Dossier IA86007878 | Réalisé par
Donjon, dit La Tour Carrée
Copyright
  • (c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Région Poitou-Charentes - Loudun
  • Commune Loudun
  • Cadastre 1838 B1 323  ; 2014 AO 232
  • Dénominations
    donjon, château fort
  • Parties constituantes non étudiées
    ensemble fortifié, donjon, tour, église, motte

La ville s’est progressivement développée autour du castrum de Loudun mentionné dans les textes avant l’an mil. Si son existence dès l’an 800 peut prêter à discussion, la mention qui est attestée en 926 suffit à faire de ce château l’un des plus anciens du comté de Poitou. C’est alors le siège d’une viguerie. Vers 975, Geoffroy Grisegonelle, comte d’Anjou, se soumet au comte de Poitou Guillaume et reçoit de lui en bénéfice le château de Loudun. On attribue traditionnellement à son fils, le fameux Foulques Nerra, la construction de la tour carrée aujourd’hui conservée. En réalité, rien ne permet dans les textes de lui attribuer tout ou partie du château. Il accorde cependant une attention particulière à cette place frontière, qui est, de son temps, désigné comme le siège d’un pagus. La garde en est confiée à un fidèle vassal ; on conserve le nom d’Albéric de Mont-Jean qui, vers 1020, favorise la reconstruction et l’érection en collégiale de l'église Sainte-Marie et Saint-Léger du château. Une autre église apparait également dans le castrum avant la fin du XIe siècle : le prieuré Notre-Dame, attesté vers 1060. Les historiens du 19e siècle ont ajouté également l’église Saint-Pierre du Château, qui aurait été transférée au 13e siècle au cœur de la ville, pour devenir Saint-Pierre du Marché. Cette dernière hypothèse est débattue aujourd’hui.

Les comtes d’Anjou conservent cette place frontière aux 11e et 12e siècles. C’est l’un des points d’appui d’Henri II Plantagenêt dans la seconde moitié du XIIe siècle. Elle est prise en 1204 par le roi de France Philippe Auguste, qui y entreprend des travaux de fortification et la construction d’un nouveau donjon. La châtellenie reste dans le domaine royal jusqu’en 1366, lorsque Charles V la cède à son frère Louis, duc d’Anjou. Après 1374, celui-ci fait bâtir contre la tour carrée un palais prestigieux avec des appartements privés et une grande salle seigneuriale. Il était désigné comme le palais du roi de Sicile. Loudun revient à la couronne en 1480 à la mort de René d’Anjou. Sur l’ordre de Louis XIII, à partir de 1622, on rase systématiquement les fortifications et les bâtiments du château, on comble les fossés et on abandonne les églises déjà ruinées. De tout le château de Loudun, seule la tour carrée est conservée, comme le dernier symbole du pouvoir seigneurial dans la ville.

