Dossier IA86007750 | Réalisé par ;
Dujardin Véronique
Dujardin Véronique

Chercheur, service Patrimoine et Inventaire

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Collégiale, aujourd'hui église Saint-Hilaire-le-Grand
Copyright
  • (c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté d'Agglomération de Poitiers - Poitiers 6e Canton
  • Commune Poitiers
  • Adresse rue Saint-Hilaire
  • Cadastre Cadastre ancien, copie 1837 I1 306  ; 2012 BI 105

Hilaire, élu évêque de Poitiers vers 351-352, est enterré vers 368 dans une nécropole située hors les murs au sud de la ville comme le veut l´usage antique. Des sépultures romaines et paléochrétiennes ont été redécouvertes dans cette nécropole au 19e siècle.

L'oratoire, qui a dû exister dès le 4e ou le 5e siècle, a ensuite été remplacé par une basilique. Celle-ci est réputée avoir été endommagée ou détruite par les Wisigoths, les Arabes (732) et les Normands (863-865), mais aucune preuve archéologique de ces faits n´a jamais été apportée. Une église est attestée au 6e siècle par Venance Fortunat et Grégoire de Tours, à l'endroit même où une autre existe vers 800. C'est à partir du 9e siècle qu'un collège de chanoines s'installe à Saint-Hilaire-le-Grand. Au 11e siècle, il comptait une soixantaine de chanoines. L´église Saint-Hilaire est fortifiée entre 937 et 942 par Èble, évêque de Limoges, trésorier de Saint-Hilaire et frère de Guillaume Tête d'Étoupe, comte du Poitou. À partir de 935, les comtes de Poitou deviennent abbés laïcs du chapitre de Saint-Hilaire. Ce privilège est transmis en 1204 à la couronne de France.

C'est dans la première moitié du 11e siècle qu'est décidée l´édification d'une nouvelle église sur l'emplacement présumé du tombeau de saint Hilaire. Si cette reconstruction est mise en chantier par la reine Emma, fille du duc Richard Ier de Normandie et veuve du roi d'Angleterre, Cnut-le-Grand, le personnage clé de cette reconstruction est la comtesse Agnès de Bourgogne, active pendant près de trente ans en Poitou. C'est elle qui fait procéder à la dédicace de l'église le 1er novembre 1049. La fin des travaux de reconstruction peut être fixée vers 1070-1080. En 1074, l'église passe, grâce au pape Grégoire VII, sous la protection du Saint-Siège. Dans les années 1070-1090, elle est décorée d'un ensemble de peintures murales.

L'église est édifiée selon un projet unique qui a été assez bien respecté. Seules les tribunes ont été ajoutées en cours de construction sur les collatéraux occidentaux du transept. Couverte dans un premier temps par une charpente en bois, à l´exception du chœur et du transept, l'église a été voûtée de pierre sans doute peu avant 1100 suite à un changement de parti de la construction, peut être dans un souci de sécurité en lien avec l'incendie de 1083 qui ravagea, à l´est de la ville, l'église Sainte-Radegonde et ses alentours. Cela entraîna une modification profonde de sa physionomie interne par l'adjonction de files de supports supplémentaires dans la nef. Les travaux permirent en outre de retrouver la tombe présumée du saint.

À l'époque gothique, l'église reçoit le long du bas-côté nord trois salles et une autre au sud. Ce sont au nord les chapelles Sainte-Radegonde et Saint-Fortunat encadrant le portail du collatéral nord, adjonction aussi gothique dite « de Robert le Poitevin » et la longue chapelle à l'ouest du clocher très remaniée, qui était une sacristie au 18e siècle. La chapelle sud, localisée à l'angle sud-ouest, était quant à elle consacrée à sainte Marguerite. Un autre portail fut ajouté à l'extrémité du transept nord et détruit en 1872. Comme les autres édifices de la ville, l'église Saint-Hilaire-le-Grand souffre des Guerres de religion ; elle est pillée par les protestants et est transformée en bastion. Des terrasses jouxtant l'ouest et le sud de l'église reçoivent des canons qui ébranlèrent les murs de l'édifice. Cela eut pour conséquence un effondrement du clocher en 1590 du côté nord, endommageant au passage les chapelles du collatéral nord. Il est reconstruit entre 1590 à 1593 moins haut et sans souci esthétique.

