• inventaire topographique, Communauté d'Agglomération de Poitiers
Château fort, actuellement couvent de Carmélites
Copyright
  • (c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel
  • (c) Communauté d'Agglomération de Poitiers

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté d'Agglomération de Poitiers
  • Commune Migné-Auxances
  • Lieu-dit Auxances
  • Adresse 39 rue du Quéreux
  • Cadastre 1839 E14 15 à 21  ; 2004 AX 8, 9
  • Dénominations
    château fort, couvent
  • Destinations
    couvent
  • Parties constituantes non étudiées
    parc, cour, mur de clôture, puits, donjon, logement, chapelle, passage couvert, pigeonnier, ferme, communs, moulin

Au cœur du village d’Auxances, au bord de la rivière du même nom, une belle tour quadrangulaire est considérée comme un donjon roman surélevé au 15e siècle. Cette hypothèse avancée par André Châtelain a été reprise par tous les auteurs à sa suite ; elle repose sur la silhouette générale de la tour, avec ses contreforts plats,et sur un texte du 15e siècle rapportant la construction du château par le seigneur de La Rochefoucauld trois cents ans plus tôt. Pourtant, ce château n’est jamais mentionné avant la fin du Moyen Âge et les caractéristiques architecturales du donjon ne nous permettent pas de confirmer sans hésitation une datation haute. (Baudry, 2011, p. 246).

Dès l´époque gallo-romaine, l´emplacement approximatif du château de Migné-Auxances, en fond de vallée et au bord de l´Auxance, a pu être occupé par une villa. Depuis sa construction par une branche de la famille des seigneurs de Lusignan, vers la fin du 11e siècle, le château connaît de nombreuses mutations de propriété, accompagnées dans certains cas de reconstruction. Le donjon carré, de conservation remarquable, ainsi que quelques parties remaniées du château, témoignent encore aujourd´hui des phases médiévales de la construction. Au Moyen Age, le seigneur y a droit de haute, moyenne et basse justice et sa juridiction relève de la Tour de Maubergeon à Poitiers. Le fief d´Auxances est aussi désigné par l´appellation "tour et forteresse des Ances" en 1531. Devenu châtellenie en 1589, il est élevé en comté vers 1640 et le demeure jusqu´à la Révolution.

Une première habitation fortifiée est mentionnée dans une charte du 15e siècle comme étant l´œuvre du petit-fils d´Hugues II de Lusignan, appelé Foucault, sire de la Roche, ayant vécu durant la seconde moitié du 11e siècle. Foucault est le premier de la dynastie des La Roche-Foucault qui reste propriétaire du domaine d´Auxances jusqu´en mai 1434. Cette place fortifiée consiste, aux 11e-12e siècles, en une tour carrée ou donjon de trois étages comme l´attestent les traces de solives actuellement observables. Le rez-de-chaussée est alors accessible de l´intérieur par le premier étage et de rares petites baies s'ouvrent à partir du deuxième étage. Foulques de La Roche-Foucault étant sans descendance, le château est vendu à Jean Rabateau, magistrat et seigneur de La Caillère. Il comprend alors, outre le donjon ancien, une ou plusieurs fausses-braies, des fossés et une basse-cour, mais l´état de l´ensemble se dégrade. Pour y remédier Jean Rabateau obtient de Charles VI, le 15 octobre 1434, la permission de faire réparer et fortifier la tour d´Auxances ainsi que ses abords. La seigneurie est transmise en dot à sa fille Denise dont l´époux, Thomas de Vivonne, chevalier, seigneur de Fors et de Saint-Gouard, devient seigneur d´Auxances en 1450. Une vingtaine d´années plus tard, en 1472, la seigneurie d´Auxances est vendue, en même temps que celle de Sigon, à Jean Mérichon. Ce nouveau propriétaire est seigneur d´Uré et des Halles de Poitiers, chambellan du roi Louis XI, et gouverneur de La Rochelle. Un acte adressé par le roi à Jean Mérichon, en 1474, lui accorde de nouveau privilèges concernant le droit d´usage et d´exploitation du bois ; le bénéfice qui en est tiré est destiné à bâtir et édifier l´hôtel d´Auxances et les halles de Poitiers qui lui appartiennent. Des deux propriétaires du 15e siècle, Jean Rabateau et Jean Mérichon, on ne sait lequel a réalisé des travaux de grande envergure sur le château. La surélévation du donjon (Fig. 7), qui reçoit un quatrième étage surmonté d´un chemin de ronde fermé sur mâchicoulis et une toiture en ardoise, est plutôt attribuée à Jean Rabateau. Celui-ci fait également construire la tour d'escalier au nord-est pour desservir tous les niveaux. Le colombier dans le parc peut dater de cette époque puisque le droit de "fuies" est mentionné dans l´acte de vente à Jean Mérichon. Une autre transmission en dot de la seigneurie amorce le long règne de la famille de Montbron sur le domaine d´Auxances, suite au mariage en 1561 de Guyonne Mérichon, fille de Jean, avec Jean de Montbron. Un siècle plus tard, en 1660, le domaine est vendu à la famille Derazes, seigneur de Verneuil, dont les armoiries figurent sur l'ouvrage d'entrée du château. Cette famille noble compte de nombreux magistrats exerçant à Poitiers.

