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Donjon

Dossier IA86007768 réalisé en 2010

La construction du donjon roman qui surveille le pont sur la Creuse est attribuée aux seigneurs de Preuilly (Touraine) au 11e ou au 12e siècle. Il était cerné d’une petite enceinte de pierre dont il reste des fragments. Le parement de la tour a été entièrement refait récemment, sans aucune lecture archéologique préalable. En revanche, l’intérieur est intact et d’autant plus intéressant qu’il n’a fait l’objet que de modifications secondaires depuis sa construction (sommet réaménagé et voûtes créées à l’époque moderne en partie basse).

L’église voisine Notre-Dame, mentionnée dès la fin du 11e siècle, est sans doute l’ancienne chapelle castrale.

Parties constituantes non étudiéesenceinte, église
Dénominationsdonjon, château
Aire d'étude et cantonVals de Gartempe et Creuse - Pleumartin
AdresseCommune : La Roche-Posay
Cadastre : 1833 B3 956 ; 2014 AM 288

Si le lignage des seigneurs de la Roche-Posay est assez bien connu pour la période qui nous intéresse (11e-12e siècles), l’histoire du château et de la ville reste entièrement à écrire, du Moyen Âge à l’époque moderne.

Dès avant l’an mil, le seigneur de Preuilly en Touraine (Ecfridus) est aussi seigneur de La Roche-Posay. Ce fief lui a sans doute été concédé par l’évêque de Poitiers, qui possède alors de nombreux biens à l’est du Poitou, dont Angles et Chauvigny. Geoffroy de Preuilly, fils du précédent, est connu comme le fondateur de l’imposante abbaye Saint-Pierre de Preuilly. Ses descendants figurent dans l’entourage des comtes d’Anjou et de Touraine et sont régulièrement mentionnés dans les textes. Au début du 12e siècle, leur château de Preuilly est assiégé par Foulques le Jeune, comte de Touraine, mais celui de la Roche-Posay n’est pas mentionné avant le 13e siècle. En 1260, Eschivard, seigneur de Preuilly, reconnaît tenir en fief d’Hugues, évêque de Poitiers, son château de La Roche-Posay et les biens qui en dépendent. Un siècle plus tard, c’est désormais directement au roi que les seigneurs de la Roche-Posay rendent hommage.

La famille de Preuilly conserve La Roche-Posay jusqu’au début du 15e siècle. Vers 1420, la seigneurie passe par mariage à Geoffroy de Chasteigner, dont les descendants délaissent le château. En 1662, René Isoré d’Hervault, marquis de Pleumartin, gouverneur de Poitou, le reçoit de sa femme Marie-Gabrielle Chasteigner. La Roche-Posay reste dans sa famille jusqu’à la Révolution.

Période(s)Principale : 11e siècle, 17e siècle
Auteur(s)Auteur : auteur inconnu

La petite ville de la Roche-Posay est installée sur la rive gauche de la Creuse qui forme la limite entre Touraine et Poitou. Elle s’est développée autour de son château qui surveillait le pont sur la rivière. Ce château est centré sur un donjon roman, protégé par une petite enceinte ovoïde arasée, mais encore bien lisible sur le parcellaire. La construction de ce donjon est attribuée à la famille de Preuilly entre le début du 11e siècle et le milieu du 12e siècle. En l’absence de textes, et de toute étude archéologique, il est difficile d’être plus précis. Marcel Deyres, qui décrit rapidement l’édifice en 1992, propose la fin du 11e siècle par comparaison avec le donjon de Loches, alors daté de 1100. Or l’on sait que la construction de ce dernier donjon a pu être remontée au 1er quart du 11e siècle par des études récentes de dendrochronologie. La tour maîtresse de la Roche-Posay présente une qualité de réalisation similaire - en grand appareil de pierre de taille - mais son programme architectural est beaucoup plus modeste. Elle est conservée dans toute son élévation, soit 25 m de hauteur. Notons cependant que le niveau original du sol, à l’extérieur, n’est pas connu, puisque la grande baie qui permet aujourd’hui d’entrer dans la partie basse a été percée récemment.

Cette grosse tour de plan presque carré (environ 14,50 m de côté) est construite en bel appareil de pierres de taille de tuffeau. Le parement extérieur a été presque entièrement changé dans les années 1990 mais nous avons pu observer l’édifice avant restauration, et on conserve également des clichés anciens. Les murs épais de plus de 2,50 m sont renforcés par des contreforts plats (2,25 m large x 0,90 m). L’élévation extérieure est marquée par un léger ressaut horizontal, correspondant à une interruption des travaux ou à une reprise. Cette trace a été conservée lors de la réfection du parement, ainsi que les lignes de trous de boulin, qui ne sont lisibles que la moitié inférieure de la tour. Notons cependant que ces trous sont moins nets sur les clichés antérieurs aux travaux, et que leur restauration, laissée à l’appréciation des maçons, a pu être sur-interprétée.

