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Dampierre-sur-Boutonne : présentation de la commune

Dossier IA17035021 réalisé en 1998

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Aires d'étudesVals de Saintonge Communauté
AdresseCommune : Dampierre-sur-Boutonne

De l'Antiquité à la fondation du bourg de Dampierre

On sait peu de choses de l'occupation du site de Dampierre-sur-Boutonne antérieurement au Moyen Age. A la fin du 19e siècle, on mit au jour au pied du champ de foire (au sud de l'église) les restes d'une villa gallo-romaine : «L'hypocauste avait encore une partie de son aire bétonnée, remplie de cendres et de débris de toute sorte, parmi lesquels on a recueilli des carreaux en losange, vernissés rouge, noir et vert, des tuiles à rebord et des ossements d'animaux».

Les vestiges d'un ancien camp romain existent également au lieu-dit Le Châtelier (à cheval sur la commune voisine de Saint-Séverin-sur-Boutonne. Le site est protégé par une inscription à l'Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques depuis 1945. L'empreinte romaine a été très profonde dans la région comme le montrent également les importantes découvertes effectuées à Aulnay-de-Saintonge.

La première moitié du Moyen Age n'a livré aucun indice concernant l'occupation de Dampierre. Autour de l'an mil, un premier château, appelé le Château Gaillard, s'élevait sur les hauteurs du village, à proximité de l'église. Ce castrum, dont il ne reste rien, est mentionné vers 1028 par le cartulaire de l'abbaye de Saint-Jean-d'Angély. La chapelle primitive aurait été remplacée à partir du 11e par l'actuelle église Saint-Pierre. Une légende veut qu'elle ait été fondée à l'emplacement où fut découverte, après un orage, l'empreinte d'une clé dans un rocher, assimilée à une clé de saint Pierre.

Une charte des environs de 1045 peut être considérée comme l'acte de fondation du bourg de Dampierre. Par celle-ci, les frères Rabiol, seigneurs proches des vicomtes d'Aulnay, donnent aux moines de l'abbaye Saint-Cyprien de Poitiers l'église Saint-Pierre de Dampierre, la dîme sur la paroisse, ainsi qu'un terrain entourant l'église pour y construire des maisons et élever un bourg. C'est donc à partir du milieu du 11e siècle que l'agglomération de Dampierre se constitue véritablement.

Toutefois, plusieurs localités devaient s'être formées avant cette date, puisque d'après cette même charte, la paroisse comptait déjà trois églises. Saint-Pierre, à proximité du premier château, Saint-Vincent, semble-t-il en contrebas, et Saint-Hilaire, dans le village du même nom. Des trois, seule l'église Saint-Pierre (qui était flanquée d'un prieuré aujourd'hui détruit) a traversé les siècles : Saint-Vincent a probablement disparu très tôt, Saint-Hilaire n'existait plus à la Révolution, mais son cimetière était encore en place (l'emplacement de l'église et le cimetière furent vendus comme bien nationaux).

Un carrefour important au Moyen Age

Très peu d'éléments du Moyen Age, en dehors de l'église, subsistent à Dampierre-sur-Boutonne. Pourtant, les écrits et les études réalisées sur la commune suggèrent qu'il s'agissait d'un bourg relativement important, parsemé d'édifices religieux et animé par d'importantes foires.

En plus des trois églises citées dès le 11e siècle, une chapelle dédiée à saint Barnabé s'élevait à l'emplacement de la fontaine du même vocable, au cœur du bourg. Des vestiges étaient encore visibles au début du 19e siècle. Elle aurait été endommagée pendant les guerres de Religion et ruinée à la Révolution. Une brochure publiée en 1875 par André Arsonneau fait état d'une légende, laquelle raconte que l'origine de la fontaine serait miraculeuse. Elle se serait mise à couler à l'emplacement où un jeune seigneur de Dampierre, décidant de devenir ermite, aurait harangué la population, un jour de saint Barnabé (11 juin). Mais ce document a été reconnu, dès le 19e siècle, comme dénué de validité historique.

La chapelle aurait été primitivement le but d'un pèlerinage, qui se serait peu à peu mué en importante foire. D'après des lettres patentes de 1511 et un acte d'avant 1610, il existait «de toute ancienneté» à Dampierre un minage, un marché chaque semaine et quatre foires l'an (les 17 janvier, 11 juin, 6 août et 8 novembre). Toutefois, seule la foire de la Saint-Barnabé perdure jusqu'au début du 20e siècle. Les autres foires et le marché se perdirent au fil des siècles, malgré plusieurs rétablissements demandés par les seigneurs de Dampierre, qui tiraient de ces manifestations d'importants bénéfices. Pour accueillir les marchands, le bourg disposait d'un champ de foire et d'une halle.

