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Donjon

Dossier IA86012741 réalisé en 2011

Fiche

L’histoire de ce château est mal connue, mais les dispositions en sont assez parlantes. Il présente au sommet d’une colline un bel ensemble qui peut dater du 11e ou du 12e siècle au plus tôt : une enceinte polygonale enfermant un gros donjon roman de plan carré à contreforts plats et les vestiges d’une basse-cour comprenant la chapelle castrale. L’enceinte et la tour montrent différents aménagements datant de la guerre de Cent ans.

Parties constituantes non étudiéeschapelle seigneuriale
Dénominationsensemble castral, donjon, château
Aire d'étude et cantonPoitou-Charentes - Moncontour
AdresseCommune : Moncontour
Cadastre : 1828 D1 970 à 977 Donjon parcelle 974, chapelle parcelle 970 ; 2014 AD 68 à 75, 437 Donjon sur la parcelle 70.

Foulques Nerra, comte d’Anjou, est désigné comme le constructeur du château de Moncontour dans une chronique attribuée à son petit fils Foulques le Réchin ; mais d’autres chroniqueurs mentionnent l’œuvre d’un certain Samuel Cantor, qui lui aurait donné son nom. En réalité, le castellum est cité pour la première fois en 1118 dans une charte de l’abbaye de Nouaillé. Il est sans doute plus ancien puisqu’un lignage des seigneurs de Moncontour est attesté dès la seconde moitié du 11e siècle à travers différents dons faits à l’abbaye Saint-Cyprien de Poitiers. Ces seigneurs, qui portent alternativement les prénoms de Robert et Bertrand, conservent la châtellenie jusqu’à la fin du 12e siècle. On ne sait dans quelles circonstances elle passe alors à Geoffroy de Lusignan, mentionné en 1200 comme seigneur du lieu. Au début du 13e siècle, Moncontour fait partie des points d’appui des Lusignan alliés aux Plantagenêts, contre le roi de France. Le château est assiégé une première dois par le prince Louis en août 1214, et de nouveau assiégé et pris par le roi de France vers 1226. Il reste aux Lusignan, et fait partie des biens qui leur sont confisqués en 1242. Moncontour passe à Hugues de Parthenay avant 1247 par son mariage avec Valence de Lusignan, puis à la famille de Craon au tout début du 14e siècle. Le château conserve une importance stratégique au cours de la guerre de Cent ans, pris par les Anglais en 1371, et repris l’année suivante par Bertrand Du Guesclin. Les chroniques mentionnent alors une garnison anglaise de 500 hommes d’arme, ce qui semble très exagéré. C’est peut-être à la famille de Craon que l’on doit différents travaux attestés à la fin du 14e siècle. La généalogie des possesseurs de Moncontour, établie par de Fouchier, peut être résumée rapidement comme suit : le château reste dans la famille de Craon jusqu’en 1419, date à laquelle Marie de Craon le porte à Louis de Chabot son époux. Il passe par mariage dans la famille de Chastillon en 1445. Un siècle plus tard, les guerres de Religion mettent en lumière Moncontour dans les textes. C’est au pied de ce château qu’a lieu en 1569 la célèbre bataille opposant le roi Henri III à Coligny. À la fin du 17e, la seigneurie revient à Charlotte Gouffier, nièce d’André Chastillon et Marguerite Gouffier ; elle épouse François d’Aubusson, comte de la Feuillade, qui devient baron de Moncontour, puis vend le domaine en 1700, à Louis-Henri de Pardaillan. La baronnie passe en différentes mains et échoit à Jean d’Abbadie juste avant la Révolution. Le château démembré est vendu par la suite et seule la haute cour, comprenant le donjon, appartient aujourd’hui à la commune.

Période(s)Principale : 12e siècle
Principale : 13e siècle
Principale : 14e siècle

N.B. Seules les parties les plus anciennes du château ont été étudiées dans le cadre de l’inventaire des châteaux romans du Poitou-Charentes (Baudry-2010).

