Auteur
Beauvarlet Gilles
Beauvarlet Gilles

Photographe à l'Inventaire du patrimoine de Nouvelle-Aquitaine (site de Poitiers).

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Copyright
  • (c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté d'Agglomération de Poitiers - Poitiers 3e Canton
  • Commune Poitiers
  • Adresse place Charles-de-Gaulle
  • Cadastre cadastre ancien, copie moderne L2 illisible  ; 2013 BY 35
  • Dénominations
    collégiale
  • Vocables
    Notre-Dame la Grande
  • Parties constituantes non étudiées
    crypte, chapelle, cloître

L'église Notre-Dame-la-Grande à Poitiers (dans la Vienne) est un des monuments les plus célèbres du Poitou, notamment pour sa remarquable façade sculptée.

L'église Notre-Dame-la-Grande est implantée dans le cœur de Poitiers, sur l'une des places les plus fréquentées, en bordure de la Grand'Rue, le grand axe est-ouest de la ville.

Mentionnée dès le 10e siècle sous le nom latin Sancta Maria Majore, l'église qui dépendait du clergé de la cathédrale cumule les deux fonctions d'église paroissiale et collégiale. Elle est reconstruite au 11e siècle et consacrée en 1086.

L'édifice est composé d'une nef centrale flanquée de collatéraux sensiblement de même hauteur, ce qui est fréquent en Poitou ; elle est prolongée d'une travée sans transept portant le clocher et d'un chœur à déambulatoire et chapelles rayonnantes en partie construit sur une crypte. Vers 1100, l'église est décorée de peintures murales dont il subsiste des vestiges dans la crypte et sur la voûte de l'abside.

Au début du 12e siècle est lancé un vaste chantier pour rallonger l'église à l'ouest et construire une façade-écran. Celle-ci, achevée vers 1130, est couverte de sculptures qui font aujourd'hui la renommée de l'église.

Aux 15e-16e siècles, l'édifice est doté de chapelles privées offertes par les notables poitevins. Pillé en 1562 par les protestants qui décapitent les statues de la façade, il est relativement épargné à la Révolution.

L'église est classée Monument historique en 1840 et de nombreuses restaurations se succèdent au cours du 19e et du 20e siècle. C'est au 19e siècle que sont refaits les décors peints de la nef, du déambulatoire et des chapelles rayonnantes.

La campagne de travaux réalisée entre 1992 et 1995 sur la façade a permis de mettre en valeur le décor sculpté ; elle a également révélé des traces de polychromie attestant que la façade était peinte à l'époque romane. Encadrée par deux faisceaux de contreforts-colonnes sommés de clochetons, la façade est divisée horizontalement en deux niveaux surmontés d'un pignon. Au rez-de-chaussée ouvre un portail encadré de deux arcades aveugles. Le second niveau, ajouré d'une grande baie, est animé de deux registres superposés d'arcades aveugles.

Le programme sculpté est exceptionnel par son abondance, sa qualité et ses scènes historiées. Le pignon est dominé par le Christ en gloire encadré par les symboles des Évangélistes : l'ange de saint Mathieu, le lion de saint Marc, l'aigle de saint Jean et le taureau de saint Luc.

À l'intérieur des arcades du deuxième niveau sont figurés les douze apôtres ainsi qu'un pape et un évêque. Enfin, au-dessus des arcades et du portail du rez-de-chaussée, une frise sculptée horizontale illustre, de gauche à droite, des scènes de l'Ancien Testament (Adam et Ève, Nabuchodonosor, quatre prophètes) et des épisodes de l'Enfance de Jésus (la Visitation, l'Annonciation, le Bain de l'Enfant, Joseph). À côté de ces scènes historiées, un riche décor ornemental composé de végétaux, d'animaux, de monstres se déploie sur les arcades et sur les corniches.

Notre-Dame-La-Grande est mentionnée pour la première fois dans un cartulaire de l'abbaye de Redon en Bretagne du 20 juin 924 : « l'église de la bienheureuse Vierge Marie, dans le chapitre de Saint-Pierre » (ecclesiam beate Virginis Marie in canonica beati Petri). Le premier abbé connu, Launon, cité dès 938, cumule sa charge avec celle d'archidiacre de la cathédrale selon une charte de Saint-Cyprien des environs de 965 qui l'intitule « abbé du chapitre de Notre-Dame et archidiacre de Saint-Pierre » (Launus abbas ex canonica beate Marie et archidiaconus ecclesie sancti Petri).

