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Cimenterie Lavocat et Compagnie

Dossier IA17000378 réalisé en 1999

Fiche

  • L'usine vue depuis l'est.
    L'usine vue depuis l'est.
  • Impression
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  • Parties constituantes

    • atelier de fabrication
    • entrepôt industriel
    • magasin industriel
    • cheminée d'usine
    • logement patronal
    • logement d'ouvriers
    • cantine
Parties constituantes non étudiéesatelier de fabrication, entrepôt industriel, magasin industriel, cheminée d'usine, logement patronal, logement d'ouvriers, cantine
Dénominationscimenterie
Aire d'étude et cantonEstuaire de la Gironde - Agglomération Royan Atlantique
AdresseCommune : Mortagne-sur-Gironde
Lieu-dit : la Gravelle
Cadastre : 2009 OD 841 à 846

L´ancienne cimenterie de la Gravelle a été créée en 1904 par la société Lavocat et Compagnie. Cet établissement a été fondé dès 1862 à Neufchâtel (Pas-de-Calais) par MM. Darsy et Lefebvre, qui se sont associés en 1883 à M. Lavocat, ancien élève de l´Ecole polytechnique, et en 1895 à M. Stenne. La mort de ses trois associés a laissé M. Lavocat seul gérant de la société à partir de l'année 1900. La raison sociale qui était Darsy, Lefebvre, Stenne et Lavocat a, en conséquence, dû être modifiée, pour devenir Lavocat et Cie. En 1903, Lavocat décide d´implanter une nouvelle usine à Mortagne-sur-Gironde, dont le port est en voie d´agrandissement (la société Lavocat et Cie s´implantera aussi au Boucau, près de Bayonne, en 1909). L´usine est destinée à fabriquer du ciment Portland et à desservir le centre et le midi de la France jusqu´à Sète. Cette nouvelle implantation serait consécutive à la visite de M. Lavocat à l'un de ses amis, polytechnicien, concepteur, dans les années 1890, de la voie de chemin de fer reliant le port de Mortagne-sur-Gironde à Saintes, via la Gravelle et la gare de Mortagne-Ville. M. Lavocat comprit de suite l'intérêt du site qui possédait par ailleurs une carrière propre à la fabrication de ciment. La société Lavocat achète d'abord l'ancienne ferme de la Gravelle, plus tard transformée en petite cité ouvrière, et implante l'usine sur la carrière à exploiter, le long de la voie de chemin de fer. L'autorisation préfectorale de l'installation de cette usine est datée du 5 août 1903. Selon le cadastre, la maison du directeur, la maison des surveillants, le magasin, la forge, la salle des chaudières et la salle des machines sont construits en 1904. Viennent ensuite une salle des fours, un hangar pour malaxeurs, un sècheur, les silos à klinkers, l´outillage de la forge et l´immense hangar de stockage du charbon, construits en 1908 et agrandis en 1911. Le style des constructions s'inspire des bâtiments de l'usine de Neufchâtel. Un four à chaux est bâti ultérieurement. En 1917, l'usine est occupée par les Américains qui construisent deux grands bâtiments en pan de bois, béton, et carton goudronné. Ces constructions sont utilisées par la suite comme dépôts, et un atelier de menuiserie est édifié sur le même modèle. Des logements d'ouvriers et une cantine sont édifiés dans les années 1920-1930. A son apogée, la cimenterie emploie environ 120 personnes. Dès 1904, deux générateurs à vapeur répondent aux divers besoins de l'établissement, et des alternateurs produisent l'électricité nécessaire, qui est achetée par la suite. Deux fours tournants, de 40 m de long, fonctionnent au charbon. Ce charbon arrive au rythme de 3 ou 4 bateaux par mois déchargés sur le port par 90 dockers, par ailleurs ouvriers ou agriculteurs. L´usine rencontre toutefois assez vite d´importantes difficultés techniques et financières. Le cahier des charges de la fabrication du ciment Portland est très sévère. Il faut amener des pierres de Pons pour obtenir la qualité requise, d'où un surcoût à la fabrication (la pierre est transportée par petits camions). De plus, le ciment, assez peu vendu sur place, l´est davantage dans le Sud-Ouest et sur la côte méditerranéenne, d'où, là encore, un surcoût occasionné par les frais de transport. Les mouvements sociaux de 1936 donnent le coup de grâce à l´usine. Agé, M. Lavocat vend son droit de fabrication pour vingt ans à un consortium des ciments. Entre 1948 et 1950, l´usine est louée à la société Péchiney qui y fabrique des engrais à partir de minerai importé de Thiès, au Sénégal. Toute l'usine est remise en marche. Les fours sont alors alimentés au fuel et non plus au charbon. Très vite pourtant, la société Péchiney quitte Mortagne-sur-Gironde pour la région nantaise, plus industrielle et mieux desservie par de gros cargos. Le site est livré en 1968 à une entreprise de ferraillage qui démonte toutes les installations, puis à un particulier qui transforme les vingt-cinq hectares du site en exploitation agricole. Les ateliers sont démolis ou laissés en ruines. Seuls les anciens logements sont restaurés. Une partie du site est aujourd'hui occupée par un camping.

