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Château, actuellement mairie

Dossier IA17044211 réalisé en 2011

Fiche

Parties constituantes non étudiéesparc, pigeonnier, écurie, puits, fontaine
Dénominationschâteau, mairie
Aire d'étude et cantonEstuaire de la Gironde - Communauté de communes de Haute-Saintonge
AdresseCommune : Saint-Fort-sur-Gironde
Lieu-dit : le Bourg
Adresse : 1 place de l'
Hôtel de Ville
Cadastre : 1834 C 2879, 2880, 2881, 2888 et 2889 ; 2009 AB 458 à 460, 464, 465, 488

L'actuelle mairie de Saint-Fort-sur-Gironde occupe les bâtiments de l'ancien château où siégeait, jusqu'à la Révolution, la seigneurie de Saint-Fort. Celle-ci appartient au Moyen Age aux sires de Pons. De l'époque médiévale, le bâtiment actuel a conservé la partie basse d'une tourelle de guêt. Au début du 16e siècle, François II de Pons vend une moitié du château et de la seigneurie à Pierre de Ciret, conseiller du roi au parlement de Bordeaux. L'autre moitié appartient alors à Jacques de Beaulon, propriétaire du château du même nom, à Saint-Dizant-du-Gua. Vers 1550, il la vend aux Jésuites de Bordeaux. Les deux parties sont réunies dans la seconde moitié du 17e siècle par René de Bonnefoy, époux de Renée de Ciret. A cette époque, le château reçoit trois visites royales : après Henri de Navarre, futur Henri IV, en juillet 1573, Louis XIII en mai 1622 et Louis XIV en juin 1660 sont de passage dans la région.

Le 26 janvier 1697, le fils de René de Bonnefoy et Renée de Ciret, Henri de Bonnefoy vend la terre et châtellenie de Saint-Fort à Messire Isaac-Michel de La Motte. Ce capitaine commandant des vaisseaux du roi s'est signalé à plusieurs reprises au cours des guerres navales menées sous le règne de Louis XIV. Retiré sur ses terres de Saint-Fort, il y meurt le 20 janvier 1719 et est enterré dans l'église. Le château passe à sa fille, Marguerite Michel (1698-1780), dame de Saint-Fort, qui l´apporte à son mari, Claude Thomas Renart de Fuschamberg (1690-1772). Chevalier, marquis d´Amblimont, chef d´escadre, M. de Fuschamberg est commandant du port de Rochefort où il demeure à l´hôtel de Cheusses (actuel musée de la Marine). Dans son domaine de Saint-Fort, il aménage un vivier à l'extrémité du parc : le petit pont qui y est encore visible porte en effet la date 1760. Le pigeonnier situé dans le parc semble aussi dater du 18e siècle, ainsi que les communs, à l'ouest de la place actuelle.

Le fils du marquis d'Amblimont, Claude Marguerite François Renart de Fuschamberg, comte d´Amblimont et seigneur de Saint-Fort, fait une brillante carrière dans la marine royale. Il épouse en 1754, en présence du roi et de la famille royale, Marie-Anne de Chaumont de Quitry, cousine et amie de la marquise de Pompadour. En 1763, cette dernière et le roi Louis XV sont les parrain et marraine d'un fils du comte et de la comtesse d´Amblimont. Après la mort de la marquise de Pompadour, en 1764, les d´Amblimont se retirent dans leur château de Saint-Fort. Ils le font reconstruire en grande partie, lui donnant son aspect actuel et ne conservant que la partie basse de la tourelle médiévale. L'ancien toit couvert d'ardoise est démonté et remplacé par un toit en tuile creuse.

Jusquà la Révolution, les d'Amblimont mènent dans leur nouveau château un train de vie élevé. Devenu le premier maire de Saint-Fort en 1790, le comte d'Amblimont émigre dès 1791 après que le conseil municipal ait réclamé que l´on retire les armoiries de sa famille peintes sur les murs de l´église. Après son départ, dans le château abandonné, les huit cents ouvrages de la bibliothèques sont brûlés. Passé dans la marine espagnole, le comte d´Amblimont est tué le 14 février 1797 par un boulet de canon lors de la bataille du Cap Saint-Vincent, au large du Portugal, opposant les marines anglaises et franco-espagnoles. Réfugiée à Bordeaux puis en Saintonge, sa veuve, la comtesse d´Amblimont meurt à Saintes le 4 mai 1812. Leur seule héritière survivante, leur fille Béatrix Etiennette Stéphanie, née en 1764, était avant la Révolution la dame d´honneur de la princesse de Lamballe et l´amie de Madame Elisabeth, soeur du roi Louis XVI. Mariée en 1782 avec Paul de Laage de Volude, lieutenant de vaisseau, mort à Porto-Rico en 1799, elle-même partie en émigration (elle est l´auteure de "Souvenirs d´émigration 1792-1794", parus en 1869), elle meurt en 1842 à Baden-Baden, en Allemagne.