L’enceinte du château de Moncontour épouse le sommet de la colline qui domine le bourg établi dans la vallée de la Dive. Elle est bâtie sur une butte aménagée qui peut correspondre à une motte. Le plan d’ensemble reste bien lisible sur l’ancien cadastre : l’enceinte ovoïde est scindée par un mur qui isole la cour haute de plan polygonal, enserrant le donjon, de la basse cour où sont conservés les vestiges de la chapelle castrale Saint-Marie. Cette dernière est aujourd’hui scindée en deux propriétés privées. Deux tourelles rondes, au nord, marquent les angles de bâtiments qui peuvent correspondre à des logis.Une représentation de 1699, conservée dans la collection Gaignières, montre des tours carrées flanquant l’enceinte ; il en subsiste au moins une dans l’angle nord-ouest. Elle semble relever d’une campagne de travaux de la fin du Moyen Âge ou du 16e siècle, comme les restes des bâtiments résidentiels adossés à la muraille sud, et dont la végétation interdit l’analyse.L’enceinte même ne conserve que des portions de son parement, qui disparaissent sous la végétation ; mais quelques brèches laissent entrevoir la structure de la maçonnerie : elle est chaînée de longues poutres de bois horizontales. L’empreinte des pièces de bois est encore bien visible aujourd’hui, et Charles Arnault-Poirier rapporte, en 1846, que quelqu’un « avait retiré de l’un de ces conduits, comme d’une gaine, une pièce de bois de chêne fort longue qui en occupait toute la capacité, et qui était dans un état parfait de conservation » (cf. annexe). Ces poutres, structurant le mur et noyées dans les maçonneries, ne doivent pas être confondues avec les boulins utilisés pour les échafaudages. Ce principe de « mur armé » a été mis en évidence sur des châteaux du début du 12e siècle. La porte de l’enceinte est décrite autrefois comme simplement ouverte sous un arc en plein-cintre. Il serait étonnant qu’elle n’ait pas été précédée d’autres défenses avancées. L’accès au site a été transformé, aménagé avec une rampe en terre, et on ne peut assurer l’existence d’anciens fossés.

Le donjon est une haute tour (25 m) de plan presque carré (environ 12 m de côté hors œuvre), dont les murs de moellons, de plus de 2,80 m d’épaisseur à la base, sont renforcés de contreforts plats. Par ses dispositions générales, et son accès surélevé, l’édifice se rattache à la période romane ; mais différents détails de mise en œuvre peuvent trahir une construction relativement tardive (vers 1200). L’édifice témoigne cependant de différentes phases de construction, dont nous ne pouvons affiner l’analyse faute d’avoir eu l’occasion d’accéder aux maçonneries des parties hautes. Nous ne pouvons cependant suivre les conclusions proposées par l’architecte dans sa rapide étude préalable en 1994. Les ouvertures étroites des parties basses (niveaux 1 et 2) ne sont en aucun cas des archères, mais seulement des fentes de jour qui donnaient un peu d’aération à un haut volume bas réservé au stockage. C’est une disposition systématique dans les donjons « romans ». La porte ouverte sur la face est sous un arc segmentaire a sans doute été percée au 14e siècle au plus tôt. L’accès à ces parties basses ne pouvait donc se faire à l’origine que par la porte du niveau 2, au Sud, par une échelle ou un escalier extérieur qui n’a pas laissé de trace. Une autre porte (réaménagée en fenêtre avec un coussiège ?) apparaît au niveau 3 sur la face sud. Elle semble donner sur un balcon ou un hourd signalé sur l’extérieur par une ligne de gros trous carrés qui accueillaient les poutres. L’escalier en vis logé dans l’angle nord-ouest de la tour dessert les parties hautes, sur plancher. Les cheminées engagées dans les parements et les latrines ouvertes sur la face nord témoignent également de travaux réalisés a posteriori. Le sommet défensif dont le chemin de ronde à mâchicoulis sur consoles est un réaménagement de la guerre de Cent ans. Le grand arc en pierre de taille visible au sommet a dû être ajouté pour porter la toiture. Classé monument historique en 1877, le château est resté longtemps abandonné et le donjon découvert. Ce dernier a fait l’objet d’une campagne de restauration à la fin des années 1990 et a été doté d’une toiture en plomb remplaçant la toiture de tuiles qui devait le coiffer à l’origine.