L'église collégiale est consacrée le 9 juillet 1086 par Eudes de Châtillon, grand prieur de l'abbaye de Cluny et futur pape Urbain II, date citée dans un calendrier liturgique du 16e siècle : « On fait commémoration, Urbain II a dédié cette église de la dame Vierge [Marie] Majeure en 1086, le 7 des ides de juillet » (Fit commemoracio, Urbanus secundus dedicavit hanc ecclesiam domine Virginis Majoris anno Domini millesimo octuagesimo sexto, septimo idus jullii).

L'édifice actuel résulte d'une reconstruction qui a duré près d'un siècle en deux grandes phases bien distinctes, d´abord au milieu du 11e siècle puis, au 12e siècle avec l'allongement de la nef vers l'ouest et la mise en place de la façade actuelle. Le mur gouttereau nord est fondé sur un mur antique, ce qui explique le décalage du chœur de l'église par rapport à l´axe de la nef. La présence d'un pan de mur au nord entre le chœur et la nef, construit avec un appareillage différent en moellons et briques, correspond à un édifice plus ancien sur lequel l'église du 11e siècle est venue s'appuyer. La limite occidentale de la première campagne est marquée par la présence d'un escalier en vis, entre les deux portails sud. Les deux travées ajoutées à l'ouest ont un module différent du reste de la nef et la sculpture n´est pas du même style. Les structures découvertes en fouilles au début des années 1990 en arrière de l'actuelle façade, sous la partie centrale des deux premières travées, n'ont pas permis de préciser si la première église était précédée d'un large portail ou d'une tour-porche. Le contrefort sud présent entre la neuvième travée et la chapelle du Fou pourrait quant à lui être l'amorce d'un mur de transept, abandonné en cours de chantier.

Le cloître, qui s'étendait au nord de la collégiale et qui comprenait en son centre une citerne, est cité en 1276. Il a été détruit en 1859 lorsque la ville a décidé la construction d'un marché couvert alors que la Société des Antiquaires de l'Ouest avait proposé de développer ce qui restait du cloître en longueur le long de l'église. Seules quelques arcades sont aujourd'hui conservées dans la cour de la faculté de droit mais de facture tardive, elles ne nous permettent pas d'avoir une idée du cloître roman. Outre le cloître, l'enclos canonial comprenait six maisons canoniales et la maison du sacristain. Un dessin de la collection Gaignières montre que l'on y accédait par un portail à gauche de la façade.

En 1421, la première chapelle funéraire fut édifiée pour Jean de Torsay, grand-maître des arbalétriers de France, au nord-est du chœur, entre les absidioles d'axe et nord du déambulatoire. Il inaugure une série de fondations particulières tout d'abord au sud :

- en 1451 pour Maurice Claveurier, lieutenant général du sénéchal de Poitou et membre du corps de ville de Poitiers où il exerça plusieurs mandats, elle est détruite en 1880 car trop vétuste ;

- en 1468 pour Étienne Boinet, marchand d'armes dans les années 1430, entre les absidioles d'axe et sud du déambulatoire, détruite aussi en 1883 ;

- en 1475 pour Yvan le Fou, conseiller et chambellan du roi, grand veneur de France, gouverneur d'Angoumois et capitaine de Lusignan. Sa construction a entraîné la destruction de l´absidiole romane au sud du déambulatoire ; cette chapelle, aussi appelée chapelle Sainte-Anne, est deux fois plus grande que les autres chapelles.

En raison du manque de place au sud de l'église, les chapelles de la fin du 15e siècle et du début du 16e siècle sont construites au nord de celle-ci. Ce sont sept autres notables qui édifièrent la leur au nord, de plus en plus loin du chœur, en empiétant sur l'aile sud du cloître.

À la fin du 15e siècle est construit un porche gothique au sud de la deuxième travée.

Au début du 16e siècle, les chanoines font construire au sud et à l´ouest, où se tenaient les marchés, des ouvroirs ou échoppes qu'ils louent à des marchands. Elles ne disparaissent que dans la seconde moitié du 19e siècle.