Après le départ de ses parents en émigration, le château de Saint-Fort a été saisi comme bien national, estimé en décembre 1793 puis vendu en deux parties : l'une à Louis Chauvet, l'autre à Bertrand Leclerc. Comme l'indique le cadastre de 1834, la partie nord du château, aujourd'hui disparue (parcelle 2880), appartient à cette date à Jean-François-Hippolyte Moufflet, notaire, de même que la majorité des communs, à l'ouest. La partie sud du château (parcelle 2881, actuelle mairie) ainsi que le parc et la fontaine ou vivier appartiennent à Jacques Pinaud, demeurant au moulin de la Motte, à Lorignac. En 1864, la partie sud est achetée par Clément Guichard (1801-1888). Son épouse, Zoé Emery-Desbrousses, et lui-même sont issus de familles de notables, notaires et chirurgiens de Saint-Fort et de la région. Dans les années 1860-1870, selon le cadastre, ils font reconstruire une partie du bâtiment (en particulier la façade sud-ouest, sur le parc) et aménager le décor intérieur dont une grande partie subsiste aujourd'hui (escalier, boiseries et cheminées dont une ornée d'un aigle impérial). Leur demeure passe ensuite, en 1890, à leur fils, André Guichard, banquier. Dans les années 1940, elle appartient à Mlle Gallier. Quant à la partie nord du château, elle passe dès 1838 à François Delage époux Pinaud, marchand de cuirs, puis en 1897 à Louis Robin époux Delage, en 1923 à Mariette Robin épouse Darolles, et en 1943 à Roger Darolles son fils.

Le plan cadastral de 1834 ainsi que des cartes postales du début du 20e siècle et des photographies prises vers 1950, montrent les bâtiments du château, en particulier la partie nord aujourd'hui disparue. La façade ouest, du côté de la place, était dans la continuité de la partie sud (actuelle mairie) : un avant-corps central, surmonté d'un fronton triangulaire, et traité en bossage, formait un axe de symétrie avec quatre travées d'ouvertures de chaque côté ; une guérite en demi cercle était accolée au rez-de-chaussée. Côté rue, la partie nord du château débordait sur la voie. A son extrémité nord, le château touchait aux maisons situées aux actuels 2 et 4 place de l'Hôtel de Ville. Il en était juste séparé par un passage couvert en anse de panier, avec clé et sommiers saillants.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le mauvais état du château s'ajoute au souhait de la municipalité de dégager le carrefour, rétréci par l'avancée de la partie nord du château et par deux maisons en face. Le 7 février 1949, la commune achète les deux parties du château et, le 28 décembre suivant, adjuge les travaux de démolition de la partie nord à l'entreprise David, de Gemozac. Ces travaux ont lieu en mars 1950. Seule la partie sud est conservée. Les services de la mairie s'y installent peu après. Initialement placée à l'étage, la salle du conseil municipal y est remplacée en 1995 par le secrétariat de mairie, et est déplacée dans le salon d'honneur au rez-de-chaussée. A l'été 1997, un bureau d'accueil des touristes est installé dans le soubassement de l'ancien château. Le passage en pierre qui enjambe le plan d'eau en bas du parc de la mairie est restauré en 1998 par des jeunes bénévoles de l'association Solidarité Jeunesse.

Période(s)Principale : Moyen Age
Principale : 2e moitié 18e siècle
Principale : 3e quart 19e siècle
Auteur(s)Auteur : auteur inconnu

Le bâtiment actuel constitue la partie sud de l'ancien château. La partie nord, aujourd'hui disparue, occupait l'espace libre entre la mairie et les maisons situées au nord, par où l'on accède aujourd'hui à la place. Le bâtiment comprend un étage de soubassement, accessible par la rue de Port-Maubert à l'est, un rez-de-chaussée et deux étages. Il est couvert d'un toit en tuile creuse avec une croupe côté sud.

L'angle nord-est du bâtiment, à la jonction avec l'ancienne partie démolie, est occupé par une tourelle dont il ne reste que la partie basse. Cette tourelle, dont la base est moulurée, comprend deux niveaux éclairés par deux baies côté est. A l'intérieur, on observe d'anciennes ouvertures, arrasées en même temps que la partie haute de la tourelle. La façade sud-est du bâtiment, sur la rue, est construite en moellon. Elle présente trois travées d'ouvertures.

La façade sud-ouest, sur le parc, ainsi que la façade nord-ouest, sur la place, sont en pierre de taille. Les angles sont marqués par des dosserets en bossage. Les deux façades sont rythmées par des bandeaux. Les ouvertures, aux encadrements saillants, y sont réparties en deux travées côté parc, quatre côté place. Sur le côté gauche de la façade sur la place, s'élève l'avant-corps qui marquait le milieu de la façade jusqu'à la démolition de la partie nord du château. Traité en bossage, cet avant-corps est surmonté d'un fronton triangulaire et présente une travée d'ouvertures, dont la porte. Le linteau de celle-ci, en plein cintre, est orné d'une plate-bande à crossettes en escalier. Le linteau de la fenêtre de l'étage possède une plate-bande simple en escalier.

Cet avant-corps correspond à la cage d'escalier qui dessert les étages. L'escalier est en pierre avec garde-corps en ferronnerie. Au-delà du premier étage, il se prolonge par un escalier en bois. Plusieurs pièces se partagent le rez-de-chaussée, dont l'une, le salon d'honneur, en occupe toute la partie sud. Cette pièce est ornée de boiseries, d'une cheminée avec hotte moulurée du 18e siècle, linteau et montants en marbre des années 1860. Au premier étage, dans l'actuel secrétariat de mairie, se trouve une autre cheminée du même type et des boiseries au-dessus des portes, datant aussi sans doute des années 1860. Une des pièces du second étage abrite une cheminée en pierre, à hotte moulurée, probablement du 18e siècle.

A l'ouest de la mairie, de l'autre côté de la place, se trouvent les anciens communs du château (écurie, chai...). Ils sont percés au rez-de-chaussée d'un passage couvert en arc surbaissé, avec clé et sommiers saillants, proche de celui qui se trouvait au nord du château et qui a été démoli. Ce passage donne accès à un autre bâtiment, un logement récemment remanié. A ces anciens communs sont accolés des bâtiments municipaux, dont certains ont abrité la caserne des sapeurs-pompiers. Au sud de ces bâtiments se trouve un pigeonnier de plan carré, couvert d'un toit en pavillon et en tuile plate, à égoût retroussé. Côté est, son toit est percé d'une lucarne à fronton triangulaire et à ailerons, le tout orné de volutes.

Le parc qui s'étend au sud du château, le long de la rue du Port, est accessible depuis la place par quelques marches. Le mur de clôture qui longe la rue est interrompu par un portail à piliers maçonnés. A côté se trouve un puits auquel on accédait des deux côtés du mur (seule subsiste la partie visible depuis le parc). A l'extrémité sud du parc se trouve l'ancien vivier ou fontaine que franchit un petit pont en pierre de taille à deux arches surbaissées.

Murscalcaire
moellon
pierre de taille
Toittuile creuse
Étagesétage de soubassement, 2 étages carrés
Couverturestoit à longs pans
croupe
Techniquessculpture
Représentationsfleur feuillage entrelac laurier chêne ruban perle flambeau carquois palette sphère équerre compas instrument de musique
Précision représentations

La hotte de la cheminée du salon d'honneur, au rez-de-chaussée de la mairie, est ornée de guirlandes de fleurs et de feuillages, dont des feuilles de laurier. Le linteau est décoré d'une tête de bélier d'où partent des drapés. Dans une pièce à proximité, une autre cheminée en marbre est ornée, sur le linteau, d'un aigle impérial entourée de branches de laurier.

La cheminée située à l'étage, dans le secrétariat de mairie, présente un décor sculpté à la fois abondant et raffiné. Le trumeau de la hotte est encadré par deux pilastres et surmonté de fleurs et d'enroulements de feuillages. Le linteau et les montants de la cheminée sont sculptés de guirlandes faites de feuilles de chêne et de laurier, nouées par des rubans, avec des fleurs de chardon aux angles, le tout inscrit dans des cadres en perles.