Murscalcaire moellon
grès pierre de taille
État de conservationvestiges
Techniquespeinture
Statut de la propriétépropriété d'une personne privée
propriété de la commune
Protectionsclassé MH partiellement, 1877/07/14
inscrit MH partiellement, 1995/02/13
Précisions sur la protection

Donjon de l'ancien château : classement par arrêté du 14 juillet 1877. Vestiges du château (chemise, courtine) et de l'église (cad. AD 68, 69, 72, 73, 76, 77), ainsi que le sol de ces parcelles pouvant contenir des vestiges archéologiques : inscription par arrêté du 13 février 1995.

Annexes

  • Arnault-Poirier, Charles, « Monuments de l’arrondissement de Loudun », Mémoires de la Société des Antiquaires de l’Ouest, 1ère série, 1846, t. 13, p. 248-251.

    « Ce fort se compose d’une enceinte polygonale irrégulière qui s’étend de 40 m. du midi au nord, et de 50 m. de l’est à l’ouest, puis d’une tour carrée qui est accolée à la muraille du côté du nord, et qui se dessine à l’intérieur. Les murailles de cette enceinte sont détruites en grande partie, et il n’est guère possible de fixer leur hauteur primitive ; de 1 m. 6 c. à 1 m. 9 . d’épaisseur. La porte ouverte à l’est était en plein cintre, du moins comme il m’a semblé d’après ce qui reste de la voûte. Dans l’angle nord-ouest, on avait construit une espèce de tour carrée qui probablement était l’habitation du gouverneur ; elle avait des cheminées et des fenêtres. A 5 m. à peu près de cette petite tour et vers le midi, la muraille paraît avoir été percée d’une poterne d’où partait un mur qui allait joindre l’angle sud-ouest de la grande tour. L’intérieur des murailles de l’enceinte recèle deux conduits accolés, ou rectangulaires ou cylindriques, de 2 cm. de côté ou de diamètre, et qui se trouvent à 2 m. au-dessus du sol. D’abord je n’ai pu déterminer quelle pouvait en avoir été la destination ; mais M.Olivier, ancien receveur de l’enregistrement à Moncontour, m’a dit qu’il avait retiré de l’un de ces conduits, comme d’une gaine, une pièce de bois de chêne fort longue qui en occupait toute la capacité, et qui était dans un état parfait de conservation ; il devait en être de même de tous les autres conduits : et maintenant je suis porté à croire que ces pièces de bois ainsi noyées dans la maçonnerie étaient destinées à consolider l’ensemble des murailles. La tour, qui fait la partie la plus importante de cette forteresse, repose sur un carré dont le côté, mesuré à l’intérieur, est 6 m. 3 cen., et elle s’élève, je crois, de 24 à 25 m. au-dessus du sol, qui lui même est très élevé au-dessus de la ville et de la plaine. Ses murs ont 2 m. 8 cm. d’épaisseur. On y entre par une porte en ogive ouverte l’Est, laquelle a 1 m. 4 cm. de largeur, et elle est élevée de 3 m. à peu près au-dessus du sol. Cette tour était divisée en cinq étages, sans y comprendre l’amortissement ou l’échauguette. On accédait à ces étages à la faveur d’un escalier en forme de vis et tournant sur son axe dans l’angle nord-ouest. Une partie de la cage de cet escalier se fait encore remarquer au-dessus du monument, sous la forme d’une petite tour ronde. Le premier et le second étage sont pourvus chacun d’une cheminée. Quelques petites fenêtres éclairent le rez-de-chaussée ; d’autres portent la lumière dans les étages supérieurs. Toutes ces fenêtres sont en plein cintre ; quelques unes cependant sont rectangulaires à l’extérieur. Un arc de plein cintre en pierres de taille est jeté à l’intérieur et au dernier étage, du milieu d’une façade au milieu de la façade opposée. Il retombe sur deux pilastres quadrangulaires qui occupent toute la hauteur du quatrième étage... en deçà du pont construit dans la rue qui conduit à un autre pont connu sous le nom de Saint-Thomas, on voit encore un portail de plein cintre flanqué de deux tours d’un petit diamètre, auxquelles se rattachent deux pans de murailles. Cette construction, qui ne me semble pas très ancienne, a gardé le nom de porte de la ville ».