Du 16e à la fin du 18e siècle, des bâtiments sont construits autour du donjon, certains encore visibles malgré les remaniements postérieurs. Après le décès de Charles Alexis Marie de Razes d'Auzances en 1785, le château reste en indivision entre son épouse et ses deux filles. L'une d'elles, Marie Alexandrine de Raze, épouse de Cugnac, en devient ensuite propriétaire. Un acte de 1805 précise que la propriété de Louis Philippe de Cugnac comprenait le domaine d'Auxances (château et moulin), les métairies de la Picoterie et de Limbre, le domaine de Verneuil (métairie et moulin) et des domaines sur d'autres communes. Jules Emilien de Cugnac, son fils, vend le château le 25 mai 1811 à Joseph Bernard Dupont, banquier et député de la Vienne. En 1839, le domaine appartient à Charles Dupont et le plan cadastral (Fig. 1 et 2) montre alors un édifice en équerre flanqué de quatre tours d´angle comme aujourd´hui. Le donjon est à l'époque pris dans des corps de bâtiment qui ont disparus. L'aile nord-est est bordée de douves sur deux côtés, avec un pont-levis à l'extrémité sud-est. Des dépendances, à l´est, forment une grande avant-cour dont il reste l'ouvrage d'entrée et une partie des constructions qui lui sont accolées. La fuie au nord, dont il subsiste des vestiges, est signalée. En 1874, le bâtiment principal (parcelle 18) est imposé pour 20 ouvertures et les communs (parcelle 17) pour 6.

Ensuite le château passe entre les mains de plusieurs propriétaires, dont le scientifique et inventeur Henri Coanda, de 1941 à 1957. Puis la communauté du Mont-Carmel de Poitiers, suite à la cession de son couvent à l´université de Poitiers, acquiert la propriété pour s'y installer. Des transformations sont entreprises entre 1958 et 1960, sous la direction de Madeleine Ursault, architecte. L´aile nord-ouest est prolongée en retour d´équerre par la construction d´un pavillon à usage d´habitation et d´accueil (Fig. 9 à 15). Des baies sont percées ou modifiées et, dans l´aile nord-ouest, est aménagée une chapelle avec de hautes baies à vitraux. Des galeries couvertes sont accolées au bâtiment principal côté cour. En juin 1960, a lieu l´inauguration du monastère et les sœurs carmélites s´approprient le donjon, exempt de remaniements, en lui donnant un nouveau sens théologique.

  • Période(s)
    • Principale : limite 11e siècle 12e siècle
    • Principale : 14e siècle
    • Principale : 15e siècle
    • Principale : Temps modernes
    • Secondaire : 19e siècle
    • Secondaire : 3e quart 20e siècle
  • Dates
    • 1960, daté par source
  • Auteur(s)

Le château est situé en fond de vallée, en retrait du bourg de Migné, dans une boucle de la rivière l´Auxances. Au Moyen Âge, il était donc isolé du bourg et le donjon permettait de contrôler le passage à gué de la rivière. Dans son écrin de verdure, l'édifice actuel, sans unité architecturale, est constitué de bâtiments construits en équerre autour d'un haut donjon carré décentré (Fig. 4 à 6). Au nord sont les vestiges d´un colombier (Fig. 98 et 99) et, au sud, un ouvrage d´entrée et des communs accolés (Fig. 24 à 36). Le domaine est ceint de murs et de haies arbustives et bordé, au nord-ouest, par la rivière.