C'est pendant la Révolution et les troubles qui s'en suivirent que l'église eut à souffrir des dégradations les plus importantes. Dès 1793 l'église est dévastée, devenue écurie pendant un temps, elle est vendue en 1799 à un certain Roy dit « Cassandre », marchand de matériaux. À la suite de cette vente, l'église devient donc une carrière de pierre durant deux années pour en vendre les matériaux, le citoyen Roy la dépeça en commençant par la nef et les couvertures. L'église avait été évaluée à 1900 francs et le citoyen Cassandre ne s'étant pas acquitté de cette somme, l'État retrouve ses droits et récupère les lieux en 1802. Saint-Hilaire devient alors paroisse en 1804 et est réaffectée au culte après quatre ans de travaux en 1808, mais la nef a presque entièrement disparu. Les parties orientales sont alors fermées par une nouvelle façade provisoire pour fermer le moignon de nef d'une travée et demie pour que les paroissiens disposent d'un local pour célébrer le culte. Ce qui restait de la nef et des bas-côtés ainsi que l'ancienne façade encore debout furent détruits. L'église est inscrite sur la première liste des monuments historiques de 1840 établie par Prosper Mérimée, l'édifice est consolidé dès les années 1853-1857. Puis de 1873 à 1875, l'architecte Joly-Leterme rallonge la nef perdue qu'il couvre d'une file de coupoles alors qu'un témoignage de Claude Perrault décrivait en 1669 une nef couverte d'une voûte en berceau sur doubleaux. La nef est intentionnellement raccourcie à l'ouest d'une travée et demie par rapport à l'église d'origine pour faciliter l'aménagement d'une rue. Les travaux de reconstruction s'achèvent en 1884 avec l'édification de la façade occidentale et l'installation d'un orgue.

L'église édifiée à l'emplacement présumé du tombeau de saint Hilaire se trouve à l'ouverture de l'éperon au sud-ouest de la ville de Poitiers, aux pentes abruptes, qui porte la cité. Elle domine la vallée de la Boivre. Elle s'installe dans une ancienne nécropole gallo-romaine où, dès le Moyen Âge, un quartier s'est structuré autour du principal accès à la ville depuis le sud-ouest, la première mention conservée du bourg Saint-Hilaire remontant à 1083. Aujourd'hui cet axe correspondrait à la rue de la Tranchée puis la rue Carnot ou, autre hypothèse qui privilégie un itinéraire plus oriental, aux rues Jules-Ferry et Saint-Hilaire. L'église appartenait à une importante communauté de chanoines et bénéficiait de puissantes protections des comtes de Poitiers et du pouvoir pontifical.

L'église est construite en pierre de taille et moellon calcaire. Elle possède un plan en croix latine avec une nef de quatre travées (la première a la taille d'une demi-travée), la nef et les collatéraux sont divisés longitudinalement en vaisseaux d'inégale largeur par des séries de supports qui fractionnent l'espace interne. Il en résulte que la nef centrale est encadrée par deux étroits couloirs, tandis que les collatéraux sont séparés chacun en deux parties identiques. Un transept saillant vient interrompre la nef, sur sa face est, il possède sur chacun de ses bras une absidiole formant chapelle tandis qu´à l'ouest, il est doté d'un collatéral.

L'ancien clocher-porche est logé dans l'angle formé par le transept nord et la nef. Le chœur à déambulatoire sur lequel s'ouvrent quatre chapelles rayonnantes est édifié sur une crypte où était présenté le tombeau du saint. Le choix de ce type de plan facilitait les processions des pèlerins autour des reliques et leurs cultes, les proportions de l'église facilitaient aussi l'accueil conjugué des fidèles et des pèlerins. Le vaisseau central de la nef est couvert aujourd'hui d'une file de coupoles à huit pans dont quatre grands sur de modestes trompes, tandis que les couloirs reçoivent une voûte d'arêtes. Les collatéraux sont dotés d'une variante de la voûte d'arêtes. Le transept tranche par son couvrement car il porte une voûte en berceau plein cintre rythmée par des arcs-doubleaux. Quant à la croisée du transept elle est couverte d'une coupole à huit pans reposant sur des petites trompes. Le chœur est couvert d'un grand cul-de-four, tout comme les absidioles ; le déambulatoire possède des voûtes d'arêtes. Enfin les quatre travées du rez-de-chaussée du clocher sont couvertes de voûtes en forme de dôme. Seul un étroit passage à l'est et au sud du clocher ne reçoit pas de voûte.

