Chais et cuviers de Château Latour
Copyright
  • (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel
  • (c) Conseil départemental de la Gironde

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Estuaire de la Gironde (rive gauche) - Pauillac
  • Hydrographies la Gironde
  • Commune Pauillac
  • Lieu-dit Latour
  • Cadastre 1825 H 187  ; 2012 OE 67
  • Dénominations
    chai
  • Parties constituantes non étudiées
    cuvage, cour, puits

Un inventaire dressé en 1755 indique deux cuviers et 17 cuves écoulant de 6 à 1 tonneau. Deux pressoirs et deux fouloirs complètent l'équipement. Un grand chai sert au vin fin.

Un plan du domaine daté 1759 représente la tour-colombier avec au nord-est, à l'emplacement approximatif de l'actuel château, la "maison" entourée d'un jardin ; au sud un vaste bâtiment de plan carré abrite les "chay et cuvier". A la fin du 18e siècle, on comptait une vingtaine de cuves en bois de chêne ; au début du 19e siècle, le régisseur Poitevin fait cercler de fer ces cuves pour les rendre plus solides. En 1839, à l'occasion de l'achat d'une partie de Latour par les négociants Barton et Guestier et Johnston, le cahier des charges fournit une description du domaine : la contenance est évaluée à 66,15 hectares dont 45 hectares de vignes. On note l'existence de deux cuviers, d'"un chai pour le vin nouveau et de deux chais de conserve pour le vin vieux" ; on avait donc construit un deuxième chai de "réserve" ; les deux pressoirs de pierre avait disparu semble-t-il ; on ne décrit que "deux pressoirs en bois dont un avec une presse à vis de fer" ; dans le cuvier s'alignaient 17 cuves "de différentes grandeurs". Le cheptel comprenait "5 paires de bœufs, 2 paires de chevaux et 3 vaches laitières". L'architecte Duphot propose en décembre 1859 un plan pour un nouveau chai qui doit être construit au nord du cuvier. Les travaux se déroulent en 1860-1861 pour une somme de 4 656,60 francs : "le nouveau chai a été construit et on a pu y loger en temps convenable les 100 tonneaux de 1860... Sa construction est satisfaisante et dans de bonnes conditions ; au-dessus se trouve un grenier élevé, qui interceptera bien la chaleur et sera très utile". En 1875-1876, on construisit un autre chai (20 260 francs). Un incendie se déclara le 6 juillet 1892 dans la tonnellerie ; un chai contenant les vins de 1890 vendus, un autre chai garni de vieilles futailles et un troisième chai "contenant les barriques neuves et les caisses de vin de 1881 (vins vendus)" furent détruits ; les étables, les granges à foin, un hangar et cinq maisons de valets furent également la proie des flammes sans compter la "maréchalerie" et quelques autres barriques de vin.