Comme les autres églises de la ville, Notre-Dame-la-Grande souffre des Guerres de religion et est notamment pillée le 27 mai 1562. La statue de Constantin qui ornait le portail sud est brisée et la statue de Notre-Dame-des-Clefs brûlée.

De nombreux travaux sont effectués aux 17e et 18e siècles et l'église est remeublée grâce à la générosité de quelques chanoines et paroissiens. Pendant la Révolution, la paroisse de Notre-Dame est supprimée et rebaptisée « la République » puis l'édifice sert de dépôt de bois en 1794. Elle est rendue au culte dès 1795, mais le cloître est vendu comme bien national le 6 juin 1796.

En mauvais état, sa façade rongée par le salpêtre, l'église est retenue sur la première liste des monuments historiques en 1840. Prosper Mérimée confie alors à l'architecte Joly-Leterme les travaux de restauration de la charpente et de la toiture, effectués de 1845 à 1850. En 1851, la façade est reprise, l'église meublée et le décor intérieur peint, toujours visible aujourd'hui, est réalisé. Seule la voûte du chœur et la crypte conservent leurs peintures romanes d'origine.

La dégradation de la façade s´accélère à partir de la fin du 19e siècle, en dépit d´interventions en 1931 et de 1958 à 1964. Des analyses effectuées à partir de 1974 permettent de déterminer précisément les causes des altérations, infiltrations d'eau et remontées du sel des anciennes échoppes. Les travaux menés de 1992 à 1995 sous la direction de l'architecte des monuments historiques François Jeanneau (drainage extérieur et intérieur, remplacement du blocage des murs sur 7 m de hauteur, dessalement et nettoyage des pierres du parement et de la façade) semblent avoir enrayer le processus d'altération. Dans les années suivantes, les autres élévations sont nettoyées et la couverture du chœur refaite.

L'église collégiale Notre-Dame-la-Grande est l´un des plus anciens établissements chrétiens du sommet du plateau, au cœur de l´ancienne ville antique, près du palais comtal (actuel palais de justice), en bordure de deux axes de circulation majeurs de la cité, l´ancien decumanus, aujourd'hui représenté par la Grand'Rue, et l´ancien cardo, actuelles rues Arsène Orillard et Riffault. Le beffroi du Gros horloge est construit entre le palais des ducs et la façade de Notre-Dame-la-Grande en 1385 par Jean de Berry ; il a été détruit au début du 19e siècle. Au chevet se trouvait le cimetière et au nord, le cloître.

L'église est construite en pierre de taille et moellon calcaire. Elle possède un plan allongé avec une nef de huit travées (les deux premières plus longues), divisée longitudinalement en trois vaisseaux par de grandes arcades, suivie d´une travée sous clocher et d´un chœur à déambulatoire. Ce dernier comprenait trois absidioles romanes, dont l´une, au sud, a été détruite, entre lesquelles se sont intercalées des chapelles modernes.

Le vaisseau central est couvert d´une voûte en plein cintre et les collatéraux de voûtes d'arêtes, les travées sont rythmées d'arcs doubleaux. La travée de liaison qui supporte le clocher est couverte dans les collatéraux de voûtes d'arêtes et, en partie centrale, d'une coupole barlongue sur trompes reposant sur des piles plus fortes que celles de la nef. Le chœur est couvert d'un cul-de-four et son déambulatoire de voûtes d'arêtes. En dessous se trouve une crypte. Autour de l'église se trouvent des chapelles hors-œuvre (certaines au sud ont été détruites) de formes et de dimensions variables, couvertes de voûtes à caissons ou de voûtes d'ogives.

La façade très ornée, construite en pierre de taille, à trois niveaux d'arcatures et portail central, est surmontée d'un pignon à rampants brisés à mi-hauteur qui dessine un fronton. Elle est encadrée par des contreforts d´angle constitués de faisceaux de six colonnes formant massifs pleins surmontés d'une flèche conique à écailles sur un tambour ajouré d'arcades.

Les premières assises de la façade sont constituées par les bases des colonnes engagées des faisceaux latéraux et des baies, toutes refaites au 19e siècle. Le portail central en plein cintre est encadré de deux arcatures aveugles en arc brisé, elles-mêmes subdivisées en deux petites arcades en plein cintre. Le portail central présente une voussure de quatre rouleaux sculptés, alors que les arcatures nord et sud ont une voussure à deux rouleaux, et un seul pour les arcades internes. Ils portent un décor sculpté à caractère ornemental, végétal, figuré et géométrique. Les rouleaux retombent sur des colonnes à chapiteaux et tailloirs sculptés à motifs végétaux ou figurés.

