Dossier d’œuvre architecture IA86009390 | Réalisé par
Maturi Paul (Contributeur)
Maturi Paul

Chercheur associé à la Communauté de Communes des Vals de Gartempe et Creuse (2015-2016), puis à la Communauté d'Agglomération de Grand Châtellerault (2017-...).

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
  • inventaire topographique, Vals de Gartempe et Creuse
  • inventaire topographique, vallée de la Gartempe
Château de Valcreuse
Auteur
Copyright
  • (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel
  • (c) Communauté de communes des Vals de Gartempe et Creuse

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Vals de Gartempe et Creuse - Pleumartin
  • Commune La Roche-Posay
  • Lieu-dit Valcreuse
  • Cadastre 2014 AI 202, 203, 204
  • Dénominations
    château
  • Destinations
    maison, hôtel de voyageurs
  • Parties constituantes non étudiées
    jardin, cour, citerne, glacière, conciergerie, latrine, verger, serre, étable, hangar, four, fenil, grange, cellier

Le château de Valcreuse est bâti entre la route de Lésigny et la rivière de la Creuse, à quelques centaines de mètres au nord du bourg de La Roche-Posay. Il présente un style que l'on peut qualifier d'éclectique. Plus précisément, il réalise la synthèse entre le style néogothique et une architecture inspirée des chalets de villégiatures de la deuxième moitié du 19e et du début du 20e siècle. Si les références médiévales se retrouvent dans les arcs trilobés et les ornements feuillagés, les pignons à pente de toit raide et à fermes débordantes rappellent les villas de type « chalet ». En plus de cette particularité stylistique, la recherche de la couleur à travers les matériaux de construction ainsi que le détail des modénatures participent à la richesse architecturale du bâtiment.

Le château de Valcreuse s'appelait anciennement " Le Châtelet ". Il fut construit en 1863 par le médecin Antoine Bergerault. Né en 1814 à Abilly en Indre-et-Loire, Antoine Bergerault poursuit ses études de médecine à Paris, où il est diplômé vers 1838. Il se marie avec Eulalie Decroix, avec qui il eu au moins deux enfants, Georges, né en 1842, et Claire, en 1844. Les époux finissent par se séparer en 1859.

Avant de s'installer à La Roche-Posay, il était propriétaire du château du bourg de Mairé de 1843 à 1860. À cette date, il vend ou cède le château de Mairé et s'installe dans le bourg de Lésigny. Il commence alors à acheter des terrains à La Roche-Posay, contigus au bord de la Creuse, en vue de la construction d'une demeure. En 1861, il est autorisé à clôturer sa propriété nouvellement constituée, alors déjà baptisée « Le Châtelet ». Il peut prolonger les murs jusqu'à la rivière, à condition d'aménager une porte à chaque extrémité, près de la Creuse, pour laisser libre accès au chemin de hallage.

Peu de temps après, en 1863, Bergerault fait construire le château « à grands frais » sur le terrain ainsi clôturé. D'après une description de la propriété en 1889, le logis comprenait " un sous-sol divisé en cuisine, petite salle à manger, chambres de domestiques et caves ; un rez-de-chaussée composé d'un vestibule, quatre salons et une salle à manger ; au premier étage quatre chambres à coucher et cabinets de toilettes ; au deuxième étage cinq chambres, grenier au dessus ; et des cabinets d'aisance. "

Il fait aussi construire une porterie, ou conciergerie, comprenant trois chambres au rez-de-chaussée, deux chambres au premier étage, un grenier dans les combles et une cave en sous-sol. En effet, la propriété était aussi habitée par trois ou quatre domestiques, dont un jardinier et une femme de chambre pour le médecin, qui pouvaient loger dans ce bâtiment proche du logis.

Le Châtelet comprend aussi une remise, des écuries, une sellerie, des hangars et un pigeonnier, aujourd'hui disparu. Les parcelles qui entourent les bâtiments sont dévolues au jardin et à un grand parc d'agrément. Il est proche des jardins " à l'anglaise ", avec de grandes étendues de pelouse parsemées de grands arbres solitaires ou en bosquets. Les terres situées entre le château et le faubourg de l'Arceau étaient plantées de vignes, et la partie nord fut aménagée en verger et en jardin potager.