La façade de type écran construite en pierre de taille, rappelant le modèle ancien, date de la reconstruction du 19e siècle. Elle est encadrée par les façades plus petites des collatéraux qui sont en retrait par rapport à la façade de la nef. C'est une façade à deux niveaux d'arcatures et portail central. Elle est encadrée par deux contreforts plats qui possèdent un retrait taluté avec larmier à hauteur de la première corniche. Le portail central en plein cintre est encadré de deux arcatures aveugles elles-mêmes en plein cintre. Celui-ci présente une voussure de cinq rouleaux et archivolte tandis que les arcatures nord et sud ont une voussure à deux rouleaux et archivolte. Les rouleaux retombent sur des colonnes lisses tout comme l'ensemble du niveau du rez-de-chaussée qui ne possède aucune sculpture. Les écoinçons et l'espace se trouvant entre le dessus des arcs et la corniche qui sépare le rez-de-chaussée du premier niveau est occupé par une marqueterie de petit appareil losangé. Une assise d'appareil en pierre de taille allongé fait la jonction avec la corniche à modillons. Ces dix-huit modillons présentent des têtes humaines, animales ou monstrueuses ainsi que des motifs végétaux et figuratifs. Le second niveau est composé d'une baie médiane cintrée de quatre voussures et archivolte. Les deux rouleaux intérieurs retombent sur des colonnes à chapiteaux sculptés qui présentent des motifs végétaux et animaux. La baie médiane est cantonnée de deux arcatures aveugles, celles-ci possédant deux voussures dont la première retombe sur des chapiteaux sculptés de motifs végétaux, animaux et figuratifs. Une seconde corniche sépare le second niveau du fronton qui couronne la façade. Cette corniche est portée par seize modillons sculptés de têtes animales et monstrueuses, les métopes quant à elles reçoivent des motifs de végétaux, d'animaux et figuratifs. Le fronton triangulaire est percé d'une baie médiane à deux voussures dont celle extérieure retombe sur des chapiteaux sculptés de motifs végétaux tandis que les deux arcatures aveugles ne possèdent qu'une seule voussure. Les façades des collatéraux sont composées d'un portail central avec quatre voussures et archivoltes, les deux rouleaux médians retombant sur des chapiteaux lisses. Le portail est surmonté d'un oculus aveugle à deux voussures. La corniche qui sépare le rez-de-chaussée du demi-fronton triangulaire qui couronne la façade des collatéraux vient aussi former l'arc de couvrement des oculi. Un contrefort plat qui se termine par un retrait taluté avec larmier est disposé à chaque extrémité de ces deux façades latérales.

Le flanc sud de l'église est occupé en partie basse par le collatéral sud. Celui-ci est constitué d'une alternance de contreforts plats ou de contreforts plus puissants avec un retrait taluté avec larmier à mi-hauteur et de baies en plein cintre. Les deux dernières travées diffèrent néanmoins car elles correspondent à la partie romane de la nef conservée. Une différence d'appareil tout d'abord, les travées du 19e siècle emploient un appareil de pierre de taille tandis que les travées romanes possèdent un appareil allongé en moellon. Ensuite la disposition et la forme des baies des travées romanes diffèrent des baies du 19e siècle. La baie de la quatrième travée est en effet une baie en forme de tympan avec un remplage gothique qui forme un oculus de réseau polylobé et encadré par des trèfles et une simple baie en plein cintre. Les baies du 19e siècle sont toutes de mêmes dimensions et de même forme, en plein cintre à deux voussures. Les baies romanes sont en outre disposées plus haut sur le mur du collatéral.

