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Donjon dit tour de Broue à Saint-Sornin

Dossier IA17037756 réalisé en 2014

Les imposantes ruines du donjon de Broue se dressent sur une colline située au fond du golfe de Saintonge. Elles dominent aujourd'hui un paysage de marais, cadre exceptionnel à ces vestiges qui témoignent de l'occupation médiévale du site, alors baigné par un bras de mer dont l'envasement naturel a entraîné l'abandon de Broue.

Le donjon de Broue se dresse sur un promontoire qui domine d'une vingtaine de mètres les marais de Brouage. Partiellement conservé, il est le vestige d'un château qui, à l'époque médiévale, protégeait un village et, au nord, un port. La châtellenie de Broue s'étendait entre la rive gauche de la Brouage et la rive droite de la Seugne ; elle était essentiellement composée de marais maritimes et de salines, un bras de mer s'avançant jusqu'à Broue.

Le château de Broue apparaît pour la première fois dans une charte datée entre 1040 et 1047. Le comte d'Anjou Geoffroy Martel, qui tient le comté de Saintonge, et sa femme Agnès donnent à l'abbaye Sainte-Marie à Saintes des terres près du « castrum Broda », c'est-à-dire du château de Broue.

L'église Saint-Pierre-et-Saint-Eutrope de Broue est également citée en 1047 dans l'acte de fondation de l'abbaye Sainte-Marie à Saintes. Elle est le siège d'un archiprêtré transféré à Corme-Royal en 1326.

En 1062, le comte de Poitou (et duc d'Aquitaine) Gui Geoffroy Guillaume (1058 -1086) reprend la Saintonge aux Angevins. En 1078, au retour d'une expédition dans les îles d'Aix et d'Oléron, il séjourne au château de Broue. Celui-ci a vraisemblablement été donné à un de ses hommes ; peut-être s'agit-il d'un certain Hugues de Doué. La famille de Doué est par la suite attestée comme seigneurs de Broue aux 12e - 13e siècles.

En 1372, pendant la guerre de Cent ans, le château détenu par les Anglais est repris par le connétable Duguesclin. À la fin du siècle, il entre en possession des seigneurs de Pons.

Au 16e siècle, l'activité portuaire de Broue est menacée par l'envasement du bras de mer. En 1555, Jacques de Pons fonde, en aval sur la Brouage, Jacopolis. Dénommée quelques années plus tard Brouage, la nouvelle ville prend le pas sur Broue, dont le château semble abandonné ; il n'est pas cité lors des guerres de Religion.

La paroisse de Broue comptabilise une trentaine de feux au 18e siècle. Le château est à l'état de ruine, comme en témoigne un procès-verbal de visite de 1786 ; du donjon ne subsistent plus que le mur « au couchant » et des vestiges des murs nord et sud ; l'enceinte n'est conservée que dans sa partie sud ; les fossés sont toujours visibles.

A la Révolution, la paroisse Saint-Eutrope de Broue n'est pas érigée en commune et est rattachée à la commune de Saint-Sornin.

Le donjon suscite l'intérêt des archéologues dès le 19e siècle. Il est inscrit au titre des monuments historiques en 1925. Il est acheté par la Commune de Saint-Sornin en 1988.

Du château de Broue subsistent le donjon, dont les parties orientales ont disparu, et la partie sud de son enceinte polygonale construite en moellons noyés dans du mortier.

Des fouilles archéologiques menées en 1995 par le castellologue Nicolas Faucherre ont permis de mieux connaître la tour du château.

Construite selon un plan rectangulaire de 15 mètres sur 25 mètres, la tour s'élève sur une motte entourée de fossés. Les murs d'une épaisseur de 2,75 mètres sont composés en moellons noyés dans du mortier avec des parements en moellons cubiques disposés régulièrement. La pierre de taille est utilisée pour les angles. Six rangs de pierres de taille consolident le mur ouest à un quart de la hauteur du mur ouest.

Le mur ouest et la partie subsistante du mur sud sont renforcés par de petits contreforts plats en pierre de taille. Au premier étage, une ouverture presque carrée à côté du deuxième contrefort sud et une brèche située plus au nord correspondent à l'évacuation de deux latrines.

Selon Nicolas Faucherre, le donjon comptait trois niveaux.

Le rez-de-chaussée s'élevait à 11 mètres et était destiné au stockage.

Au premier étage était la grande salle. D'une superficie de 216 m2, elle était vraisemblablement divisée par des cloisons. Elle était faiblement éclairée par des baies en plein cintre peu ébrasées ; il en subsiste deux de part et d'autre de la cheminée et une au sud. Le mur ouest conserve les vestiges d'une cheminée à conduit conique caractéristique de l'époque romane et, aménagées dans l'épaisseur du mur, deux latrines accessibles par les passages ouverts dans les angles nord-ouest et sud-ouest. Les latrines étaient fermées par des portes et reliées par un couloir. Ces éléments « de confort », et notamment la cheminée dont ne semble disposer aucun autre donjon roman conservé en Poitou-Charentes, permettent de suggérer que la tour avait une fonction résidentielle et non uniquement défensive.