Antoine Bergerault, en plus de son activité de médecin, est aussi membre du Conseil Général de la Vienne. Il y représente le canton de Pleumartin à partir de 1852. Décoré chevalier de la Légion d'honneur, il ne se représente pas aux élections de 1883, probablement pour raison de santé. En effet, il semble souffrir d'une maladie chronique dès la fin des années 1860, ce qui l'oblige à manquer plusieurs réunions du Conseil Général. Après son décès au Châtelet en 1888, la propriété échoit à son fils, Georges Bergerault, résidant à Paris.

Ce dernier revend le château un an plus tard pour 40 000 francs à Léonie Combier. Elle était la fille du riche fondateur de la distillerie Combier de Saumur, Jean-Baptiste Combier, célèbre pour avoir inventé le Triple-Sec. Le mari de Léonie, Michel Cazal, est originaire de Thionville et a fait carrière dans l'armée. Il a probablement rencontré son épouse entre 1860 et 1861, une année pendant laquelle il est détaché à l'École de Cavalerie de Saumur. Entre 1867 et 1868, il travaille à la Manufacture d'Armes de Châtellerault. Il a aussi participé à plusieurs batailles de la guerre franco-prussienne de 1870 en tant que chef d'escadron. À La Roche-Posay, il fut conseiller municipal et président du conseil d'administration de la Société de l'Établissement Thermal et du Grand Hôtel. C'est entre 1896 et 1901 que le château prend le nom de « Valcreuse ». Le couple Cazal n'y réside pas de manière permanente et se sert de Valcreuse comme une habitation secondaire. La propriété reste pourtant habitée à l'année par un couple de domestiques, Auguste Bergeon et Marceline Texier, qui logent probablement dans la porterie. Entre 1906 et 1911, ils sont remplacés par la famille Courtault. À la fin de sa vie, Michel Cazal se retire à Valcreuse et y meurt en 1918. Un an plus tard, la propriété du château passe à l'un des fils de la famille, Édouard Cazal.

Ayant fait son éducation à Saint-Cyr, Édouard Cazal est lui aussi militaire. Il est même décoré de la croix de guerre et nommé officier de la Légion d'honneur. En juillet 1914, il prend une retraite anticipée et séjourne à Valcreuse. Bien qu'il reste Chef de bataillon, il est mis en " non-activité " pendant toute la Première Guerre mondiale, ce qui lui permet d'échapper aux combats. Il prend sa retraite militaire en 1919 juste après avoir atteint le grade de colonel. Grâce à son mariage avec Marie-Élise de France, avec qui il eu quatre enfants, il se rapproche du milieu de l'industrie. C'est ainsi qu'il devient directeur général des faïenceries de Sarreguemines, Digoin et Vitry-le-François à partir de 1920, en succédant à sa belle-famille. Il s'efforce de poursuivre une administration de type paternaliste, déjà commencée par ses prédécesseurs. Il reste à la tête de l'usine jusqu'en 1940. Cette même année, le 22 juin, le château de Valcreuse subit les bombardements des troupes allemandes. Lors de cette attaque, l'explosion d'une grenade ou d'une bombe a endommagé une partie de la façade orientale. Le colonel reste propriétaire de Valcreuse jusqu'en 1945, date de son décès à La Roche-Posay.

Son fils aîné, Jean Cazal, acquiert le château par succession. Comme ses parents et grands-parents, il possède plusieurs résidences, notamment à Neuilly-sur-Seine et à Sarreguemines, et ne se rend à La Roche-Posay que ponctuellement. Il est lui aussi décoré de la croix de guerre et nommé officier de la Légion d'honneur suite à ses faits d'armes. Lieutenant pendant la Première Guerre mondiale, il perdit un bras sur le champ de bataille. Dès l'année 1922, il est impliqué dans l'administration de la faïencerie de Sarreguemines et prend finalement la succession de son père en tant que directeur général de 1940 à 1968. Son fils, Alain Cazal, prend la relève un an plus tard. Jean Cazal finit sa vie à Sarreguemines où il meurt en 1971.

En 1975, le château est vendu au couple Jean-Luc Jacquemin Sablon, originaire de Charleville, et Jacqueline Jacquemin Sablon. Ils conservent Valcreuse au moins jusqu'en 1987.