Période(s)Principale : 1er quart 20e siècle
Principale : 2e quart 20e siècle
Dates1904, daté par source, daté par travaux historiques
Auteur(s)Auteur : auteur inconnu

Le site de l'ancienne cimenterie comprend un ensemble de bâtiments répartis de part et d'autre d'une route. A l'entrée du site, près de l'ancienne ferme de la Gravelle, se trouvent les logements d'ouvriers, construits en béton armé et en rez-de-chaussée. Plus loin, vers le nord, sont regroupés les bâtiments suivants : au nord de la route, le logement patronal-bureau, en moellon enduit, à un étage et comble à surcroît ; derrière ce bâtiment, le logement des contremaîtres, en moellon et à un étage ; au sud de la route, la cantine (actuel accueil du camping), des dépôts et un atelier de menuiserie ; enfin vers le nord-est, les ruines des ateliers, silos et hangars, ainsi que deux des trois grandes cheminées. Les ateliers qui subsistent sont en moellon de calcaire, sous un toit en tôle. Il semble que tous les toits étaient à l'origine en fibro-ciment. Les encadrements des ouvertures étaient en brique pour les logements et quelques-uns des ateliers. Les deux cheminées sont circulaires, en brique et font plus de trente mètres de haut, pour un diamètre d'environ trois mètres pour l'une, et de quatre mètres pour l'autre.

Murscalcaire moellon enduit
béton béton armé
Toittôle ondulée
Étages1 étage carré, comble à surcroît
Couverturestoit à longs pans pignon couvert
Énergiesénergie thermique produite sur place
énergie électrique produite sur place
énergie électrique achetée
État de conservationétablissement industriel désaffecté
Statut de la propriétépropriété privée
Intérêt de l'œuvreà signaler

Annexes

  • Fabrication du ciment Portland, d'après le livret publié par la Société Lavocat et Cie et imprimé par Paul Gaultier à Boulogne-sur-Mer (sans date).

    Le ciment Portland doit provenir de la cuisson d'une pâte rigoureusement homogène physiquement et chimiquement, et renfermant 20 à 23 % d'argile. Il y a donc lieu de régulariser artificiellement la composition très variable de la terre à ciment. La pâte préparée, il faut la cuire à une température assez élevée pour avoir un commencement de ramollissement. La pâte cuite donne des roches plus ou moins dures que l'on désigne sous le nom de klinkers, dont la couleur varie du gris clair au noir verdâtre. Comme à cet état le ciment ne saurait être employé, il faut le réduire en poudre.

    Il y a donc trois phases dans la fabrication du ciment Portland artificiel. La description qui suit concerne le process de l'usine de Mortagne-sur-Gironde.

    1- Fabrication de la pâte :

    L'usine est bâtie sur les carrières à exploiter, constituées par des marnes dures dont la composition varie entre 15 et 20 % d'argile, et 80 à 70 % de carbonate de chaux. Les marnes, transportées par wagonnets, passent dans un moulin à cylindres puissant pour être concassées, avant d'être jetées dans des malaxeurs à dents d'acier qui les triturent avec de l'eau et les transforment en boue contenant environ 50 % d'eau. Chaque malaxeur peut délayer 100 à 150 m3 de terre par jour.

    La boue produite s'échappe des malaxeurs à travers une toile métallique fine qui retient les petits grains. Des conduites en pente douce l'amènent dans des bassins doseurs où des bras, actionnés mécaniquement, continuent le brassage de la boue. C'est dans ces bassins doseurs qu'on prélève des échantillons de pâte pour en faire l'analyse. En général, la composition obtenue n'est pas assez voisine de la composition type, et il faut les raccommoder par l'addition d'argile ou de calcaires préparés dans des malaxeurs spéciaux, et mis en dépôt dans des bassins appropriés. Une pompe distribue, où c'est nécessaire, la boue argileuse ou calcaire. Après " raccommodage ", une nouvelle analyse indique si, oui ou non, la composition est convenable.