Dans la même pièce que la cheminée précédente, deux portes sont surmontées de boiseries sculptées : dans un cadre mouluré, un ruban noué soutient d'une part, un flambeau, un carquois et des branches de laurier ; d'autre part, une palette de peintre, un globe, un compas, une équerre, une règle, un cor, une palme et une branche de chêne.

Au sommet du fronton triangulaire de la façade côté place, figurent les initiales "RF" pour "République française".

Statut de la propriétépropriété publique

Annexes

  • Extrait du procès-verbal d'estimation des biens de l'émigré Fuschamberg d'Amblimont, 8 décembre 1793, (18 frimaire an 2) (A. D. Charente-Maritime, Q 84) :

    "Une maison ci-devant château au bourg de Saint-Fort, à trois étages, une aile de bâtiments de servitude à droite, de logements de receveur, domestiques, chai, cuvier, grange, cour très vaste, un autre corps de bâtiments composé d´appartements à fruits, orangerie et décharge, écuries, granges, hangars, remise, buanderie, toits avec deux cours, un bel étang, deux grands jardins et un autre petit, un enclos, un pré appelé l´ancien champ de foire, un emplacement planté de plataniers, le tout formant une seule pièce entourée de murs, plus un terrain avec trois allées de tilleuls, bordé de charmille, servant d´avenue audevant de la dite maison, avec un bois enclavé au bout de la dite avenue".

  • Liste des maires de Saint-Fort-sur-Gironde depuis 1790 :

    - Claude-François comte d'Amblimont, 1790-1792

    - Louis Chauvet, 1792-1797

    - Pierre-André Guichard, 1797-1835

    - Jean-Pierre Guichard, 1835-1859

    - Jean-Baptiste Petit, 1859-1866

    - Joseph Camille Rainguet, 1866-1881

    - Ferdinand Petit, 1881-1884

    - Henry Chapparre, 1884-1905

    - François Pierre André Guichard, 1905-1920

    - Edouard Chastang, 1920-1924

    - Louis Poirier, 1924-1934

    - Maurice Chastang, 1934-1942

    - Jean Joseph Fitte, 1942-1944

    - Renée France Chastang, 1944-1945

    - Guy Bourdeille, 1945-1965

    - Emmanuel Audebert, 1965-1971

    - Bernard Jourdain, 1971-1972

    - Léon Bordet, 1972-1977

    - Maurice Foliot, 1977-1989

    - Christian Bordet, 1989-2001

    - Daniel Renoulleau, 2001-2008

    - Jean-Pierre Gervreau, depuis 2008.

Références documentaires

Documents d'archives
  • A. D. Charente-Maritime. 3P 3358 à 3368. 1834-1966 : état de section et matrices cadastrales. A. D. Charente-Maritime. 3P 4918. 1834 : plan cadastral de Saint-Fort-sur-Gironde.

  • A. D. Charente-Maritime. Q 84. 1793, 8 décembre (18 frimaire an 2) : procès-verbal d´estimation des biens de l´émigré Fuschamberg d'Amblimont.

  • Archives municipales de Saint-Fort-sur-Gironde. Audebert, Emmanuel. Saint-Fort-sur-Gironde. Exploration en raccourci d´archives et de documents manuscrits municipaux et paroissiaux, ayant servi de preuves et d´informations, entre 1562 et 1885, document tapuscrit, 1979, 62 p.

  • Archives municipales de Saint-Fort-sur-Gironde, registres des délibérations du conseil municipal depuis 1791.

Bibliographie
  • A. D. Charente-Maritime. PER 2698. 1996-2011 : bulletins municipaux de Saint-Fort-sur-Gironde.

  • Chasseboeuf, Frédéric. Châteaux, manoirs et logis : la Charente-Maritime. Prahecq : éditions Patrimoines et médias, 2008.

    p. 516
  • Rainguet, P.-D. Etudes historiques, littéraires et scientifiques sur l'arrondissement de Jonzac. Jonzac, Saint-Fort-sur-Gironde, 1864.

    p. 96-97
(c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel - Suire Yannis
Suire Yannis

Conservateur du patrimoine, directeur du Centre vendéen de recherches historiques.


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