Dossier d’œuvre architecture IA79004283 | Réalisé par
  • enquête thématique régionale, Patrimoine roman
  • inventaire topographique, Vallée de la Sèvre Niortaise, Marais poitevin
Donjon, château
Copyright
  • (c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel
  • (c) A.P.P. Fonds Editions Patrimoine et Medias

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Région Poitou-Charentes - Niort
  • Commune Niort
  • Cadastre 1809 A 44  ; 1846 K 15  ; 2014 BO 152
  • Dénominations
    donjon, château

Construit au bord de la Sèvre Niortaise, le donjon de Niort (dans les Deux-Sèvres) comprend deux tours reliées par un corps de bâtiments. Il est l'un des plus vastes donjons romans conservés en France.

Le donjon de Niort est le superbe vestige d'un château qui comprenait plusieurs bâtiments et une vaste enceinte, aujourd'hui disparus.

Ce château est construit au cours de la seconde moitié du 12e siècle, par le roi d'Angleterre Henri II Plantagenêt ou par son fils Richard Cœur de Lion. Le Poitou est sous domination anglaise depuis le mariage d'Aliénor d'Aquitaine, comtesse de Poitou et duchesse d'Aquitaine, avec Henri Plantagenêt, en 1152.

Le château s'élève sur la rive gauche de la Sèvre Niortaise, où s'étend alors la ville de Niort. Il est érigé dans la partie ouest de la ville, près du port (aujourd'hui disparu) qu'il protège.

Le donjon, pièce maîtresse de la défense du château, présente la particularité d'être composé de deux tours carrées, disposées à quelques mètres l'une de l'autre, et reliées par deux murs. Il était protégé par une première enceinte munie de tours, édifiée à l'intérieur de la ville fortifiée.

L'édifice est construit en pierres de taille. Les angles des tours sont confortés par de gros contreforts semi-cylindriques ; des contreforts un peu plus petits épaulent également les murs des tours. La porte d'entrée était aménagée dans le mur qui, côté ville, relie les deux tours ; percée entre les deux premiers niveaux, elle était accessible par une échelle.

Le donjon est doté d'un système de défense alors rare en Occident, visible sur la seule tour sud. Des archères (fentes de tir pour les archers) y sont percées au premier et au second étages ; des mâchicoulis (ouvertures permettant la défense de la base des murs) sont aménagés au sommet des grands arcs qui relient les contreforts.

Le donjon est remanié au cours des siècles. Au 15e siècle, l'espace entre les deux tours est couvert et transformé en logis. Au 18e siècle, la tour nord s'effondre partiellement et est reconstruite. Propriété de la Ville de Niort depuis la Révolution, il devient un musée en 1896, ce qu'il est encore aujourd'hui.

La ville de Niort se développe sous la protection du castrum qui est mentionné à plusieurs reprises dans les textes dès la seconde moitié du 10e siècle. Les textes ne précisent pas où se situe ce premier ensemble ; il est probable qu’il quitte le méandre de la Sèvre, où était installée la ville antique, pour rejoindre sur l’autre rive, à l’Est, le vallon entre les deux collines. À l’époque romane, l’une est dominée par l’église Notre Dame, l’autre par l’église Saint-André. Aux 11e et 12e siècles, on conserve peu de mentions du château de Niort. Manifestement, le comte de Poitou, qui le possède, y séjourne rarement. En 1104, la place est incendiée par le comte d’Anjou. Les textes mentionnent rapidement cet épisode sans préciser les dégâts éventuels. Avant 1134, le comte de Poitou, signe une charte dans la salle du château de Niort (« in aula niortensi castri »). Et en 1141, le roi Louis VII est à Niort dans son palais (« in palacio nostro »). Il est donc question du palais, de la grande salle, et non d’un édifice fortifié. Rien ne permet d’identifier ce palais comtal avec tout ou partie du donjon conservé. Dans la seconde moitié du 12e siècle, la ville de Niort se développe rapidement, avec le soutien du nouveau comte de Poitou, Henri Plantagenêt. L’importance de la ville, pour ce dernier, est liée au contrôle de la navigation sur la Sèvre. À l’entrée des marais, le port existait probablement avant la fin du 12e siècle, établi près de l’endroit où le ruisseau du Merdusson se jette dans la Sèvre (actuelle rue Brisson). Il était placé directement sous la protection du château. Les archives anglaises enregistrent à partir de 1214 les sommes données par le roi aux bourgeois de Niort, afin de les aider à fortifier leur ville. L’enceinte du château existait sans doute déjà. Niort est reprise par le roi de France en 1224. À partir de 1243, Alphonse, comte de Poitou, entreprend des travaux dans son château de Niort. Ils portent sur l’aménagement, voire la création des espaces résidentiels, comme l’indiquent l’utilisation des termes « aula », « robis » et « domus ». Ils placent au milieu du 13e siècle la création d’une véritable « grande salle » au donjon de Niort, avec le couvrement de l’espace réservé à ciel ouvert entre les deux tours formant le donjon. De nouveaux travaux d’aménagement des salles sont attestés dans la seconde moitié du 15e siècle. Ils sont suivis de la fourniture de mobilier.Proche de La Rochelle, capitale des Huguenots à la fin du 16e siècle, la ville de Niort est à cette époque une place stratégique, et subit plusieurs sièges, notamment en 1569 et en 1588. L’église Saint-Gaudent, dans le château, est alors détruite. D’importants travaux de réparations sont encore entrepris au château dans les années 1670.