    La pâte ainsi obtenue est élevée par une pompe centrifuge dans une canalisation qui l'amène, dans des bassins de dépôt accolés aux fours rotatifs.

    Une machine à vapeur actionne les malaxeurs, bassins doseurs et pompes.

    2- Cuisson du ciment

    Deux fours rotatifs assurent cette cuisson. Ils sont constitués par un grand cylindre en tôle, légèrement incliné, de 40 m de longueur, ayant de 2 à 3 m de diamètre. L'intérieur est revêtu d'une chemise en béton de ciment ou en blocs réfractaires. Le four tourne à raison de un tour environ à la minute. La chaleur est produite par la combustion de charbon pulvérisé très finement et lancé dans le four par un ventilateur. Le mélange d'air et de charbon s'allume seul, quand on a préalablement porté au rouge la paroi intérieure du four. A l'autre bout du four entre la pâte renfermant 45 à 50 % d'eau. En avançant dans le four par le fait de sa rotation, et de la pente, la pâte rencontrant les gaz chauds produits par la combustion du charbon se dessèche, perd son acide carbonique ; finalement, à la température de 1 500 à 1 600 degrés environ, la combinaison chimique entre les éléments de la pâte se produit, et la cuisson est effectuée.

    A la haute température où il est porté, le ciment, en morceaux de la grosseur d'une noix, apparaît blanc et éblouissant. Quand il sort du four, il est encore à une température rouge vif, ce qui oblige à le faire circuler dans un refroidisseur.

    Pour obtenir du charbon à l'état de poussière très fine, on emploie des appareils divers, qui sont précédés par un sécheur enlevant toute l'eau que contient le charbon. La mouture du charbon est une opération difficile qui exige beaucoup de force motrice. Il faut compter une force motrice d'environ 120 chevaux pour une batterie de deux fours.

    3- Mouture du ciment :

    Les klinkers transportés dans des silos d'une contenance d'un millier de tonnes sont amenés, après deux mois de silotage, par des wagonnets dans un élévateur qui les verse dans une trémie au-dessus de l'un des deux broyeurs à boulets existant. La mouture des klinkers exige des appareils très puissants. La mouture est produite par deux groupes d'appareils identiques, chaque groupe comprenant un broyeur à boulets et un tube finisseur. Le broyeur concasse à l'état de sable les klinkers par le travail des boulets en acier. Dans les tubes, ce sable s'use par le frottement de galets de mer. Le tube finisseur est un grand cylindre, ayant 7 à 8 m de longueur, 1,50 m de diamètre, et recevant une charge de 10 000 kg de galets.

    Chaque groupe produit environ 5 000 à 7 000 kg de ciment à l'heure avec une force motrice de 150 chevaux environ.

    Le ciment moulu est transporté mécaniquement dans des silos spéciaux permettant un ensachage et un pesage automatique. Une vis continuée par un élévateur le distribue dans des trémies en ciment armé, d'où il descend dans des sacs ou des barils.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives départementales de Charente-Maritime, 8S 277. 1867-1906 : appareils à vapeur.

  • Archives départementales de Charente-Maritime, 7 M 9/36. 1861-1908 : fours à chaux ; établissements insalubres.

  • Archives départementales de Charente-Maritime, 14 M 2/6. 1900-1917 : grèves.

Documents figurés
  • Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle. 78 Fi : cartes postales du fonds Claude Aubineau.

  • Photographie.

    Collection particulière
Bibliographie
  • Gérôme Noëlle. "Archéologie de l'industrialisation d'un port, Mortagne-sur-Gironde en Charente-Maritime". L'Archéologie industrielle en France : Le Patrimoine portuaire, revue du CILAC, n° 32, octobre 1998, p. 34-38.

  • Pinard, Jacques. Les industries du Poitou et des Charentes : Étude de l'industrialisation d'un milieu rural et de ses villes. Poitiers : S. F. I. L., 1972.

    p. 336
  • Société Lavocat et Cie. Livret imprimé par Paul Gaultier à Boulogne-sur-Mer, s. d.

(c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel - Suire Yannis
Suire Yannis

Conservateur du patrimoine, directeur du Centre vendéen de recherches historiques.


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- Moisdon-Pouvreau Pascale
Moisdon-Pouvreau Pascale

Chercheur Service Patrimoine et Inventaire


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