Le décor sculpté en haut relief du 12e siècle, restauré, se développe en une frise historiée au-dessus des arcs du rez-de-chaussée et dans les écoinçons. Les scènes sont en lien avec l'Incarnation du Christ, soit de gauche à droite :

- Adam et Ève ; dans l'écoinçon en dessous, un monstre ailé ;

- Nabuchodonosor ;

- quatre prophètes, Daniel, Jérémie, Isaïe, Moïse ;

- l'Annonciation dans l'écoinçon entre la deuxième et la troisième arcades, avec l'archange Gabriel et la Vierge ; sous les pieds de la Vierge, dans la pointe de l´écoinçon, un monstre marin (triton ?) à deux queues terminées en tête de serpent ;

- Jessé ;

- David dont n'est conservée que la partie inférieure ;

- après une interruption au sommet de l'archivolte du portail central, un dragon puis la Visitation avec Élisabeth, Marie, deux femmes et des décors architecturés ;

- la Nativité, Marie alitée, l'Enfant Jésus dans la crèche, l'âne et le bœuf ;

- le Bain de l'Enfant, Jésus et deux sages-femmes ;

- Joseph, en dessous dans l'écoinçon, deux hommes enlacés.

L'assise assurant la transition entre la frise et la corniche est entièrement composée de dalles sculptées avec des motifs ornementaux. Les modillons de la corniche sont sculptés de têtes humaines, animales ou monstrueuses et séparés par des métopes ornés de motifs végétaux ou animaux.

Le second niveau est organisé autour d´une grande baie centrale encadrée par deux registres d´arcades aveugles au nord et au sud, quatre de chaque côté sur le registre inférieur et trois pour le registre supérieur. Ces arcades sont ornées de rinceaux, de feuillages et de fleurs séparées par un cordon à motif végétal. Elles sont composées d'un arc en plein cintre reposant sur des colonnettes et, au registre supérieur, par des colonnettes doubles au centre et simples aux extrémités. Du côté sud, les clefs des arcs du premier niveau sont ornées de visages d´hommes. Tous les chapiteaux et les tailloirs sont sculptés. Ces arcades abritent, au registre inférieur, huit personnages assis sur des sièges et, au registre supérieur, six autres personnages en pied, juchés sur un piédestal, tous en haut-relief mais ayant presque tous perdus leurs visages. On peut y reconnaître les apôtres et deux prélats, probablement des évêques, situés aux extrémités du second niveau, reconnaissables à leur crosse et leurs vêtements sacerdotaux. Les apôtres portent des phylactères pour six d´entre eux, des livres pour d´autres ; leur nom y était peut-être peint. En l´absence d´autres attributs, il est impossible de les identifier, à l´exception de saint Pierre qui porte des clefs. La grande baie centrale du deuxième niveau est couverte d´un arc à deux rouleaux ornés de motifs géométrique, végétal et figuré. Le rouleau extérieur déborde du champ du second niveau de la façade, délimité par une corniche à modillons, et retombe sur des colonnes à chapiteaux sculptés. À la fin du 15e siècle, la baie d'axe a été murée et transformée pour recevoir une grande niche à dais et culs-de-lampe visible sur le dessin de la collection Gaignières daté de 1699. La niche centrale est déposée avant 1823 et les niches latérales à partir de 1845. L'une d'entre elles se trouve actuellement dans la cour de la Société des Antiquaires de l'Ouest.

Le Christ en gloire domine le pignon formé par un décor imitant la marqueterie. Le Christ est encadré du Tétramorphe, soit de haut en bas et de gauche à droite, l'ange de saint Mathieu, le lion de saint Marc, l'aigle de saint Jean, le taureau de saint Luc. La mandorle est dominée par deux personnages en buste, allégories du soleil, à gauche, et de la lune, à droite. La mandorle est bordée de nuées et constituée de trois éléments, un chanfrein orné de rinceaux vers l´intérieur, une série de métopes ornées de motifs végétaux et de modillons sculptés de têtes animales au centre et des palmettes à l´extérieur.

