138, 170-171, 229-230, 240-241
  • Michon, abbé Jean-Hippolyte. Statistique monumentale de la Charente / ill. Zadig Rivaud, Jules Geynet, Monsieur de Lafargue Tauzia, Paul Abadie, Éditions Fabvre. Paris ; Angoulême : Derache, libraire, rue du Bouloy, 7, 1844.

    p. 250, 300
  • Nanglard, abbé J. Pouillé historique du diocèse d'Angoulême. - Imprimerie G. Chasseignac (26, rempart Desaix) ; Angoulême, 1894-1903. - 4 vol. (683 p., 588 p., 582 p., 684 p.) ; 24 cm. - Extr. de : "Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente". - Les 3 premiers tomes concernent l'ancien diocèse d'Angoulême et le 4e le diocèse actuel depuis la fin du XVIIIe siècle. Une table des paroisses dactylographiée de 17 p., faite en 1953, complète ces 4 tomes. Tome 3.

    p. 347-348
  • Nanglard, abbé J. Pouillé historique du diocèse d'Angoulême. - Imprimerie G. Chasseignac (26, rempart Desaix) ; Angoulême, 1894-1903. - 4 vol. (683 p., 588 p., 582 p., 684 p.) ; 24 cm. - Extr. de : "Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente". - Les 3 premiers tomes concernent l'ancien diocèse d'Angoulême et le 4e le diocèse actuel depuis la fin du XVIIIe siècle. Une table des paroisses dactylographiée de 17 p., faite en 1953, complète ces 4 tomes. Tome 4.

    p. 470-471
  • Le Pays de France. Tome 3, fascicule 16 : Poitou, Angoumois, Aunis, Saintonge. Photog : Neurdein. Paris : Hachette, s. d.

    p. 61
  • Phene Spiers, R. Saint-Front de Périgueux et les églises à coupoles du Périgord et de l'Angoumois. Bulletin monumental, tome 62, 1897.

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  • Rhein, André. Gensac-la-Pallue. Congrès archéologique de France, Angoulême, 79e session, 1912, t, I.

    p. 413-416
  • Ternet, Sylvie. Les églises romanes d'Angoumois. Tome I. Bâtisseurs et modes de construction en Angoumois roman. Paris : Le Croît vif, 2006.

    p. 172
  • Thirion, Jacques. Chronique. Bulletin monumental, tome 114, 1956. [Origines et extension du chevet plat dans l'architecture religieuse de l'Aquitaine. Pierre Heliot. Cahiers techniques de l'art, III, 1957].

    p. 281-282

Liens web

(c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel - Riou Yves-Jean - Dujardin Véronique
Dujardin Véronique

Chercheur, service Patrimoine et Inventaire


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