Les travaux furent sommairement évalués par l'architecte Géraud (ou Gérand ?) à 58 500 francs, outillage et barriques neuves à acheter compris. Ils commencèrent dès le mois d'août 1892 et furent achevés vers le mois de juin de l'année suivante. On en profita pour ajouter aux logements détruits et reconstruits une maison pour le maître de chai et une autre pour le charretier. On fit aussi construire "un bâtiment pour le réfectoire des vendanges" et un chai nouveau "pour les piquettes". A cette époque, des modernisations furent apportées au cuvier : cimentage en 1898, remplacement des vieilles presses ; il fallait trouver une solution à l'insuffisance du nombre de cuves par rapport à l'accroissement de la récolte. Un puits fonctionnant à l'aide d'un manège à cheval permettait de fournir de l´eau. A la suite de l´incendie, un château d'eau fut élevé en 1913 selon les plans de l'architecte Lacroix : la maison Gaden de Bordeaux installa un "réservoir à eau" dans la "tour même, sous la coupole, soutenu par quatre poteaux en béton armé, partant depuis le sol » avec un moteur à essence chargé d'actionner la pompe. A la même époque, le domaine fut équipé d´une installation électrique. L'album photographique d'Henry Guillier fournit des représentations des bâtiments au début du 20e siècle. On peut voir notamment le porche crénelé qui donnait accès à la cour et qui a été modifié depuis. En 1926-1927, on construisit un chai souterrain pour augmenter la capacité de stockage. En 1963, 75% du domaine sont vendus à deux sociétés anonymes britanniques, la Hallminster limited et la société Harveys of Bristol. Elles vont engager une vaste modernisation du domaine : extension du vignoble, drainage, maintien des vieilles vignes, restauration des chais existants puis agrandissement. Au grand chai de première année rénové, mais de trop faible capacité, on ajoute un autre chai destiné au même usage, situé dans la partie septentrionale des bâtiments. Les aires souterraines de stockage sont également agrandies. Jouxtant l´ancienne petite cave, une grande cave, d´une contenance de 1000 barriques, est creusée et aménagée. Elle est surmontée d´un magasin de stockage où l´isothermie a été spécialement étudiée. La salle de mise en bouteilles est entièrement remaniée. Le 20 novembre 1963, le conseil d´administration décide l´installation et l´utilisation de cuves en inox : 12 cuves de 200 hectolitres de capacité chacune furent utilisées pour les vendanges de 1964. En 1967, pour pallier l´insuffisance de capacité de celui-ci, un cuvier annexe, le "petit cuvier", est aménagé avec 5 cuves en inox de 140 hectolitres chacune. Cette installation est complétée par deux presses pneumatiques. En 1993, le domaine est racheté par François Pinault qui engage des réaménagements profonds entre 1999 et 2003, menés par l'atelier d'architecte Mazières et le décorateur Bruno Moinard. Aujourd'hui, 66 cuves en inox sont utilisées, parmi lesquelles des cuves tronconiques. De nouveaux travaux sont actuellement en cours. Une écurie a également été récemment construite, le long du ruisseau de Juliac, pour le travail en biodynamie que souhaite développer le domaine.

Les bâtiments organisés autour d'une cour fermée sont situés au sud de la demeure. Ils ont été à de nombreuses reprises remaniés et leur fonction a donc évolué. L'aile sud abrite aujourd'hui les bureaux, la salle de dégustation et une salle de réception. L'aile orientale est composée de trois vaisseaux disposés parallèlement, abritant d'une part un salon, une salle à manger, une cuisine, d'autre part un cuvier et enfin les chais. Des chais souterrains augmentent encore la capacité de stockage du vin en barriques. Cette aile est dotée d'un porche formant pavillon, couvert d'un toit à croupes. L'aile nord abrite deux cuviers avec une réception de la vendange à l'étage. Enfin, l'aile ouest est consacrée principalement au stockage et à la mise en bouteilles. Depuis 2007, un procédé de traçabilité des bouteilles a été mis en place pour éviter la fraude et les contrefaçons. L'ensemble des installations sont performantes : tri optique, cuves tronconiques... Les différents espaces sont agrémentés d’œuvres d'artistes contemporains de la collection de François Pinault.

  • Murs
    • calcaire
    • enduit
    • moellon
  • Toits
    tuile creuse
  • Étages
    en rez-de-chaussée, comble à surcroît, sous-sol
  • Couvertures
    • toit à longs pans
    • croupe
  • État de conservation
    restauré, remanié
  • Statut de la propriété
    propriété privée

Bibliographie

  • BUTEL Paul. Grands propriétaires et production des vins du Médoc au XVIIIe siècle. Fédération Historique du Sud-Ouest, XVIe congrès. Le Médoc. 1964.

    p. 142
  • GUILLIER, Henry. Les grands vins de la Gironde illustrés. Libourne, Bordeaux : s.d.

  • HIGOUNET, Charles (dir.). La seigneurie et le vignoble de Château Latour, histoire d'un grand cru du Médoc (XIVe-XXe siècle) . Bordeaux : Fédération historique du Sud-Ouest, 1974, 2 tomes.

  • MOUCHEL, Guy. Pauillac (Mémoire en images). Saint-Cyr-sur-Loire : A. Sutton, 2001.

    p. 118
  • RIBADIEU, Henry. Les châteaux de la Gironde [...]. Paris : Dentu libraire, 1856.

Périodiques

  • STEIMER Claire. « De bois, de béton et d'inox, les chais médocains ». Le Festin, 84, 2013.

Annexes

  • Extraits de l'ouvrage de Charles Higounet, 1974
  • Extraits d'ouvrages
Date d'enquête 2012 ; Dernière mise à jour en 2012
(c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel
(c) Conseil départemental de la Gironde
Articulation des dossiers