  • Période(s)
    • Principale : 11e siècle
    • Principale : 12e siècle

La tour carrée de Loudun est le vestige d’un très grand château qui occupait le sommet de la colline qui domine la ville, sur une surface de plus de 4 hectares. L’enceinte ovoïde du castrum est encore lisible çà et là, élevée en petit appareil renforcée ponctuellement par des tourelles rondes. Depuis les fouilles menées à la fin du 19e siècle, on considère qu’il s’agit d’une enceinte gallo-romaine, rehaussée et réutilisée au Moyen Âge. Cette analyse a été nuancée récemment par Luc Bourgeois et Béatrice Favreau, qui posent l’hypothèse d’une fortification du haut Moyen Âge. Différents bâtiments ont été fouillés à l’intérieur de l’enceinte ; seule la grande tour carrée - ou donjon - s’élève encore sur le site. Cette tour maîtresse n’est pas exactement bâtie sur un plan carré, mais légèrement trapézoïdal (9,50 à 10,40 m de longueur pour chaque côté). Les relevés d’architecture réalisés dans les années 1980 montrent clairement une dissymétrie, que l’on peut expliquer par le fait que cet ouvrage n’a pas été construite ex nihilo mais a dû s’adapter à des constructions préexistantes. Les fouilles de Moreau de la Ronde ont clairement mis en évidence que l’édifice est venu se coller dans l’angle d’un bâtiment déjà imposant. Ce premier édifice, bâti en moellons, se distingue nettement de la tour carrée élevée en bel appareil de pierre de taille calcaire. Cet appareil est soigneusement monté par assises, assemblé à joints fins mais non réglé. L’élévation, qui atteint plus de 30 m de hauteur, est rythmée par des contreforts plats. Sur la face nord, un mur de pierre de taille a été plaqué entre les contreforts, au même nu, et ce jusqu’au niveau du premier étage. Cet aménagement est ancien puisqu’il apparaît déjà sur l’ancien cadastre. Les photographies anciennes sont nombreuses, montrant l’ancien parement de pierre de taille très érodé, avant des reprises entières des élévations. Louis Charbonneau-Lassay livre d’ailleurs, en 1915, une série d’observations archéologiques qui ont manifestement été gommées lors du ravalement des parements et des restaurations du 20e siècle : une seconde porte, percée pour mettre en communication la tour et les logis des ducs d’Anjou, les traces d’arrachements de la voûte en berceau d’une salle basse et celles d’un système d’échelle donnant accès aux parties hautes de la tour. D’autres traces sont encore parfaitement lisibles : les niveaux supérieurs de la tour apparaissent clairement sur planchers. Les lignes horizontales de trous carrés, qui recevaient les têtes des solives encastrées, en témoignent. Ces solives reposaient sur des sablières installées dans une saignée du mur. Plusieurs d’entre elles sont encore conservées. Les parties hautes de la tour présentent des traces particulièrement intéressantes des superstructures la couronnant. Le sommet a été récemment modifié, et le parapet arasé et bétonné. D’anciens clichés le montrent cependant percé de trous carrés régulièrement espacés, correspondant à un niveau de hourds. Pour Louis Charbonneau-Lassay, ces trous auraient été réalisés a posteriori dans le muret ménagé en léger retrait. Il n’est plus possible de le vérifier. En revanche, on distingue encore très bien les vestiges des chéneaux de la construction originelle. À l’extérieur comme à l’intérieur, des arases formées de dalles de grès brun vert à ciment siliceux signalent le dispositif qui se situe bien au-dessous de la tête ruinée des contreforts. Il n’est donc pas nécessaire de grimper sur la tête des murs pour observer la marque de la pose de la toiture. Elle apparaît aux deux tiers de la hauteur, sur l’élévation interne, à 5 ou 6 m du sommet. Les eaux de pluie étaient recueillies et évacuées à ce niveau par des dalles, des chéneaux et des gargouilles traversant les murs. La toiture était posée directement sur la tête du mur, sans la recouvrir entièrement, et disparaissait entièrement derrière le parapet surélevé de plusieurs mètres et portant le chemin de ronde. De l’extérieur, elle n’était donc absolument pas visible.

La tour carrée est étonnamment vide et impropre à tout usage résidentiel. Les parements ne sont percés que de rares fentes de jours, et il n’existe ni cheminée ni latrines. Le volume intérieur est étroit (5 m de côté) et sans doute très sombre jusqu’à la toiture. L’accès se faisait par la porte percée sur la face nord, à plusieurs mètres de hauteur ; elle était sans doute desservie par une passerelle ou un avant-corps. Quant à l’accès percé au pied de la tour, il a sans doute été aménagé au 18e ou au début du 19e siècle.

Les caractéristiques générales de la tour carrée permettent sans hésitation de la rattacher à la famille des donjons romans des 11e-12e siècle en France. Elle est traditionnellement attribuée à Foulques Nerra, comte d’Anjou et seigneur de Loudun de 987 à 1040. Son architecture ne contredit pas une telle attribution, mais les éléments datant font défaut. La qualité de sa construction, en bel appareil de pierre de taille, et sa grande élévation témoignent en tout cas d’une affirmation ostentatoire du pouvoir comtal.