Le mur gouttereau sud de la nef est percé en partie haute de huit grandes baies sous un arc d'encadrement décoré en damier. Ces baies sont groupées par deux au niveau de la deuxième, de la troisième et de la quatrième travées, la première travée n'étant percée que d'une seule baie. Chaque travée est marquée par la présence d'un contrefort plat. La baie du collatéral du transept en partie haute est aujourd'hui murée. Les écoinçons des arcs sont formés par un petit appareil réticulé. Un niveau d'assise en pierre de taille allongée fait la transition avec la corniche à modillons. Les quarante-deux modillons sont tous sculptés de têtes animales et monstrueuses tandis que les métopes reçoivent un décor de motifs de végétaux ou d'animaux. À nouveau, on peut noter une différence d'appareil entre les travées romanes et celles du 19e siècle, la partie romane utilisant des pierres de taille de modules plus variés que la partie du 19e siècle et des joints plus gras. Le transept, de même hauteur que la nef, est très débordant. Le pignon du transept sud a reçu une grande croix de pierre en marqueterie et trois contreforts plats qui se terminent par un retrait taluté avec larmier au niveau de la corniche. Cette corniche se poursuit au sommet des faces est et ouest du bras du transept, ses modillons représentent des têtes animales et monstrueuses, seul le pignon reçoit des métopes sculptées. Un fronton triangulaire vient couronner le pignon. À un niveau intermédiaire deux baies en plein cintre ouvrent sur le transept. À la base, un enfeu décoré protège une dalle sculptée de feuillage entourant une croix. Une épitaphe romane est enchâssée dans le mur du fond de l'enfeu et donne le nom du défunt, Constantin de Melle. Cet enfeu pourrait dater de la fin du 11e siècle. Sur l´une des colonnes qui l´encadrent ont été gravés le début de l´alphabet en minuscules (de a à m, sans j ni k), le début d´un alphabet en majuscules (A à D) et un jeu de mérelle. Les faces ouest et est du transept sud sont percées en partie haute de deux grandes baies à simple ressaut qui ont été obturées à la suite de l'édification des voûtes du transept. Le mur ouest a de plus conservé en partie basse un vestige de corniche ornée de damiers. Le transept sud est sur ses deux tiers revêtu d'un appareil de pierre de taille, au niveau des fenêtres du niveau intermédiaire s'élève un mur avec un appareil plus grossier. Il possède une juxtaposition de moellons surtout cubiques mais aussi allongés, la face ouest entre les fenêtres murées reçoit un moyen appareil de pierre de taille. Ce mur surmonte un revêtement de pierre de taille à partir d'une assise très régulière sur toutes les faces du transept. La présence de joints beurrés en partie haute laisse entrevoir la forme du grand oculus qui fut percé à l'époque gothique et ensuite muré au 19e siècle. Une absidiole est ouverte sur la face est du transept sud, elle est éclairée par trois baies encadrées de contreforts-colonnes à chapiteaux sculptés de plantes à feuilles grasses. La corniche de l'absidiole est portée entre chaque contrefort par deux modillons ornés de têtes animales et séparés par trois paires de métopes décorées de motifs de végétaux, d'animaux et de motifs figuratifs parmi lesquels se distingue sur la sixième métope en partant de la gauche un homme représenté à mi-corps, point droit levé et tenant un gourdin dans la main gauche. L'absidiole est en outre encadrée par deux fenêtres en partie basse du mur, elles sont assez étroites et à double ressaut. Enfin les angles du transept sont fortement épaulés par des dosserets décalés qui forment des contreforts à triple angle.