Le donjon de plan carré comprend actuellement six niveaux de 10,30 m sur 9,75 m (Fig. 7 et 8). Chaque élévation (Fig. 37 à 42) est rythmée par trois contreforts plats, de 0,93 m sur 0,42 m de saillant, et des contreforts d´angle qui accusent tous un léger retrait au-dessus du troisième niveau. Une large échauguette est en surplomb au sud (Fig. 43 à 45) et une tour d'escalier est accolée au nord-est (Fig. 46 à 48). Celle-ci présente des vestiges de baies murées et des traces d'arrachement permettant de supposer que le donjon était relié aux bâtiments qui l´entourent. Les quatre faces du donjon sont percées de baies réparties sans ordre. Le premier niveau, partiellement en sous-oeuvre, est dépourvu de fenêtre. Le deuxième niveau présente une petite baie rectangulaire sur la face sud-ouest, mais à l´origine il était aveugle. Le troisième niveau présente quatre petites baies en plein-cintre, ébrasées à l´intérieur : deux symétriques sur la face sud-ouest, une sur la face sud-est à gauche et une sur la face nord-est à gauche. Au quatrième niveau est percé une petite baie rectangulaire récente au sud-est. Le cinquième niveau a été remanié. Son mur nord-est est percé d´une fenêtre à croisillon du 15e siècle (Fig. 48), aujourd´hui presque entièrement murée, et une baie rectangulaire s'ouvre au sud-est. Au sixième niveau se trouve le chemin de ronde sur mâchicoulis ouvert de petites baies carrées et de meurtrières intercalées, avec un décor de moulures et d'ornements géométriques. La tour d´escalier, hormis sa partie comprise dans le chemin de ronde, est percée de trois baies inégales dont l´une, murée, établissait une liaison avec un autre bâtiment disparu. Les toitures coniques de l'échauguette et de la tour se distinguent du couvrement central à quatre pans. L´ensemble est couvert en ardoise. A l'intérieur les niveaux ont été modifiés. Dans l'actuel rez-de-chaussée (Fig. 50), un escalier en pierre descend vers un couloir muré. Au troisième (Fig. 52 à 54) et au quatrième (Fig. 55 et 56) niveaux une cheminée est adossée au mur nord-ouest. Le cinquième niveau (Fig. 58 à 61) communique avec l'échauguette sud et au dernier niveau sous charpente (Fig. 63 à 74) sont, tout autour, les orifices de tir des machicoulis (Fig. 65).

Le donjon est encadré par deux corps de bâtiment perpendiculaires. Celui qui se trouve au nord-est (Fig. 91 à 95) est flanqué de trois tours. Deux encadrent le pignon sud-est (Fig. 92) dont la partie centrale est plus récente. Ces deux tours présentent une corniche à la base de leur toiture conique couverte en ardoise. Elles sont percées d´une travée de trois fenêtres récentes alors que d'autres fenêtres on été murées. La partie centrale du pignon présente une travée de quatre fenêtres à meneaux, traverses et appuis saillants moulurés, avec un décor sculpté au-dessus (imitant le style du 15e siècle). Des cartes postales anciennes figurent des éléments aujourd´hui disparus (Fig. 21) : créneaux d´ornement, élément saillant sur la tour gauche, pierres saillantes en hauteur sur la tour droite et soubassement d´un pont-levis. La construction de la partie centrale est postérieure à 1838, date du plan cadastral signalant le pont-levis (Fig. 2) qui implique une ouverture entre les deux tours pour entrer dans le logis seigneurial. L'élévation nord-est (Fig. 94 et 95), couronnée par une corniche, a été percée de sept travées de fenêtres vers 1960 pour éclairer un sous-sol, un rez-de-chaussée surélevé et un étage carré. La partie gauche, est plus haute et présente, outre une travée de baies, une petite baie en plein-cintre aux premier et deuxième étages, rappelant certaines baies du donjon. Le plan cadastral de 1838 atteste la présence de douves, aujourd´hui comblées, devant cette aile nord-est, côté extérieur.

Dans l'angle saillant formé par les corps de bâtiment nord-est et nord-ouest, se trouve une grosse tour (Fig. 80 et 96) percée d'une meurtrière et à deux travées de fenêtres, couverte d´un toit conique avec souche de cheminée. Le corps de bâtiment nord-ouest (Fig. 79 à 82) ouvrant côté rivière présente trois parties à couvertures distinctes en alignement (la partie centrale légèrement plus haute est couverte en tuile plate, les autres en ardoise) et une tour d´angle à l'ouest. Il se compose d'un niveau de soubassement, d'un rez-de-chaussée surélevé et d'un étage. La façade est rythmée par neuf travées de baies, plus trois baies étroites et hautes à droite éclairant la chapelle. Contre la partie centrale est un escalier droit à balustrade, conduisant à une ancienne fenêtre convertie en porte (une carte postale montre cette partie sans escalier et avec trois souches de cheminées). A gauche dans le niveau de soubassement s'ouvre aujourd´hui une porte. A droite la tour d´angle est percée de petites baies. A l'intérieur, la partie centrale est desservie par un escalier en pierre (Fig. 85 et 86) et la partie sud-ouest a été transformée en chapelle (Fig. 88 et 89). En retour au sud-ouest se trouve le corps de bâtiment d'accueil (Fig. 82, 83 et 97) construit en 1960, à murs en moellons apparents et couvertures d'ardoise.