Le village abritait également un petit hôpital qui se trouvait, semble-t-il, à l'embranchement des routes de Nuaillé-sur-Boutonne et de Saint-Georges-de-Longuepierre. Sa date de construction n'est pas connue, mais son existence est attestée avant la Révolution par les registres paroissiaux. L'abbé Noguès cite également un ermitage à Saint-Giraud, avec une chapelle dont les ruines auraient été visibles au début du 19e siècle.

Tous ces édifices ont malheureusement entièrement disparu, victimes des guerres de Religion et de la Révolution, et leur aspect n'est suggéré par aucun document. Si l'on en croit l'abbé Noguès, la tour d'escalier avec une remarquable porte gothique située rue de la Poste serait le vestige du couvent qui desservait la chapelle Saint-Barnabé, mais les preuves écrites manquent.

Fastes et troubles du 16e siècle à la Révolution

Après avoir appartenu aux seigneurs de Surgères, Dampierre échoit à la famille de Clermont. C'est François de Clermont qui entreprend, vers 1475, la construction du nouveau château de Dampierre, sur une île du lit de la Boutonne. Le vieux Château Gaillard, devenu inconfortable ou menaçant ruine, fut abandonné et démoli. Le projet initial devait être celui d'un château fort, dont la rivière devait constituer les douves.

Dans la 1ère moitié du 16e siècle, le projet initial évolue en demeure de plaisance inspirée de la première Renaissance. Le corps de logis est pourvu de deux galeries à l'italienne ouvertes sur la cour et ornées de plafonds à caissons. Elles auraient été commanditées par l'épouse de Claude de Clermont, Jeanne de Vivonne. L'ornementation sculptée aurait été achevée à la fin des années 1540. Le château de Dampierre conserve un exceptionnel ensemble de caissons sculptés de devises, proverbes et citations inspirés de la pensée humaniste.

Au cours des guerres de Religion, le château, devenu par mariage propriété du duc de Retz, fut assiégé à plusieurs reprises par les Huguenots en 1586 et 1587. Occupé par la Ligue, il fut pris par Condé qui le fit piller et en partie démanteler. Les édifices religieux de la paroisse furent sans doute également gravement endommagés, ce qui explique la ruine de la plupart d'entre eux avant même la Révolution. Le château à demi-ruiné fut ensuite vendu à David Fourré, seigneur de Beaulieu et gouverneur de Saint-Jean d'Angély nommé par Henri IV. Devenu baron de Dampierre, il fit abattre les parties ruinées et restaurer l'aile aux galeries.

Sans doute profondément marqué par les guerres de Religion, le village est probablement entré dans une certaine torpeur au 17e siècle. On compte alors une centaine de feux, soit environ 500 habitants. La terre de Dampierre est toutefois élevée au rang de marquisat au début du 18e siècle puis vendue en 1752 aux Gallifet. En 1791, le château est vandalisé et pillé par les Révolutionnaires. Les Gallifet émigrent en 1793 et leurs propriétés sont saisies comme bien nationaux : il s'agit du château et de ses dépendances, le moulin qui en relevait et les métairies de la Brassière et Saint-Giraud. Le domaine est vendu en 1795 à François Dubois, cultivateur à Courant, qui achète également l'ancienne halle seigneuriale.

Malgré son histoire mouvementée, le château de Dampierre reste aujourd'hui un remarquable témoignage de l'architecture Renaissance dans la région, s'inspirant des fastueux châteaux de la Loire. Patiemment restauré au 20e siècle par le docteur Texier et ses héritiers, repris jusque dans ses fondations qui s'enlisaient dans la Boutonne dans les années 1980, puis ressuscité après les ravages d'un incendie dans les années 2000, il est aujourd'hui ouvert aux visiteurs.

Un village actif au 19e siècle

Le 19e siècle voit la démographie repartir à la hausse : de 500 habitants au début du siècle, la population s'élève jusqu'à près de 750 âmes dans les années 1860. Par la suite s'amorce un long déclin consécutif à la crise du phylloxéra (années 1870) et à un important exode rural.

Au 19e siècle, Dampierre (qui devient officiellement Dampierre-sur-Boutonne en 1893, bien que l'appellation soit déjà largement utilisée) est l'un des villages les plus actifs du canton d'Aulnay, peut-être le plus actif après Aulnay et Néré. Gautier décrit vers 1840 une commune dont le sol est propice à la culture des grains de toute espèce et à la vigne. On y exploite le bois des forêts, ainsi que l'argile du sol. Une tuilerie et un four à chaux, situés non loin de la Touche mais aujourd'hui disparus, occupent plusieurs ouvriers. La Boutonne actionne les roues de trois moulins à blé, dont les origines sont probablement médiévales, mais qui ont été adaptés aux innovations de la minoterie au 19e siècle.