Références documentaires

Documents d'archives
  • Titres de la maison d’Anjou, Châtellerault et Moncontour (498 à 500).

    Archives nationales, Paris : P 1340
  • 1914-1924 : Moncontour, donjon.

    Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont : Dossiers de restauration, 3141, 1
  • 1449-1686 : Moncontour, Saint-Nicolas et Notre-Dame.

    Archives départementales de la Vienne, Poitiers : G 9 / 71
  • 1090 (vers) : sauvegarde accordée par Bertrand de Moncontour aux moines de Saint-Cyprien pour leur moulin de Cragon.

    Archives départementales de la Vienne, Poitiers : Carton 12
  • 1236 : Sauvegarde accordée par Bertrand de Moncontour aux moines de Saint-Cyprien pour leurs moulins de Cragon.

    Archives départementales de la Vienne, Poitiers : 1H 1-35
Documents figurés
  • 1699 : vue de la ville et du château de Moncontour.

    Bibliothèque nationale de France, Paris : Va 411 in fol. Estampes. Collection Gaignières.
  • Moncontour (dessin).

    Médiathèque François-Mitterrand, Poitiers : Ms 547, monuments du Poitou, XVIIIe-XIXe siècles, fol. 65
Bibliographie
  • Arnault-Poirier. Monuments de l'arrondissement de Loudun. Mémoires de la société des Antiquaires de l'Ouest, 1ère s., t. 13, 1846.

    p. 248-251
  • Baudry, Marie-Pierre. Les fortifications des Plantagenêts en Poitou 1154-1242. Paris, 2001. Comité des travaux historiques et scientifiques, Mémoires de la section d'archéologie et d'histoire de l'art, 11.

    p. 317
  • Baudry, Marie-Pierre. Châteaux « romans » en Poitou-Charentes. Xe - XIIe siècles, Collection Cahiers du Patrimoine, n° 95. Geste éditions, 2011.

    p. 15, 17, 27, 34, 103, 104, 105, 116, 122, 124, 125, 128, 134, 138, 148, 149, 155, 211, 158, 160, 183, 184, 238, 246, 287, 308
  • Baudry, Marie-Pierre, Les châteaux des Lusignan en Poitou : 1154-1242, Actes du colloque Isabelle d’Angoulême comtesse-reine et son temps (1186-1242), Poitiers, CESCM, 1999 (Civilisation médiévale n° 5).

    p. 135-147
  • Châtelain, André. Donjons romans des pays d'Ouest. Paris : A. et J. Picard, 1973.

    p. 160-161
  • Crozet, René. Recherches sur les sites de châteaux et de lieux fortifiés en Haut-Poitou au Moyen Âge, Bulletin de la Société des Antiquaires de l´Ouest, 4ème série, t.11, 1971-1972.

    p. 211-212
  • Fouchier, Édouard de, Moncontour et ses seigneurs du XIe au XVIIIe siècle. Étude féodale, Mémoires de la Société des Antiquaires de l’Ouest, 2e série, t. 4, 1881.

    p. 405-461
  • Ledain, Bélisaire, Essai de classification chronologique des châteaux du Poitou du XIe au XIIe siècle, Revue poitevine et saintongeaise, t. 18, 1891.

    p. 361
  • Longuemar, Alphonse Le Touzé de. Mémoire en réponse aux questions 4, 5 et 6 du programme de la section d'histoire et d'archéologie du Congrès scientifique tenu à Bordeaux au mois de septembre 1861. In : Mém. Soc. Antiquaires de l'Ouest, 1ère série, t. 27, 1862.

    p. 448-449
  • Monsabert, Pierre de (O.S.B.). Les chartes de l'abbaye de Nouaillé. Archives historiques du Poitou, tome 49, 1936.

    p. 315-316
(c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel - Baudry Marie-Pierre