Depuis juillet 2007, le logis du château a été reconverti en maison d'hôtes pour les touristes venus visiter La Roche-Posay. Les cheminées, lambris, menuiseries et parquets d'origines ont été conservés.

Au cours du 20e siècle, le bâtiment a peu évolué. Seuls quelques éléments de décor ont disparu, comme la dentelle de boiserie qui ornait les fermes débordantes des façades, ainsi qu'un décor de rocaille au pied de la façade orientale, encore visible sur certaines cartes postales du début du 20e siècle.

Entre éclectisme et néogothique

Le château est construit selon un plan rectangulaire symétrique, sa façade principale étant orientée à l'ouest. Le bâtiment s'élève sur trois niveaux à l'ouest et quatre niveaux à l'est, dont un sous-sol, un rez-de-chaussée, un étage carré et un étage de combles.

Les façades occidentale et orientale sont organisées selon un ordonnancement à trois travées, dont la symétrie n'est rompue qu'au dernier niveau. En effet, la partie gauche du bâtiment présente un pignon, alors que la partie centrale est couverte d'une terrasse et la partie droite d'un toit à croupes. L'architecte du château a voulu clairement distinguer les trois travées des élévations ouest et est. La travée centrale, construite en pierre de taille calcaire, tranche par sa couleur claire par rapport aux travées extérieures maçonnées en brique. L'alternance de briques claires et de briques foncées créée des motifs en forme de losanges aplatis. De plus, les trois travées sont séparées par des contreforts en pierre de taille calcaire. Le léger retrait de la travée centrale par rapport aux deux autres accentue encore d'avantage la distinction des parties de la façade.

L'élévation ouest présente un solin en pierre de taille calcaire. Le mur du rez-de-chaussée est ajouré par trois ensemble de trois baies jumelées, un sur chaque travée, ceux des travées extérieures étant similaires. La porte principale, située au centre de la façade, est couverte d'un arc en plein cintre, de même que les deux fenêtres qui l'encadrent. Le tout est situé en-dessous d'une grande archivolte en forme d'arc en anse de panier. Pour les travées extérieures, l'architecte a opté pour trois fenêtres jumelées, couvertes par des arcs en plein cintre à réseau d'intrados polylobé, formant une succession de petits demi-cercles concaves. La baie centrale est légèrement plus large et plus haute que les deux autres qui l'encadrent. Là encore une archivolte couronne les fenêtres. Elle présente une forme d'accolade, agrémentée d'ornements feuillagés, s'appuyant aux extrémités sur des culots anthropomorphes. Chacun des visages sculptés est unique.

L'étage est séparé du rez-de-chaussée par un cordon qui règne sur toute l'élévation. Il est composé d'une moulure en doucine et d'un réglet saillant. Comme pour le rez-de-chaussée, trois ensembles de trois baies jumelées éclairent l'étage. Sur la travée centrale, les trois fenêtres sont identiques : elle sont couvertes par des arcs en anse de panier décorés d'accolades. Elles présentent toutes des chanfreins à congés. Une archivolte couvre les trois baies et reprend le motif d'accolade à l'aplomb de chacune d'entre elles. Le décor des fenêtres des travées extérieures est plus complexe. La baie centrale est couverte de deux arcs brisés jumelés, à intrados trilobés. Ces deux arcs se rejoignent en une retombée pendante à ornements feuillagés. Les deux fenêtres encadrant le tout sont elles aussi couvertes par des arcs brisés à réseau d'intrados trilobé. Chacune des trois fenêtres est couronnée d'un gâble en accolade dont la pointe est ornée d'une crosse végétale. Les allèges des baies des travées extérieures portent un décor de petites arcatures aveugles à arcs trilobés.