La foire du 11 juin connaît toujours un vif succès et est fréquentée par les marchands de Saint-Jean-d'Angély, Aulnay, Niort et des environs. Il s'y vend principalement tissus, bœufs, vaches, moutons et cochons. C'est également l'occasion pour les domestiques sans emploi de proposer leurs services. Détruite par un incendie, la halle est reconstruite en 1851. En 1865, une seconde foire est créée le 1er septembre. Les foires s'essouffleront peu à peu au début du 20e siècle et la halle et le champ de foire seront ensuite supprimés.

Le visage de la commune change considérablement au 19e siècle, avec la reconstruction de la plupart des maisons et des fermes. Bien que le réseau des rues et chemins ne soit pas véritablement modifié, d'importants travaux sont réalisés pour faciliter les communications. L'aspect du bourg change de façon notable avec le terrassement de la place de l'église réalisé dans les années 1870 (consécutivement à la translation du cimetière dans les années 1840). Le réseau des venelles et escaliers qui grimpaient à l'assaut de la partie haute du village s'efface peu à peu dans les propriétés privées.

Dampierre se dote également d'une école publique de garçons, tandis que des sœurs venues de Saintes ouvrent une école libre de filles avec pensionnat et chapelle. Toutes deux sont situées dans l'actuelle rue des Ecoles, dans la partie haute du bourg. La mairie et de nombreux commerces en animent principalement la partie basse, autour de la halle. Un hôtel accueille les voyageurs de passage. Un lavoir public (non couvert) est aménagé sur un bras de la Boutonne en 1888. Un bureau de poste est créé en 1894.

Les évolutions du 20e siècle

Le 20e siècle se caractérise, à Dampierre-sur-Boutonne comme dans la plupart des Vals-de-Saintonge, par l'abandon des campagnes et un important recul de la démographie. De plus de 500 habitants au début du siècle, la commune en compte moins de 300 depuis les années 2000. La frange nord-est de la Charente-Maritime est particulièrement touchée par ce phénomène de par son relatif éloignement des pôles urbains.

En dépit des différents essais d'adaptation de nouveaux plants de vigne après la crise du phylloxéra, le vignoble ne reprit jamais la même importance. Une conversion vers l'élevage s'est donc établie à la fin du 19e siècle, avec la création de laiteries comme celles d'Aulnay ou de Néré. Un des moulins de Dampierre est transformé en minoterie en 1912 et fonctionnera jusqu'en 1977. En parallèle se développe l'exploitation du peuplier dans la vallée de la Boutonne : une scierie fondée en 1947 fonctionne une trentaine d'années dans le bourg.

Le recul démographique entraîne toutefois la fermeture de la plupart des petits commerces et ateliers. Au début du 20e siècle, la commune ne compte plus qu'une école, qui sera entièrement remodelée par l'architecte André Guillon dans les années 1930. Celle-ci ferme ses portes en 2010, au profit du groupe scolaire construit dans la commune voisine de Saint-Georges-de-Longuepierre.

Malgré ces difficultés, la commune possède d'importants atouts qui en font aujourd'hui l'un des pôles touristiques des Vals-de-Saintonge. Le château de Dampierre-sur-Boutonne et le pittoresque village qui lui sert d'écrin attirent nombre de visiteurs, lesquels peuvent être accueillis au camping et à l'hôtel-restaurant. Le bourg est de nouveau animé par plusieurs commerces de proximité et artisans. Depuis la fin du 20e siècle, de nouvelles maisons ont été construites à la périphérie des villages et un lotissement a été aménagé sur l'ancien champ de foire.

En plus du château, la commune a la chance de posséder sur son territoire (à la Tillauderie), depuis 1982, l'asinerie du baudet du Poitou, propriété départementale. En partenariat avec le Parc Naturel Régional du Marais Poitevin, elle oeuvre à la préservation des races du baudet du Poitou, du cheval de trait poitevin mulassier et de la mule poitevine. Pilier économique de la région jusqu'à la fin du 19e siècle, le baudet du Poitou a été concurrencé par la mécanisation des travaux des champs au cours du 20e siècle, jusqu'à presque totalement disparaître. Le site permet aujourd'hui à un public familial de redécouvrir cette race qui contribua autrefois la richesse du Poitou et des Charentes.