  • Murs
    • calcaire grand appareil
  • Statut de la propriété
    propriété de la commune
  • Protections
    classé MH, 1877/07/14
  • Précisions sur la protection

    Le donjon : classement par arrêté du 14 juillet 1877.

  • Rédet, Louis. Cartulaire de l'abbaye de Saint-Cyprien de Poitiers. Archives Historiques du Poitou, tome 3, 1874.

    p. 80-81

Documents d'archives

  • Titres de la maison d’Anjou, Loudun (467 à 476).

    Archives nationales, Paris : P 1340
  • 1782-1787. Mémoire sur l’appartenance ou non de Loudun à l’apanage du comte d’Artois, état et consistance du domaine.

    Archives nationales, Paris : R 1/535, Loudun Dossier 1.
  • 1570. Lettres patentes de Charles IX ordonnant l’établissement d’une « garnison de 40 soldats avec leur capitaine pour la garde de la ville et du château de Loudun ».

    Archives départementales de la Vienne, Poitiers : E dépôt 137, AA2
  • 1630, janvier. Copie certifiée de lettres patentes du roi faisant don à Jean d’Armagnac, l’un de ses valets de chambre, capitaine et gouverneur de la ville et du château de Loudun, et à Michel Lucas, secrétaire du roi, « des pierres et démolitions des tours et murailles de l’enceinte du grand château, ensemble des fonds et propriétés des places tant desdites tours et murailles que des fossés et contrescarpes… ».

    Archives départementales de la Vienne, Poitiers : E dépôt 137, AA3
  • 1695, 7 septembre. il est dressé un état des lieux entouré par les fossés et murs de la ville, pour être envoyé à l’intendant chargé de procéder à la division de la ville par quartiers ; il y est fait mention du donjon du château et du prieuré de Notre-Dame du château appartenant aux Jésuites de Poitiers.

    Archives départementales de la Vienne, Poitiers : E dépôt 137, BB4
  • 1627, 15 octobre. Démolition du château. Délibération prise par les habitants.

    Archives départementales de la Vienne, Poitiers : E dépôt 137, DD2
  • 1747. Emplacement du château. Aplanissement, plantations.

    Archives départementales de la Vienne, Poitiers : E dépôt 137, DD3
  • 1933-1947. Donjon (Tour carrée). – Construction d’un escalier d’accès au sommet : devis estimatif des travaux.

    Archives départementales de la Vienne, Poitiers : E dépôt 137, M 14
  • 1933. Donjon (Tour carrée). – Projet d’escalier d’accès au donjon.

    Archives départementales de la Vienne, Poitiers : E dépôt 137, M 15

Bibliographie

  • Ademari Cabannensis Chronicon, éd. Pascale Bourgain, Richard Landes et Georges Pon, Corpus Christianorum continuatio mediaevalis, vol. CXXIX, Turnhout, Brepols, 1999.

    p. 151
  • Bachrach, Bernard, The Angevin strategy of castle building in the reign of Foulque Nerra, American Historical Review, vol. 88, juin 1983, n° 3.

  • Baudry, Marie-Pierre. Châteaux « romans » en Poitou-Charentes. Xe - XIIe siècles, Collection Cahiers du Patrimoine, n° 95. Geste éditions, 2011.

    p. 33, 35, 42, 50, 51, 53, 56, 57, 72, 101, 110, 116, 119, 121, 123, 125, 128, 136, 140, 148, 155, 181, 196, 197, 211, 241, 273, 276, 279, 280, 287, 288, 300, 303, 307, 308, 311
  • Baudry, Marie-Pierre. Les fortifications des Plantagenêts en Poitou 1154-1242. Paris, 2001. Comité des travaux historiques et scientifiques, Mémoires de la section d'archéologie et d'histoire de l'art, 11.

    p. 306-307
  • Baudry, Marie-Pierre, Les donjons de Loudun, Bulletin de la Société des Amis du Pays Lochois, n°9, 1993.

    p.163-169
  • Bouquet Dom , éd. Recueil des historiens des France, éd. Dom Bouque, Paris, 1737-1786, t. 5.

    p. 764, n° LXXXI
  • Charbonneau-Lassay, Louis, Les châteaux de Loudun d’après les fouilles archéologiques de M. J. Moreau de La Ronde, Mémoires de la Société des Antiquaires de l’Ouest, 3e série, t. 8, 1915.

    p. 1-486
  • Charbonneau-Lassay, Louis, La tour carrée de l’ancienne forteresse de Loudun, Loudun, Imprimerie Veuve Blanchard, 1934.