Les traces de polychromie redécouvertes lors de la campagne de restauration de 1992-1995 laissent supposer que la façade occidentale était à l'origine entièrement peinte.

Le mur sud de l'église présente une série d'arcatures plaquées sous lesquelles s'ouvrent les fenêtres. Les arcades des deux premières travées de la nef ont un arc légèrement brisé tandis que ceux des autres travées sont en plein cintre. L'effet de rythme était accentué autrefois par un jeu d'alternance dans l'appareil : moellons à l'intérieur des arcades et pierre de taille pour l'ossature et le couronnement. La troisième, la quatrième ainsi que la sixième travées conservent encore en partie basse un appareil de petit calibre qui s'oppose à l´appareil en pierre de taille des arcs. Un porche gothique a été adossé à la deuxième travée à la fin du 15e siècle. De plan quadrangulaire, il est voûté d'ogives et ouvert au sud par une arcade en anse de panier. Il devait à l'origine être aussi ouvert à l'ouest. Trois niches sont aménagées dans l'épaisseur du fronton sud ; elles accueillaient les statues des patrons de la ville, Hilaire et Radegonde, et de la Vierge. Entre la deuxième et la troisième travées se trouve la tourelle de l´escalier en vis qui dessert les combles et qui marquait la limite de la première campagne de reconstruction du 11e siècle. Un second porche, daté du 11e siècle, est adossé à la cinquième travée. De plan quadrangulaire, ouvert sur ses côtés sud, est et ouest, il était voûté en plein cintre (seul le départ des voûtes subsistent). Deux piles ont conservé leurs chapiteaux romans ornés d´un décor végétal à feuilles grasses. Le rouleau du portail est orné de motifs cylindriques. Il était surmonté d'une chapelle dédiée à Sainte-Catherine avec un pignon triangulaire qui renfermait une statue équestre sous arcade (« cavalier Constantin ») disparue lors du sac de la ville par les protestants en 1562. La sacristie, construite entre 1887 et 1890 suite à la destruction des anciennes adjonctions, est adossée à la moitié est de la sixième travée et aux septième, huitième et neuvième travées.

Le chevet est marqué par la présence de chapelles funéraires qui s'intercalent entre les absidioles romanes.

Au sud le long de la travée droite du chœur et à l'emplacement de l'ancienne chapelle méridionale du déambulatoire se trouve la chapelle d'Yvon le Fou et d'Anne Mouraud, construite en 1474-1475. De plan rectangulaire, cette chapelle se compose de deux travées fermées à l'est par un chevet polygonal. Elle est éclairée par trois baies à remplage gothique, deux percées dans son mur sud et une dans son pignon occidental, dont les rampants sont décorés de crochets et de fleurons. À noter les traces d'une baie murée dans la travée sud-est de l'abside en lien avec la mise en place de l'autel intérieur. Entre les deux baies sud se trouve un mur traité comme un contrefort qui correspond à un enfeu. Voûtée d'ogives, elle est couverte par sa charpente d'origine et d'une couverture d'ardoise. Lui succédait au sud-est la chapelle d'Étienne Boinet, de plan barlong et couverte de voûtes d'ogives quadripartites, détruite en 1883. Son emplacement est matérialisé au sol à l´extérieur de l´église. L´absidiole d'axe, réaménagée au 19e siècle, est légèrement décalée de l'axe de la nef ; couverte d'un cul-de-four, elle est éclairée par trois fenêtres séparées par un couple de deux contreforts. Au nord-est se trouve la chapelle de Jean de Torsay, la première à être venue s'ajouter au plan initial ; elle était en cours de construction en 1421. Aujourd'hui dédiée à saint Louis, cette chapelle possède le même plan et voûtement que celle d'Étienne Boinet avec des contreforts d'angles. Sa baie d'axe a néanmoins perdu son remplage d'origine tandis que la baie sud-est, murée ultérieurement, a gardé le sien, constitué de trois lancettes, de mouchettes et soufflets. L'absidiole nord, d´origine romane et remaniée à l´époque moderne, voûtée en cul-de-four, est dite chapelle du chapitre ou de la Bonne Mort. Elle est légèrement plus petite que l´absidiole d'axe et ne comporte qu'une seule baie. La chapelle de François Fumé ou chapelle Saint-Joseph est aménagée au nord de la travée droite. De plan quadrangulaire, elle a été construite à partir de 1514 ; elle est éclairée par une baie à remplage et couverte d'une voûte d'ogives à cinq liernes et tiercerons.