Située à l´extrémité nord-est du département de la Charente-Maritime (à la limite des Deux-Sèvres), la commune de Dampierre-sur-Boutonne appartient à l'arrondissement de Saint-Jean-d´Angély. Elle se situe à environ 8 km d´Aulnay-de-Saintonge et 19 km de Saint-Jean-d´Angély. Les communes limitrophes sont La Villedieu à l'est, Aulnay, Saint-Georges-de-Longuepierre et Blanzay-sur Boutonne-au sud, Coivert et Saint-Séverin-sur-Boutonne à l'ouest, Le Vert et Chizé (Deux-Sèvres) au nord.

Dampierre possède une superficie de 1 404 hectares sur lesquels se répartissent le bourg et les neuf hameaux et lieux-dits suivants qui lui sont rattachés : La Touche, La Sauzaie, Petite Ville des Eaux, Saint-Hilaire, La Dragonnerie, La Tillauderie, Saint-Giraud, La Petite et La Grande Brassière. Le territoire communal possède un relief assez vallonné, allant de 33 mètres d'altitude en bas du bourg dans la vallée de la Boutonne, jusqu'à environ 70 mètres sur plusieurs hauteurs du sud et de l'est de la commune. Il est longé par la Boutonne (souvent divisée en plusieurs bras) sur sa limite ouest et nord, et traversé par le ruisseau le Vau.

Une importante portion du territoire de Dampierre, au sud-est, est couverte de bois. Il s'agit de reliques de l'ancienne "sylve d'Argenson", une immense forêt séparant le Poitou et la Saintonge progressivement défrichée au cours des siècles. Cette sylve comprenait les forêts d'Aulnay, de Chizé, de Fontaine Chalendray, etc. Aujourd'hui rattachée à la Charente-Maritime (Saintonge), Dampierre faisait primitivement partie de la province de Poitou et constituait un point de franchissement des bois entre Chizé et Saint-Jean-d'Angély.

En 1979, la création du Parc Naturel Régional du Marais Poitevin, Val-de-Sèvres et Vendée regroupe 108 communes des marais et massifs forestiers des départements de la Charente-Maritime, Deux-Sèvres et Vendée, dont Dampierre-sur-Boutonne. La perte du label en 1996 entraîne une mobilisation des territoires permettant la recréation du Parc Naturel Régional du Marais Poitevin en 2014, sur un périmètre plus restreint de comprenant cette fois pas la commune. Aujourd'hui, la forêt d'Aulnay est classée Zone Naturelle d'Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique (ZNIEFF) et appartient au réseau Natura 2000.

La commune n'est traversée par aucune route de premier plan, mais elle se positionne entre la D150 entre Niort et Saint-Jean-d'Angély et la D950 entre Poitiers et Saint-Jean-d'Angély. Au sein du bourg se croisent deux axes secondaires, la route de Chizé à Saint-Jean-d'Angély et celle de Surgères à Aulnay. Les principaux services de proximité se trouvent à Aulnay, Loulay et Chizé, tandis que les villes de Niort, Melle, Surgères et Saint-Jean-d'Angély se trouvent à moins d'une demi-heure de route.

Références documentaires

Documents figurés
  • Plan cadastral napoléonien de Dampierre sur Boutonne, 1834.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 3 P 5132
Bibliographie
  • Arsonneau, André. Chronique dressée sur le Château-Gaillard et Dampierre sur Boutonne. Niort, 1875.

  • Audiat, Louis. « Dampierre sur Boutonne, église et château ». Bulletin de la Société des Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis, t. 4, 1884.

  • Chapacou, Denis. Aulnay, un voyage dans l'histoire du canton, 1995.

    p. 24-27
  • Chapacou, Denis. Garnier, Christian. Le canton d'Aulnay. Saint-Cyr sur Loire : Ed. Alan Sutton, 2004.

    p. 78-81
  • GAUTIER, M.-A., Statistique du département de la Charente-Inférieure. La Rochelle, 1839.

    p. 134-135
  • Hercule, Philippe. Paroisses et communes de France, dictionnaire d'histoire administrative et démographique, Charente-Maritime. Paris : Editions du CNRS, 1985.

    p. 225
  • Le patrimoine des communes de la Charente-Maritime. Paris : Flohic, 2002.

    p. 119-122
  • Noguès, abbé J.-L.-M. Dampierre sur Boutonne, monographie historique et archéologique. Saintes, 1883.

  • Texier, Jean. Inventaire archéologique de l'arrondissement de Saint-Jean d'Angély : Canton d'Aulnay. Saint-Jean d'Angély : Brisson, 1968.

    p. 3-10
  • Site Internet : http://www.observatoire-environnement.org [Direction régionale de l'environnement de Poitou-Charentes] [consult. 16/05/2006].

Multimedia
  • Site internet : http : //cassini.ehess.fr/cassini/fr/html/ [Des villages de Cassini aux communes d'autrefois].

  • Site internet : http : //www.insee.fr.

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