À l'est se greffe le grand chevet à trois degrés constitué des absidioles, du déambulatoire et des parties hautes du chœur. Le degré inférieur du déambulatoire ne compte que quatre absidioles car la présence d'un puits ne permettait pas la construction d'une absidiole dans l'axe de l'église qui reçoit une grande baie d'axe. Les absidioles sont séparées par cinq grandes baies à simple ressaut sauf la baie d'axe qui est mise en valeur par une baie plus large et à double ressaut dont le rouleau extérieur retombe sur des chapiteaux sculptés. Les absidioles comportent chacune trois baies de dimensions plus modestes à simple ressaut, tout le degré inférieur étant rythmé par des groupes de contreforts constitués chacun d´une colonne centrale sur dosseret encadrée de part et d´autre d´une colonne engagée. Le décor est continu entre les corbeilles des chapiteaux, les modillons et les métopes simples qui portent la corniche des absidioles et celle des pans de mur entre les absidioles. Le même atelier a sculpté l´ensemble de motifs très variés de végétaux à feuilles grasses, d'animaux (lions, oiseaux, griffon, ours). Le chapiteau central du premier faisceau de colonnes de l'absidiole sud-est porte une inscription du 11e siècle « VGO MONE / DARIVS » (Hugo étant trésorier) alors que le chapiteau central du deuxième faisceau de colonnes porte l'inscription « ALEACIS ». Les modillons sont très variés avec des motifs de feuillage gras mais surtout des têtes animales, lion, bovidé et cheval. Les deux niveaux supérieurs du chevet tranchent par leur nudité, le mur du déambulatoire rebâti au 19e siècle n'est décoré en partie haute que d'un étroit bandeau d'appareil réticulé et surmonté d'une corniche à modillons. La jonction entre la travée droite et l'hémicycle est marquée à ce niveau par la présence de pilastres de part et d'autre du chevet. Le dernier niveau de l'hémicycle aveugle tout comme le niveau du déambulatoire est décoré de quatre demi-colonnes et diffère par son appareil de moellons cubiques tandis que le reste du chevet est en pierre de taille.

Le transept nord est très semblable au transept sud. Comme pour ce dernier, le pignon du transept nord est scandé de trois grands contreforts plats montant jusqu'à la corniche et terminés par un retrait taluté avec larmier. La corniche se poursuit sur les faces est et ouest du transept nord avec des modillons sculptés reprenant les mêmes motifs et des métopes sculptées sur le pignon. Un fronton triangulaire vient couronner la façade avec en son centre des plaques en remploi portant des reliefs sculptés encadrés de métopes. Le niveau intermédiaire du pignon est occupé par deux baies en plein cintre qui ouvre sur le transept. La face est du transept nord est percée en partie haute de deux grandes baies à simple ressaut qui ont été obturées à la suite de l'édification des voûtes du transept. Il est sur ses deux tiers revêtu d'un appareil de pierre de taille, au degré des fenêtres du niveau intermédiaire s'élève un mur avec un appareil plus grossier. Il consiste en une juxtaposition de moellons surtout cubiques mais aussi allongés, la face ouest entre les fenêtres murées reçoit un moyen appareil de pierre de taille. Ce mur surmonte un revêtement de pierre de taille à partir d'une assise très régulière sur toutes les faces du transept. La présence de joints beurrés en partie haute du pignon laisse apparaître les contours du grand oculus qui fut percé à l'époque gothique et ensuite muré au 19e siècle. La face est du croisillon reçoit elle aussi une absidiole sur le même modèle que le transept sud ; elle est éclairée par trois baies encadrées de contreforts-colonnes à chapiteaux sculptés de plantes à feuilles grasses. La corniche de l'absidiole est aussi portée par six modillons ornés de têtes animales mais pas de métopes et la sculpture diffère quelque peu, les reliefs avec ceux de l'absidiole nord-est du déambulatoire sont en effet d'un genre dérivé. L'absidiole est encadrée par deux fenêtres en partie basse du mur, elles sont assez étroites et à double ressaut. Enfin l'angle nord-est du transept est épaulé par des dosserets décalés qui forment des contreforts à triple angle.

Un pan de mur fait la jonction entre le transept nord et le clocher-porche. Les quatre baies du pan de mur ouvrent sur l'escalier qui donne accès au clocher et aux combles. La première au niveau inférieur est en partie murée, deux petits jours lui succèdent au niveau intermédiaire et une dernière à simple ressaut est ouverte au dernier niveau. La rupture d'assise aux deux niveaux subsistant du clocher-porche montre que les constructeurs sont venus s'appuyer contre celui-ci. La construction a en effet commencé par l'édification du clocher-porche sur lequel l'église est par la suite venue se greffer.