Le troisième niveau présente un retrait d'un mètre environ ; il était sans doute charpenté.

Par ses correspondances avec plusieurs tours angevines de la 1ère moitié du 11e siècle (hauteur du rez-de-chaussée, cheminée encadrée de deux baies, latrines dans les angles...), le donjon de Broue a été attribué aux comtes d'Anjou qui détiennent la Saintonge pendant cette période. L'analyse dendochronologique d'une poutre trouvée dans la partie haute d'un mur conforte cette hypothèse.

Dénominationsédifice fortifié, donjon, château
Aire d'étude et cantonRégion Poitou-Charentes - Marennes
AdresseCommune : Saint-Sornin
Lieu-dit : Broue
Cadastre : 1833 A 372 ; 2012 A 72 (2012 : date de mise en ligne sur le site du ministère de l'économie et des finances.)
Période(s)Principale : 1ère moitié 11e siècle , (?)
Statut de la propriétépropriété de la commune
Protectionsinscrit MH, 1925/05/19
Précisions sur la protection

Tour de Broue : inscription par arrêté du 19 mai 1925.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Casier archéologique [documents établis par le service des Monuments historiques au lendemain de la Seconde Guerre mondiale sur des édifices protégés ou destinés à l'être].

    Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont
Documents figurés
  • Tour de Broue. S. d. A. Garnier à Rochefort. 120 x 175 mm. Lithographie. Médiathèque François-Mitterrand, Poitiers.

    Médiathèque François-Mitterrand, Poitiers
  • Lesson, René Primevère. La Saintonge pittoresque, t. I. Rochefort : 1839-1843. - 2 vol.

    p. 61, 62. Bibliothèque municipale, Rochefort : 2916 et 2917
Bibliographie
  • Aussy, Denys d'. La Tour de Broue. Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis, t. 19, 1891

    p. 333-337, 355 : ill.
  • Baudry, Marie-Pierre. Châteaux « romans » en Poitou-Charentes. Xe - XIIe siècles, Collection Cahiers du Patrimoine, n° 95. Geste éditions, 2011.

    8, 10, 15, 20, 29, 56, 67, 103, 104, 110, 111, 114, 121, 137, 139, 140, 149, 155, 156, 164, 169, 194, 260. Ill.
  • Bourricaud, Antoine. Excursion archéologique du 7 juin 1883. Recueil de la commission des arts et monuments historiques de la Charente-Inférieure, t. 7, 1884.

    p. 151-154.
  • Caumont, Arcisse de. Histoire sommaire de l'Architecture Religieuse, militaire et civile du Moyen Age. Bulletin monumental, t. 2, 1836.

    p. 271-272, pl. XIX.
  • Châtelain, André. Donjons romans des pays d'Ouest. Paris : A. et J. Picard, 1973.

    p. 181-182
  • Chaudruc de Crazannes, Alexandre. Notice sur les monuments celtiques du département de la Charente-Inférieure. Bulletin monumental, t. 1, 1835

    p. 284-287
  • Colle, Jean-Robert. Châteaux, manoirs et forteresses d'Aunis et de Saintonge, 2 vol. La Rochelle : Rupella, 1984.

    vol. 1, p. 126-128, 129 : ill.; vol. 2, p. 261.
  • Connoué, Charles. Les églises de Saintonge. Saintes : Delavaud, 1952-1961.

    t. 1 : p. 89 ; t. 2, p. 117.
  • Crozet, René. L'art roman en Saintonge. Paris : Picard, 1971.

    p. 17, 112, 114, 1 pl.
  • Crozet, René. La tour de Broue. Revue du Bas-Poitou, 79e année, 1968.

    p. 413-423, 3 fig.
  • Faucherre, Nicolas. "La tour de Broue (Charente-Maritime) : l'oeuvre du comte d'Anjou". Dans Tours seigneuriales de l'Ouest. Travaux récents sur quelques tours maîtresses de la Normandie à la Catalogne. Faucherre, Nicolas, Rémy, Christian (dir.), Poitiers, C.E.S.C.M., 2004.

    p. 69-74.
  • Duguet, Jacques. Broue et sa châtellenie vers 1047-1392. Roccafortis, t. II, n°16, 1995.

    p. 338-348
  • Duguet, Jacques. Note sur les seigneurs de Broue vers 1050-1257. Roccafortis, 2e s., t. 2, 1967-1971.

    p. 174-178, 1 tableau.
  • Gaborit, Germain. Les donjons romans d'Angoumois et de Saintonge. Mémoire de la société archéologique et historique de la Charente, 1954.

    p. 75
  • Lesson, René Primevère. La Saintonge illustrée : 1839-1843. [suivi de] Louis - Benjamin Auguin. La Saintonge pittoresque. Dessins. Ed. Jean Glénisson, Pascal Even, Jacques Daniel, Francette Joanne, Philippe Gautret - La Crèche : Geste éditions, 1999.

    p. 149 : ill. 61-62.
(c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel - Dujardin Véronique
Dujardin Véronique

Chercheur, service Patrimoine et Inventaire


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- Sarrazin Christine