Dans la neuvième travée du collatéral nord s´ouvrait une porte, aujourd'hui murée, qui permettait d´accéder à l'aile sud du cloître. Ce pan de mur est construit dans un appareillage différent du reste de l'édifice avec alternance de six assises de pierres allongées et de deux assises de briques. Il a conservé dans sa partie supérieure le départ d'un arc à claveaux minces, sans piédroit, vestige peut-être de l'église carolingienne ayant précédé l'actuelle. Des chapelles du 16e siècle sont adossées de la cinquième à la huitième travées, de plus en plus grandes et de plus en plus hautes à mesure que l'on progresse vers l'ouest. En partant de l'est, on peut les identifier grâce aux armoiries frappées sur les pignons, tout d'abord la chapelle de Jean Gillier, puis celle de Pierre d'Amboise, de la famille Bardeau et de la famille Citoys. Elles ont un plan quadrangulaire et sont voûtées d´ogives et éclairées par une baie, à l´exception de la chapelle de la famille Citoys, couverte d'une voûte en caissons. La quatrième travée était percée d´une porte, aujourd'hui transformée en niche, qui communiquait avec le cloître. Les chapelles adossées au nord des deuxième et troisième travées ont été construites au 16e siècle par deux chanoines, Louis Fresneau et Nicolas Potier. Elles sont de plan quadrangulaire avec voûte à caissons. De l'état originel du mur nord avant l'adjonction des chapelles, on sait que la partie inférieure était occupée par la galerie sud du cloître. En partie haute une trace d'arc visible au-dessus de la toiture de la chapelle de Jean Gillier, au niveau de la dernière travée de la nef, permet de penser que le gouttereau nord était rythmé, comme le gouttereau sud, de grandes arcatures.

Le clocher a été édifié au 11e siècle après modification du projet initial. Il s'élève à l'extrémité est de la nef. Il est très homogène dans ses lignes et sa décoration et composé de trois niveaux d'arcatures superposées, qui sont séparées par une corniche à modillons. Les deux niveaux inférieurs du clocher sont de plan carré, le troisième est de plan circulaire et couronné par un cône en écailles. Dans l'angle sud-est se trouve la tourelle de l'escalier couronnée elle aussi par un cône en écailles. Le premier niveau aveugle est constitué sur sa face est par un grand arc de décharge en plein cintre qui repose sur trois points : le premier sur un pilastre aboutissant au milieu de l'arc et posé directement sur la voûte du chœur, les deux autres, aux extrémités sur des contreforts placés aux angles nord-ouest et nord-est de la souche du chœur. Il est divisé lui-même en deux arcs plaqués plus petits, également en plein cintre, que l'on retrouve sur la face ouest. Un petit appareil losangé vient former de petits tympans inscrits dans les claveaux réguliers des arcades plaquées. La travée sous clocher est percée vers l'est de deux baies en plein cintre en pénétration de la coupole, chaque face latérale présentant également une baie semblable, située au-dessus des voûtes des collatéraux. Toutes ces fenêtres qui devaient éclairer la travée sous clocher sont aujourd'hui fermées et donnent dans les combles. Cela indique que, à l'origine, les toitures de part et d'autre de la tour ainsi que à l'est du chevet devaient être plus basses. Au-dessus s'élève l'étage du beffroi actuel qui accueille les cloches, il est ajouré par un ensemble de deux baies inscrites l'une dans l'autre et séparées par des demi-colonnes sur chaque face, le petit appareil losangé venant s'inscrire dans les écoinçons des arcs. Le niveau circulaire est ajouré de six baies géminées formant douze ouvertures et la dernière corniche est portée par six demi-colonnes. La sculpture du clocher est à attribuer à l'atelier ayant réalisé les sculptures de la nef. On peut constater une unité parfaite, tous les blocs sont semblables avec au niveau du beffroi des corbeilles à rinceaux et sous le cône une série à simples volutes.