Très tôt, le donjon a servi de prison. À partir du 18e siècle, on y entasse des détenus. Les marques laissées sur les murs par les prisonniers anglais, au cours de la guerre de Sept ans, frappent encore l’imagination des visiteurs aujourd’hui. Les archives du Génie livrent le détail des nombreux travaux réalisés à cette époque au donjon et sur les bâtiments compris dans l’enceinte du château. Les murailles et les tours qui les flanquent sont en revanche délaissées. Les fossés sont peu à peu comblés par les habitants de Niort. En 1791, le château est vendu à la municipalité de Niort, sauf le donjon qui sert de maison d’arrêt au Département. Le classement de l’édifice au titre des Monuments historiques, en 1840, entraîne des travaux de restauration. C’est seulement en 1869 que le donjon est cédé à la Ville, afin de loger le dépôt d’archives. En 1896, il est aménagé en musée, une affectation qu’il conserve aujourd’hui depuis plus d’un siècle.

  • Période(s)
    • Principale : 4e quart 12e siècle, 13e siècle, 15e siècle, 18e siècle
  • Dates
    • 1752, porte la date

Si les sondages archéologiques effectués récemment au pied du donjon ont mis en évidence l’occupation du site aux alentours de l’an mil, ils n’ont pu en revanche faire la preuve de l’existence d’un château. Il n’est pas impossible d’imaginer, sous l’actuel édifice, les vestiges des bâtiments mentionnés au début du 12e siècle. L’existence d’une construction en pierre antérieure à l’édifice actuel est d’ailleurs suggérée par des changements d’appareillage qui apparaissent sur le parement intérieur, dans les salles basses (tour sud en particulier). Des murs ont été signalés lors des récents travaux, mais non relevés en plan, avant la réfection du sol, au même niveau.

Le donjon est un imposant bâtiment de plan rectangulaire composé de trois parties : deux hautes tours carrées reliées par un bâtiment central. L’ensemble est élevé en bel appareil de pierres de taille calcaire, soigneusement layées, ajustées à joints fins. Les assises sont régulières, sur toute la longueur de l’édifice, prouvant la contemporanéité de la construction des deux tours et du volume entre deux. L’élévation extérieure est rythmée assez régulièrement par de gros contreforts semi-cylindriques : les tours, de plan carré, en possèdent un à chaque angle, et un au milieu de chaque côté. Un contrefort semblable marque le milieu de la face ouest du bâtiment central. Il trouve son symétrique dans la tourelle d'entrée de la face est.