Les deux premiers niveaux de ce donjon n’en formaient qu’un à l’origine, comme l’a très bien montré Marcel Deyres. Ils ont reçu des voûtes en arc de cloître à l’époque moderne (17e siècle ?). Éclairé par de simples fentes de jour, la partie basse faisait auparavant office de réserve, comme c’est toujours le cas dans les donjons romans. Elle était desservie par un escalier rampant dans l’épaisseur du mur. À l’origine, cet escalier n’avait pour rôle que de mettre en communication la salle basse depuis l’étage. Contrairement à ce qui est souvent écrit, la porte qui donne à l’extérieur, sur la face est, n’est pas l’entrée principale de la tour ; elle a été aménagée après coup. C’est par l’étage noble, aujourd’hui 3e niveau, que l’on accédait au donjon. L’ancienne porte d’entrée, bien conservée, est ouverte sur la face nord à plus de 6 m au-dessus du sol extérieur. Elle donne aujourd’hui sur un très haut volume intérieur assez vide, sous une toiture contemporaine coiffant le sommet de la tour, et reposant sur le haut des murs où un chemin de ronde périphérique est encore aménagé, à hauteur de l’ancien, signalé par des vestiges de consoles portant le parapet (sans doute un aménagement de la fin du Moyen Âge).

À l’intérieur, les traces laissées sur les parements révèlent l’ancienne distribution de la tour romane : à l’origine, il n’existait à l’étage qu’un seul niveau « habitable », celui de l’entrée, doté d’une fenêtre à l’est et de latrines au nord-ouest. Toutes les ouvertures anciennes sont couvertes de beaux arcs plein cintre clavés. Le parement ouest est marqué d’une série de curieuses niches dont l’usage pose question. Notons également l’absence de cheminée.

Quant à l’escalier en vis logé dans l’épaisseur du mur est, il ne donnait accès qu’au chemin de ronde, à une dizaine de mètres plus haut. C’est dans un second temps que l’on a créé des planchers intermédiaires, et une porte pour les desservir depuis l’escalier : les reprises sont très nettes. Notons que ces nouveaux étages sur planchers restaient très peu éclairés : on peut douter de leur usage pour l’habitation.

Cette haute tour romane ne présente donc à l’origine qu’un unique niveau noble, dans un grand volume aveugle. Elle semble davantage avoir été bâtie pour surveiller les rives de la Creuse, et marquer la présence des seigneurs de ce lieu, que pour leur servir de résidence.

Murstufeau pierre de taille
Toittuile
Statut de la propriétépropriété de la commune
Protectionsclassé MH, 1942/01/23
Précisions sur la protection

Donjon : classement par arrêté du 23 janvier 1942.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Annales ordinis S. Benedicti, occidentalium monachorum patriarchae, in quibus non modo res monasticae sed etiam ecclesiasticae historiae non minima pars continetur, éd. Jean Mabillon, Paris, Robustel, 1703-1713, 5 vol.

    t. 4, p. 156
Bibliographie
  • Audigé, Charles et Moisans, Constant, Histoire de la ville et du canton de Preuilly, Tours, 1846.

  • Baudry, Marie-Pierre. Châteaux « romans » en Poitou-Charentes. Xe - XIIe siècles, Collection Cahiers du Patrimoine, n° 95. Geste éditions, 2011.

    p. 15, 21, 44, 45, 53, 103, 110, 122, 123, 125, 128, 129, 130, 131, 132, 133, 136, 138, 140, 148, 149, 155, 164, 170, 174, 184, 254, 280, 301, 305, 315
  • Baudry, Marie-Pierre. Les fortifications des Plantagenêts en Poitou 1154-1242. Paris, 2001. Comité des travaux historiques et scientifiques, Mémoires de la section d'archéologie et d'histoire de l'art, 11.

    p. 325-326
  • Baudry, Marie-Pierre, La Roche-Posay, dans Châteaux, manoirs, logis, Floris, Philippe et Talon, Pascal (dir.), Chauray, Patrimoines et médias, Vienne, 1995.

    p. 167
  • Blanchetière, Louis. Notice sur La Roche-Posay (Vienne), Bulletin monumental, t. 25, 1859.

    p. 606-609
  • Carré de Busserolle, Recherches historiques sur l’ancienne baronnie de Preuilly et sur les anciens châteaux de Bossay et de Fontbaudry, Mémoires de la société archéologique de Touraine, t. 4, 1842.

    p. 210-249
  • Châtelain, André. Donjons romans des pays d'Ouest. Paris : A. et J. Picard, 1973.

    p. 164-165
  • Crozet, René. Recherches sur les sites de châteaux et de lieux fortifiés en Haut-Poitou au Moyen Âge, Bulletin de la Société des Antiquaires de l´Ouest, 4ème série, t.11, 1971-1972.

    p. 188
  • Deyres, Marcel. Les voûtes du donjon de la Roche-Posay (Vienne). Bulletin de la société archéologique de Touraine, t. 48, 1992.

    p. 513-516
  • Jeanneau, François, La Roche-Posay. Étude Préalable à la restauration du donjon, mars 1992.

  • Rochebrune, Octave de, Chasteigner, Alexis de. Le donjon de La Rocheposay. Revue du Bas-Poitou, t. 4, oct.-déc. 1890.

    p. 317-321
  • Sepulchre, Bruno, Châteaux, villes et villages de l´Angoumois, Aunis, Saintonge et Poitou au XVIIe siècle, par Claude Chastillon, ingénieur du roi (1560-1616), Bassac, 1992.

    p. 113
(c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel - Baudry Marie-Pierre - Maturi Paul
Maturi Paul

Chercheur associé à la Communauté de Communes des Vals de Gartempe et Creuse (2015-2016), puis à la Communauté d'Agglomération de Grand Châtellerault (2017-...).


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