Dossier IA86007895 | Réalisé par
Dujardin Véronique
Dujardin Véronique

Chercheur, service Patrimoine et Inventaire

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Chapelle dite octogone de Montmorillon
Auteur
Beauvarlet Gilles
Beauvarlet Gilles

Photographe à l'Inventaire du patrimoine de Nouvelle-Aquitaine (site de Poitiers).

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Copyright
  • (c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Arrondissement de Montmorillon - Montmorillon
  • Commune Montmorillon
  • Adresse 4 rue des Augustins
  • Cadastre 1840 G 944  ; 2014 AE 586
  • Dénominations
    chapelle
  • Vocables
    Saint-Jean, Notre-Dame de Lorette
  • Destinations
    chapelle, ossuaire

L'Octogone est une chapelle de l'ancienne Maison-Dieu de Montmorillon, établissement hospitalier fondé à la fin du 11e siècle sur la rive gauche de la Gartempe, à côté du château. Ses particularités architecturales suscitent depuis le 18e siècle l'intérêt des archéologues et historiens d'art.

La Maison-Dieu comprend au 12e siècle un hôpital, une chapelle dédiée aux saints Laurent et Vincent, des bâtiments pour les religieux qui y vivent et une seconde chapelle située dans le cimetière, dénommé tardivement l'Octogone.

Une architecture originale

S'élevant sur deux niveaux, l'Octogone est construit selon un plan centré. La salle haute est octogonale et la salle basse, semi-souterraine, circulaire.

Les monuments à plan centré sont assez rares à l'époque romane et suscitent de nombreuses interrogations. Certains historiens y ont vu l'influence de l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, reconstruite au 11e siècle en conservant la rotonde antique édifiée sur la grotte où aurait été déposé le tombeau du Christ.

La chapelle est soigneusement construite en pierres de taille calcaire. Hormis à l'est, où s'élève l'abside surmontée d'un clocher-mur, les murs sont renforcés par des arcades aveugles brisées. Ils sont ajourés en partie haute par une baie en plein cintre et, à leur base, par une étroite fenêtre éclairant la salle souterraine.

La toiture de l'édifice présente une composition originale. Huit pans de pierre inclinés, formant comme une pyramide tronquée, sont prolongés par une couverture charpentée et en tuiles plates ; un lanternon somme l'ensemble. Elle a été restaurée dans les années 1990, dans son état du 17e siècle. La couverture du 12e siècle a disparu, hormis la « pyramide tronquée ».

L'intérieur

Le portail ouvre sur la salle haute de l'Octogone. Le volume intérieur de la chapelle haute est en grande partie occupé par la coupole qui couvre la salle basse. Ceci a nécessité un aménagement sur deux niveaux.

Partant de la porte, un couloir contourne la coupole ; une banquette court à ce niveau le long du mur. Une plate-forme est aménagée sur la coupole et se prolonge dans l'abside où s'élève l'autel ; au centre ouvre un oculus polylobé. Des gradins épousent la coupole et un escalier, construit dans l'axe de la porte, conduit à la plate-forme.

La salle haute est couverte d'une voûte à huit quartiers rayonnants datée du 13e siècle.

Le sobre décor peint qui souligne les moulures des ogives de la voûte et les chapiteaux a été restitué lors de la restauration des années 1990. La litre funéraire a été retrouvée après la dépose du décor peint du 19e siècle.

Un petit escalier aménagé dans le mur nord de l'abside donne accès à la salle basse, circulaire, et couverte de la coupole. La faible lumière est guidée par les profonds ébrasements des étroites baies percées à la base des murs de l'octogone.

Les sculptures romanes au-dessus du portail

Le portail, aménagé dans l'élévation occidentale, est surmonté d'une grande baie rectangulaire percée vraisemblablement au 17e siècle. Celle-ci abrite quatre ensembles de sculptures romanes illustrant des thèmes chrétiens couramment représentés au 12e siècle.

De gauche à droite, sont représentés :

- deux femmes nues, l'une allaitant des serpents, à l'ouest, la seconde des crapaud, à l'est, figures allégoriques de la Luxure,

- trois hommes barbus revêtus de longs manteaux, celui de l'ouest tenant un livre (un évangéliste ?) ; à l'est, un ange,

- deux femmes, un homme tenant un livre (l'évangéliste Jean ?) et, à l'est, deux femmes se tenant par l'épaule,

- deux femmes.