La tour sud s’élève à 28 m de hauteur sur un plan carré, de 13,50 m de côté. Elle présente trois niveaux voûtés en berceau, desservis par un escalier en vis logé dans le contrefort nord-ouest. Le premier niveau n’est éclairé que par deux fentes de jour étroites, vers la rivière. Le second niveau possède une belle voûte en berceau renforcée. Cette dernière a été recoupée par le percement d’une grande fenêtre, au sud. Cette ouverture, comme la cheminée et la grande niche du mur ouest, a été créée à la fin du Moyen Âge pour donner un caractère plus résidentiel à la salle, en condamnant une ancienne archère. Deux autres ouvertures de tir sont encore conservées à ce niveau, mais également à l’étage supérieur, dont la grande voûte, portant la terrasse sommitale, a été créée après coup. Sur les faces nord et sud de la tour, le chemin de ronde est en encorbellement, soutenu par de grands arcs dissimulant des mâchicoulis, pour défendre le pied des murs.

La tour nord est sensiblement moins élevée que sa voisine (23 m). Elle possède quatre niveaux dont le premier est seul voûté. Le second niveau montre encore des ouvertures anciennes : portes, fenêtres étroites, et vestige d’archère. Les deux niveaux supérieurs, sur planchers, ont été clairement réaménagés à la fin du Moyen Âge (cheminée et fenêtre) et au 18e siècle. La tour s’écroula en effet partiellement en 1749 et fut restaurée l’année suivante. L’escalier en vis qui dessert les étages et la terrasse au sommet est bien d’origine.

Dans son état originel, le donjon de Niort apparaît comme une construction homogène, avec deux tours qui, en dépit de leurs différences, relèvent d’une même conception d’ensemble (distribution et circulations, répartition des postes de tir et des fenêtres, plan et disposition des contreforts). Ces deux tours contemporaines étaient reliées par une courtine, à l’est et à l’ouest, délimitant une cour à ciel ouvert. Plusieurs arguments soutiennent cette restitution : une terrasse dallée révélée par les anciennes gargouilles d’évacuation des eaux de pluie, les fentes de tir ouvertes en partie haute des tours, vers la cour, et surtout les mâchicoulis sur arcs de la tour sud, qui défendaient le pied de la tour et sont donc parfaitement incompatibles avec la présence de la toiture centrale. C’est par cette cour que l’on accédait autrefois au donjon : il n’existait à l’origine qu’une seule entrée à l’Ouest, du côté de la rivière. C’était une haute porte en plein cintre, surélevée par rapport au sol extérieur, et qui devait être desservie par un escalier de bois ou une échelle, comme c’est généralement le cas pour les donjons romans. Ainsi, aucune des deux tours n’a jamais possédé un accès direct sur l’extérieur : il fallait d’abord entrer par la cour intérieure. De là, on devait pouvoir accéder directement à chacun des escaliers en vis qui desservait les étages des tours. Seule la tour sud possédait au premier étage une belle porte donnant alors sur le vide, semblable à une entrée principale. Il fallait sans doute encore une échelle pour accéder à cette porte, à moins qu’elle n’ait été desservie par le chemin de ronde de la muraille voisine, par une passerelle.