Les façades sur cour des deux corps de bâtiments perpendiculaires (Fig. 84 et 91) sont très remaniées et une galerie de cloître a été accolée. L´extrémité est de l´aile nord-est (Fig. 91) est débordante sur la cour et plus profonde que le bâtiment qui la flanque. Cette partie présente une travée de baies et se compose d´un rez-de-chaussée, avec une grande baie moderne en plein-cintre, et de deux étages carrés. L´aile nord-ouest (Fig. 84) comporte une partie débordante sur cour, avec deux contreforts plats en pierre de taille et une ornementation géométrique, rappelant celle du donjon, à la base du toit. Sur des vues anciennes on peut voir un oculus sur le mur sud et la poursuite de l´ornementation géométrique vers le sud-ouest.

Au sud de la grande cour se trouve l´accès au domaine, avec un ouvrage d´entrée (Fig. 24 à 33) constitué de deux tours présentant les mêmes créneaux d´ornement et le même décor géométrique que ceux visibles sur le logis. Chaque tour présente des meurtrières et des armoiries sculptée ; celle de gauche est percée d´une baie rectangulaire au rez-de-chaussée. Entre les tours s'ouvre un portail en plein-cintre surmonté de créneaux portant d'autre armoiries sculptées. L´arrière de chaque tour est tronqué et constitué d´un mur plat couvert d´une toiture en tuile qui ne dépasse pas les trois-quarts de la hauteur. L´arrière de la tour gauche est percé d´une travée de deux baies, dont une porte large. A l´arrière de la tour droite est accolée un logement (Fig. 34), en rez-de-chaussée avec comble à surcroît, couvert en tuile. La façade présente deux travées plus une porte centrale surmontée d'une croix peinte. Les deux fenêtres du rez-de-chaussée sont remaniées avec un appui saillant. Des dépendances sont accolées à l'arrière et dans le prolongement (Fig. 35 et 36).

Au nord du château sont les vestiges d'un pigeonnier (Fig. 98 et 99) de plan circulaire et, à l'ouest, ceux d'un pont enjambant l'Auxances.

  • Murs
    • calcaire pierre de taille
    • calcaire moellon enduit
  • Toits
    ardoise, tuile plate
  • Élévations extérieures
    élévation à travées
  • Couvertures
    • toit à longs pans
    • toit conique
    • croupe
  • Escaliers
    • escalier hors-oeuvre : escalier en vis en maçonnerie
  • Techniques
    • sculpture
  • Représentations
    • ornement géométrique
    • ornement végétal
    • tête
    • armoiries
    • croix
  • Précision représentations

    Arcatures trilobées au sommet du donjon, des tours de l'ouvrage d'entrée et de l'avant-corps postérieur de l'aile nord-ouest du logis. Tête sculptée sur l'échauguette du donjon (Fig. 45). Fleuron au-dessus des fenêtres du pignon sud-est de l'aile nord-est du logis (Fig. 92). Croix peinte à la chaux sur le logement proche de l'ouvrage d'entrée sud (Fig. 34). Cartouche et armoiries sur l'ouvrage d'entrée sud : armoiries de la famille Derazes (palé d'or et d'azur au chef d'argent chargé de trois feuilles de fougère de sinople) [Fig. 30], armoiries de la famille Derazes associées à celles de la famille de Chouppes (Marie-Françoise de Chouppes épouse de Jean Derazes) [Fig. 28], armoiries non identifiées (peut-être de la famille Huchet ?) [Fig. 29] et initiales MA (pour Marie Alexandrine fille de Charles Alexis Marie de Razes ?) surmontées d'une couronne comtale [Fig. 33].

  • Statut de la propriété
    propriété d'une association cultuelle
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Protections
    inscrit MH, 1927/02/18
    classé MH, 1994/02/10
  • Précisions sur la protection

    Château, sauf partie classée : inscription par arrêté du 18 février 1927 ; Donjon (cad. M 228) : classement par arrêté du 10 février 1994.

  • Référence MH
  • Référence Patriarche
    86 158 0004
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