L'ange et l'une des femmes pourraient illustrer l'Annonciation, les deux femmes se tenant par l'épaule la Visitation. Il s'agirait de deux scènes de l'Enfance du Christ dont les représentations commencent à se multiplier au 12e siècle. La seconde chapelle de la Maison-Dieu, dédiée à saint Laurent et à saint Vincent, conserve une remarquable frise sculptée figurant six scènes de l'Enfance.

Les autres sculptures ne sont pas identifiées. Plusieurs femmes sont coiffées de longues nattes et vêtues de bliauds retenus à la taille par des ceintures, aux longues et larges manches, habits aristocratiques en vigueur dans la seconde moitié du 12e siècle.

Ces figures, qui constituent l'essentiel de l'actuel décor sculpté de l'Octogone, pourraient avoir été réalisées pour l'ancien cloître de la Maison-Dieu puis déposées dans la baie après son percement au 17e siècle.

Les différents usages de l'Octogone

La fonction de l'Octogone a été l'objet de nombreuses controverses. Dédiée à saint Jean au 13e siècle puis à Notre-Dame de Lorette lors de la restauration matérielle et spirituelle de la Maison-Dieu par les Augustins réformés de Bourges au 17e siècle, la chapelle est située dans un cimetière attesté à partir du 13e siècle. La salle haute était peut-être destinée au culte funéraire. La salle basse pourrait avoir servi d'ossuaire, les ossements y étant déposés par l'oculus de la coupole.

Après le rachat par le diocèse de Poitiers de l'ancienne Maison-Dieu, fermée à la Révolution, et sa transformation en séminaire, la chapelle haute a été transformée en salle d'étude avant d'être à nouveau affectée au culte. La salle basse a servi de laiterie pendant quelques années.

L'Octogone perd sa fonction cultuelle au 20e siècle.

Vers 1102, de retour de Jérusalem, Robert du Puy fait relever la Maison-Dieu de Montmorillon, fondée à la fin du 11e siècle sur la rive gauche de la Gartempe, près du château.

Au milieu du 12e siècle, l'établissement comprend un hôpital, une chapelle dédiée à saint Laurent et à saint Vincent et une seconde chapelle érigée dans le cimetière.

Cet édifice compte deux niveaux et est construit selon un plan centré peut-être inspiré de l'église du Saint-Sépucre de Jérusalem. Rebâtie au 11e siècle, cette dernière conserve la rotonde antique édifiée sur la grotte réputée avoir accueilli le sépulcre du Christ. Elle pourrait avoir été un des modèles des églises romanes à plan centré comme l'Octogone de Montmorillon.

Au 13e siècle, la chapelle, dédiée à saint Jean, est couverte d'une voûte gothique (Durant, 1982, p. 13).

La Maison-Dieu, et la chapelle Saint-Jean, sont endommagées au cours de la guerre de Cent ans et des guerres de Religion. En 1584, la charpente de la chapelle Saint-Jean est en mauvais état (Reix, 1978, p. 595).

En 1615, l'établissement hospitalier est rattaché à la congrégation des Augustins réformés de Bourges qui font restaurer les bâtiments anciens et en construire de nouveaux.

La chapelle bénéficie d'une importante restauration en 1630 et en 1640. La charpente est restaurée, couverte d'ardoises et de tuiles et sommée d'un lanternon. Un clocher-mur est élevé sur la chapelle orientale.

Le carrelage de la salle haute est refait, l'autel est garni « à neuf »... La chapelle peut à nouveau accueillir des offices. En cette période de réforme de l'Église catholique, où le culte de Marie et des saints est mis en avant, l'autel reçoit une nouvelle dédicace, Notre-Dame de Lorette. (Hérault, 1993, p. 17). Selon l'abbé Reix (1978, p. 596), c'est également à cette période que la baie rectangulaire au-dessus de la porte est percée et que quatre piliers avec des sculptures romanes y sont placés.

Dans la seconde moitié du siècle, les murs sont blanchis (Hérault, 1993, p. 24).

Au 18e siècle, le lanternon est remplacé par une toiture pyramidale, le clocher-mur est transformé en clocher avec chambre des cloches (Reix, 1978, p. 606).

En 1791, l'établissement conventuel est fermé, l'hôpital est déplacé. L'Octogone sert quelques temps de magasin de bois et planches à un aubergiste.

En 1806, la Maison-Dieu est achetée par le diocèse de Poitiers qui y installe un séminaire. Le sol à gradins de la chapelle haute est remblayé en 1809 pour ne faire qu'un niveau, la salle servant à l'étude ou au théâtre (Reix, 1978, p. 607).