L’analyse architecturale, comme les données des textes, confirme que c’est au milieu du 13e siècle que l’espace entre les deux tours est fermé par un bâtiment à deux niveaux sous combles. L’étage était originellement porté par un plancher soutenu par des arcs diaphragmes. Le même système d’arcs soutenait la charpente si ce n’est un niveau sous combles. Ces arcs ont tous été clairement insérés après coup dans les courtines qui délimitaient l’ancienne cour intérieure. Ces travaux sont bien datés par les comptes d’Alphonse de Poitiers des années 1250. Il est possible que l’aménagement de la fausse-braie, à l’est du donjon, soit contemporain de la création de la tourelle d’entrée. La grande salle créée à l’étage devait avoir une fonction noble, comme en témoignent les traces de peinture qui ont été relevées. Les traces d’un décor ocre et rouge de faux-joints, animé par une fleurette, se voient encore sur le contrefort de la tour sud, à l’intérieur. Si des fenêtres existaient à cette époque, elles devaient se trouver à l’emplacement des actuelles ouvertures, percées sur le parement ouest. Les comptes de la fin du 13e siècle mentionnent explicitement les travaux engagés pour la réfection et la couverture (en tuiles) des appartements du château de Niort. Nous pensons qu’il s’agit de la charpente et couverture créée pour coiffer cet ensemble palatial. Cette charpente devait être en retrait du chemin de ronde, qui est alors surélevé ; on voit encore nettement que le parapet est collé contre les deux grandes tours. Il était défendu par des hourds vers la rivière. En résumé, tous les indices corroborent pour attribuer à Alphonse de Poitiers la création d’un volume noble sous combles entre les deux tours, mais aussi la création de la fausse-braie et le retranchement du donjon par une muraille doublée d’un fossé. Ces travaux ont dû s’échelonner dans la seconde moitié du 13e siècle avec des interruptions. De nouveaux travaux sont réalisés au 15e siècle. Les grandes fenêtres rectangulaires du second niveau (tour sud, tour nord et salles centrales), sont ouvertes dans des niches aux voûtes segmentaires. Elles possèdent meneau et traverse horizontale, et coussièges caractéristiques de la fin du Moyen Âge, mais sont dépourvues de toute mouluration qui permettrait de préciser la datation. De fait, la plupart des encadrements ont été manifestement restaurés au 18e siècle. Dans certains cas, il est clair qu’elles ont remplacé des ouvertures plus anciennes dont on ne voit que l’arc plein cintre (tour sud et fenêtre nord de la salle centrale). Leur mise en œuvre paraît relativement homogène, et témoigne d’une grande phase de travaux portant sur la création de chambres sur tout le premier étage, mais également la création, dans la tour nord, d’un second étage habitable, sur plancher. Cet étage est de plain pied, ou presque, avec le sol des combles qui est alors créé. La grande toiture de ce volume de comble a été refaite par la suite, et les lucarnes créées plus récemment.

Le donjon de Niort appartient à la grande famille des donjons romans des Pays d’Ouest, étudiée par André Chatelain. Dans son état originel, il apparaît comme une construction monumentale et austère, dont les vastes salles quadrangulaires sont logeables, mais obscures et froides. Toutes les grandes fenêtres et les cheminées actuellement conservées ont été créées après coup. Le donjon « roman » n’était éclairé que par d’étroites et hautes fentes de jour, largement ébrasées vers l’intérieur. Elles sont toutes percées vers la rivière, à l’Ouest. Il n’existait aucune cheminée, ce qui est très surprenant dans un édifice de cette qualité. Il n’était manifestement pas conçu pour une habitation noble. Une seule latrine est conservée, en encorbellement sur la face sud du donjon, au second niveau. Elle est desservie par un petit passage coudé. Le retrait existant à l’opposé sur la face nord, au même niveau, pouvait également desservir une latrine du même type. Deux puits existaient dans la grande salle basse centrale. Les couvrements les plus anciens des salles sont des voûtes en berceau légèrement brisé. Le recours quasi systématique au plein cintre, pour le couvrement des ouvertures, rattache clairement la construction du donjon à l’art roman ; il inviterait même à une datation assez haute, si l’édifice ne possédait des éléments qu’il est difficile de dater avant la fin du 12e siècle : archères et mâchicoulis sur arcs.

Il ne semble pas que le donjon ait été dégradé pendant les guerres de Religion, mais ses fortifications ont certainement été renforcées, en particulier pour pourvoir porter des pièces d’artillerie. Si elles n’ont pas été créées à la fin du Moyen Âge, c’est en effet au 16e siècle que l’on doit placer la construction des voûtes surmontées de terrasses d’artillerie des deux tours, et la transformation du parapet de la fausse-braie. Les travaux réalisés par l’armée, tout au long du 18e siècle, sont bien documentés. Ils prouvent que la tour nord n’a pas été entièrement reconstruite après son effondrement en 1749, mais partiellement remontée ; c’est à cette époque que sont créées les voûtes des salles basses et que la terrasse est reprofilée, à l’est. Différents travaux sont effectués encore tout au long du 20e siècle par les architectes des monuments historiques, comme le réaménagement des abords du donjon et du sommet des tours.

  • Murs
    • calcaire moyen appareil
  • Toits
    ardoise
  • Statut de la propriété
    propriété de la commune
  • Protections
    classé MH, 1840
  • Précisions sur la protection

    Château dit le Donjon : classement par liste de 1840.

  • Référence MH
  • Référence Patriarche
    79 191 0122