Du clocher-porche d'origine construit en pierre de taille, il ne subsiste plus que les quatre travées homogènes du rez-de-chaussée et quatre au premier étage dont deux à demi effondrées à l'ouest qui sont couvertes par une toiture à seul pan. Le troisième niveau visible qui occupe que le quart de la surface du clocher est une reconstruction du début du 19e siècle destinée à abriter les cloches. Les faces romanes conservent leurs décors de grandes arcades, de corniches et de modillons sculptées. Dans l'angle nord-est subsiste une niche encadrée de demi-colonnes à chapiteaux sculptés. Les arcades du rez-de-chaussée de la face nord ont été transformées en deux baies tandis que le jour au premier niveau résulte de l'installation d'une horloge au 19e siècle. Le clocher-porche ouvrait par trois arcades sur l'extérieur, deux au nord et une à l'ouest.

Le flanc nord de la nef est occupé en partie basse par le collatéral reconstruit au 19e siècle. Celui-ci présente une alternance de contreforts plats ou plus puissants avec un retrait taluté avec larmier à mi-hauteur et de quatre baies identiques en plein cintre à double ressaut. Le mur gouttereau nord de la nef est percé en partie haute de six baies en plein cintre à double ressaut, groupées deux par deux dans la deuxième et la troisième travées et d'une seule dans la première et la quatrième travées. Les écoinçons des arcs sont décorés d'un petit appareil réticulé, une assise de pierres de tailles allongées fait la transition avec la corniche. Celle-ci est portée par trente-quatre modillons sculptés séparés par des métopes. La quatrième travée présente un appareil de pierre de taille différent, avec un module plus petit que la partie du 19e siècle et qui marque la partie romane préservée à l'est de la nef.

D'une longueur intérieure de cinquante-neuf mètres, l'église frappe notamment par l'importante rupture de niveau entre la nef et ses annexes mais surtout avec le transept et le chœur surélevés. Cette rupture se distingue surtout dans la partie centrale où la croisée du transept est en surplomb sur la nef d'environ deux mètres cinquante, là ou désormais ouvre la crypte moderne, une petite salle voûtée rectangulaire. Cela s'explique par le fait que le terrain remonte fortement vers l'est et que le transept est placé sur une sorte de terrasse naturelle dominant la nef, les constructeurs ayant conservé la déclivité du terrain. La liaison est assurée entre la nef et le transept par des volées d'escaliers placées aux points de rencontre des collatéraux de la nef et de ceux du transept.

La nef est scandée par les supports quadrilobés qui portent la file de coupoles. Des étrésillons maçonnés sont jetés entre les murs gouttereaux et les supports à mi-hauteur ainsi qu'à leur sommet pour les contrebuter. Les parois du mur gouttereau sont de plus en partie masquées par des arcades plaquées et superposées, deux arcades sous un arc d'encadrement forment un contre-mur, support des voûtes des collatéraux. L'arc d'encadrement est un arc en plein cintre qui retombe sur des colonnes coiffées de chapiteaux et alors que les arcs géminés retombent latéralement sur des colonnes engagées à chapiteaux. Les coupoles ne sont pas éclairées directement car les fenêtres hautes s'ouvrent sur les couloirs.

Le vaisseau central de la nef ouvre sur le transept par une triple ouverture, une grande arcade flanquée de deux autres plus étroites et plus basses. Les collatéraux sont rythmés quant à eux par les supports libres et plaqués des voûtes d'arêtes.

L'entrée de chaque bras du transept est marquée par la présence d'un pilastre large et mince sur le mur occidental. Ce mur dispose d'une double élévation, les trois arcades des collatéraux qui encadrent de part et d'autre la croisée sont surmontées d'une tribune géminée renforcée en son milieu par une colonne plaquée et un chapiteau aujourd'hui aveugle. Les arcades en partie basse ne sont pas identiques, deux sont en effet rassemblées pour marquer l'entrée des bas-côtés et reliées par une simple colonne pour dégager la vue. Les chapelles des bras du transept sont habillées à la base par des arcatures en pierre de taille tandis que la partie supérieure avec les fenêtres encadrées de colonnes reçoit des murs nus tout comme les murs des transepts nord et sud. Les piliers occidentaux de la croisée sont en outre montés en avant du surplomb sur la nef.