En 1854, l'édifice sert à nouveau pour le culte. Au cours des travaux préalables à ce nouveau changement d'usage, la dépose du badigeon fait apparaître des peintures murales représentant, sous des arcades, des personnages assis tenant un instrument de musique. Il s'agit sans doute des Vieillards de l'Apocalypse (Longuemar, 1882, p. 70). En très mauvais état, les peintures murales ne peuvent être sauvegardées.

La salle basse, qui aurait servi d'ossuaire pendant plusieurs siècles, change elle aussi de fonction. Au milieu du 19e siècle, elle abrite une laiterie.

Quand le séminaire ferme ses portes en 1969, l'Octogone n'a déjà plus de fonction cultuelle.

L'édifice est inscrit sur la première liste des Monuments historiques, en 1840. Son intérêt archéologique était apparu dès le 18e siècle. L'archéologue mauriste Bernard de Montfaucon (1655-1741) estimait qu'il s'agissait d'un temple gaulois. Au début du 19e siècle, cette hypothèse est réfutée et l'édifice est interprété comme chapelle funéraire et ossuaire.

Dans les années 1980 puis en 1997-1998, une importante restauration de l'édifice est engagée. Les gradins de la salle haute sont dégagés, l'ossuaire fouillé, les charpente et toiture refaites et le lanternon du 17e siècle restitué.

  • Période(s)
    • Principale : 12e siècle, 13e siècle , (incertitude)
    • Principale : 17e siècle
    • Secondaire : 19e siècle
    • Secondaire : 2e moitié 20e siècle

Architecture

La chapelle est construite selon un plan centré prolongé à l'est d'une petite abside à chevet plat. Elle s'élève sur deux niveaux : une salle haute octogonale, affectée au culte, et une salle souterraine de plan circulaire qualifiée d'ossuaire au 17e siècle. La maçonnerie est soignée et les murs dotés d'un parement en pierres de taille.

La toiture présente une composition originale en trois « niveaux » : huit pans inclinés en pierre, formant une pyramide tronquée, coiffent la chapelle ; une couverture charpentée et en tuiles plates puis un lanternon constituent les deux derniers niveau de la toiture. Un clocher-mur s'élève à la jonction de l'octogone et de l'abside à chevet plat.

Les élévations sont confortées par une haute arcade aveugle légèrement brisée. La dénivellation du terrain permet d'apercevoir une banquette maçonnée à la base des murs sud.

Les élévations sont ajourées en partie haute par une baie en plein cintre et, à leur base, par une étroite ouverture éclairant la salle souterraine. À l'ouest, ces ouvertures cèdent la place au portail et à la baie rectangulaire qui le surmonte.

Le portail est composé de deux arcades en plein cintre en ressaut. Précédé de trois marches restituées lors de la restaurations des années 1990, il communique avec la chapelle haute. Au-dessus, la grande baie rectangulaire abrite quatre groupes sculptés.

La salle haute, octogonale, abrite la coupole qui couvre la salle basse. Le volume de cette voûte occupe la partie centrale de la chapelle haute et engendre une disposition interne à deux niveaux : une plate-forme supérieure, construite sur l'extrados de la coupole, et un collatéral circulaire au niveau du seuil de la porte. Une banquette en pierres est aménagée le long des murs.

Cinq gradins épousent l'extrados de la coupole et un escalier, aménagé dans l'axe du portail, permet d'accéder directement à la plate-forme supérieure et à l'abside où s'élève l'autel. Le centre de la plate-forme est percé d'un oculus polylobé qui permettait vraisemblablement la dépose des ossements dans la salle basse.

Les murs de la salle haute sont, comme à l'extérieur, confortés par des arcades aveugles.

La salle haute est couverte d'une voûte à huit quartiers rayonnants et clef annulaire. Les ogives moulurées et les formerets retombent sur des chapiteaux sculptés de feuillages reposant sur des culs-de-lampe.

L'abside qui abrite l'autel est couverte d'une voûte en berceau plein cintre et est éclairée par une petite baie en plein cintre.

Dans le mur nord de l'abside ouvre une porte qui donne accès à l'escalier communicant avec la salle basse de la chapelle.

Cette salle présente un plan circulaire et les murs un parement en pierres de taille. Une moulure souligne la naissance de la coupole. Six profondes et étroites baies aménagées dans la coupole éclairent faiblement la salle souterraine. Une seconde port, percée au sud, est aujourd'hui murée.