Le dernier niveau est le plus hétérogène d'entre tous. La travée gauche présente un pignon couvert à ferme débordante. Cette dernière est supportée par des aisseliers en bois sculptés s'appuyant sur la façade. Le pignon, seule partie enduite de l'édifice, est ajouré par un ensemble de trois baies, une porte-fenêtre encadrée de deux fenêtres. Elles sont toutes trois couvertes par des arcs brisés et surmontées de trois gâbles en accolades décorés d'ornements feuillagés. La porte-fenêtre débouche sur un balcon supporté par quatre consoles et clos par un garde-corps ajouré. La partie centrale de la toiture est couverte en plaques de zinc et fait office de terrasse. Elle est protégée par un garde-corps ajouré du même motif que celui des balcons. La travée droite de l'élévation ouest se termine par une corniche. L'étage de comble est éclairé par une lucarne couverte par un arc brisé à réseau d'intrados formant deux arcs jumelés trilobés. Le tympan ainsi formé est décoré d'un quadrilobe. La travée droite est couverte par un toit à long pans présentant un important coyau. Hormis les terrasses en zinc, le bâtiment est couvert en ardoises. Plusieurs épis de faîtages en métal couronnent la toiture en plusieurs endroits : au sommet des pignons et des croupes est et ouest et sur les lucarnes. Ils sont tous ornés de fleurs et de feuillages, ainsi que de petites bannières pour ceux étant placés sur les pignons. Les souches de cheminées sont maçonnée en alternant quatre assises de briques claires et trois assises de briques foncées. Elles sont fixées à la toiture par un système d'ancrage en métal. Elles portent un décor en partie haute, sous la forme de sillons verticaux. Elles se terminent par une corniche en pierre calcaire décorée de denticules.

L'élévation orientale présente peu de différences par rapport à la façade ouest. Au rez-de-chaussée, la déclivité du terrain révèle un solin bâti en moellons de pierre meulière. Elle est ouverte sur l'extérieur par trois portes-fenêtres couvertes d'arcs déprimés. De plus, la travée centrale du premier étage, correspondant au rez-de-chaussée de l'élévation ouest, n'est ajourée que d'une seule fenêtre couverte en plein cintre à réseau d'intrados polylobé.

Les élévations nord et sud sont aussi très similaires. Elles présentent deux terrasses carrées de petite dimension accessibles depuis l'étage. Un escalier en vis s'étend sur toute la hauteur de l'élévation nord et faisait office d'escalier de service. Il est ainsi le seul à desservir les caves et les combles du logis.

Le grand escalier du vestibule permet d'accéder au premier étage. Il présente une première volée de marches, menant à un repos duquel partent volées à retour. La main-courante est décorée de motifs trilobés néogothiques. Les lambris, les parquets et les cheminées ont aussi été conservés.

Les annexes du château

D'autres bâtiments font partie du domaine de Valcreuse. Au nord-ouest du logis, accolé au bord de la route de Lésigny, un logement à étage servait de conciergerie. Sa façade principale, orientée au sud, présente un ordonnancement en trois travées d'ouvertures. Chaque fenêtre possède un trumeau en pierre divisant la baie en deux parties. Les piédroits des ouvertures et les chaînages d'angles sont formés par l'alternance d'assise de brique et de bloc calcaire.

Un peu plus au nord, une grange-étable est surmontée d'un fenil ou d'un séchoir. L'arrière du bâtiment était utilisée en tant que cellier. L'exploitation viticole y a laissé des traces : le pressoir a été conservé, ainsi qu'une cuve en béton sur laquelle sont inscrites les dates de 1898 et 1904. Un petit four était aussi situé sous le porche de cette grange-étable. Ce bâtiment est accolé au nord à deux granges ayant leurs ouvertures sur le mur-pignon. Un hangar en appentis est appuyé contre elles et présente plusieurs pièces de charpentes moisées.

Une étable forme une petite cour avec la grange-étable et la conciergerie.

  • Murs
    • calcaire pierre de taille
    • calcaire moellon enduit (incertitude)
    • brique
    • meulière moellon
  • Toits
    ardoise, zinc en couverture
  • Plans
    plan rectangulaire symétrique
  • Étages
    étage de soubassement, 1 étage carré, étage en surcroît
  • Couvrements
    • charpente en bois apparente
  • Élévations extérieures
    élévation ordonnancée
  • Couvertures
    • terrasse
    • toit à longs pans croupe
    • toit à longs pans brisés pignon couvert
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours avec jour en charpente
    • escalier hors-oeuvre : escalier en vis sans jour en charpente
  • Énergies
  • Typologies
    en retrait
  • Techniques
    • sculpture
    • maçonnerie
  • Représentations
    • feuillage
    • accolade
    • losange
    • quadrilobe
  • Statut de la propriété
    propriété privée
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler, vestiges de guerre
  • Protections