La nef est éclairée directement par huit fenêtres percées dans le mur gouttereau sud et seulement trois dans le mur gouttereau nord à cause de l'adjonction des chapelles. La nef est rythmée dans ses huit premières travées par des piles constituées d'un noyau quadrangulaire dont les angles restent apparents. Quatre demi-colonnes sont disposées autour de la pile, trois d'entre elles expriment un premier niveau de hauteur qui correspondent au départ des arcs doubleaux des collatéraux, à la réception des voûtes des collatéraux et au départ des grandes arcades du vaisseau. La quatrième demi-colonne, tournée vers le vaisseau central, exprime un second niveau de hauteur, avec le niveau de la corniche et le départ des doubleaux du vaisseau central. Les bases des colonnes ne sont plus visibles, le niveau de sol ayant été considérablement rehaussé au 19e siècle. À l'origine, il fallait descendre sept marches depuis le seuil du portail occidental pour accéder à la nef ; il n´en reste aujourd'hui que trois. La travée sous clocher possède quant à elle des piles plus massives pour soutenir le poids du clocher. Le fait que le chœur soit en partie masqué par les piliers de l'arcade triomphale accrédite l'idée que, dans les premières intentions, seul le chevet devait recevoir une couverture en pierre, tandis que le reste de l'édifice recevait une charpente.

Le chœur avec sa travée droite, son déambulatoire et ses trois absidioles en hémicycle se compose autour d'une partie centrale délimitée par un rond-point à six colonnes libres portant une voûte en cul-de-four. Sous le chœur est aménagée une crypte desservie par deux escaliers en vis-à-vis au nord et au sud à partir du déambulatoire, seul l'escalier situé au sud-est reste en fonction. L'espace est rythmé par des arcades, quatre dans la partie arrondie qui encadrent l'ouverture centrale et trois autres à l'ouest, dont une au centre est dotée d'une niche encadrée par deux colonnettes qui supportent des chapiteaux décorés.

La sculpture à l'intérieur de l'église se répartit pour l'essentiel dans le rond-point du chœur, dans le déambulatoire, dans la crypte et tout le long de la nef et ses collatéraux et se développe sur les chapiteaux. Ceux du rond-point du chœur, du déambulatoire et des deux supports de l'arcade triomphale, situés à l'entrée du sanctuaire, forment un répertoire varié. Vingt-huit chapiteaux sont sculptés. Seize portent des motifs végétaux, quatre, des lions dressés, deux, des personnages et cinq associent des oiseaux à des motifs végétaux.

Le premier chapiteau avec un personnage se trouve dans le déambulatoire, sur la colonne à l'ouest de l'absidiole nord. Un homme tient avec des crochets la queue de deux quadrupèdes, sans doute des lions. Le chapiteau historié se trouve au sud de l´absidiole d´axe et porte une Ascension du Christ. Placé dans une mandorle, le Christ bénit et montre le Livre ouvert ; il est accompagné de six anges dont deux tiennent aussi un livre. Le haut de la corbeille porte, sur la droite, l´inscription ME FE[cit], qui rappelle celle présente dans le chœur de l´église Saint-Pierre de Chauvigny, mais ici, le nom du sculpteur ou du commanditaire est masqué, sur la gauche, par la couche d´enduit et de peinture du milieu du 19e siècle. L´un des huit chapiteaux du rond-point du chœur porte en outre l´inscription « VAVSTER / ROTBERTUS ». Dans la nef, la figure humaine est absente, seuls les lions sont représentés, cachés dans des branches. Les motifs végétaux envahissent tout l'espace avec une série de corbeilles à « feuilles grasses » ou des chapiteaux lisses très simples à grosses volutes d'angle.

Cette production de sculptures est à attribuer à deux ateliers. Le premier, dit atelier « corinthien », est intervenu dans les années 1050-1060 et a réalisé les sculptures du chevet, dominées par des corbeilles végétales à feuilles d'acanthe. Après une pause dans le chantier consécutive aux difficultés de construction, le second atelier intervient dans les années 1065-1075 puis vers 1080. Il a réalisé les sculptures du clocher, du porche roman et de la nef en s'arrêtant à la tourelle d'escalier.

Les sculptures des deux travées occidentales de la nef sont à rattacher au chantier d'allongement de la nef et de l'édification de la façade.