Le chœur avec sa travée droite, son déambulatoire et ses quatre chapelles en hémicycle se compose autour d'une partie centrale délimitée par un rond-point à huit colonnes libres, plus serrées dans le fond de l'hémicycle. Elles portent directement le berceau des travées droites et le cul-de-four. Le déambulatoire où les voûtes d'arêtes retombent sur les arcs d'encadrement des fenêtres et les corniches ouvre sur les quatre absidioles. Celles-ci ont un mur nu en partie basse, le décor architectural avec ses colonnes et chapiteaux monolithes placés en délit est disposé en partie haute au niveau des fenêtres. Deux plaques contenant des épitaphes sont visibles dans le mur entre l'absidiole sud et l'absidiole sud-est.

À l´intérieur de l´église Saint-Hilaire-le-Grand, l'essentiel de la sculpture d'époque romane se trouve sur les corbeilles des chapiteaux dans l'ancien clocher-porche, dans les travées romanes conservées de la nef et sur le chevet. Les autres éléments sculptés romans se trouvent à l´extérieur, sur les chapiteaux, les modillons et les métopes du chevet.

Les sculptures du rez-de-chaussée du clocher sont très homogènes et forment un premier ensemble. Elles présentent des chapiteaux sculptés de feuilles d'acanthes où la nervure sert d'axe de symétrie et mis en relief par un ressaut. Les chapiteaux de l'étage du clocher présentent aussi un décor de feuilles d'acanthes mais avec une simplification des formes. Le chapiteau de la pile centrale nord du clocher est le seul historié, il met en scène plusieurs lions accompagnés de quelques autres animaux au-dessus d'une couronne d'acanthes. Dans les grandes scènes délimitées par des colonnettes figurées autour des arêtes d'angles se trouve un couple de lions encadrant un capridé tandis que la seconde scène présente un second lion qui semble écraser des plus petits, lionne ou lionceau. Les deux petits côtés quant à eux logés contre les dosserets montre sur le côté gauche un oiseau tenant un poisson ou une feuille et à droite un lion à demi couché accompagné d'un lionceau, cette série étant daté vers 1035-1045.

Une seconde série très composite est réunie dans la partie basse de l'édifice, les chapiteaux des supports de la nef romane, des collatéraux du transept et certains chapiteaux engagés dans les murs gouttereaux des bas-côtés. Les chapiteaux réalisés vers 1050-1055 sont très variés tantôt décorés d'animaux (lions dressés, oiseau), de motifs de végétaux ou de personnages et tantôt à fond apparent lisse ou demi-lisse ponctués dans les angles par des volutes et sur les faces de motifs en relief. Les chapiteaux historiés de cette série sont placés sur des points privilégiés, à l'approche de l'autel majeur et du tombeau du saint. Le chapiteau de la pile nord-ouest de la croisée du transept sur sa face sud représente ainsi la mort d'un saint, vraisemblablement Hilaire. Dans une composition à deux niveaux on trouve en partie basse le saint veillé par ses frères et au-dessus d'un vide horizontal, des anges qui emportent l'âme du défunt sous l'apparence d'un personnage nu, vers la main droite de Dieu. Le second chapiteau historié se trouve sur la pile sud-ouest de la croisée du transept. Sur sa face latérale nord est disposée la Vierge allongée dans un lit, à ses pieds deux sages-femmes baignent un enfant dans une cuve, représentation du Bain de l'Enfant. Le reste des faces du chapiteau est composé par la représentation de la fuite en Égypte. On peut noter de plus un chapiteau figuré au sud de la baie méridionale du transept nord publié comme une scène de ferrage d'un âne ou d'un mulet par deux hommes sous le regard d'une femme, mais qui semble différente. Au centre, un âne ou un mulet est allongé sur le dos ; un homme lui tient la patte arrière gauche et le désigne de la main, un autre personnage, devant l´âne, lui tient des deux mains la patte avant droite. Au-dessus de l´animal, deux animaux ailés. Sur la petite face gauche, un basilic attaque à la tête le premier personnage.

Enfin une dernière série de chapiteaux peuvent être regroupés, ceux possédant un décor de feuilles grasses, présents notamment au chevet dans le déambulatoire et ses chapelles et datés vers 1060-1070. Le décor est entièrement végétal et accueille parfois des entrelacs, des volutes, des masques ou des animaux. À noter que la fonction d'articulation de ces chapiteaux est clairement exposée la composition du décor est toujours subordonnée aux volumes. Les chapiteaux à fond lisse du rond-point du chœur et des piliers orientaux de la croisée sous clocher peuvent être incorporés dans cette série car datés de la même époque. Bien que lisses, ces chapiteaux accentuent les plans d'angles par de grandes feuilles ou des ovales colorés qui en rappellent la forme. Les séries des chapiteaux de Saint-Hilaire-le-Grand renvoient au final aux différentes étapes du chantier de construction de l'église.