Le décor sculpté.

Les quatre groupes sculptés qui surmontent le portail constituent le principal décor de l'Octogone. Les sculptures sont assemblées par deux (les deux groupes externes) ou par quatre (les deux groupes internes).

Les personnages, debout, se détachent presque entièrement d'un support central. Les têtes s'inscrivent à l'intérieur d'une petite arcade.

Les figures masculines sont vêtues d'une longue tunique et d'un manteau au plissé serré ; ils sont pieds nus.

À l'exception du groupe de gauche, les femmes sont vêtues de bliauds retenus à la taille par des ceintures ; la jupe est parfois ornée de chevrons (motifs décoratif ? plis de l'étoffe?) ou tombe en plis serrés. Les manches sont longues et larges ; l'une des deux femmes représentées au revers du troisième groupe (en partant de la gauche) les porte nouées. Quatre femmes sont coiffées avec de longues nattes, les deux autres ont la tête couverte d'un court voile. Elles portent des chaussures à bout pointu.

Les vêtements et coiffures féminins représentés renvoient à la mode aristocratique de la seconde moitié du 12e siècle. Les vêtements masculins ne sont pas autant marqués dans le temps et accusent une référence à l'Antiquité.

Les figures sculptées de l'Octogone sont difficiles à identifier. Plusieurs historiens d'art ont proposé une interprétation pour certaines d'entre elles :

- 1er groupe (en partant de la gauche) : les deux femmes nues allaitant l'une des serpents (à l'ouest), l'autre des crapauds (à l'est) seraient deux allégories de la Luxure.

- 2e groupe (en partant de la gauche) : trois hommes barbus (nord, ouest, sud) et un ange à l'est. Le personnage à l'ouest tenant un livre pourrait être un évangéliste. L'ange, dont la main est levée dans un geste de parole, pourrait être l'ange de l'Annonciation à Marie.

- 3e groupe (en partant de la gauche) : une femme au nord ; un homme portant un livre identifié comme un évangéliste, peut-être Jean, à l'ouest ; une jeune femme au sud, à la longue chevelure nattée ; deux femmes se tenant par l'épaule à l'est, scène identifiée comme la Visitation.

- 4e groupe (en partant de la gauche) : deux femmes dos à dos.

Les sculptures ne sont pas à leur emplacement initial ; elles auraient été insérées dans la baie après le percement de cette dernière au 17e siècle. Selon l'abbé Reix (1978, p. 608), elles pourraient provenir du cloître roman (disparu) de la Maison-Dieu.

Les modillons de la corniche conservent des éléments romans. Ces derniers sont ornés de motifs à têtes humaines ou monstrueuses. Les modillons à copeaux ont été refaits.

  • Murs
    • calcaire pierre de taille
  • Toits
    pierre en couverture, tuile plate
  • Plans
    plan centré
  • Couvrements
    • coupole sans trompe
    • voûte d'ogives bombée
  • Couvertures
    • toit polygonal
  • Techniques
    • sculpture
  • Représentations
    • ange
    • figure allégorique chrétienne, Evangéliste
    • Visitation, Annonciation
  • Précision représentations

    Quatre groupes de sculptures surmontent le portail de l'Octogone. De gauche à droite, sont représentés :

    - deux femmes nues, l'une allaitant des serpents (à l'ouest) et la seconde, au revers, des crapauds. Il s'agirait d'allégories de la luxure.

    - trois hommes barbus, pieds nus, et revêtus de longs manteaux et, à l'est, un ange à la main droite levée. L'homme figuré à l'ouest tient un livre et pourrait être un évangéliste ; l'ange pourrait être celui de l'Annonciation.

    - un homme tenant un livre à l'ouest (saint Jean), deux femmes (au nord et au sud) et, à l'est, deux femmes se tenant par l'épaule (la Visitation ?)

    - deux femmes dos à dos.

    Les sculptures ne sont pas à leur emplacement initial. Elles proviendraient de l'ancien cloître et auraient été insérées dans la baie après le percement de cette dernière au 17e siècle.

    Plusieurs modillons de la corniche portent un décor sculpté roman (têtes humaines ou monstrueuses).

  • Statut de la propriété
    propriété d'un établissement public
  • Protections
    classé MH partiellement, 1840
  • Précisions sur la protection

    Chapelle octogonale : classement par liste de 1840.