Comme pour la façade, ces sculptures étaient peintes pour venir souligner ou accentuer les reliefs. Les murs en moellons de l'édifice étaient enduits et peints. Le décor peint visible actuellement sur les murs et les colonnes de la nef a été réalisé à la demande du curé de l´église à partir de 1851. L'architecte Joly-Leterme réalise le nouveau décor à partir de calques des originaux et des peintures décoratives qui subsistaient sur les piles de la nef. C'est à cette campagne que l'on doit en 1852 la redécouverte du décor peint du rond-point du chœur, qui avait été recouvert d'un badigeon en 1643. Les colonnes du déambulatoire ont été décapées en 1931.

Le décor peint du chœur s´organise autour du cul-de-four et de la voûte selon un axe médian. Au centre du cul-de-four, dans une mandorle, une Vierge à l´Enfant trône entre deux anges et six saintes. Au sommet et au centre de la voûte, le Christ est assis dans une double mandorle quadrilobée. Il est entouré de deux anges, du Tétramorphe et des figures du Soleil et de la Lune. Vers l´ouest, l'Agneau est figuré dans un médaillon porté par quatre anges. La retombée de la voûte accueille les douze apôtres trônant (six de chaque côté), alignés sous des arcatures. Sur la robe de saint Thomas est inscrit en lettres rouges le début de l´alphabet, découvert lors de travaux de consolidation au début des années 2000. Vers l´ouest, de chaque côté de l´Agneau, des anges conduisent des élus vers la Jérusalem céleste.

Dans le collatéral nord subsistent quelques vestiges de peinture, très érodés et difficilement lisibles : quelques formes animales se distinguent néanmoins.

Les peintures de la crypte ont été découvertes en 1940. Elles sont mises en scène au sein d'un décor ornemental qui souligne les lignes de l'articulation architectonique. Dans les niches nord-est et sud-est sont figurés des personnages peints, quatre saints groupés deux par deux. La voûte reçoit trois médaillons aux motifs figurant l'Agneau, Jean et Matthieu.

Les peintures peuvent être datées dans une fourchette entre 1070 et 1090, probablement avant 1086, date de la dédicace de l'autel majeur de Notre-Dame-la-Grande.

  • Murs
    • calcaire
    • pierre de taille
    • moellon
  • Toits
    ardoise, calcaire en couverture
  • Plans
    plan allongé
  • Étages
    3 vaisseaux
  • Couvrements
    • voûte en berceau plein-cintre
    • voûte d'arêtes
    • coupole à trompes
    • cul-de-four
    • voûte à nervures multiples
  • Couvertures
    • toit à longs pans
    • flèche conique
    • pignon découvert
    • croupe polygonale
  • État de conservation
    restauré
  • Techniques
    • sculpture
    • peinture
    • vitrail
  • Représentations
    • sujet chrétien, Adam, Eve, Prophète, Arbre de Jessé, Christ, Vierge à l'Enfant, Apôtre, saint Pierre, saint Paul, personnage biblique, le Jugement dernier, ange
    • vie du Christ, nativité, Ascension
    • vie de la Vierge, Annonciation, Visitation
    • scène historique
    • ornement cosmique, soleil, lune
    • ornement figuré, tête d'homme
    • ornement animal, éléphant, lion, oiseau
    • humain fabuleux, sirène
    • animal fantastique, griffon, dragon
    • ornement végétal, feuillage, feuille, acanthe
    • ornement géométrique
    • Tétramorphe
    • agneau mystique
  • Précision représentations

    Façade à très riche décor sculpté historié ou non et conservant des restes de polychromie. Nef et choeur à chapiteaux sculptés de motifs végétaux et animaux et à décor géométrique peint en 1851. Voûte du choeur à décor peint : Vierge tenant l'Enfant Jésus, anges, saintes, Christ, soleil et lune, apôtres, agneau mystique. Dans la crypte, décor peint : Christ, agneau divin, figures de saints. Dans les chapelles : décors peints sur les murs et grandes verrières historiées du 19e siècle (Vierge des clefs, miracle des clefs, histoire de Joseph, interrogatoire de Jeanne d'Arc à Poitiers, donation du rosaire à saint Dominique, arbre de Jessé...) et parfois armoiries sculptées (clefs de voûte, extérieur des chapelles) ou peintes des commanditaires. D'autres verrières sont à décor de grisaille.

  • Statut de la propriété
    propriété de la commune
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Protections
    classé MH, 1840
  • Précisions sur la protection

    Eglise Notre-Dame-la-Grande : classement par liste de 1840.