D'importants vestiges de peintures murales mis au jour et datés de la fin du 11e siècle attestent de la polychromie de l'église romane. Cela explique le nombre important de chapiteaux lisses dans l'église qui étaient peints de motifs tout comme les chapiteaux sculptés pour renforcer les motifs, peinture et sculpture se confondant en interaction très forte. Les peintures du cul-de-four du chœur et de la voûte de la croisée sous clocher datent du 19e siècle. Les peintures du cul-de-four du chœur, qui ont été mises au jour dans les années 1980 puis restaurées, représentent des scènes de l'Apocalypse, soit de gauche à droite : l'apôtre Jean et l'ange envoyé par Dieu, les cavaliers de l´Apocalypse et l'œuvre de mort, un ange distribuant des étoles à des âmes, autel et un Ange avec un encensoir, un ange avec un livre ouvert ; un grand dragon attaque un saint personnage (femme ?) tenant un petit enfant dans ses bras ; le combat des anges contre un dragon ; un ange apportant les ailes du grand aigle à une femme menacée par un dragon.

Le déambulatoire reçoit quant à lui une série de peintures que l'on peut identifier, saint Quentin interrogé par le préfet Rictiovar et son martyre dans l'absidiole sud-est, la rencontre de saint Martin et du pauvre et l'apparition du Christ revêtu de la moitié de la chlamyde du saint dans l'absidiole nord. D'autres images occupent toutes les parois du déambulatoire et de l'ébrasement des baies en partie haute notamment des saints sous arcades mais trop altérées ou sans indications pour les identifier. Dans la nef est encore visible sur les pilastres une suite de quatre évêques de Poitiers. Les piédroits de l'arc occidental muré du clocher ont reçu différentes peintures notamment une représentation de Fulbert de Chartres, trésorier de Saint-Hilaire-le-Grand identifiable par une inscription aujourd'hui disparue.

Les peintures du 11e siècle recouvraient également les colonnes et les arcs pour venir souligner l'architecture comme dans le transept où l'ordonnance est soulignée par des frises.

Dans les combles du transept des traces de décors peints ont été conservées, notamment des bandes ornementales et dans les combles de la nef des enduits peints au-dessus de l'arc de croisée et le long des murs anciens.

Toutes ces peintures présentent une unité aussi bien de style que de gamme chromatique où domine la gamme des ocres, rouges et jaunes, hormis une peinture de l'escalier du clocher et deux personnages du transept et quelques frises qui sont des reprises ou compléments gothiques.

  • Murs
    • calcaire pierre de taille
    • calcaire moellon
    • calcaire moyen appareil
    • calcaire petit appareil
  • Toits
    tuile creuse, ardoise, pierre en couverture
  • Plans
    plan en croix latine
  • Étages
    5 vaisseaux
  • Couvrements
    • coupole à trompes
    • cul-de-four
    • voûte d'arêtes
    • voûte en berceau plein-cintre
  • Couvertures
    • toit à longs pans
    • appentis
    • croupe ronde
  • Techniques
    • sculpture
    • peinture
  • Représentations
    • sujet chrétien, saint Hilaire, saint Martin, saint Jean, saint Georges, ange, sujet eschatologique, personnages
    • scène chrétienne, nativité, Fuite en Egypte
    • ornement figuré, homme
    • ornement géométrique, damier
    • ornement végétal, feuille, feuillage
    • ornement animal, lion, oiseau, cheval, boeuf, serpent, ours
    • animal fantastique, dragon, griffon
  • Statut de la propriété
    propriété de la commune
  • Protections
    classé MH, 1840
  • Précisions sur la protection

    Eglise Saint-Hilaire : classement par liste de 1840. Protégé au patrimoine mondial de l'Unesco parmi les étapes des chemins de Saint-Jacques de Compostelle en France.