  • Châtelain, André. Donjons romans des pays d'Ouest. Paris : A. et J. Picard, 1973.

    p. 159-160
  • Favreau, Béatrice et Bourgeois, Luc, Loudun. Les petites villes du Haut-Poitou de l’Antiquité au Moyen Âge, formes et monuments, Bourgeois, Luc (dir.), Mémoires de l’Association des publications chauvinoises, t. 17 (vol. 1), 2000.

    p. 39-66
  • Favreau, Robert ; Michaud, Jean ; Labande, Edmond-René [dir.]. Corpus des inscriptions de la France médiévale. T. I-2 : Département de la Vienne (excepté la ville de Poitiers), 1975.

    p. 43-46
  • Favreau Robert, Carpentier Elizabeth, Chauvin Yves, Pon Georges, Chartes poitevines 925-950, textes et indices, Université de Poitiers, Centre d'études supérieures de civilisation médiévale, Poitiers, 1999

    p. 7-8
  • Favreau, Robert, Les débuts de la ville de Loudun, Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest, 5e s., t. 2, 1988.

    p. 163-182
  • Goupil de Bouillé, Jean, éd. Le cartulaire de Bourgueil, XIe siècle, s. l. chez l’auteur, s. d.

    p. 102
  • Granvenu, Jean-Marc, éd. Grand cartulaire de Fontevraud, Archives historiques du Poitou, t. 63 (2000), n° 615.

  • Ledain, Bélisaire, Essai de classification chronologique des châteaux du Poitou du XIe au XIIe siècle, Revue poitevine et saintongeaise, t. 18, 1891.

    p. 364
  • Le Proust, Pierre, Commentaires sur les coustumes du pays de Loudunois, Saumur, Thomas Portau, 1612.

  • Longuemar, Alphonse Le Touzé de. Mémoire en réponse aux questions 4, 5 et 6 du programme de la section d'histoire et d'archéologie du Congrès scientifique tenu à Bordeaux au mois de septembre 1861. In : Mém. Soc. Antiquaires de l'Ouest, 1ère série, t. 27, 1862.

    p. 426-456
  • Monsabert, Pierre de, éd. Documents inédits pour servir à l’histoire de l’abbaye Sainte-Croix de Poitiers et de ses domaines jusqu'à la fin du XIIIe siècle. Revue Mabillon, t. 9, n° 33, mai 1913.

    p. 58
  • Savin, Geneviève, Loudun, esquisse de topographie monumentale, Mémoire de DES d’histoire médiévale soutenu à l’université de Poitiers sous la direction de René Crozet, 1966.

  • Tessier, Georges, éd. Recueil des actes de Charles le Chauve, Paris, Imprimerie nationale, 1943, t. 1, n° 123.

    p. 327
  • Trincant, Louis, Abrégé des antiquités de Loudun et païs de Loudunais (1626), éd. R. Drouault, Loudun, A. Roiffé, 1894.

    p. 1-56

Documents figurés

  • Plan rétrospectif de Loudun par Charbonneau-Lassay (s.d.).

    Archives départementales de la Vienne, Poitiers : KK 103
  • Plan de la ville de Loudun (s. d.).

    Archives départementales de la Vienne, Poitiers : FI LL 135
  • Monuments du Poitou (XVIIIe-XIXe siècles), vol. 1, fol. 69, Loudun, tour carrée.

    Médiathèque François-Mitterrand, Poitiers : Ms 547
  • Vue de la ville de Loudun en 1699.

    Bibliothèque nationale de France, Paris : coll. Gaignières n° 5972- VA-86-Fol. 1

Annexes

  • Annexe n°1
Date d'enquête 2010 ; Dernière mise à jour en 2010
(c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel