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  • (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Vallée de la Vézère - Montignac
  • Commune Thonac
  • Lieu-dit Losse
  • Cadastre 1813  ; 2013
  • Dénominations
    château
  • Genre
    seigneurial
  • Appellations
    repaire noble de Peyre-Tailhade , repaire noble de Pierre-Taillade , château de Losse
  • Parties constituantes non étudiées
    grange, écurie, terrasse en terre-plein, moulin à huile, chai

Le château de Losse

Histoire : les origines d’un lignage et d’un domaine (XIIIe-début XVIe siècle)

Les premières mentions de la famille de Losse, lignage de milites castri rattaché au castrum de Montignac, remontent au XIIIe siècle : en 1248, Guillaume de Lossa est l’époux de Ricarde de Rupe et teste en 1274 avant d’être enterré dans l’église Saint-Pierre de Montignac ; en 1290, Pierre Ier de Losse est le garde du sceau de Renaud de Pons, seigneur de Montignac. Comme de nombreux autres lignages de la châtellenie (les Ferrières, Féletz, Arnauld…), celui de Losse possède alors dans la petite cité sa demeure principale, la domus de Lossa (1299), aussi appelée hospicium et ortus [hôtel et jardin] de Losse (1462, 1484), située dans le canton nord-est du barri du chef du Pont, soit le faubourg de la rive gauche de la Vézère ultra pontem de Montinhaci, dans la paroisse de Brenac. Les Losse y possèdent également à proximité un moulin, au bord de la Vézère, mentionné dès 1210. Cette demeure citadine fut souvent confondue par les auteurs avec le fief situé à Thonac, qui n’apparaît dans les textes que tardivement, d’abord sous le nom de « Peyra Talhada » en 1478, puis sous celui « de Losse » à partir de 1541.

Du XIIIe siècle date sans doute en effet la création d’une seigneurie à Thonac. Au cours de ce siècle, le seigneur-châtelain de Montignac commence à concéder en fiefs des portions de son territoire à des membres de la chevalerie de son entourage, domicelli ou milites castri, afin de protéger par des points d’appui sûrs son organisation castrale. La Bermondie est le premier de ces domaines dans la paroisse de Thonac cité dans les textes, mais Peyretaillade (alias Losse) et Belcayre ont pu être créés au même moment : ce sont les trois plus importantes seigneuries de Thonac. On en veut pour preuve que ces deux dernières occupent des sites éminemment stratégiques, qui fonctionnaient comme des verrous sur la Vézère à la remontée vers Montignac : ainsi placés à l’intersection de cinq anciennes paroisses, Thonac, Saint-Léon, Sergeac, Valojoulx et Montignac, et en surplomb sur la rivière, les deux sites, certainement fortifiés, protégeaient et contrôlaient – par des péages ? – le trafic fluvial en même temps qu’ils verrouillaient l’accès aux paroisses précitées. De ce premier édifice dressé sur le rocher naturellement entaillé qui lui a valu sa première appellation, rien ne semble subsister aujourd’hui.

Réginald de Losse, qui avait épousé Marguerite de Valle, rend hommage à son suzerain pour ses possessions dans la châtellenie de Montignac, sans plus de précision, en 1370, puis après lui son fils Adhémar en 1386, en 1396 et encore en 1400, puis son petit-fils Jean Ier de Losse en 1412. Succède à ce dernier Frénon Ier de Losse, capitaine d’une compagnie de gens d’armes, marié à Marguerite de Ferrières en 1425 et mort à la bataille de Montlhéry, opposant le roi Louis XI à la ligue du Bien public, en 1465. Frénon II de Losse, son fils, lui succède au service du roi comme officier des archers de Louis XII ; il rend à son tour hommage pour tous ses biens dans la châtellenie de Montignac, notamment « de sa maison de Pierretailhade, avec sa boerie » en 1478 et épouse, deux ans plus tard, Antoinette de Carbonnières de Pelvézy. Le 26 juillet 1506, Frénon II apparaît encore, comme témoin, lors du mariage Jean de Bideran à Jeanne des Martres, fille de Jean des Martres, seigneur du château voisin de La Salle, à Saint-Léon-sur-Vézère. C’est peut-être à Frénon II de Losse que l’on doit la construction d’un nouveau logis au nord-est du château actuel, mais qui fut ensuite dérasé lors de la création de la grande terrasse sur la Vézère : quelques vestiges (une croisée et une porte, murées) sont encore en place dans un ancien mur gouttereau, l’actuel mur de soutènement nord de la terrasse. Frénon II de Losse, mort sans doute peu après 1506, semble être le premier membre de la famille à être inhumé dans l’église paroissiale de Thonac.

Pierre II de Losse hérite à son tour et se marie le 15 janvier 1507 (n.st.) à Anne, fille de Jean de Saint-Astier, seigneur de Lieu-Dieu à Boulazac et de Verzinas. Engagé dans les guerres d’Italie auprès de François Ier, Pierre II meurt avec son fils aîné Frénon III de Losse en 1515, près de Milan, sans doute lors des escarmouches qui ont précédé ou suivi la bataille de Marignan.

Histoire : Jean II de Losse, l’honneur et la gloire de la noblesse de Périgord

Les morts inattendues de Pierre II et de son fils aîné placent le cadet encore mineur, Jean II (1504-1579), à la tête de la maison de Losse. Personnage le plus célèbre de la famille, celui-ci connut une carrière militaire et politique exceptionnelle. Selon le chanoine Jean Tarde, il fut « l’honneur et la gloire de la noblesse de Périgord ».

Jean II de Losse commence sa carrière à la cour de France comme page de François Ier, avant de servir dans l’armée de l’amiral de France Philippe Chabot. Celle-ci est envoyée dans le nord de l’Italie en 1535 et conquiert rapidement le Bugey, la Bresse, la Savoie et le Piémont. En 1542, il participe au siège de Perpignan sous le commandement du dauphin, futur Henri II. Dans ses Mémoires, Vieilleville déclare que « dans les dernières guerres de François Ier contre Charles Quint, il [Jean de Losse] réussit par son courage à attirer l’attention de ses chefs », tout spécialement du connétable de Montmorency dont il devient le protégé et qui lui fera obtenir ses promotions militaires et charges à la cour. Ainsi, en 1547, Jean II est-il fait enseigne et, en 1549, capitaine d’une compagnie de chevau-légers ; en 1553, il est nommé gouverneur de Thérouanne. Mais après le siège et la prise de la ville par les troupes impériales de Charles Quint le 20 juin 1553, il est fait prisonnier et enfermé à Utrecht. Libéré, le gentilhomme périgourdin est nommé gouverneur de Mariembourg en 1555. À l’avènement de François II (1559-1560) et avec la conclusion du traité de Cateau-Cambrésis la même année, il est fait gentilhomme de la chambre du roi et reçoit le commandement de la ville de Tours. Il est alors chargé par Antoine de Bourbon de présider l’éducation de son fils, futur Henri IV. Pendant le règne de Charles IX (1560-1574), en 1561, il devient capitaine de la ville et de la citadelle de Verdun et est fait chevalier de l’ordre royal de Saint-Michel. Le roi le nomme également la même année lieutenant-général et maréchal de camp, titres qu’il exerce à la bataille de Dreux le 19 décembre 1562, premier choc des guerres de Religion entre les armées protestantes du prince de Condé et de l’amiral de Coligny et celles catholiques menées par le connétable de Montmorency, le duc de Guise et le maréchal de France Jacques d’Albon de Saint-André. À l’issue des combats, Jean est chargé de porter la nouvelle de la victoire au roi qui, en guise de récompense, lui donne la moitié de la compagnie de gens d’armes du maréchal de Saint-André tué lors de la bataille. En 1563, il obtient la charge de capitaine des gardes écossais (la première compagnie des gardes du corps du roi) puis, l’année suivante, devient conseiller d’État et gouverneur de Lyon. Lorsqu’en 1567, le frère cadet du roi, le duc d’Anjou, futur Henri III (1574-1589), est nommé Chef du Conseil du roi et lieutenant-général des armées royales avec la mission de vaincre les troupes protestantes, le prince s’entoure d’un conseil de vieux soldats parmi lesquels se remarque Jean de Losse, au côté des ducs de Nemours et de Longueville. Le Périgourdin est ainsi présent à la bataille de Jarnac, qui oppose le 13 mars 1569, lors de la troisième guerre de Religion, les troupes royales à l’armée protestante du prince de Condé et de l’amiral de Coligny. Jean II de Losse est à nouveau chargé de porter la nouvelle de la victoire et de la mort du prince de Condé au roi qui le nomme alors capitaine du Louvre et l’autorise à transmettre une partie de ses charges à ses fils. Le cadet, Jean IV de Losse, succèdera ainsi à son père comme gouverneur de Verdun et capitaine du Louvre. Après la paix de Saint-Germain conclue par Catherine de Médicis et son fils Charles IX en 1570, la reprise de la guerre à la suite du massacre de la Saint-Barthélemy donne l’occasion à Jean II de Losse de se distinguer à nouveau, notamment au siège de la Rochelle en 1573, où périt cependant son fils puîné Léon. Après le siège de la Rochelle et l’accession au trône d’Henri III, il entre au conseil privé du roi, devient premier capitaine des gardes écossais et obtient la charge de gouverneur et lieutenant général de Guyenne pour les territoires au nord de la Garonne – tandis que Jean de Nogaret de la Valette exerce les mêmes fonctions au sud. Au cours de cette période, le camp catholique se divise en une branche plus modérée qui se propose de réformer l’État et de proclamer la liberté de conscience, avec à sa tête le duc d’Alençon et Henri de la Tour d’Auvergne, vicomte de Turenne. À la tête d’une armée bien organisée, ce dernier tient la Vézère jusqu’à Montignac et peut s’appuyer sur le capitaine protestant Geoffroy de Vivans, qui sévit depuis le Sarladais, et sur Langoiran qui s’est rendu maître de la région de Bergerac. Le vicomte de Turenne trouve cependant un redoutable adversaire en la personne du marquis d’Hautefort. Jean II de Losse combat vigoureusement cette faction alliée aux protestants en apportant une aide précieuse au sénéchal du Périgord André de Bourdeille. Jean de Losse achète ainsi la seigneurie de Bannes probablement pour mieux contrôler le territoire – mais aussi pour l’offrir un peu plus tard à son fils cadet, Jean IV, qui en porte le titre à partir de la mort de son père. En 1574, Geoffroy de Vivans entre dans Sarlat qui est le théâtre de pillages. Malgré la nomination par Jean II de Losse du réformé modéré Labaume comme gouverneur de Bergerac, la ville et la région sont soumises à des luttes violentes. Jean décide alors d’assiéger la ville en 1574, mais ne parvient pas à la faire tomber en raison du secours apporter par Geoffroy de Vivans. Afin d’isoler Bergerac, le gouverneur décide de lancer une campagne dans l’Agenais et met en déroute la même année les troupes de Vivans devant Fumel, avec l’aide de son beau-frère Raymond de Saint-Clar, seigneur de Puymartin, et reprend Sarlat. Ultime honneur et hommage rendu par le roi au vieux gentilhomme après ses derniers faits d’armes, en 1578, Jean II de Losse est dans la première promotion de l’ordre royal du Saint-Esprit créé par Henri III. Il meurt le 6 juin 1579 à l’âge de 75 ans et est inhumé auprès de son père dans l’église paroissiale de Thonac. Selon Marguerite de Valois, ce gentilhomme, qui offrait la figure d’un « bon viel homme », était un modéré sur le plan politique.

Le château, description et analyse – Les chantiers de Jean II : du simple repaire noble « de Peyre-Taillade » au puissant château de Losse

Tous les auteurs précédents (Laroche, Roudié, Penaud, Lebeaux…) n’ont vu qu’une seule campagne de construction, de 1570-1578, pour la majeure partie du château de Losse, en se fondant exclusivement sur l’apparente homogénéité de l’ensemble et sur les millésimes inscrits en plusieurs endroits, tous contemporains à quelques années près (1570, 1576 et 1578). Comme souvent, la réalité est plus complexe : une analyse archéologique des bâtiments croisée avec des analyses dendrochronologiques en atteste. L’histoire se révèle aussi, finalement, assez banale dans son déroulement puisque commune à nombre d’autres châteaux français : une simple demeure noble devenue, au cours d’une période florissante, grâce à l’ascension sociale et à l’enrichissement de son propriétaire, un vaste château, siège d’une seigneurie aux pouvoirs renforcés et étendus à ce moment-là. À la nuance près que cette transformation, à Losse, s’est faite en trois temps marqués, qui correspondent à trois moments importants dans la vie du commanditaire.

La première campagne de construction (1541/42-1550)

Les années 1541 et 1542 marquent incontestablement un tournant pour Jean II de Losse, de retour de ses premières campagnes militaires en France et en Italie. D’abord, le 4 octobre 1541, il rend hommage au roi de Navarre, semble-t-il pour la première fois en son nom, pour tous les biens de la famille, « la maison de Pierre Tayllade avec sa boueyrie [borie, i.e. métairie] » comprise. Ensuite, signe de son vif intérêt pour ce domaine, le 23 du même mois, il acquiert pour 1 200 l.t. du roi et de la reine de Navarre tous les droits sur le bourg et la paroisse de Thonac, justice haute, moyenne et basse, à la réserve d’un droit de rachat de deux ans par le couple princier. Dans les faits, cette acquisition revient à l’érection du domaine de « Peyre-Taillade », désormais appelé « Losse », en plein-fief : Jean règne désormais en maître sur un grand territoire, avec tous les revenus et les droits qui en dépendent. Enfin, il épouse le 5 février 1542 (n.st.) Anne de Saint-Clar, fille de Geoffroy de Saint-Clar, seigneur de Puymartin (à Marquay) et de Cramirac (à Sergeac). En l’absence du contrat de mariage, on ignore l’importance de la dot de la mariée, mais il ne fait guère de doute qu’à ce moment Jean de Losse trouve dans le pécule apporté par sa jeune épouse, dans les nouveaux revenus liés à son domaine élargi et, peut-être, dans les prises de guerre de ses campagnes militaires, les moyens financiers pour engager d’importants travaux. Les résultats des analyses dendrochronolgiques exécutées sur les charpentes des différents bâtiments encore en place attestent qu’une telle campagne de construction a bel et bien eu lieu entre 1543 et 1550. Reste à en préciser l’ampleur.

...en cours

Le site du château actuel, qui n’apparaît dans les textes que tardivement, d’abord sous le nom de « Peyra Talhada » en 1478, puis sous celui « de Losse » à partir de 1541, fut souvent confondu avec la demeure principale de la famille Losse qui se dressait au Moyen Âge dans la petite cité de Montignac : la domus de Lossa (1299), aussi appelée hospicium et ortus [hôtel et jardin] de Losse (1462, 1484), située dans le canton nord-est du barri du chef du Pont, soit le faubourg de la rive gauche de la Vézère ultra pontem de Montinhaci, dans la paroisse de Brenac.

Du XIIIe siècle date sans doute la création de la seigneurie à Thonac. En effet, au cours de ce siècle, le seigneur-châtelain de Montignac commence à concéder en fiefs des portions de son territoire à des membres de la chevalerie de son entourage, domicelli ou milites castri, afin de protéger par des points d’appui sûrs son organisation castrale. La Bermondie est le premier de ces domaines dans la paroisse de Thonac cité dans les textes, mais Peyretaillade (alias Losse) et Belcayre ont pu être créés au même moment : ce sont les trois plus importantes seigneuries de Thonac. On en veut également pour preuve que ces deux dernières occupent des sites éminemment stratégiques et devaient fonctionner comme des verrous sur la Vézère à la remontée vers Montignac, la première au nord-est (amont), la seconde au sud-ouest (aval) : ainsi placés à l’intersection de cinq anciennes paroisses, Thonac, Saint-Léon, Sergeac, Valojoulx et Montignac, et en surplomb sur la rivière, les deux sites, certainement fortifiés, protégeaient et contrôlaient – par des péages ? – le trafic fluvial et l’accès aux paroisses précitées. De ce premier édifice dressé sur le rocher naturellement entaillé qui lui a valu sa première appellation, rien ne semble subsister aujourd’hui.

Après les conflits armés de la guerre de Cent Ans qui ont durement touché Montignac et ses environs, Frénon II de Losse rend hommage pour tous ses biens dans la châtellenie, notamment « de sa maison de Pierretailhade, avec sa boerie » en 1478. Le 26 juillet 1506, ce seigneur apparaît encore, comme témoin, lors du mariage de Jean de Bideran à Jeanne des Martres, fille de Jean des Martres, seigneur du château voisin de La Salle, à Saint-Léon-sur-Vézère. C’est sans doute à Frénon II de Losse que l’on doit la construction d’un nouveau logis au nord-est du château actuel, logis qui fut ensuite dérasé lors de la création de la grande terrasse sur la Vézère : quelques vestiges (une croisée et une porte, murées) sont encore en place dans l'ancien mur gouttereau, actuel mur de soutènement nord de la terrasse. Frénon II de Losse, mort sans doute peu après 1506, semble être le premier membre de la famille à être inhumé dans l’église paroissiale de Thonac.

Pierre II de Losse hérite à son tour et se marie le 15 janvier 1507 (n.st.) à Anne, fille de Jean de Saint-Astier, seigneur de Lieu-Dieu à Boulazac et de Verzinas. Engagé dans la première guerre d’Italie de François Ier, Pierre II meurt avec son fils aîné Frénon III de Losse en 1515, près de Milan, sans doute lors des escarmouches qui ont précédé ou suivi la bataille de Marignan. Les morts inattendues des deux hommes placent le cadet encore mineur, Jean II (1504-1579), à la tête de la maison de Losse. Personnage le plus célèbre de la famille, celui-ci connut une carrière militaire et politique exceptionnelle (voir Texte libre).

Les années 1541 et 1542 marquent incontestablement un tournant pour Jean II de Losse, de retour de ses premières campagnes militaires en France et en Italie. D’abord, le 4 octobre 1541, il rend hommage au roi de Navarre pour tous ses biens, « la maison de Pierre Tayllade avec sa boueyrie [borie, i.e. métairie] » comprise. Ensuite, signe de son vif intérêt pour ce domaine, le 23 du même mois, il acquiert pour 1 200 l.t. du roi et de la reine de Navarre tous les droits sur le bourg et la paroisse de Thonac, justice haute, moyenne et basse, à la réserve d’un droit de rachat de deux ans par le couple princier - contrat qui sera renouvelé tous les deux à trois ans jusqu'en 1573. Dans les faits, cette acquisition revient à l’érection du domaine de « Peyre-Taillade », désormais appelé « Losse », en plein-fief : à partir de ce moment-là, Jean règne en maître sur un grand territoire, avec tous les droits et revenus qui en dépendent (voir Annexe 2). Enfin, il épouse le 5 février 1542 (n.st.) Anne de Saint-Clar, fille de Geoffroy de Saint-Clar, seigneur de Puymartin à Marquay et de Cramirac à Sergeac. Jean de Losse trouve alors dans le pécule apporté par sa jeune épouse, dans les nouveaux revenus liés à son domaine élargi (estimés à 1 500 l.t. par an) et, peut-être, dans les prises de guerre de ses campagnes militaires, les moyens financiers pour engager d’importants travaux. Les résultats des analyses dendrochronolgiques effectuées sur les charpentes des différents bâtiments encore en place attestent qu’une telle campagne de construction a bel et bien eu lieu entre 1543 et 1550. Cette campagne comprend la construction du grand corps de logis de plan en L au sud-est et la reconstruction du Grand Pavillon (au nord du Petit Pavillon déjà en place), ainsi que la construction d'une tourelle carrée flanquant l'ancien logis à l'est, côté Vézère (en place, elle aussi dérasée lors de la création de la grande terrasse). Elle se distingue stylistiquement par des fenêtres à ébrasement constitué d'une doucine et d'un réglet, moulures formant retour en partie inférieure des fenêtres et se retrouvant sur le meneau et les traverses. Aux fenêtres du Grand Pavillon s'ajoute à l'ébrasement un chambranle plat et large.

Une nouvelle campagne de travaux s'ouvre vingt ans plus tard, sans doute après la paix d'Amboise (19 mars 1563) qui met un terme à la première guerre de Religion ; le millésime gravé "1570", qui se retrouve en plusieurs endroits (tours, châtelet), en fixe le terme. Les travaux alors menés amplifient considérablement l'assiette du château, qui est mise en défense. Les fossés secs creusés dans la roche dégagent une vaste plate-forme protégée par une enceinte renforcée par cinq tours, une tourelle et un grand châtelet d'entrée, l'ensemble s’inspirant des nouvelles techniques de défense et de flanquement des places fortes développées pendant les guerres d’Italie : plan de feu impeccable en trois dimensions comprenant tirs de flanquement et en négatif, brisure du mur d'enceinte afin de former un plan bastionné (tour dite de l’Éperon et son bâtiment, au nord-ouest), tours remparées en pierres de taille non chaînées avec l'appareil des courtines, etc. De cette campagne de travaux datent également une modification de la distribution du grand corps de logis, dont témoignent de nouveaux murs de refends portant des cheminées construits dans les combles, et, sans doute, la construction d'un grand bâtiment d'écurie à l'est de la basse cour.

La troisième et dernière campagne de travaux conduite par Jean II de Losse commence probablement en 1573, après que celui-ci ait acquis définitivement, sans pacte de rachat pour cette ultime fois, la paroisse de Thonac au roi de Navarre le 17 septembre : Jean est enfin seigneur de plein droit de la paroisse de Thonac. La campagne, datée par deux millésimes gravés (1576 à la voûte d'une pièce du rez-de-chaussée et 1578 à la fenêtre insérée dans la tour de l’Éperon), relève d'une toute autre logique que les précédentes : elle vise à donner à la demeure le prestige qui lui manquait jusqu'ici par un décor et un appareil militaire plus ostentatoires, ainsi que des développements jardiniers inconnus jusqu'alors en Périgord. Les façades du grand corps de logis en L sont rhabillées avec des travées de fenêtres à chambranle continues et le bâtiment et ses tours sont surélevées par un chemin de ronde porté par de superbes consoles ; un grand escalier à rampes droites couplé à des couloirs disposés perpendiculairement est inséré dans la distribution afin de solenniser et faciliter l'accès aux pièces de réception et au logis de Jean de Losse, qui reçoit en outre une belle cheminée à pilastres superposés, doriques et ioniques ; un vaste jardin surélevé en terrasse (environ 150 x 70 m), sans doute accessible depuis le bâtiment principal (de la salle du rez-de-chaussée, comme au château de Neuvic) par un pont dormant et levis en bois franchissant la douve sèche, est érigé au sud, bordé directement à l'est par les eaux de la Vézère et comprenant à son extrémité sud-est un pavillon de jardin (en place) où le seigneur et les membres de sa famille pouvaient s'isoler au calme.

Anne de Saint-Clar, l'épouse de Jean de Losse, dut prendre une part importante dans l'élaboration de ces trois phases de travaux et à leur conduite, en l'absence de son mari occupé par ses charges et fonctions à la cour.

Après la mort de Jean II de Losse en juin 1579 et cette période fastueuse, le château connaît une histoire comparable à celle de bien d'autres domaines du Périgord. La terre est érigée en baronnie sans doute au commencement du XVIIe siècle. Succèdent à Jean II, Jean III (mort à une date indéterminée), puis Jean V (mort en 1602) et Jean VI de Losse, qui rend foi et hommage le 14 août 1609 "pour raison du château de Losse, de Bermondie, Saint-Lyons [Saint-Léon-sur-Vézère], maisons, moulins, rentes de Montignac, rentes d’Asserac, des maisons de Pervignac [Peyrignac] et de Mellet, mouvant du roi à cause du comté de Perigord et vicomté de Limoges". La grande terrasse bordant le bâtiment principal et surplombant la Vézère est sans doute érigée au cours de cette première moitié du siècle : elle entraîne la disparition de l'ancien corps de logis seigneurial de Frenon II de Losse et la réfection des murs du Grand et du Petit Pavillon auxquels il était adossé pour en faire disparaître les arrachements.

Le château fait régulièrement l'objet de réfections : la charpente du pavillon de jardin est refaite en 1616-1617, celle du Petit Pavillon à l'automne/hiver 1706-1707 et celle de la tour de l’Éperon en 1733-1734. Entre temps, à une date qu'on ignore mais antérieure à 1690, le domaine, ses dépendances et ses appartenances sont érigés en marquisat. Celui-ci devient ensuite une vicomté. Le château est décrit pour la première fois en 1730 par le chevalier de Lagrange-Chancel : "Celui [le château] de Losse, que je vis sur les bords de la Vézère, laquelle se jette vers Limeuil dans la Dordogne, est très considérable par ses tours couvertes et crenelées, par ses fossés, ses pont-levis et ses dehors, aussi a-t-il titre de viconté et suzerain de plusieurs paroisses".

Marie-Louise de Losse, fille unique et seule héritière de Jean VI de Losse, est mariée à Vincent Sylvestre de Trimbrune de Valence (1715-1797), marquis de Ferrières, comte de Valence, baron de Montesquieu en Roussillon, créé maréchal de camp le 20 février 1761. Leur fils, Jean Cyrus Adelaïde (1757-1822), fait une brillante carrière militaire au point, à la Révolution, d'être promu maréchal de camp (1791), lieutenant-général, puis général en chef des armées (1792). Cette carrière se double de mandats politiques et d'honneurs : en 1805, Napoléon le nomme sénateur et commandeur de la Légion d'honneur ; à la Restauration, Louis XVIII le fait pair de France (1814) et grand officier de la Légion d'honneur (1815).

En 1807-1808, Trimbrune de Valence vend le domaine à Henry Garnier de Laboissière, directeur des droits réunis du département de la Dordogne, et son épouse, Marguerite Chaignon, pour 105 000 francs (dont 90 000 pour les biens immeubles et 15 000 pour le mobilier). Dans la décennie suivante, Garnier de Laboissière connait des difficultés financières qui poussent ses créanciers à faire dresser un procès-verbal de l'ensemble de ses biens (31 mai 1819), première description précise du château et du domaine, puis qui l'obligent à vendre le domaine pour 106 000 francs à un certain "sieur Lidonne" (26 mai 1824). Remis en vente, Losse est acquis en 1830 par Joseph Mérilhou (1788-1856), pair de France, conseiller à la Cour de Cassation à Paris, ministre de l'Instruction publique et des Cultes, puis ministre de la Justice dans le gouvernement de Jacques Laffitte (1830-1831). En 1856, le domaine revient à son fils Baptiste. Par la suite, le château passe à la famille Laloë.

Après moins d'un an de règne (1884-1885) et exilé à Alger après une rébellion contre les Français (à partir de 1888), l'ex-empereur d'Annam, Ham Nghi (1871-1944) épouse le 4 novembre 1904 une Française, Marcelle Laloë (1884-1974), dont il a trois enfants et qui lui apporte le château. Celui-ci est inscrit dés 1928, puis classé au titre des Monuments historiques en 1932. Passant le reste de sa vie en exil, Ham Nghi meurt le 14 janvier 1944 et est enterré à Alger. En 1965, de Gaulle propose à sa fille aînée, la princesse d'Annam (1905-1999), de transférer son corps à Thonac, où se trouve encore sa tombe. Après la mort de sa mère en 1974, la princesse vend le château aux propriétaires actuels, se réservant toutefois l'ancienne métairie des Granges où elle réside. A sa mort en 1999, la princesse est enterrée avec ses parents dans le cimetière de Thonac. Le château a fait l'objet d'importants travaux de restauration à partir de 1975 et encore dans les années 1990.

  • Période(s)
    • Principale : limite 15e siècle 16e siècle , (détruit)
    • Principale : 2e quart 16e siècle , datation par dendrochronologie
    • Principale : 3e quart 16e siècle , porte la date
    • Principale : 4e quart 16e siècle , porte la date
    • Secondaire : 2e quart 17e siècle
  • Dates
    • 1543, datation par dendrochronologie
    • 1570, porte la date
    • 1576, porte la date
    • 1578, porte la date
  • Auteur(s)

Situé dans une boucle de la Vézère à Thonac, le château se trouve au bord de la rive droite de la rivière, dressé sur un rocher qui la domine. Il se divise en deux grands ensembles placés sur le même axe : le château à proprement parler au nord et un grand jardin rectangulaire au sud.

L'assiette du château, une vaste plate-forme rectangulaire orientée nord-sud protégée par une enceinte renforcée par quatre tours, une tourelle et un grand châtelet d'entrée, est cernée par des fossés secs creusés dans la roche, au sud, à l'ouest et au nord, et par la Vézère à l'est. L'accès au château se fait uniquement à l'ouest, par le grand châtelet couvert en lauze, après avoir franchi les douves qu'enjambe un pont fixe en pierre. L'espace intérieur de la plate-forme est lui-même subdivisé en deux parties : la cour au sud, dans laquelle on pénètre en premier ; la basse-cour au nord, en léger contrebas, que commande la cour.

La cour comprend plusieurs corps de logis, du nord au sud : le Grand pavillon de plan rectangulaire (env. 13 x 7,6 m) orienté nord-sud ; le Petit pavillon de plan rectangulaire (env. 11 x 6 m), orienté est-ouest ; le grand corps de logis de plan en L, flanqué d'une tour circulaire à l'extérieur, à l'angle sud-est. Ces trois bâtiments sont bordés directement à l'est par une grande terrasse (env. 390 mètres carrés) cernée par une balustrade et qui repose sur deux rochers réunis par une large voûte en anse-de-panier. Ils sont construits en pierre de taille pour les parties vives (portes, fenêtres, angles des murs), en moellon pour le reste et couverts en tuile plate. Le corps principal possède un toit à longs-pans continu formant retour (noue), à croupe au nord et à pignon couvert à l'ouest. La basse-cour est occupée par une vaste grange-étable au nord et l'ancien bâtiment des écuries à l'est.

Le vaste jardin surélevé en terrasse, de plan rectangulaire (environ 150 x 70 m), orienté nord-sud, comprend à son extrémité sud-est un pavillon de jardin en pierre de taille de plan carré, haut d'un étage de soubassement et d'un rez-de-chaussée, couvert d'un toit en pavillon en lauze. Il est doté de deux échauguettes en encorbellement sur consoles, aux angles nord-ouest et sud-est.

Le domaine comprend en outre deux anciennes métairies : les Granges à très faible distance au nord-ouest du château, la Vidalie à près de 400 mètres au sud.

  • Murs
    • calcaire moellon
    • calcaire pierre de taille
  • Toits
    tuile plate
  • Étages
    1 étage carré
  • Couvertures
    • toit à longs pans demi-croupe
    • toit à longs pans pignon couvert
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre : escalier droit en maçonnerie
  • Techniques
    • sculpture
  • Représentations
    • ordre dorique, ordre ionique
  • Statut de la propriété
    propriété privée
  • Protections
    inscrit MH partiellement, 1944
    inscrit MH, 1972
  • Précisions sur la protection

    Le château et son site sont protégés à plusieurs titres : le château avec le corps de bâtiment du midi et de l'ouest, le rempart et son fossé sur les fronts ouest et avec les tours, le châtelet, le pont et l'échauguette d'angle, terrasse du midi, pavillon dit "du moulin" [i.e., de jardin] à l'extrémité du jardin en terrasse sont classés Monuments historiques (5 août 1932 et 8 mars 1843) ; château et ses abords immédiats dans un site classé (3 avril 1944) ; le tout dans un site inscrit (28 janvier 1944) et inscrit à l'inventaire des Monuments historiques (17 avril 1991) ; le 11 décembre 2015, le château est placé d'office dans le périmètre du Site classé de la vallée de la Vézère et de sa confluence avec les Beunes.